Archives mensuelles: décembre 2014

Rosa Luxemburg, Benedetto. Une lecture de Rosa Lux … « allons parle petite femme parle »

allons parle

petite femme

parle

Difficile de trouver le texte d’André Benedetto Rosa Lux. Certainement, il va être réédité. Mais en attendant, il avait été impossible de le lire jusqu’à un cadeau inattendu, inespéré. La lecture aussi est ardue, si l’on s’attend à des repères de temps, d’espace, une construction linéaire alors qu’il faut s’inventer sans cesse sa ponctuation, chercher sans cesse qui parle, de quoi, trouver sans cesse son chemin dans la typographie des mots. Une première lecture échoue. La deuxième est la bonne, quand on se glisse enfin dans la pensée  d »un narrateur aux prises avec les affres de l’imagination, de la création plutôt. On le suit, alors qu’il veut s’imposer une idée, la peste de 172O à Marseille, mais ce qui s’impose finalement à lui, dans un présent désordonné, déstructuré, c’est la présence de Rosa Luxemburg.

Elle est là,

figée dans la photo, le sac noir à la main et ce chapeau.

Elle surgit,

femme superbe femme

dressée mille chevaux

sur la tête celui de Guernica

son casque de nana c’est

le cheval de Guernica-Rubens

Elle se présente

rosa lux

déclinaison

déclinez vos nom prénom profession

rosa lux

née le

à berlin

non à varsovie

morte le

à berlin

oui

assassinée

oui

par qui

oui

par qui

oui

par qui

oui

par

la

so

cial

mo

cra

tie

Un texte surgit, un extrait de lettre de Rosa Luxemburg, sans ponctuation, à l’impromptu, on finit par le reconnaître. C’est un extrait d’une des lettres écrites à Sonia Liebknecht , tirée d’un livre qui vient alors d’être publié en France (en 1970, l’un des plus beaux ouvrages de sa bibliographie. Peut-être ce livre a-t-il déclenché l’écriture de Rosa Lux, on se plaît à le penser).

Et à la fin de ce texte-poème d’André Benedetto magnifique, trois textes s’entrelacent, un extrait d’une autre lettre, de Rosa Luxemburg aujourd’hui devenue un grand classique: les buffles, un compte rendu de ce qui s’est réellement passé à Marseille et la biographie de Rosa Luxemburg. Qui se termine par son assassinat, comme le récit sur Marseille se termine par l’invasion de la peste, comme la lettre de Rosa Luxemburg montre que la cruauté humaine contre ces animaux est une métaphore de la boucherie du premier conflit mondial.

Et le sens du choc des trois événements dans la pensée du narrateur, la grande peste, la guerre de 14 et la répression de la révolution spartakiste où mourut assassinée Rosa Luxemburg, prend alors son sens: c’est la même exploitation capitaliste qui est là à l’œuvre, ce sont les mêmes intérêts qui mènent à la peste, la guerre comme à la répression de la révolution spartakiste.

Et c’est pourquoi l’image de Rosa devait se frayer un passage dans l’esprit conscient du narrateur comme dans nos consciences …

C’est une femme morte

une apparence

remettez-là dans son cercueil

on ne peut plus

elle est vivante

elle respire

qu’elle parle pour elle-même

on a attrapé le temps à la course

dans l’asphyxie du moment tous ensemble

allons parle

petite femme

parle

Ce texte a été écrit en 1970

en une espèce d’hommage

qui tombe à cheval

entre le centenaire de sa naissance

et le cinquantenaire de son assassinat

La  pensée et l’action de Rosa Luxemburg ne cessent de prendre de l’importance, comme le montrent en ce moment les références à ses analyses sur la grève générale en plein mouvement .

Rosa Luxemburg n’a pas fini de parler et de s’imposer à nous.

