Archives mensuelles: octobre 2014

Une semaine avec « Junius » (1). A l’occasion de la publication du tome IV des Oeuvres complètes de Rosa Luxemburg.

 » Et avec chacun d’eux, c’est un combattant de l’avenir, un soldat de la révolution, un de ceux  qui libéreront l’humanité du joug du capitalisme qui descend dans la tombe. »

 

A l’occasion de la publication du tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, nous consacrons sur le site une semaine à cette publication essentielle des textes de Rosa Luxemburg autour de l‘éclatement en 1914 du conflit mondial, et de la faillite de  la social-démocratie. Le texte majeur que l’on connaît sous le nom de Brochure de Junius, à la fois sombre, poignant et terriblement lucide, a été ici retravaillé pour ce qui concerne sa traduction, on y ressent pleinement ce lyrisme, cette écriture si forte qui caractérise l’expression de Rosa Luxemburg. Ce texte est mis en perspective et prend toute son importance grâce d’une part à la relation faite à l’un des moments essentiels de l’action de Rosa Luxemburg auparavant:  son intervention au Congrès de Stuttgart en 1907 et d’autre part à l’action qu’elle développera ensuite autour du concept et de l’idée d’organisation internationale du prolétariat. On découvre ainsi que  l’Internationale n’est pas un simple slogan mais est devenue pour elle la  dimension organique, nécessaire, constitutive de l’action du mouvement ouvrier. Cet ouvrage fait ainsi comprendre mieux que tout la conception de Rosa Luxemburg de l’Internationale, conception qui naît de son expérience et de sa réflexion et qui se cristallise dans les « Principes directeurs » publiés à la fin de ce volume. Dans l’extrait que nous choisissons de publier en premier, Rosa Luxemburg pointe un fait rarement compris: la disparition sur les fronts, de la classe ouvrière, en particulier de la classe ouvrière éduquée, consciente et engagée et ce que cela signifiera ensuite pour nous qui connaissons l’issue de l’histoire, la montée du fascisme que plus rien n’enrayera plus. En souhaitant que la beauté tragique et la lucidité de ce texte vous  incite à aller plus avant dans la lecture de cet ouvrage.


Une semaine avec Junius (1) : « C’est notre force, notre espoir qui est fauché quotidiennement en rangs serrés comme l’herbe sous la faux. »

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Editions Agone &Smolny, 2014. P 195 – 197

 » Mais la fureur présente de la bestialité impérialiste sur le sol européen a encore un autre effet, pour lequel « le monde civilisé » n’a ni un regard épouvanté ni le cœur tressaillant de douleur : c’est la disparition en masse du prolétariat européen. Jamais une guerre n’a exterminé dans de telles proportions des couches entières de population. Jamais, depuis un siècle, une guerre n’a saisi de cette sorte l’ensemble des grands et anciens pays civilisés d’Europe. Dans les Vosges, dans les Ardennes, en Belgique, en Pologne, dans les Carpates, sur la Save, des millions de vies humaines sont anéanties, des milliers d’hommes sont frappés d’infirmité. Mais neuf dixièmes de ces millions de victimes sont constitués par la population laborieuse des villes et des campagnes. C’est notre force, notre espoir qui est fauché quotidiennement en rangs serrés comme l’herbe sous la faux. Ce sont les meilleures forces du socialisme international, les plus intelligentes, les plus instruites, ce sont les porteurs des traditions les plus sacrées du mouvement ouvrier moderne, et de son héroïsme les plus intrépides, les troupes d’avant-garde de l’ensemble du prolétariat mondial – les ouvriers d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de Russie – qui sont maintenant réduits au silence, abattus en masse. C’est seulement d’Europe, c’est seulement de ces pays capitalistes que peut venir, lorsque l’heure sonnera, le signal de la révolution sociale qui libérera l’humanité. Seuls les ouvriers anglais, français, belges, allemands, russes et italiens peuvent prendre ensemble la tête de l’armée des exploités et des opprimés des cinq continents. Quand le temps sera venu, eux seuls peuvent demander des comptes et exercer les représailles pour les crimes séculaires du capitalisme envers tous les peuples primitifs et pour son œuvre d’anéantissement sur l’ensemble du globe. Mais la progression du socialisme exige un prolétariat fort et capable d’agir, instruit, des masses dont la puissance réside aussi bien dans leur culture intellectuelle que dans leur nombre. Et ce sont précisément ces masses qui sont décimées par la guerre mondiale. Des centaines de milliers d’hommes, dans leur jeunesse ou dans la fleur de l’âge, dont l’éducation socialiste, en Angleterre, en France, en Belgique, en Allemagne et en Russie, était le produit d’un travail d’agitation et d’instruction de dizaines d’années, et d’autres centaines de milliers, qui, demain, auraient pu être gagnés au socialisme, tombent et tuent misérablement sur les champs de bataille. Le fruit de dizaines d’années de sacrifices et d’efforts de plusieurs générations a été détruit en quelques semaines. La fine fleur des troupes du prolétariat a été coupée à la racine.

