Rosa Luxemburg. Une chronique nommée ego.

Une chronique nommée EGO

 Ego est une chronique signée par Rosa Luxemburg  de décembre 1898 à mars 1899 sous le titre « Tour d’horizon économique et social »

 – Son historique

Rosa Luxemburg a 27 ans. Elle était en exil en Suisse depuis des années. Elle y a contribué à créer le parti social-démocrate polonais sur des bases de classe, le journal du parti et vient d’arriver en Allemagne en mai.

Elle a terminé cette tournée électorale en Haute-Silésie, faite à la demande du parti social-démocrate après sa rencontre avec Auer. On se souvient de ses hésitations à partir, elle qui aurait préféré « agir sur le terrain général« . Mais elle n’est pas encore perçue dans le parti social-démocrate allemand pour ce qu’elle souhaite être, une militante agissant au sein de la social-démocratie allemande et internationale, mais comme une militante polonaise.

Cependant, Rosa Luxemburg, de son côté, n’a pas oublié le but qu’elle s’est donné avec Leo Jogiches et ce sera la seule et dernière fois qu’elle agira en Allemagne dans un contexte uniquement polonais, même si cet engagement restera constant et parallèle.

Dès son retour, elle reprend et développe ses contacts avec les militants allemands et internationaux. Elle avait rencontré Schönlank dans un train, elle commence sa collaboration avec la Leipziger Volkszeitung.

Elle avait prévu de rencontrer Parvus. C’est lui qui finalement devra faire appel à elle. En effet, l’Etat allemand étant intervenu, il oblige Parvus, rédacteur en chef de la Sächsische Arbeiterzeitung, à quitter la Saxe et donc son poste.

Il propose alors la rédaction en chef à Rosa Luxemburg, qui hésite, puis accepte. Cette tâche s’avère difficile. Tout d’abord, elle est prise par la préparation du Congrès, puis elle se voit entraîner dans un de ses premiers conflits avec le courant réformiste, en l’occurrence avec le dirigeant social-démocrate Gradnauer.

Elle démissionne le 2 novembre et est remplacé par une personnalité plus médiane, Ledebour.

De cette brève aventure reste cependant le Tour d’horizon économique et social qu’elle ne veut pas signer de son nom et qu’elle signera du pseudonyme ego. L’origine de ce nom n’est pas attestée

 – Ses contenus

 Les articles de cette chronique sont toujours conjoncturels. Et l’information de seconde main. Il ne s’agit pas d’articles rédigés d’après des recherches propres, mais d’avis donnés à partir de la lecture de la presse sur des événements ayant une dimension économique plus générale.

Les thèmes en sont : la politique coloniale, la Weltpolitik (politique mondiale), le développement économique des principales puissances de l’époque, le marché mondial, les grands travaux.

– La méthode

Rosa Luxemburg fréquente la bibliothèque, s’appuie sur la lecture des journaux, écrit dans l’urgence, mais les thèmes sont toujours soigneusement choisis et l’argumentaire très précisément défini.

 Les articles

EGO 1 (liste à compléter)

04 décembre 1898         Escroquerie capitaliste

04. décembre 1898        Misère de la bureaucratie en France

04 décembre 1898          L’industrie sidérurgique russe

04 décembre 1898          Constructions de canaux en Amérique du Nord

11décembre 1898           A quoi sert la politique coloniale?

11 décembre 1898          L’essor économique des États-Unis

11 décembre 1898          Grands travaux du capitalisme

11 décembre 1898         Qui doit-on sauver des méfaits de l’alcoolisme?

18 décembre 1898          Bouleversements sur le marché mondial

EGO 2 (liste à compléter)

08 janvier 1899                Transformations sur le marché mondial

08 janvier 1899                Les travailleurs des États-Unis et la politique annexionniste

EGO 3 (liste à compléter)

24 janvier 1899                Brillante politique coloniale

24 janvier 1899                 Le désarmement russe

Ces articles ont, on le voit, une unité. Ils sont complémentaires de ceux écrits dans le même temps pour la Leipziger Volkszeitung.