Dominique Villaeys-Poirré

Publié le 1er novembre 2010 sur Une lecture de Rosa Lux d’André Benedetto ou la présence incessante de Rosa Luxemburg comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Rosa Lux Benedetto
Bibliographie d’André Benedetto http://theatredescarmes.pagesperso-orange.fr/livres.htm

26 Déc 2014

Bowie, Brecht, Weill – De la jeune fille noyée – Rosa Luxemburg


Brecht a  écrit vers 1919 une ballade :  De la jeune fille noyée. Il faisait référence à Rosa Luxemburg, assassinée le 15 janvier et dont le corps avait été jeté dans un canal. Cette ballade fait partie de l’oeuvre de Brecht et Kurt Weill: Das Berliner Requiem. Les éléments d’information suivants sont repris du site www.lesamisdarthur.info :

Après la première guerre, la jeune république de Weimar souhaite associer les compositeurs au développement récent d’un jeune média, la radio. La radio de Francfort commande donc à Kurt Weill une œuvre destinée à une diffusion en direct. Le prétexte est celui de commémorer les 10 ans de la fin de la grande guerre. Weill en profite pour aussi honorer la mémoire de Rosa Luxembourg, communiste pacifiste cofondatrice du parti communiste allemand, assassinée par les extrémistes de droite en 1918. Composé sur un texte de Bertold Brecht à Berlin à la fin 1928, ce « Berliner Requiem » n’échappe pas à l’époque et à l’angoisse croissante qu’elle génère. Cette petite cantate, car tel est son intitulé exact, pour ténor, baryton et chœur d’hommes divisé en 3 voix requiert un orchestre avec bois, cuivres, une guitare, un banjo, des percussions et un harmonium ou un orgue. Des remaniements successifs expliquent qu’il existe plusieurs versions. La version la plus souvent donnée actuellement est celle publiée par David Drew en 2000. Elle se compose de cinq pièces, la ballade de la fille noyée au morbide très expressionniste, l’épitaphe hommage à Rosa Luxembourg morte coupable d’avoir dit la vérité aux pauvres, les premiers et deuxième rapports sur le soldat inconnu sous l’arc de triomphe, dénonciation crue de l’absurdité de la guerre et un choral d’actions de grâce d’une ironie glaçante et parfois également joué en ouverture du « Berliner Requiem ».


On peut voir un magnifique enregistrement par David Bowie de cette cantate sur un site lacrevaison.blogspot.com. Nous l’avions repris sur le blog originel comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com en février 2011 en même temps que les autres éléments d’information de cet article! Pour visionner, cliquer sur le lien écouter-voir.

 écouter-voir

 

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[Rosa Luxemburg, 1919 : la fille jetée dans un canal le 15 janvier, ce jour même, ce jour de révolution – aujourd’hui. L’ordre règne ? Sbires stupides ! La révolution dit : j’étais, je suis, je serai.]
Brecht & Weill, Vom ertrunkenen Mädchen, Das Berliner Requiem.

 


Le texte

Bertolt Brecht – La fille noyée (Vom ertrunkenen Mädchen, 1919)

1
Après s’être noyée, comme elle descendait,
En allant des ruisseaux dans les grandes rivières,
Alors l’azur du ciel apparut très étrange
Comme s’il lui fallait apaiser le cadavre.

2
Sur elle s’accrochaient les algues, les fucus,
Si bien que lentement elle devint plus lourde.
Les poissons passaient froids sur sa jambe. Les plantes
Et les bêtes gênaient son tout dernier voyage.

3
Le ciel était le soir comme fait de fumée
Et tenait la lumière en suspension, la nuit,
Grâce aux étoiles, mais très tôt il était clair,
Afin qu’elle ait encor du matin et du soir.

4
Lorsque dans l’eau son corps fut tout à fait pourri,
Il arriva que Dieu peu à peu l’oublia :
Son visage, ses mains, pour finir ses cheveux.
Lors elle fut charogne entre tant de charognes.

