Archives mensuelles: mai 2015

Repères bibliographiques. Les cinq emprisonnements de Rosa Luxemburg.

Entre son exil en 1889 et son assassinat en 1919, Rosa Luxemburg sera emprisonnée à 5 reprises : c’est toute une vie marquée par un engagement, des décisions qui mettent sa liberté et sa vie en danger

EXIL / 1889Rosa Luxemburg intègre très tôt le mouvement révolutionnaire, en militant au sein d’un groupe se réclamant du programme de l’organisation révolutionnaire Prolétariat. Elle s’exile en Suisse en 1889. Elle n’a pas vingt ans.

EMPRISONNEMENT 1 / Du 26 août au 25 octobre 1904 (Zwickau) : son premier emprisonnement, elle le connaîtra pour « outrage à l’empereur » après une condamnation le 16 janvier par le tribunal régional de Zwickau. Elle est déjà une militante très connue du mouvement ouvrier allemand et revient du Congrès de l’Internationale auquel elle a pris une part importante. Son chef d’inculpation, avoir critiqué Guillaume II dans l’un de ses nombreux discours publics. Condamnée à trois mois, elle effectue sa peine dans la prison de Zwickau. Une amnistie la libère plus tôt que prévu, le 25 octobre. Une lettre très humoristique sur ce point adressée à Henriette Roland-Horst van Schalk fait référence à cette sortie « précoce ». (Voir sur ce blog)

EMPRISONNEMENT 2 / 4 mars à août 1906, Varsovie : En janvier 1905 éclate la révolution russe. Rosa Luxemburg, sous une fausse identité, rejoint le mouvement insurrectionnel qui touche aussi la Pologne sous domination russe. Elle est arrêtée, emprisonnée et menacée d’exécution. Protégée par sa nationalité allemande,  elle est finalement assignée à résidence, libérée sous caution et rejoint l’Allemagne en décembre.

EMPRISONNEMENT 3 / juin et juillet 1907 : En décembre 1906, elle est condamnée par le tribunal de Weimar à deux mois de prison . Elle aurait incité le prolétariat allemand à suivre l’exemple révolutionnaire russe lors du Congrès du SPD en 1905. Elle est emprisonnée en juin et juillet 1907

EMPRISONNEMENT 4  / Février 1915 à février 1916  : Son combat contre la guerre va l’amener à passer les dernières années de sa vie en prison. Elle appelle à la désobéissance dans un discours à Francfort en septembre 1913. Elle passe en jugement le 20 février 1914. Elle fera appel. Inutilement. Alors qu’elle doit commencer sa peine en décembre 1914, elle est hospitalisée. Elle sera arrêtée brutalement en février alors que l’entrée en prison avait été repoussée en mars.

POURSUITES/ Discours en mars 1914 : Bien que sous le risque de cet emprisonnement,  elle prononce en mars 1914 un nouveau discours où elle dénonce les mauvais traitements infligés aux soldats. Elle est cette fois poursuivie pour insulte à l’armée. Devant l’afflux de témoignages, la procédure s’arrête.

EMPRISONNEMENT 5  / Juillet 1916 au 10 novembre 1918 : Le 1er mai, dans une manifestation unique et d’un immense courage, elle défile aux côtés de militants dont Karl Liebknecht aux cris de A bas la Guerre, à bas le gouvernement. Placée sous surveillance policière, elle est arrêtée le 9 juillet 1916 et placée en détention administrative, c’est-à-dire sans procès. Elle sera l’un des dernières libérées le 10 novembre 1918 grâce à la révolution et l’amnistie politique prononcée le 6.

Elle sera assassinée le 15 janvier comme Karl Liebknecht et comme des milliers d’ouvriers et de soldats spartakistes                en rêve et volonté de révolution.

 

 

 

 

 

 

 

30 Mai 2015

Rosa Luxemburg. Disparition de Feliks Tych en février 2015

Historien polonais, Feliks Tychs a fait beaucoup pour faire connaître la pensée de Rosa Luxemburg. En France, c’est dès 1971 que sont parues les « Lettres à Leo Jogiches » chez Denoël. Sa présence à la Conférence Rosa Luxemburg en 2013 résonnait comme un adieu : il avait eu de grandes difficultés pour dire son texte mais avait pu être encore présent. Nous complèterons prochainement cet article par une esquisse de biographie.

[vimeo]https://vimeo.com/77328340[/vimeo]

Contribution de Feliks Tych « Masses, classes et parti chez Rosa Luxemburg ». A lire sur le net.

 

 

29 Mai 2015

Sur Radio Fréquence Paris Plurielle – Une émission : l’universalité de Rosa Luxemburg

L’émission sur Rosa Luxemburg a pu finalement avoir lieu. Nous remercions cette radio véritablement libre de la parole donnée. Une rediffusion peut être envisagée peut-être. D’autre part, nous en mettrons l’enregistrement  quand nous le recevrons.