. 19 décembre 1899         Le prix d’une victoire

. 16 février 1899               Bouleversements dans la construction navale

Ils sont les premiers jalons d’une pensée de l’impérialisme et, de ce qui est indissociable pour Rosa Luxemburg, d’une action politique:

Octobre 1899                   Interventions au Congrès de Hanovre contre le militarisme (polémique avec Max Schippel)

21 septembre 1899           Intervention au Congrès de Mayence sur la guerre de Chine

22 septembre 1899           Discours sur la nécessité d’un mouvement de protestation accru contre la guerre de Chine

Et ce qui représente l’apogée de son action: son discours prononcé en tant que rapporteur des commissions sur le  militarisme et la politique coloniale  au congrès le 26 septembre 1900.

En suivant donc cette progression et cette unité dans la pensée et dans l’action, on peut redonner aux articles de cette chronique toute la place qui leur est due.


– A propos de l’écriture des articles à cette époque, il est utile de lire cet extrait d’une de ses lettres


Un choix de lettres avait été publié chez Maspero en 1975 sous le titre « vive la lutte ». A ce projet dirigé par Georges Haupt, participait Georges Badia. Pour l’année 1898 et l’arrivée à Berlin, on trouve un bonne dizaines de lettres. Elles sont adressées en particulier à Martine et Roberl Seidel. Voici celle du 23 juin. à Robert Seidel. (Ce livre est à se procurer absolument!)

Cher ami,

Quelle misère! J’éprouve le besoin de bavarder avec vous et je n’ai plus la moindre feuille de papier à lettre. Vous devrez vous contenter de celui-ci.
La soirée est avancée, je suis assise dans mon fauteuil (à bascule) à mon bureau sur lequel se trouve une lampe avec un grand abat-jour rouge fabriqué par mes soins et je lis Börne. La porte du balcon en face de moi est ouverte et un souffle d’air frais pénètre à l’intérieur – un éclair aveuglant de temps en temps et l’orage commence (que dieu me pardonne cette mauvais prose poétique !…). Comme on se sent bien parfois dans la solitude! … Rendez-vous compte: pas un seul ami dans la grande ville de Berlin aux deux millions et demi d’habitants. Pour l’instant, cette idée me procure un tel plaisir que j’en souris béatement. je ne sais pas si je suis faite d’un mauvais bois qui s’imprègne trop facilement de l’atmosphère ambiante mais je ne peux rester un seul jour dans la foule sans que mon propre niveau intellectuel ne baisse au moins d’un cran. Et cela ne dépend pas tellement de la sorte de gens que je fréquente; c’est la fréquentation elle-même, le contact avec le monde extérieur qui émousse et estompe les angles et les lignes brisées de mon moi – momentanément bien sûr. Un seul jour de solitude me suffit pour me retrouver, mais j’éprouve toujours le sentiment amer du remords, celui d’avoir perdu un morceau de moi-même, de m’être abaissée. En de tels moments, j’ai toujours envie de me retrancher totalement du monde extérieur derrière une barrière de planches. Un garçon passe dans la rue et siffle une rengaine – cette manifestation perçante d’autrui qui s’impose brutalement à mes oreilles et fait incursion dans ma tranquillité suffit à m’offenser. Vous vous étonnez peut-être de ce que je lise le vieux Börne; je n’ai pas encore rencontré un seul Allemand qui le lise encore. Pourtant, l’effet qu’il produit sur moi est toujours aussi fort et il éveille en moi des pensées nouvelles et des sensations vives. Savez-vous ce qui me tracasse? Je suis mécontente de l’art et la manière qu’on a d’écrire les articles la plupart du temps dans le parti. Tout est si conventionnel, si rigide, si stéréotypé. La résonance des mots d’un Börne semble à présent venir d’un autre monde. Je sais, le monde a changé et à d’autres temps, d’autres chansons. Mais justement des « chansons », la plupart de nos gribouillis ne sont pas des chansons, mais un bourdonnement incolore et sourd comme le bruit de la roue d’une machine. Je crois que la cause réside en ce que les gens oublient pour la plupart quand ils écrivent de puiser au fond d’eux mêmes et de ressentir toute l’importance et tout la vérité de la chose écrite. Je crois que chaque fois, chaque jour, pour chaque article, on doit revivre la chose, la re-sentir et on trouve alors des mots neufs, qui vont droit au coeur pour exprimer ce qu’on connaît depuis longtemps. Mais on s’habitue tant et si bien à une vérité qu’on débite comme une patenôtre les choses les plus profondes et les plus sublimes. J’ai décidé de ne jamais oublier de m’enthousiasmer pour la chose écrite et de puiser en moi-même lorsque j’écrirai. C’est pourquoi je lis de temps en temps le vieux Börne. Il me rappelle fidèlement mon serment.

