Archives par auteur: comprendreavecrosaluxemburg

Tu t’es vu(e) sans Cabu et Lettre ouverte à feu les djihadistes, un texte venu de Saint-Etienne où eut lieu une folle quinzaine Rosa Luxemburg qui devint moi(s).

Tu t’es vu(e) sans Cabu

Lu cette formule dans un journal peu proche, mais la formule exprime si bien le désarroi, que j’avais cru même l’avoir trouvée toute seule.

Une entorse aujourd’hui à la dimension, strictement de recherche sur et à propos de Rosa Luxemburg, de ce blog.

Parce que le texte vient de Saint-Etienne et que cela vient de l’un de ceux rencontrés lors de cette si exceptionnelle quinzaine Rosa Luxemburg. Parce qu’il me semble que Rosa Luxemburg crée ce genre de rencontre avec de belles personnes comme dit le texte.

Et aujourd’hui, parce que Cabu, antimilitariste, penseur libre, aurait eu 77 ans. Et que sa pensée assassinée fait écho sur ce blog.



 Le texte: Lettre ouverte à feu les djihadistes

Alors, ça y est, t’es macab’, six pieds sous terre, prêt à être bouffer par les vers, parce que je t’assure le paradis n’existe pas, et je crois, même s’il existait, il ne t’accepterait pas, c’est pas l’armée du salut, le paradis, tout de même. Dans ta trentaine d’année, toute récente, t’as été pressé de vivre ou plutôt de mourir, tu voulais donner un sens à ta vie, peut-être. Merde on a dû mal t’orienter, c’est pas par là, suis bien le GPS, fais pas de connerie. T’as tapé quoi sur ton tom-tom spirituel : héroïsme ? et on t’a indiqué de tirer sur des vieux dessinateurs de 80 ans. Ben ouais, c’est ça le problème avec les soldes surtout les premiers jours, on est prêt à te refiler pour pas cher n’importe quelle camelote, pourvu que ça fasse marcher le commerce. Ton petit commerce macabre. Parce que c’est ça. Pointer une kalachnikov devant des crayons à papier, quelle bravoure ! C’est quoi le prochain djihad ? Buter un boulanger parce qu’il t’a filé une baguette trop cuite ? Décapiter le gars qui t’aura doublé par la droite ? Les gars que tu voulais tuer n’existent plus, toi, non plus, tout ce qui reste, c’est une grosse merde que t’as pondu. C’est toujours le problème après les fêtes, les chiottes sont débordées ! C’était quoi, ton problème ? Tu ne te sentais pas français ? Rassure-toi, moi non plus. J’ai tendance à dire que d’une certaine façon tu étais plus français que moi, vu que si je remonte à mes origines, mon nom vient de Savoie et qu’à une certaine époque l’Algérie était plus française que ce département. Alors tu vois, niveau communautarisme, moi, personnellement je me sens autant d’affinité avec les bouffeurs de raclette qu’avec les mangeurs de couscous. Que veux-tu, j’aime la vie, la bouffe, la déconnade… enfin jusqu’à un certain niveau. Ta dernière blague m’est restée au travers de la gorge comme un os de poulet. Même si t’es mort, j’ai encore envie de te dire, t’es con ou quoi ? Dans ta petite vengeance personnelle, tu nous laisses, nous, les vivants, bon ou pas, avec cet arrière goût amer. Dans la tête des plus bornés, le pays se retrouve divisé en deux entre pro et anti-musulman. Moi, j’ai une autre manière de partager ce pays : il y a le clan de ceux qui ont deux sous d’intelligence et qui ne feront pas d’amalgame foireux et ceux qui ne chercheront pas plus loin que le bout de leur front pour attiser la haine à tout va. Oui, d’une certaine façon, j’ai envie d’appeler ton acte de bravoure, acte de lâcheté, parce que, toi, maintenant que t’es crevé, tu t’en fous, mais, c’est qui qui va se retrouver avec un plan vigipirate de fou pendant plus de deux ans et peut-être Marine Le Pen en 2017, toute triomphante grâce à toi ? C’était quoi, ton but ? Redorer la popularité d’un président français qui en avait bien besoin ? Il ferait mieux de s’attaquer à la crise économique parce que ça nous a foutus dans la merde toi, comme moi, et c’est cette misère qui crée insidieusement l’obscurantisme et la folie meurtrière. Avec ceux qui restent et qui souffrent, j’ai envie de leur proposer non pas un sursaut républicain à la con (j’imagine Marianne avec un défibrillateur de lois sécuritaires) mais un véritable acte d’amour révolutionnaire. Tout d’abord, qu’on puisse instaurer des minutes de silence sur les réseaux sociaux, voire des heures, qu’est-ce que ça serait bien parfois. Bon, je sais c’est par ce biais là que je m’exprime, mais avoue que c’est plutôt rare. Et puis, à la manière de Gébé, qui a préféré crever plus tôt avant de voir ta tronche de cake ; Dans son film l’an 01, il nous proposait de faire un pas de côté et de voir ce que ça faisait. C’est pas mal comme idée, non ? Allez, salut le moribond, ne m’attends pas, je vais traîner un peu plus sur terre, il y a encore des personnes belles avec qui j’ai envie de partager ma vie.