Bonjour à tous,

En attendant que l’émission de Claudine « Naïves questions de philosophie » prenne forme, une première émission sur Rosa Luxemburg sera diffusée ce mercredi 27 avril de 17 heures à 18 heures sur Fréquence Paris Plurielle 106.3 FM ou rfpp.net

Naïves questions de philosophie. Présentation par Claudine :
Une émission de philosophie politique tous les 1er & 3ème mardi du mois, à 11h : ras-le-bol des discours, y compris le mien – la philo par les luttes !
L’universalité de Rosa Luxemburg
« L’émission sur Rosa Luxemburg aura donc lieu. Elle naît d’un projet que je n’ai pas pu, su réaliser du vivant de Claudine, qui tenait pourtant tout particulièrement à sa réalisation. Elle sera intitulée l’universalité de Rosa Luxemburg. Elle se comprend comme un hommage à Claudine et à toutes celles et ceux qui se sont saisi(e)s de ce qui représente pour moi l’universalité de Rosa Luxemburg : ce lien entre sensibilité, engagement, réflexion et rigueur. Elle s’appuiera essentiellement sur le témoignage de Sabrina Lorre qui a impulsé une quinzaine Rosa Luxemburg qui a duré un mois et mis en marche plus de 200 personnes dans une multitude d’initiatives et de Valérie Gaudissart, réalisatrice d’un superbe film onirique et réel, la quête de Violette, une gamine qui part sur les traces de Rosa Luxemburg. Ainsi que sur deux textes de Claudine, l’un sur Fanon, l’autre sur L’Art dans la Révolution écrit en 2011 en Tunisie, expression d’aujourd’hui de ce qui fait l’universalité de Rosa Luxemburg. Elle se composera de lectures, témoignages et musiques.
Si cette émission rencontre l’intérêt des auditeurs, deux autres émissions pourraient voir le jour : La pensée et l’action de Rosa Luxemburg (en particulier contre la guerre) et Rosa Luxemburg et la prison.
 
Dominique – comprendre-avec-rosa-luxemburg


Frequence Paris Plurielle

Fréquence Paris Plurielle a été fondée pour donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas : elle est une radio de lutte engagée dans les mouvements sociaux, politiques et culturels. Elle est une radio généraliste, sans publicité, qui émet 24h sur 24. Elle compte une centaine d’émissions assurées par 250 bénévoles, militant-e-s, membres d’associations : émissions politiques et sociales, émissions des communautés immigrées de la région parisienne, émissions (…)

 

29 Mai 2015

En hommage à Maspéro et son rôle dans la publication de textes de Rosa Luxemburg. Bibliographie sur Smolny.

Tout d’abord, dire l’importance du travail du collectif Smolny qui a réalisé cette bibliographie et qui donne ainsi comme sur beaucoup d’autres thèmes des outils d’information et de réflexion essentiels. C’est un travail continu et de grande ampleur qui demande volonté et intelligence politique.

Ensuite souligner la précocité de la démarche de François Maspéro qui met en place cette collection et publie bien avant 68 Rosa Luxemburg.

Souligner aussi que c’est à Georges Haupt qu’il confie l’animation de la collection. Georges Haupt qui a eu une grande importance dans la transmission d’une réflexion politique différente et dont les ouvrages sur les congrès de l’Internationale ont permis l’accès à l’histoire de cette organisation essentielle pour Rosa Luxemburg.

Enfin par ce bref article, rendre hommage à François Maspéro qui vient de disparaître.


 

Bibliothèque Socialiste Maspero

Fiche bibliographique n° 3 ( 1963 – 1980 )

vive la lutte

Présentation :

Collection dirigée par Georges Haupt, décédé en 1978. Si certains titres ont été depuis réédités, beaucoup ne sont disponibles que dans cette collection.


Par ordre de numérotation dans la collection :

— 1. BOUKHARINE Nicolas & PREOBRAJENSKY Eugène, A.B.C. du communisme, préface de Pierre Broué, Paris, Maspero, 1963 ;

 2. LUXEMBURG Rosa, Grève de masses, parti et syndicats, rééd. dans une traduction nouvelle dans la PCM, Oeuvres I, Paris, Maspero, 1964 ;

— 3. LUXEMBURG Rosa, La révolution russe, préface de Robert Paris, Paris, Maspero, 1964 ;

— 4. COLLECTIF, Les bolcheviks et la Révolution d’Octobre, procès-verbaux du Comité Central du parti bolchevique, août 1917 – février 1918, présentation de Guiseppe Boffa, Paris, Maspero, 1964 ;

— 5. LAFARGUE Paul, Le droit à la paresse, préface de Jean-Marie Brohm, rééd. avec une présentation nouvelle de Maurice Dommanget dans la PCM, Paris, Maspero, 1965 ;

— 6. HAUPT Georges, Le congrès manqué : l’Internationale à la veille de la Première Guerre Mondiale, Paris, Maspero, 1965 ;

— 7. COLLECTIF, Staline contre Trotsky, 1924-1926. La révolution permanente et le socialisme dans un seul pays, présentation et choix de textes de Guiliano Procacci, Paris, Maspero, 1965 ;

 8. FRÖLICH Paul, Rosa Luxemburg, sa vie, son oeuvre, Paris, Maspero, 1965 ;

— 9. FISCHER Georges, Le Parti travailliste et la décolonisation de l’Inde, Paris, Maspero, 1966 ;

— 10. ADLER Max, Démocratie et conseils ouvriers, traduction et présentation d’Yvon Bourdet, Paris, Maspero, 1967 ;

— 11. LUXEMBURG Rosa, L’accumulation du capital, présentation d’Irène Petit, 2 vols., Paris, Maspero, 1967 ;

— 12. ARCHIVES MONATTE, Syndicalisme révolutionnaire et communisme, présentation de Colette Chambelland et Jean Maitron, Paris, Maspero, 1968 ;

— 13. HAUPT Georges & MARIE Jean-Jacques, Les bolcheviks par eux mêmes, Paris, Maspero, 1969 ;