La saignée de la boucherie de Juin avait paralysé le mouvement français pour une quinzaine d’années. La saignée du carnage de la Commune l’a encore retardé de dix ans. Ce qui a lieu maintenant est un massacre de masse sans précédent qui réduit toujours plus la population ouvrière adulte de tous les pays civilisés aux femmes, vieillards et infirmes. C’est une saignée qui menace de faire perdre tout son sang au mouvement ouvrier européen. Encore une telle guerre mondiale et les perspectives du socialisme seront ensevelies sous les décombres amoncelés par la barbarie impérialiste …

La guerre mondiale se révèle être non seulement un crime grandiose mais aussi un suicide de la classe ouvrière européenne. Ce sont bien les soldats du socialisme, les prolétaires d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de Russie, de Belgique, qui se massacrent les uns les autres depuis des mois sur ordre du capital, qui s’enfoncent  les uns les autres dans le cœur le fer glacial du meurtre, qui basculent ensemble dans la tombe en s’enlaçant les uns les autres d’une étreinte mortelle … Les dividendes montent et les prolétaires tombent. Et avec chacun d’eux, c’est un combattant de l’avenir, un soldat de la révolution, un de ceux  qui libéreront l’humanité du joug du capitalisme qui descend dans la tombe … »

31 Oct 2014

Rosa Luxemburg. « Avons nous besoins de colonies? », Leipziger Volkszeitung, le 4 décembre 1899. Inédit

Avons nous besoins de colonies?

Article paru dans le Leipziger Volkszeitung le 4 décembre 1899.

Les nouveaux projets concernant la marine et la politiquer coloniale sont avant tout justifiés, on le sait, par la nécessité de notre commerce. A cela il faut encore et toujours répondre, comme le faisait Mr Bounderby dans les  » Les temps difficiles » de Dickens; « des faits et des chiffres ! Des faits et des chiffres! »

Les statistiques les plus récentes du commerce extérieur allemand publiées dans l’officiel « Statistiques de l’empire allemand », jettent de nouveau une lumière décisive et intéressante sur la question. En 1898, nos échanges de marchandises vers les différentes parties du monde se sont présentées ainsi :

Importations Exportations
Europe 3 577 999 3 429 917
Amérique 1 329 216     541 774
Asie     339 336 172 157
Afrique 101 168 67 362
Australie 88 295 35 081

En milliers de marks

Plus des neuf dixièmes de l’ensemble de notre commerce extérieur se se fait donc avec les pays européens et l’Amérique, contre lesquels nous n’avons utilisé nos torpilleurs ni pour établir nos échanges commerciaux ni pour les développer ou les consolider. L’extension de nos échanges de marchandises avec ces pays est liée bien au contraire directement à notre politique commerciale. Ce qui est caractéristique en particulier, c’est le recul de nos exportations vers l’Amérique de 609 millions de Mark en 1897 à 541,8 en 1898, à la suite sans aucun doute de la politique prohibitive de la politique douanière sur les produits industriels, qui représente de la part des États-Unis la réponse à nos taxes douanières sur les produits agricoles.

Mais il est encore plus intéressant d’apprendre que sur ce continent où nous avons déjà des colonies, ces » territoires protégés » ne comptent que pour extrêmement peu  dans notre commerce. Les échanges de marchandises de l’Allemagne vers les principaux territoires d’Afrique ont connu cette dernière décennie le développement suivant:

Importations Exportations
 Egypte 2,O 24,6 2,9  11,7
 Le Cap 13,6 19,8 7,5  14,7
 Afrique occidentale anglaise, française ou portugaise 16,1 33,4 4,4  11,3
 Afrique orientale anglaise, française ou portugaise 2,9 5,5 1,3  3,0
Afrique occidentale et du sud-ouest  allemande 4 4 3,8 4,2  7,3
 Afrique orientale allemande 0,3 0,6 0,3  3,3
1889 1898 1889  1898

 En millions de Mark

Par rapport au commerce avec l’Égypte,le Cap ou les territoires anglais, français ou portugais d’Afrique, nos colonies jouent un rôle ridiculement minime.