***

Traduction de Guillevic

 


 Au cas où notre ancien lien ne fonctionnerait pas, il est possible de voir  cet enregistrement ici : [youtube]http://youtu.be/M2BULDi00xM?list=PL9662A92A882757FD[/youtube]

PHotographie de Brecht et Weill: Photos of Kurt Weill and Lotte Lenya courtesy of the Weill-Lenya Research Center, Kurt Weill Foundation for Music, New York.

20 Déc 2014

Le discours de Rosa Luxemburg devant la commission « Militarisme et conflits internationaux », Congrès socialiste international de Stuttgart, août 1907.

Lire les textes sur la grève de masse et la guerre

Prononcé au nom des social-démocratie russe et polonaise, le discours devant la commission « Militarisme et conflits internationaux » en 1907 est l’un des principaux textes de Rosa Luxemburg faisant le lien entre la lutte contre la guerre et l’appel à la grève. Elle y annonce des amendements à la résolution présentée par Bebel sur la guerre.

Dans ce discours, elle revient tout d’abord sur le Congrès d’Amsterdam de 1904 et à la résolution modérée sur la grève générale qui y avait été votée:

« Pendant le dernier congrès tenu à Amsterdam, en 1904, la question de la grève de masse a été soulevée. Une résolution a été adoptée qui nous déclarait ni assez mûrs, ni assez préparés pour la grève de masse. »

Et elle s’oppose aux positions de Vollmar et Bebel dans le présent Congrès, restés selon elle sur ces bases. Pour Rosa Luxemburg, la Révolution russe de 1905, advenue entre-temps constitue la preuve dialectique et marxiste de la nécessaire évolution de l’Internationale sur ce point. Il convient de tirer les leçons de cette révolution:

« J’ai pensé que si les ombres sanglantes des révolutionnaires se trouvaient parmi nous, elles diraient: Nous vous laissons vos hommages, mais tirez les leçons de notre expérience! »

 Et la leçon de cette expérience est que:

« La Révolution russe ne prend pas seulement sa source dans la guerre; elle a aussi servi à l’interrompre. Sans la Révolution, le pouvoir tsariste aurait certainement continué de mener la guerre. »

 Il est en effet remarquable que les deux Révolutions russes soient ainsi indissociablement liées à la guerre, en 1905 (guerre russo-japonaise) comme en 1917.

Une première leçon avait déjà été tirée selon elle lors du Congrès de Iéna en septembre 1905 qui avait reconnu la grève de masse comme un moyen de lutte de la classe ouvrière, mais la mettait en relation avec le seul droit de vote:

« Dans cette résolution, ce dernier [Elle parle du SPD] faisait apparaître la grève générale qu’il avait rejetée durant des années en la taxant d’anarchisme, comme un moyen auquel il est possible d’avoir recours dans certaines circonstances. Ce n’était pourtant pas le spectre de Nieuwenhuis, mais le fantôme rouge de la Révolution qui planait sur les négociations de Iéna. »

Pour elle, il convient dans la résolution qui sera adoptée d’aller plus loin, en ce sens dit-elle:

« que nous voulons nous assurer que l’agitation effectuée en cas de guerre vise, non seulement la cessation du conflit, mais aussi la mise à profit de la guerre pour accélérer la chute de la domination de classe toute entière. »

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Editions Agone, Agone&Smolny, 2014. P 5/6

14 Déc 2014

Rosa Luxemburg, femme engagée, militante, mais aussi botaniste convaincue. Retour sur une initiative unique « La Quinzaine Rosa Luxemburg » (3)

Une installation  éphémère à Ursa Minor, en Mai 2014 dans le cadre de la quinzaine Rosa Luxemburg organisée par Ensemble Romana et Sabrina Lorre.