— 14. BERNSTEIN Samuel, Auguste Blanqui, Paris, Maspero, 1970 ;

— 15. KOSIK Karel, La dialectique du concret, Paris, Maspero, 1970 et 1978 ;

— 16. DOMMANGET Maurice, Sur Babeuf et la conjuration des Egaux, Paris, Maspero, 1970 ;

— 17. LIEBKNECHT Karl, Militarisme, guerre, révolution, choix de textes et présentation de Claudie Weill, Paris, Maspero, 1970 ;

— 18. LOWY Michaël, La théorie de la révolution chez le jeune Marx, Paris, Maspero, 1970 ;

— 19. SADOUL Jacques, Notes sur la révolution bolchevique, Paris, Maspero, 1971 ;

— 20. GRAS Christian, Alfred Rosmer et le mouvement révolutionnaire international, Paris, Maspero, 1971 ;

— 21. NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome I, Paris, Maspero, 1972 ;

— 22. NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome II, Paris, Maspero, 1972 ;

— 23. FLECHTHEIM Ossip K., Le Parti communiste allemand sous la République de Weimar, Paris, Maspero, 1972 ;

— 24. CONFINO Michaël, Violence dans la violence, le débat Bakounine-Netchaïev, Paris, Maspero, 1973 ;

— 25. KOLLONTAÏ Alexandra, Marxisme et révolution sexuelle, préface et présentation de Judith Stora-Sandor, Paris, Maspero, 1975 ;

— 26. GRANDJONC Jacques, Marx et les communistes allemands, Paris, Maspero, 1974 ;

— 27. HAUPT Georges, LOWY Michael & WEILL Claudie, Les marxistes et la question nationale 1848-1914, Paris, Maspero, 1974 ;

— 28. MAITRON Jean, Le mouvement anarchiste en France. I – Des origines à 1914, Paris, Maspero, 1975 ;

— 29. MAITRON Jean, Le mouvement anarchiste en France. II – De 1914 à nos jours, Paris, Maspero, 1975 ;

— 30. HEMERY Daniel, Révolutionnaires vietnamiens et pouvoir colonial en Indochine, Paris, Maspero, 1975 ;

— 31. LUXEMBURG Rosa, Vive la lutte ! Correspondance 1891-1914, Paris, Maspero, 1975 ;

— 32. MONATTE Pierre, La lutte syndicale, Paris, Maspero, 1976 ;

— 33. WEILL Claudie, Marxistes russes et social-démocratie allemande 1898-1904, Paris, Maspero, 1977 ;

— 34. LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Paris, Maspero, 1977 ;

— 35. SERGE Victor & TROTSKY Léon, La lutte contre le stalinisme, Paris, Maspero, 1977 ;

— 36. BOURDÉ Guy, La défaite du front populaire, Paris, Maspero, 1977 ;

— 37. COHEN Stephen, Nicolas Boukharine, la vie d’un bolchevik, Paris, Maspero, 1979 ;

— 38. LOWY Michaël, Le marxisme en amérique latine de 1909 à nos jours : anthologie, Paris, Maspero, 1980 ;

— 39. HAUPT Georges, L’historien et le mouvement social, Paris, Maspero, 1980 ;

— 40. LUKACS György, Correspondance de jeunesse : 1908-1917, choix de lettres préfacé et annoté par Éva Fekete et Éva Karádi, traduit du hongrois et de l’allemand par István Fodor, József Herman, Ernö Kenéz et Éva Szilágyi, Paris, Maspero, 1981 ;


Sur notre site :

— Fiche bibliographique n° 4 : Petite Collection Maspero ;

— Fiche bibliographique n° 33 : Actes et Mémoires du peuple — Collection Maspero ;

25 Mai 2015

En ce 8 mai 2015, le souvenir de Mathilde Jacob, de Marta Rosenbaum, ces femmes qui ont accompagné Rosa Luxemburg, et de Luise Kautsky, mortes en déportation, s’impose à nous..

Nombreux sont ceux qui apparaissent dans la correspondance de Rosa Luxemburg et qui sont morts en déportation pour leur combat politique ou pour leur origine juive. Femmes âgées, figures connues ou moins du mouvement ouvrier, Marta Rosenbaum, Mathilde Jacob, Luise Kautsky ont été déportées et sont mortes en déportation. Le découvrir un jour au fil du travail sur Rosa Luxemburg renforce la conscience de l’importance de la lutte contre toutes les formes de fascisme et vous paralyse d’émotion. Ainsi,  il faut rappeler ici la déportation de Luise Kautsky à 80 ans, que rien ne put sauver d’avoir été mariée avec Karl Kautsky, semi-aryenne pour les nazis. Et de deux femmes qui ont tant compté dans la vie de Rosa Luxemburg et  tant fait pour sauver les témoignages de son action : Marta Rosenbaum et Mathilde Jacob

Mathilde Jacob

lux_jaco

Mathilde Jacob a tapé de nombreux manuscrits de Rosa Luxemburg. Elle a sorti de prison de nombreuses lettres et textes et ainsi sauvé des documents essentiels dont nous n’aurions jamais eu connaissance. Elle est morte en déportation le 14 avril 1943 dans le camp de Theresienstadt.