A très bientôt.



Illustration : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/11/marche-republicaine-le-best-of-des-slogans_1178541

13 Jan 2015

« Nous avons perdu en cette année beaucoup d’amis : Jaurès, notre Faisst … » . Suivre Rosa Luxemburg en 1915

« … Nous avons perdu en cette année beaucoup d’amis : Jaurès, notre Faisst et le petit chat. Une année terrible »

Ce sont les mots qui concluent la dernière lettre pour l’année 1914 dans la Correspondance publiée chez Dietz Verlag.

Dans cette lettre adressée à Kostia Zetkin, Rosa Luxemburg décrit tout d’abord, avec humour et tendresse – comme souvent – la venue d’un merle au milieu des moineaux qu’elle est en train de nourrir sous les yeux attentifs de sa chatte, un merle » grand et maladroit sur ses longues pattes », parmi les  moineaux « tout ronds et agiles ».

Comme souvent cette lettre entremêle des remarques ou infos politiques rapides, qui sont source d’information précieuse pour l’historien. Ici: « Je pars maintenant pour le débat sur la Russie à la maison des syndicats », « La brochure de March[lewski] est un vrai scandale. »

Et elle finit par cette phrase qui montre tant de détresse derrière la dérision: « … Nous avons perdu en cette année beaucoup d’amis : Jaurès, notre Faisst et le petit chat. Une année terrible »




HUGO FAISST

Hugo Faisst était un musicien et avocat, un proche de Rosa Luxemburg. Il a disparu , terrible ironie, LE 30 JUILLET 1914, l’un des PREMIERS MORTS sur le front, l’un des premiers amis et camarades de Rosa Luxemburg à mourir dans cette guerre dont ils avaient tant combattu l’avènement.

Hugo  Faisst était un ami du grand musicien Hugo Wolf dont il interprétait les Leader. Rosa Luxemburg évoque dans l’une de ses lettres de prison un de ces chants qu’Hugo Faisst interprétait pour elle à son anniversaire.

En 1904, un recueil des lettres de Hugo Wolf à Hugo Faisst a été publié. Il a été réédité et reste disponible.



HUGO WOLF

 « Même les petites choses peuvent nous enchanter » dit un lied de Hugo Wolf : perles, olives, rose… mais aussi les lieder de Hugo Wolf eux-mêmes, qui durent souvent une ou deux minutes seulement, mais se dégustent comme un nectar. « Caviar du lied », ont dit certains – où Dominique Hoff puise un florilège de chants variés, de légèreté en intensité, de danse en drame. Chez Wolf, on trouve aussi bien un oiseau qui parle et dit la vérité cruelle sur sa branche (événement “merveilleux” typique des contes traditionnels), qu’un hymne au mystère profond de la nuit qui descend, en passant par le rêve de choucroute d’un soldat affamé… le *Concert Conté* suit son cours, comme une seule grande histoire.

http://www.dominiquehoff.com/DominiqueHoff/Hugo_WOLF.html

A lire ces lignes, ne peut-on imaginer ce qui résonnait de ces lieder en Rosa Luxemburg et mieux imaginer ces moments d’anniversaire et l’univers musical et artistique qu’elle côtoyait.

A écouter, surtout le premier extrait.

http://www.postedecoute.ca/catalogue/album/livre-de-lieder-italiens-hugo-wolf

11 Jan 2015

Contre ce qui a assassiné à Charlie Hebdo, une seule solution … la conscience politique. Comprendre avec Rosa Luxemburg.

Contre ce qui a assassiné à Charlie Hebdo, une seule solution …

En illustration, ce dessin de Wolinski

 

 

09 Jan 2015

Suivre Rosa Luxemburg en 1915. « Au contraire je voulais d’autant plus venir que j’ai reçu de Francfort, le premier jour des vacances, l’ordre d’incarcération ». (inédit)

« Je prends tout cela avec calme, comme tout ce que l’on ne peut pas changer, contrairement au « Vieux » qui est inconsolable, comme un enfant. J’espère que toi aussi tu ne prendras pas cela trop au tragique, je travaillerai sérieusement, comme cela le temps passera facilement et vite. »

Lettre à Kostia Zetkin.                                                                                                                      [Berlin- Südende], le 27 décembre 1914