Ce qui apparaît à partir des faits et des chiffres ci-dessus avec toute la clarté souhaitée, c’est que notre commerce extérieur se passe parfaitement de toute notre flotte de combat. Si l’on veut mener une politique mondiale, qu’au moins l’on ne se cache pas hypocritement derrière les « intérêts commerciaux ».


Traduction Dominique Villaeys-Poirré. (1988-1989). Nous sommes ouverts à toute amélioration de la traduction. Première publication en français –  Dimanche 26 octobre 2014 sur ce site Comprendre avec Rosa Luxemburg 2.

Texte allemand : dans les Gesammelte Werke, Dietz Verlag, Edition 1970, Tome 1/1.P 642 – 643


Référence de l’article : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2014/10/26/rosa-luxemburg-avons-nous-besoins-de-colonies-leipziger-volkszeitung-le-4-decembre-1899-inedit/

Illustration de une: http://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_colonial_allemand#mediaviewer/File:100_Rupien_de_l%27Afrique_de_l%27Est_%C3%A9dit%C3%A9s_sous_domination_allemande_le_15_juin_1905.jpg

Image illustrative de l'article Les Temps difficiles

http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Temps_difficiles#mediaviewer/File:Hardtimes_serial_cover.jpg

26 Oct 2014

« Le centre de gravité de l’organisation de classe réside dans l’Internationale. » La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale, Tome IV des oeuvres de Rosa Luxemburg.

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale, tel est le titre du quatrième tome des œuvres complètes des œuvres de Rosa Luxemburg qui va paraître cette semaine.

La logique de ce projet éditorial est de publier dans un même volume un ensemble de textes de Rosa Luxemburg sur un thème précis pour mettre en lumière une pensée en construction, une cohérence et donner accès dans un même ouvrage aux grands textes universellement connus (mais révisés, retravaillés) et à des documents inédits,

Ce tome replace ainsi « La brochure de Junius », un des textes les plus poignants, les plus lucides et  les plus documentés de Rosa Luxemburg, dans l’ensemble de son combat contre la guerre, et fait comprendre mieux que tout l’internationalisme intrinsèque de sa pensée et de son action.

Le texte qui clôture ce tome s’intitule « Les principes directeurs de la social-démocratie internationale »: il contient cette affirmation qui est la leçon tirée par Rosa Luxemburg du conflit de 1914 et de l’échec de la social-démocratie:

« Le centre de gravité de l’organisation de classe réside dans l’Internationale. »

Ce n’est pas une phrase en l’air, ce n’est pas un slogan, c’est l’aboutissement d’une réflexion que ce tome suit et transmet pour notre réflexion et notre action aujourd’hui.


C’est une publication du Collectif Smolny aux Editions Agone. Le prix de 18 euros en est volontairement abordable. Précédents tomes: Introduction à l’économie politique (2009), A l’école du socialisme (2012), Le socialisme en France (2013).

19 Oct 2014

A l’occasion de la publication du Tome IV des oeuvres de Rosa Luxemburg, débat le 18 octobre à Paris

Samedi 18 octobre 2014 à 16h, débat au CICP, 21ter rue Voltaire, Paris 11

Métro ligne 9 station Rue des Boulets.


Présentation par Eric Sevault (du collectif Smolny) du tome 4 des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg (La Brochure de Junius, la Guerre et l’Internationale), qui sortira à ce moment, puis débat sur le thème : « Rosa Luxemburg et l’opposition internationaliste contre la Première Guerre mondiale ».

Ce centenaire de la barbarie que fut la Première Guerre mondiale est l’occasion de revenir sur l’épreuve de vérité que constitua cet événement pour le mouvement ouvrier. Si beaucoup se rallièrent à l’Union sacrée, l’indépendance de classe et l’internationalisme furent réaffirmés par des militants de tous pays. C’est le texte écrit en prison par Rosa Luxemburg qui demeure la meilleure expression de ce courant : La Crise de la social-démocratie, également appelée « brochure de Junius », publiée sous pseudonyme. Elle y décrivait l’objectif socialiste face au conflit : « l’éradication de la guerre et l’obtention aussi rapide que possible d’une paix imposée par la lutte internationale du prolétariat« . Aujourd’hui, en pleine crise mondiale du capitalisme, et alors que la guerre déchire plusieurs régions, cette lutte reste plus que jamais d’actualité.

Débat organisé et animé par Critique Sociale.

18 Oct 2014