Ici l’une des très nombreuses lettres écrites par Rosa Luxemburg et que nous avons publiée sur le blog en février. http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2015/02/08/fevrier-1915-linternationale-la-prison-et-une-magnifique-lettre-a-mathilde-jacob-dossiersuivre-rosa-luxemburg-en-1915/

Lettre à Mathilde Jacob:  « Votre lettre de dimanche a été le premier message écrit reçu du monde extérieur et m’a procuré beaucoup de joie. Je reçois maintenant la deuxième et je vous en remercie. Soyez tout à fait rassurée pour ce qui me concerne, je vais physiquement et moralement tout à fait bien. Le transport en « fourgon vert » lui-même ne m’a causé aucun choc, car j’avais déjà connu le même transport à Varsovie. La ressemblance était si frappante que cela a éveillé en moi toutes sortes de pensées des plus gaies. Une différence cependant, les gendarmes russes m’avaient escortée « en tant que politique » avec le plus grand respect, alors que les policiers berlinois m’indiquèrent que cela leur était complètement égal, de savoir qui j’étais et me mirent dans un fourgon avec neuf autres « collègues ». Mais en fin de compte, ce sont des choses sans importance, et n’oubliez pas que l’on doit aborder la vie, quoi qu’il arrive, avec calme et sérénité. Je possède ici les deux en quantité suffisante. Mais pour que vous ne vous fassiez pas une image exagérée de mon caractère héroïque, je dois avouer ici avec regret que je n’ai pu retenir qu’à grand peine les larmes qui me montaient aux yeux quand je dus pour la deuxième fois me déshabiller jusqu’à la chemise et me laisser fouiller. Naturellement j’étais très en colère au fond de moi d’une telle faiblesse et je le suis encore. De même, le premier soir, ce qui m’a horrifiée, ce n’est pas la cellule, le fait d’avoir été coupée brutalement du monde, mais, imaginez-vous celui de devoir aller dormir sans avoir mis ma chemise de nuit, sans m’être brossé les cheveux. Et afin que ne manque pas une citation classique! Vous souvenez-vous de la première scène de Marie Stuart, alors qu’on lui avait enlevé ses bijoux: [citation de Schiller] (Allez revoir la citation car Schiller l’a certainement bien mieux exprimé que moi!) … Mais je m’égare. Que Dieu punisse l’Angleterre et me pardonne de me comparer à une reine anglaise! De fait, je possède ici « ces petits riens qui embellissent la vie », sous la forme d’une chemise de nuit, d’un petit peigne et de savon – grâce à la bonté et à la patience d’ange de Karl [Liebknecht] – et la vie peut reprendre son cours. Je me réjouis de me lever tôt (5h40) et j’attends que Monsieur le Soleil veuille bien suivre mon exemple, afin que je puisse profiter de ce lever matinal. Ce qui est le plus beau, c’est que je vois et entends lors de la promenade dans la cour des oiseaux: une armée de moineaux insolents qui font parfois un tel bruit que je m’étonne qu’un sévère gardien n’intervienne pas pour faire cesser ce tapage; en outre quelques merles parmi lesquels un grand mâle au bec jaune qui chante de manière tout à fait différente de celui qui me rend visite à Südende. Il bavarde et couine de telle façon que l’on ne peut que rire; peut-être en mars/avril se reprendra-t-il et chantera-t-il comme il se doit. (et là je pense à mes pauvres petits moineaux qui ne trouveront plus leur repas servi sur la petite table du balcon et resteront surpris – Là vous devez obligatoirement versez quelques larmes, cela est trop triste …)

Chère madame Jacob, je vous accorde le plus grand honneur que je peux accorder à un mortel: je vous confie ma Mimi. Mais vous devez attendre encore quelques informations qui vous seront transmises par mon avocat. Alors vous devrez l’emporter dans vos bras (pas dans une quelconque corbeille ou sac !!!) avec l’aide de ma logeuse et prendre les sept merveilles du monde pour Mimi (son coussin, la petite clef, les documents, et s’il vous plaît, s’il vous plaît, son fauteuil rouge auquel elle est habituée). Tout cela devrait tenir dans votre voiture. Mais pour cela, comme je vous l’ai dit, attendez encore quelques jours.

Que faites vous? Lisez-vous beaucoup Je lis toute la journée, quand je ne mange pas, ne suis pas en promenade et ne nettoie pas la cellule. Ce qui est le plus beau, ce sont les deux heures de 7 à 9, ou je suis tranquille, lumière allumée et où je peux penser et travailler pour moi …

Mme Z[Zetkin] est malheureusement si bouleversée que je me fais du souci pour elle.

Je vous remercie de tout cœur, profitez de la vie et restez sereine.

Votre R.L.

Bien entendu je serais ravie de vous voir, mais nous devons attendre. Je n’ai pas le droit de recevoir beaucoup de visite et mes avocats revendiquent ce droit. Allez chercher aussi votre vase dans mon appartement!

 

On peut trouver un article en allemand qui donne des indications précieuses sur Mathilde Jacob sur le site:

L’article donne tout d’abord des indications sur Mathilde Jacob : 153 Briefe schrieb Rosa Luxemburg in den Jahren 1913 bis 1918 an Mathilde Jacob, davon 148 aus dem Gefängnis. Die Briefe von Mathilde Jacob an Rosa Luxemburg sind nicht erhalten. Heinz Knobloch schreibt; „natürlich nicht“. Wieso? Viel ist durch die Recherchen Knoblochs bekannt geworden. Einige Zusätze konnten Sibylle Quack und Rüdiger Zimmermann machen, die 1988 in der Zeitschrift „Internationale wissenschaftliche Korrespondenz zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung“ (IWK) die Erinnerungsschrift von Mathilde Jacob an Rosa Luxemburg herausgaben, auf der Knoblochs Buch wesentlich basiert. Mathilde Jacob, geboren 1873, wohnhaft Altonaer Straße 11, dicht an der S-Bahn-Trasse, Hansaviertel, war seit Dezember 1913 die Schreibkraft Rosa Luxemburgs, später deren Sekretärin. Sie besuchte Rosa Luxemburg im Gefängnis, kümmerte sich um ihre Wohnung, schmuggelte Briefe und politische Texte ins und aus dem Gefängnis, wurde Freundin.