Composition pour Glaçons

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13 Déc 2014

Prisons croisées ou lecture en prison de Rosa Luxemburg emprisonnée, lecture. Retour sur une initiative unique « La Quinzaine Rosa Luxemburg » (2)

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2014/12/13/prisons-croisees-ou-lecture-en-prison-de-rosa-luxemburg-emprisonnee/
Prison de Metz-Queuleu, avant même le passage des surveillantes car je refuse de bouger sur ordre, alors que la prison dort encore, et que l’on s’entend presque soi-même respirer et vivre, le café bricolé des détenus devant moi, assise à la table face au ciel qui lentement s’éclaircit, je commence une lecture et un travail quotidien: la correspondance et les écrits de Rosa Luxemburg. Cela fait la sixième prison que j’intègre, et ma troisième année de vie quotidienne avec RL. Militante révolutionnaire, je vis depuis quatre ans au rythme des transferts et de l’isolement, le transfert, c’est pour les femmes le moyen d’isolement préféré de l’AP. Depuis longtemps déjà je proteste par le silence. Alors, en dehors de l’heure de promenade avec deux prisonnières, c’est Rosa Luxemburg qui est mon seul interlocuteur.
Lire Rosa Luxemburg en prison, lire ses lettres en détention, c’est avoir l’impression que la prison reste éternellement même: ses moyens pour tenter de vous soumettre, mais parfois un respect qui ne peut s’empêcher de transparaître pour la volonté inflexible que vous pouvez montrer.
La lecture en prison de Rosa Luxemburg en prison prend une extraordinaire profondeur et une profonde résonance. La description de son quotidien entre silence et travail intellectuel, l’évocation de tout ce que représente un transfert, la condamnation à dix jours pour révolte contre un surveillant qui lui interdit d’aborder un sujet pendant un parloir, tout me parle fortement, étrangement. Le silence qu’évoque RL, est celui qui règne autour de moi, la condamnation fait écho aux nombreux mitards connus pour refus de transfert ou autres et diverses raisons, l’ambivalence du personnel entre respect pour la résistance quotidienne et blessures répétées de mille petites atteintes, je la retrouve dans certaines lettres. Et je retrouve, l’extraordinaire impression d’isolement incommensurable quand des nouvelles terribles vous arrivent: pour RL, les morts de la guerre 14-18.
L’observation du ciel, des innombrables nuances qu’il prend de l’aube à l’aurore, des oiseaux peu romantiques qui squattent la cour, le suivi à distance de la vie quotidienne des prisonnières, nous mettent en phase. La respiration semble parfois se suspendre comme le temps.
Et puis il y a , partagée, l’obstination politique à travailler entre quatre murs malgré la prison. Il y a le regard des surveillante devant ce travail obstiné, il y a l’attention des prisonnières et leurs attentions qui vous arrivent malgré les ordres carcéraux d’isolement.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est affirmer sa résistance mais aussi la permettre.
Les combats en prison ont été nombreux : au mitard de Fleury, une grève dure qui me mènera à l’hôpital pour refus des conditions qui règnent dans les cellules: pas d’eau, repas passé sous les grilles, un mince matelas de mousse sur le sol. Puis après un troisième transfert à Chalon, un jour de Pâques, la montée sur les toits de la prison avec pour tout texte revendicatif un poème de Verlaine: « le ciel est par dessus les toits … ». Un autre combat, à Lille, pour que l’on s’adresse à vous avec correction: refus de douche pendant près de deux mois, la prison cède. A chaque transfert, le refus de la photo entraîne une connaissance étendue et comparée des différents mitards des prisons fréquentése, et à Metz, enfin le refus de faire quelque demande que ce soit, visite ou livres. Et pourtant les livres de RL arrivent dans ma cellule et la seule personne qui a le droit de visite vient un beau matin. La prison a bien voulu céder.
Mais lire Rosa Luxemburg en prison, c’est aussi suivre ses analyses et voir ce qu’elles ont de relevant pour nous aujourd’hui, c’est être portée vers le haut, c’est aiguiser son intelligence, c’est devenir une autre, c’est apprendre et comprendre.
Et surtout, lire Rosa Luxemburg en prison, pour un militant politique, c’est réfléchir à son propre combat, au système que l’on a combattu, et que l’on continue à combattre.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est vivre beaucoup plus intensément, faire tomber les murs, rire toute seule d’une saillie et admirer ses trésors d’écriture.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est vivre consciente et vivre libre.