Pauvre Fred! J’ai toujours eu beaucoup de sympathie pour les gens qui ne savent pas organiser leur vie pratique, gagner de l’argent, etc. (peut-être, parce que, moi-même, je n’y comprends goutte). Je les soupçonne d’avoir quelque chose de l’artiste, ou du moins, de l’homme très bon. Pour vous, c’est bien sûr une mince consolation, je le comprends. J’attends quelques lignes de Mathilde. Est-elle encore à Gugi? Encore un mot me concernant: je ne peux souffrir Berlin ni la Prusse et ne pourrai jamais les souffrir.

Une cordiale poignée de main.

Votre Ruscha



Vous trouverez sur le blog, comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com, des articles sur cette première période de l’action de Rosa Luxemburg : des extraits de la correspondance qui éclairent cette période et des textes de la chronique ego (en particulier sur la Page « 1898 – 1900 », et dans la catégorie « ego »). Certains documents étaient inédits en français et traduits par nos soins (en rouge), d’autres ont été transcrits, enfin certains ont été repris d’autres sites et blogs,la source est indiquée.

Rappelons que la création de Comprendre avec Rosa Luxemburg 2 vient du fait que des publicités agressives, mensongères dénaturent la première version du blog, mais qu’il est possible de télécharger un bloqueur de publicité tel ADBLOCK pour une consultation sereine du blog originel.

 

Rosa Luxemburg. Chronique ego – Grands travaux du capitalisme (1898) – Inédit en français.

Rosa Luxemburg. A quoi sert la politique coloniale? Article paru dans la chronique ego. (inédit en français sur le net)

Rosa Luxemburg. Chronique ego -L’essor économique des Etats-Unis (1898) – Inédit en français.

Texte inédit de Rosa Luxemburg : La construction de canaux en Amérique du Nord (1)

Rosa Luxemburg. De 1893 à 1898. Premiers pas d’une lutte contre le nationalisme, le réformisme, l’impérialisme.

Rosa Luxemburg en 1898 – Extrait de la présentation rédigée par G. Haupt de « Vive la lutte » Discours sur la tactique, 1898.

Congrès de Stuttgart. Quand Rosa Luxemburg s’interroge sur la relation entre luttes quotidiennes et but final du combat politique

« La politique douanière et le militarisme ». Chapitre du classique « Réforme sociale ou révolution ? » de Rosa Luxemburg

Rosa Luxemburg – correspondance, 23 juin 1898 – Je crois que chaque fois, chaque jour, pour chaque article …

Rosa Luxemburg, correspondance, Berlin 1898 – Premiers pas.

Correspondance – Rosa Luxemburg, arrivée à Berlin et le quotidien de la recherche d’une chambre …

Rosa Luxemburg – deuxième jour à Berlin – Les bleus à l’âme …

Rosa Luxemburg, deuxième jour à Berlin. Connexions, connexions … Et note sur Parvus

Décembre 1900 dans la correspondance de Rosa Luxemburg Meetings en Haute-Silésie – 1899

Ce qui inspire ce blog : un travail, une méthode


 

1ère publication sur le blog comprendre-avec-rosa-luxemburg. over-blog.com : le 10 octobre 2013

1ère publication sur le blog Comprendre avec Rosa luxemburg 2 : le 10 octobre 2013

Les textes originaux en allemand se trouvent dans le tome 1/1 des Gesammelte Werke, Dietz Verlag. Edition Berlin 1982

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