Sur son action courageuse en particulier auprès de Rosa Luxemburg : „Aber sie war noch viel mehr als das: treue, verläßliche, immer hilfsbereite Freundin, zuverlässige und tapfere Widerstandskämpferin und Genossin.“ Bei Quack und Zimmermann heißt es weiter: Stets werde ihre „dienende Funktion“ hervorgehoben. „Ein typisches Frauenschicksal, scheint es. (…) Die helfende dienende, unverheiratet gebliebene Mathilde (…) – war sie nicht auch eine ungeheuer selbständige, mutige, konspirative Persönlichkeit, zunächst während des Ersten Weltkriegs, dann in der Illegalität in der KPD 1919, später in der Hitlerzeit?“ Nach dem Tod Luxemburgs war sie Paul Levis Sekretärin, eines weiteren Weggefährten von Rosa Luxemburg. Sie war verantwortliche Redakteurin seiner Zeitschrift „Unser Weg“ und „Sozialistische Politik und Wirtschaft“. Beide wurden 1921 aus der KPD ausgeschlossen, weil sie den demokratischen Sozialismus der Luxemburg-Linie vertraten, und kehrten mit einigen Mitgliedern der USPD 1922 in die SPD zurück. Paul Levi starb 1930. Ob Mathilde Jacob weiter in der SPD blieb, ist nicht zu ermitteln, da die Mitgliederkarteien der Partei verbrannten.

Il publie des extraits d’une lettre écrite en réponse à une accusation du KPD en 21, où elle décrit son action : „Viele Proletarier werden wohl verwundert gefragt haben, wer wohl das ‚Fräulein’ sein mag, die Rosa Luxemburgs Vertrauen in so hohem Maße besaß, daß sie sogar zur Hüterin ihrer politischen Hinterlassenschaft bestellt wurde … Es widerstrebt mir, von mir selbst zu sprechen. Ist es doch so selbstverständlich, daß man seine Schuldigkeit tat und sie weiter tut. Ich marschierte als einfacher Soldat im Spartakusbund, aber ich habe nie den Kampfesmut verloren, ich habe nie die Arbeit im Stich gelassen, wie so manche der Offensivhelden, die heute in der Zentrale der V. K. P. D. sitzen. Ich arbeitete vor dem Kriege lange Jahre hindurch mit Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Franz Mehring und vielen anderen. Ich leistete in der schwierigsten Zeit während des Krieges Leo Jogiches freiwillige Sekretärdienste. Denn der Spartakusbund hatte keine Mittel, und wir alle, die wir in ihm kämpften und arbeiteten, opferten unseren letzten Pfennig und unsere äußerste Kraft. Es war eine erheblich aufreibendere Arbeit als heute. Wir kamen nicht auf Festung! Wir wanderten in die Gefängnisse, in die Zuchthäuser. Wie schwierig war es, die Beiträge für die Spartakusbriefe zu bekommen! Wer schrieb außer Rosa Luxemburg für die partakusbriefe? Alle Mitteilungen hierfür gingen durch meine Hände, und neben ganz winzigen Beiträgen von anderer Seite schrieb außer Rosa Luxemburg nur – der ‚Opportunist’ Paul Levi … Heute haben ungeheuer viele ihr revolutionäres Herz entdeckt und sprechen von mir als ‚Fräulein’. Aber weshalb ist sie für diese Fräulein und nicht mehr Genossin? Wahrscheinlich, weil ich [für] die Zeitschrift Paul Levis ,Unser Weg’ verantwortlich zeichne. Ja, ich bekenne mich ganz offen zur Richtung Levi …“ Mathilde Jacob verfasste erstmals zum 15. Januar 1929 einen kurzen Artikel zum 10. Todestag von Rosa Luxemburg und Karl Liebknecht in der „Leipziger Volkszeitung“. Die vollständige Version ihrer Erinnerung – es existieren vier Varianten – wird vermutlich 1930 entstanden sein, denn den Tod Levis erwähnt sie noch.