A lire sur le site de la quinzaine Rosa Luxemburg

13 Déc 2014

Et si les partis avaient appelé à la grève à la déclaration de guerre! Dossier guerre et grève de masse. Le discours de Rosa Luxemburg devant la commission « Militarisme et conflits internationaux » du Congrès de Stuttgart.

La question revient souvent, comment aurait-on pu arrêter le conflit mondial. La réponse a été donnée de manière continue par Rosa Luxemburg: par la grève de masse. Dans ce dossier, vous trouverez les documents sur ce thème qui peuvent aujourd’hui encore alimenter notre réflexion.

 

Le discours de Rosa Luxemburg devant la commission « Militarisme et conflits internationaux », Congrès socialiste international de Stuttgart, août 1907.

Prononcé au nom des social-démocratie russe et polonaise, le discours devant la commission « Militarisme et conflits internationaux » en 1907 est l’un des principaux textes de Rosa Luxemburg faisant le lien entre la lutte contre la guerre et l’appel à la grève. Elle y annonce des amendements à la résolution présentée par Bebel sur la guerre.

Dans ce discours, elle revient tout d’abord sur le Congrès d’Amsterdam de 1904 et à la résolution modérée sur la grève générale qui y avait été votée:

« Pendant le dernier congrès tenu à Amsterdam, en 1904, la question de la grève de masse a été soulevée. Une résolution a été adoptée qui nous déclarait ni assez mûrs, ni assez préparés pour la grève de masse. »

Et elle s’oppose aux positions de Vollmar et Bebel dans le présent Congrès, restés selon elle sur ces bases. Pour Rosa Luxemburg, la Révolution russe de 1905, advenue entre-temps constitue la preuve dialectique et marxiste de la nécessaire évolution de l’Internationale sur ce point. Il convient de tirer les leçons de cette révolution:

« J’ai pensé que si les ombres sanglantes des révolutionnaires se trouvaient parmi nous, elles diraient: Nous vous laissons vos hommages, mais tirez les leçons de notre expérience! »

 Et la leçon de cette expérience est que:

« La Révolution russe ne prend pas seulement sa source dans la guerre; elle a aussi servi à l’interrompre. Sans la Révolution, le pouvoir tsariste aurait certainement continué de mener la guerre. »

 Il est en effet remarquable que les deux Révolutions russes soient ainsi indissociablement liées à la guerre, en 1905 (guerre russo-japonaise) comme en 1917.

Une première leçon avait déjà été tirée selon elle lors du Congrès de Iéna en septembre 1905 qui avait reconnu la grève de masse comme un moyen de lutte de la classe ouvrière, mais la mettait en relation avec le seul droit de vote:

« Dans cette résolution, ce dernier [Elle parle du SPD] faisait apparaître la grève générale qu’il avait rejetée durant des années en la taxant d’anarchisme, comme un moyen auquel il est possible d’avoir recours dans certaines circonstances. Ce n’était pourtant pas le spectre de Nieuwenhuis, mais le fantôme rouge de la Révolution qui planait sur les négociations de Iéna. »

Pour elle, il convient dans la résolution qui sera adoptée d’aller plus loin, en ce sens dit-elle:

« que nous voulons nous assurer que l’agitation effectuée en cas de guerre vise, non seulement la cessation du conflit, mais aussi la mise à profit de la guerre pour accélérer la chute de la domination de classe toute entière. »

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Editions Agone, Agone&Smolny, 2014. P 5/6


Petite précision

On omet souvent le rapport avec ce que vivait concrètement Rosa Luxemburg et qu’elle ne laisse pas transparaître. Rosa Luxemburg, alors qu’elle prononçait ce discours, sortait tout juste de prison (Elle est libérée après deux mois d’emprisonnement le 12 août, le Congrès commence le 18 août) pour appel à la grève face à la guerre lors du Congrès de Iéna (qu’elle évoque dans ce texte)! Ce qui ne l’empêche pas d’être avec Lénine et Martov la cheville ouvrière des modifications de la résolution de cette commission  dans une perspective révolutionnaire plus affirmée comme nous le verrons  dans l’article suivant.