Enfin il décrit la déportation : Was auch immer Mathilde Jacob nach 1930 tat. Sie blieb Rosa Luxemburg und ihrer Sache treu. Sie bewahrte nicht nur deren Briefe an sie, das Gefängnistagebuch, Bilder, Korrespondenz, sondern übergab diese Dokumente 1939 auch unter Lebensgefahr an Ralph H. Lutz von der Hoover Institution in Stanford, Kalifornien, und rettete damit ein wertvolles Erbe. Sich selbst konnte Mathilde Jacob nicht retten. Vielleicht haben die Nationalsozialisten sie nicht als Sozialistin erkannt. Ihr Judentum konnte Mathilde Jacob nicht verbergen. Aus den Briefen, die Neffen Paul Levi aufbewahrten, geht hervor, daß sie verzweifelt versuchte, aus Deutschland herauszukommen. Sie wandte sich an die in den Vereinigten Staaten lebende Schwester Paul Levis und andere Menschen dort. Im Juni 1942 erhielt die 69 Jahre alte Mathilde Jacob, die sich Mathel nannte, um nicht den Zwangsnamen Sara annehmen zu müssen, den Brief, der ihre Deportation ankündigte. Mit dem sogenannten „30. Altertransport“ wurde sie mit 102 anderen Frauen und Männern vom Jüdischen Altersheim in der Großen Hamburger Straße zum Anhalter Bahnhof und nach Theresienstadt verschleppt. Am 27. Juli 1942 fuhr der Zug ab. Mathilde Jacob wurde 1943 im Konzentrationslager Theresienstadt ermordet. Die genauen Umstände ihres Todes sind nicht bekannt. Quack und Zimmermann fanden ein Schreiben des International Rescue and Relief Commitee in New York vom 9. Juni 1943. Darin stellte das Hilfskommitee 500 Dollar für die Ausreise bereit. Gegen den erbitterten Widerstand der CDU im Bezirk Tiergarten konnte im Juni 1995 der Vorplatz des Rathauses Tiergarten in Mathilde-Jacob-Platz umbenannt werden. Dem Bürgerbegehren der CDU für die Rücknahme der Benennung trat eine Initiative entgegen, der Walter Momper, Heinz Knobloch, Margarethe von Trotta und viele andere angehörten.

Gerhild Komander. Der Text erschien zuerst im « Berliner Lindenblatt », März 2008.

 Marta Rosenbaum

 

Lettre de Rosa Luxemburg à Marta Rosenbaum, 10 février 1917 sur https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1917-02-lettre-a-marta-rosenbaum-luxemburg/

Ma petite Marta, très chère ! pour la dernière fois une petite lettre que vous pourrez lire en route. Nota bene : comme vous pouvez vous attendre n’importe quand à être arrêtée à la gare de Berlin en rentrant de Wronke, je vous prie instamment de ne garder aucune lettre, etc., dans votre sac à main, mais de la porter sur vous. Car vous n’êtes pas tenue de vous laisser imposer une fouille corporelle en tant que prévenue, et par la suite, dès que l’occasion se présente, vous pouvez détruire ce qui est nécessaire. Comme cette semaine était délicieuse ! Je garde une impression d’infinie harmonie et de beauté de votre visite. Vous avez raison : Kurt a tant mérité de reconnaissance de nous deux pour nous avoir réunies que rien qu’à cause de cela je dois tout lui pardonner et être bonne avec lui. Et vous avez encore raison quand vous dites :  » il a été projeté hors de sa voie « . Il faut que nous l’aidions à la retrouver. D’ailleurs, il ne faut jamais oublier d’être bon (…) Rappelez-le-moi souvent, car malheureusement j’incline à la sévérité – à vrai dire seulement dans les relations politiques. Dans les rapports personnels, je sais que je suis exempte de toute dureté, et le plus souvent j’incline à pouvoir aimer et à tout comprendre.

Comme c’est dommage que nous nous soyons rencontrées si tard ! Mais, très chère, ce qui m’attire le plus vers vous, c’est précisément la fraîcheur de votre nature, votre ouverture, votre maladresse parfois un peu enfantine. Vous donnez par là une telle impression de jeunesse, de cordialité chaleureuse, que chez vous je ne sens pas l’âge, je n’ai pas non plus l’impression que vous avez gâché vos possibilités. Je crois que vous pouvez encore devenir et réussir tout ce que vous auriez pu être plus tôt. Du reste, cela va peut-être vous surprendre ! je n’attends rien de particulier de vous. Je n’éprouve aucun besoin de jouer à la maîtresse d’école vis-à-vis d’êtres qui me sont chers. Je vous aime telle que vous êtes. Naturellement, je veux que vous ne perdiez pas complètement votre temps dans des besognes journalières,, que vous lisiez de beaucoup de bons livres, que vous aidiez et collaboriez à la grande tâche, mais tout cela, me semble-t-il, vous le pouvez telle que vous êtes, telle que je vous connais. Votre expérience (je pressentais déjà que vous avez subi de dures épreuves, quoique je n’en sache pas plus), vous me la raconterez à Südende, à la campagne, en cueillant des fleurs des champs, n’est-ce pas ? Je veux prendre ma part de vos chagrins et de votre fardeau, j’éprouve le besoin de ne pas vous voir souffrir seule. Peut-être pourrai-je par ma force et mon affection vous soutenir et vous protéger un peu. Et maintenant recevez beaucoup, beaucoup de remerciements pour les belles heures que vous m’avez procurées, pour la chaleur que vous m’avez dispensée, et aussi pour la beauté de vos mains, que je contemple chaque fois avec joie.

De tout cœur, votre Rosa.

Anémone apportée à Rosa Luxemburg en prison et qui se trouve dans l’herbier de Rosa Luxemburg

 

 

lux_mart

Marta Rosenbaum est morte en déportation le 31 octobre 1942 à Theresienstadt

Luise Kautsky

Déportée à plus de 80 ans  et morte en déportation le 8 décembre 1944

 

Portraitfoto von Luise Kautsky

Luise Kautsky

Im September 1944 wurde Luise Kautsky in das Vernichtungslager Auschwitz-Birkenau deportiert. Einige KZ-Häftlinge erkannten die vom tagelangen Transport in einem Deportationszug völlig entkräftete Frau. Sie schmuggelten Luise Kautsky an der Selektionsrampe vorbei in den Krankenblock des Lagers. Lucy Adelsberger, die selbst 1943 aufgrund ihrer jüdischen Herkunft nach Auschwitz deportiert worden war und dort als Häftlingsärztin arbeitete, schrieb später: « Bei aller körperlichen Gebrechlichkeit und Hinfälligkeit war Luise Kautsky geistig von einer Elastizität, die uns Jüngere fast beschämte. An ihrem Willen durchzuhalten, konnten sich die andern ein Beispiel nehmen. » Ähnlich äußerte sich Orli Wald, die Lagerälteste des Krankenblocks: « Schwer krank lag sie im Bett und doch veränderte sie in wenigen Tagen die ganze traurige und hoffnungslose Atmosphäre des Krankenblocks. Sie war eine unerschöpfliche Quelle von Gedanken und Erinnerungen. Die Kranken vergaßen zu stöhnen und hörten zu, wenn sie erzählte. » In den letzten Wochen ihres Lebens wusste Luise Kautsky ihren jüngsten Sohn, Benedikt Kautsky, nur wenige Kilometer entfernt. Benedikt Kautsky (1894-1960) war bereits im Oktober 1942 zur Zwangsarbeit ins KZ Auschwitz-Monowitz verschleppt worden, ein Arbeitslager des Chemiekonzerns IG Farben. Es gelang Helfer*innen, selbst geschriebene Zettelchen zwischen Mutter und Sohn hin und her zu schmuggeln. Trotz aller Bemühungen ihrer Mitgefangenen sie zu retten, starb Luise Kautsky am 8.12.1944. Benedikt Kautsky wurde 1945 im KZ Buchenwald befreit.

http://www.wir-falken.de/themen/verband/8160222.html

08 Mai 2015

Hier comme aujourd’hui, le combat toujours renouvelé pour le 1er mai. Rosa Luxemburg : « Le 1er mai ». Article de 1907.

« Le 1er mai est un élément historique et vivant du combat international des prolétaires et reflète de ce fait fidèlement tous les moments de ce combat depuis près de 20 ans. Vu de l’extérieur, c’est la répétition monotone des mêmes discours et articles, des même revendications et résolutions. C’est pourquoi, ceux dont le regard ne reste qu’à la surface figée des choses et ne perçoivent pas le devenir imperceptible interne des situations, pensent que le 1er mai a perdu son sens du fait de cette répétition, qu’il est pratiquement devenu « une manifestation vide de sens ». C’est seulement derrière cette apparence extérieurement semblable que bat le pouls divers du combat prolétaire, le 1er mai vit avec le mouvement ouvrier et change en fonction de lui, reflète dans ses propres contenus, sa propre atmosphère, ses propres tensions, les situations changeantes du combat de classe. » Rosa Luxemburg, 1907.

Tout au long de sa vie, Rosa Luxemburg a accordé la plus grande des attentions au 1er mai. Vous trouverez sur ce blog une page consacrée à Rosa Luxemburg et le 1er mai: regroupant au fur et à mesure de leur traduction les articles et discours, certains sont déjà disponibles. A plusieurs reprises, elle s’est battue pour son maintien. Ainsi dans les années 1907 à 1911. Les textes de cette période sont d’autant plus d’actualité que l’on assiste aujourd’hui à une volonté claire et destructrice de vider ce jour de son importance. Les médias, sans plus aucune conscience ne donnent la parole qu’à tout ce qui le détruit, de l’extrême-droite à ceux des syndicats qui pour la première fois abandonnent la manifestation de rue pour un des rassemblements en lieux clos. Les textes de Rosa Luxemburg sont une réponse claire sur le sens qu’il y a à manifester partout dans le monde en ce jour. En effet, ces textes s’inscrivent dans une discussion, en particulier au sein du parti ouvrier allemand,  autour de la suppression de cette journée de lutte. Ceci était proposé essentiellement par le mouvement syndical et l’aile réformiste du parti social-démocrate. Rosa Luxemburg, vient de vivre la révolution russe de 1905, elle a écrit son livre majeur sur la grève de masse : elle s’appuie sur le rôle de chaque initiative dans le processus révolutionnaire – et voit donc  dans la fête du 1er mai une manifestation importante en tant que » manifestation directe des masses »-, et contre la dépossession de ces luttes par ceux qui prétendent le représenter. Comme elle l’indique dans cet article de 1907 écrit pour le journal féministe animé par Clara Zetkin, Die Gleichheit (l’égalité)

Le 1er mai. Rosa Luxemburg.  Die Gleichheit, 17e année, Nr 9, P 71 1907

Le 1er mai est un élément historique et vivant du combat international des prolétaires et reflète de ce fait fidèlement tous les moments de ce combat depuis près de 20 ans. Vu de l’extérieur, c’est la répétition monotone des mêmes discours et articles, des même revendications et résolutions. C’est pourquoi, ceux dont le regard ne reste qu’à la surface figée des choses et ne perçoivent pas le devenir imperceptible interne des situations, pensent que le 1er mai a perdu son sens du fait de cette répétition, qu’il est pratiquement devenu « une manifestation vide de sens ». C’est seulement derrière cette apparence extérieurement semblable que bat le pouls divers du combat prolétaire, le 1er mai vit avec le mouvement ouvrier et change en fonction de lui, reflète dans ses propres contenus, sa propre atmosphère, ses propres tensions, les situations changeantes du combat de classe.