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Article : Quand évoquer simplement la grève de masse, vous conduit en prison! 1907, R. Luxemburg est emprisonnée deux mois pour incitation à la violence. sur comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Rosa Luxemburg a été emprisonnée à plusieurs reprises, pour des discours tendant à contribuer à faire avancer la réflexion et l’action des masses. Ainsi, en septembre 1905 au Congrès du parti à Iena, Rosa Luxemburg intervient sur la grève politique de masse. Cela s’inscrit dans la discussion vive qui commence à enflammer à l’époque le parti. Et c’est pour ce simple discours devant des congressistes, qu’elle sera condamnée le 12 décembre 1906 pour incitation à la violence à deux mois de prison qu’elle effectuera du 12 juin au 12 août 1907 dans la prison des femmes de Berlin, Barnimstr.! Entre le discours et le procès s’écoule plus d’une année. Et le lien entre réflexion et action dans la vie de Rosa Luxemburg apparaît clairement. En effet, le 28 décembre 1905, elle quittait Berlin sous le nom d’Anna Matschke pour rejoindre la révolution russe. Arrêtée le 4 mars 1906 à Varsovie, elle est libérée le 28 juin 1906, alors que Leo Jogiches restait, lui, incarcéré. Elle séjourne d’abord en Finlande: on craignait en effet son arrestation à son retour en Allemagne justement du fait du procès qui lui était intenté. Ces conditions extrêmes ne l’empêchent pas de travailler à son texte majeur sur la grève de masse « Grève de masse, parti et syndicats », qui lui avait été commandé à la fin de 1905 par des instances régionale (Hamburg) et locales du SPD, et qui s’enrichit alors de l’expérience vécue de la révolution russe. Parallèlement, elle ressent intimement la sclérose politique du parti allemand et la nécessité comme elle le dit dans un courrier à Clara Zetkin de contribuer à faire bouger la situation, en particulier en mettant en avant ce concept de grève politique de masse. R. Luxemburg à C. Zetkin, écrite après le 16 décembre 1906. « Parce que j’ai déjà compris – c’est d’une clarté effrayante – que ces choses et ces gens ne pourront changer, tant que la situation n’aura pas changé …Elle fait ainsi tout pour revenir en Allemagne à temps  pour le Congrès de Mannheim en septembre 1906 malgré la menace du procès et de l’emprisonnement et pour pouvoir participer à « la semaine à Mannheim. C’est pour moi l’essentiel », écrit-elle à  Arthur Stadthagen le 11 septembre 1906. Et à la confrontation qui bat son plein entre le courant réformiste et les sociaux-démocrates révolutionnaires sur le rôle de la grève politique de masse comme moyen de lutte de la classe ouvrière. Elle consacrera les mois qui suivent à ce combat. Une simple note en fin de lettre fait référence au procès qui s’approche: « Le 12 avril, j’ai une audience devant le tribunal impérial et je crains bien de me retrouver au trou dès le mois de mai. » Lettre à Kostia Zetkin le 20 mars 1907. (on retrouvera ce courage tranquille devant les procès et la prison par exemple en février 1914). En tous les cas, on voit ici clairement, que la réflexion menée par Rosa Luxemburg sur le lien entre grève de masse et révolution politique n’avait rien d’académique et le pouvoir ne s’y est pas trompé en la condamnant à l’ l’emprisonnement pour un simple discours!


Lettre à Kostia Zetkin : « Et nous allons bientôt nous revoir : les quelques jours avant le 1er ne compte pas, alors il ne reste qu’un mois, car les quelques jours au mois d’août ne comptent pas non plus. Alors tu vois, il faut juste apprendre à compter. » De la prison de Barnimstr. à Berlin, le 17 juin 1907


 

Ce portfolio peut être trouvé sur le site : http://www.college-pevele.fr/spip/IMG/jpg/3_-_pj-21-02-1904.jpg

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13 Déc 2014

Rosa Luxemburg, c’est l’Internationale par essence. Extraits de la « Résolution sur le caractère d’une nouvelle Internationale » et des « Principes directeurs… »

Rosa  Luxemburg, c’est l’Internationale. Militante de la Seconde  Internationale dès ses premières années hors de Pologne, elle en sera l’un des membres les plus actifs, elle y mènera certains de ses principaux combats (voir ses discours, résolutions …). Aussi lorsque celle-ci s’effondrera avec les ralliements nationaux au conflit mondial, elle sera l’une des analystes les plus aiguës de cet effondrement et elle verra dans la reconstruction de l’Internationale le but essentiel de son action, fondant avec des camarades le journal l’Internationale qui n’aura qu’un numéro pour cause d’arrestations et de poursuites, créant un groupe qui portera ce nom et qui donnera naissance à la ligue spartakiste et multipliant entre août 1914 et mai 1916 les textes, comme on peut le lire dans le tome IV des œuvres de Rosa Luxemburg, récemment paru. En pleine guerre, lors de la Conférence nationale du groupe, elle écrit une « Résolution sur le caractère d’une nouvelle Internationale » qui commence ainsi:

 

« La nouvelle Internationale, qui doit se relever après l’effondrement de l’ancienne, le 4 août 1914, ne peut émerger que de la lutte de classe révolutionnaire des masses prolétaires dans les principaux pays capitalistes. L’existence et l’efficacité de l’Internationale ne dépendent pas d’une question d’organisation, de l’entente d’un petit groupe de personnes intervenant en tant que représentants des  couche ouvrières qui tendent à s’opposer, mais elles dépendent du mouvement de masse du prolétariat de tous les pays revenant au socialisme. A la différence de l’Internationale dissoute le 4 août 1914, qui n’était qu’une instance extérieure et dont l’existence ne consistait que dans de vagues rapports entre des petits groupes de chefs de partis et des petits groupes de chefs de syndicats, la nouvelle Internationale, pour représenter une véritable puissance politique, doit s’enraciner dans l’opinion, dans la capacité d’action et dans la pratique quotidienne des masses les plus larges … »

C’est cette idée qu’elle reprendra de manière plus percutante encore dans les « Principes directeurs pour les tâches de la social-démocratie internationale »:

« Le centre de gravité de l’organisation de classe du prolétariat réside dans l’Internationale. L’Internationale décide de la tactique des sections nationales concernant le militarisme, la politique coloniale, le commerce internationale, les fêtes du 1er mai et, de plus, elle décide en temps de guerre de tout ce qui concerne la tactique à adopter. » (Principe No 5)

 

« Le devoir d’appliquer les décisions de l’Internationale précède tous les autres devoirs de l’organisation. Les sections nationales qui contreviennent à ses décisions s’excluent elles-mêmes de l’Internationale. » (Principe No 6)

Le tome IV des œuvres de Rosa Luxemburg s’intitule « La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale ». Pour qui veut comprendre en quoi consistait l’internationalisme, l’on peut dire aussi le combat contre l’impérialisme de Rosa Luxemburg, les indications sont multiples.

 

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Editions Agone, Agone&Smolny, 2014.

P 65 pour le début de la « Résolution sur le caractère d’une nouvelle Internationale ». P 208/ 209 pour l’extrait des « Principes directeurs… »

 

 

 

 

 

 

 

 

08 Déc 2014