La fête du 1er mai a connu trois grandes phases dans son histoire. Les premières années, alors qu’elle devait se frayer un chemin, elle a été accueillie par les prolétariats de tous les pays avec beaucoup d’espoir et d’enthousiasme. La classe ouvrière intégrait une nouvelle arme dans son équipement et les premiers essais pour utiliser cette arme ont galvanisé le sentiment de force et l’ardeur à combattre de millions d’exploités et d’opprimés. De son côté la bourgeoisie de tous les pays l’accueillait avec la plus grande des peurs et la plus profonde haine. La pensée de la manifestation internationale socialiste lui apparaissait comme le spectre de l’ancienne Internationale tant haïe, la décision d’une fête commune de tous les travailleurs du monde comme le glas de la domination bourgeoise. D’où les tentatives ridicules des première années de réprimer le danger du 1er mai par la violence policière et militaire. A la tète de cette colonne armée de la bourgeoisie effrayée, se précipita la « république libre » française, et seulement après elle l’absolutisme tsariste. Le sang prolétarien pour un premier mai coula d’abord à Fourmies en 1891, suivit en 1892 une répression sanglante à Lodz en 1892.

Mais bientôt les classes dirigeantes se calmèrent et reconnurent le caractère purement démonstratif du 1er mai. D’autre part s’installait une longue période de combat essentiellement parlementaire et la construction tranquille des organisations politiques et syndicales. L’année de naissance du 1er mai apporta en Allemagne la fin des « Lois contre les socialistes », en 1893, le prolétariat de Belgique et en 1896 celui d’Autriche entrèrent au parlement. Les années 90 représentèrent une période de travail syndical acharné et de montée irrésistible de la représentation de la classe ouvrière au parlement. Face au combat pour le représentation des travailleurs dans les parlements, les manifestations des travailleurs eux mêmes reculèrent dans l’ombre, de même que, face à l’action positive et la construction des partis ouvriers dans chaque pays, l’idée de communauté internationale du prolétariat. Le 1er mai devient peu à peu une fête pacifique que la société bourgeoise regarde avec une certaine sérénité.

Dans les dernières années, on constate une évolution sensible de la situation de la classe ouvrière. Un fort vent souffle de nouveau sur le champ des luttes. A l’est, la grande révolution russe. En Allemagne une aggravation et une exacerbation du combat politique et économique : une du prolétariat dans l’industrie et une union de tous les partis bourgeois pour exclure la classe ouvrière du parlement. En France, une croisade brutale du gouvernement « radical » contre les syndicats et une série de combats désespérés pour les salaires. Exaspéré par la progression puissante des organisations prolétariennes de ces 15 dernières  années, effrayé par la révolution russe, le capitalisme international devient nerveux, servile, agressif.

Et de ce fait commence pour la fête du 1er mai une nouvelle phase. A partir de l’idée de la possibilité d’une manifestation directe de la masse des prolétaires qui la caractérise, – la seule action politique directe en dehors des élections – elle se sent investie de nouveaux contenus, d’un nouvel esprit, dans la mesure où l’exacerbation des combats de classe place les masses prolétaires de nouveau de plus en plus au premier rang . Plus la réaction, la violence de la bourgeoisie dans les domaines politiques, économiques dispute aux intérêts prolétariens chaque pouce de terrain, plus s’approchent les temps où les masses prendront leur sort en mains, où elles devront en personne combattre pour les intérêts de leur libération de classe. Se préparer à ces temps inévitables à court ou long terme, s’armer pour ces temps de la conscience de ses propres devoirs et de sa propre puissance, c’est actuellement la tâche du prolétariat et pour cela la fête du 1er mai en tant que manifestation directe des masses constitue un moyen pour arriver à cela. En Allemagne, la réponse à l’échec parlementaire de la social-démocratie doit être une fête du 1er mai imposante. La masse des travailleurs doit répondre à la masse unie réactionnaire de la bourgeoisie : vous voulez chasser nos représentants par votre législation, vous voyez que nous sommes nous-mêmes plus décidés, plus unis, plus combattifs.

Un autre élément du 1er mai vient au premier plan avec une force renouvelée: l’internationalisme de la cause ouvrière. Tant que le combat de classe jouit dans chaque pays d’un minimum d’apparence de liberté démocratique, le prolétariat est dominé par les caractéristiques de celui-ci et par les divisions nationales. Cependant, dès que la violence fondamentale du combat de classe monte des profondeurs de la société capitaliste vers la surface, dès que le combat atteint les limites de l’affrontement des masses avec les puissances dominantes, l’idée d’un prolétariat mondial unique et indivisible renaît avec une force accrue. Les préparatifs de la bourgeoisie pour le 1er mai rappelle dans tous les pays rappelle cette année au prolétariat que le combat pour la libération est le même dans tous les pays. Aujourd’hui, à la tête de l’armée des travailleurs de tous les pays se tient le prolétariat russe, le prolétariat de l’empire de la révolution. Et les combats de ce prolétariat, ses expériences, ses problèmes constituent une école où apprendre pour nos prochaines batailles.

Ainsi va cette année le 1er mai, animé par un nouveau souffle puissant, de nouveau, comme à ses débuts, accueilli par la haine et la peur de la bourgeoisie et par l’enthousiasme et la volonté de se battre des masses prolétaires. Dès le début, manifestation pour la journée de huit heures et pour la paix mondiale, elle prend peu à peu la forme d’une révolution prolétarienne. Le 1er mai ne va pas vers son déclin, mais vers un essor inouï, car il sera porté et emporté par le même orage qui gronde à la surface de la société bourgeoise et qui nous conduira au travers des combats les plus intenses, jusqu’aux victoires finales.

01 Mai 2015