Niunius, tu m’as offert un si magnifique cadeau avec ce Turner. Ce n’est même plus un cadeau, c’est un véritable don. Je me sens riche comme une princesse et je peux passer des heures à le regarder. Comme mon petit cadeau pour toi semble bien misérable en comparaison. Je ne pouvais malheureusement pas faire plus et je sais que tu recevras bien cette babiole. Niunius, après avoir reçu ta lettre et celle de ta mère, je voulais venir vous rendre visite le deuxième jour férié, car j’avais le sentiment que cela vous ferait vraiment plaisir et que je ne serais pas de trop. J’avais déjà fait mes bagages et j’étais prête à partir, mais je n’ai pas pu  tant je me sentais mal. J’ai certainement une jaunisse ou quelque chose de semblable, car je suis si épuisée que je ne peux pratiquement pas bouger, et je ne  souhaite pas me montrer auprès de vous dans l’état où je suis. Ne pense pas que cela soit quelque chose de grave, je ne prends pas cela au sérieux, je voulais simplement expliquer pourquoi je ne viens pas. Au contraire je voulais d’autant plus venir que j’ai reçu de Francfort, le premier jour des vacances, l’ordre d’incarcération. Le jour n’est pas encore précisé, mais seulement l’indication que je dois purger ma peine ici et que la responsabilité de faire exécuter cet ordre a été transmise au Parquet de Berlin. Cela devient donc sérieux. C’est pourquoi je voulais parler avec ta mère et toi de l’ensemble de la situation et de nos plans; il faudrait le faire, peut-être que ta mère pourra venir si sa santé le permet.

Merci aussi pour le Seeley, je vais le lire tout de suite. Le Turner sera une constante consolation pour moi en prison. Je prends tout cela avec calme, comme tout ce que l’on ne peut pas changer, contrairement au « Vieux » [ndlt: Franz Mehring] qui est inconsolable, comme un enfant. J’espère que toi aussi tu ne prendras pas cela trop au tragique, je travaillerai sérieusement, comme cela le temps passera facilement et vite. Le fait que tu restes ainsi le bec dans l’eau me fait mal aussi. Mais je te conseille de ne pas rester à attendre et de travailler comme si tu ne devais pas partir, c’est le seul moyen pour ne pas perdre de temps et son équilibre intérieur. Il peut encore ainsi s’écouler des mois.

Mimi a eu en cadeau de Gertrud [Zlotto] une jolie petite balle, des figues et des harengs. Moi une jolie photographie de camarades de Duisbourg et un beau calendrier avec un portrait de Jaurès de camarades d’ici. Le temps est merveilleux, de la neige et un léger givre.

Niunius, sois calme et serein et écris moi vite.

Bisou de Mimi et N.



Traduction Dominique Villaeys-Poirré, – Publiée sur le site Comprendre avec Rosa Luxemburg 2, le 3 janvier 2015. Cette lettre est inédite en français. Elle se trouve à la page 30 du tome V de la Correspondance publiée chez Dietz Verlag (édition 1984). Merci pour toute amélioration de la traduction. Elle fait partie du dossier  « Suivre Rosa Luxemburg en 1915 » que nous entamons sur le site.


 

Pour information: on peut lire un article de la Revue des Deux Mondes : Le théoricien de l’impérialisme anglais – Sir J. R. Seeley
Auguste Filon . Revue des Deux Mondes tome 147, 1898

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Th%C3%A9oricien_de_l%E2%80%99Imp%C3%A9rialisme_anglais_-_Sir_J._R._Seeley

03 Jan 2015

Rosa-Luxemburg-Platz. 2015, « Embarquons pour la révolution »

Pour le plaisir

Ce clin d’œil du blog comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com pour l’année 2015. Comme  en 2014, 2013 et 2012, tradition que nous reprenons sur c.a.rl. 2. Rosa-Luxemburg-Platz. Embarquons pour la révolution … 



Cette station a été mise en service en 1913 et a été créée par Alfred Grenander et a été construite avec 4 autres stations pour prolonger la ligne 2 de Alexander-Platz jusqu’à Nordring (aujourd’hui Schönhause-Allee).

 

En 1950, on lui donna le nom de Luxemburger-Platz, d’après la communiste spartakiste Rosa Luxemburg. (Elle défendait les travailleurs et abhorrait l’armée)

 

 

Ce n’est que depuis le 1er mai 1978 qu’elle porte son nom actuel (le prénom a été ajouté).

 

 

A voir à l’adressehttp://pattesdechat.blogspot.com/2011/11/u2-rosa-luxemburg-platz.html

01 Jan 2015

Rosa Luxemburg, Benedetto. Une lecture de Rosa Lux … « allons parle petite femme parle »

allons parle

petite femme

parle

Difficile de trouver le texte d’André Benedetto Rosa Lux. Certainement, il va être réédité. Mais en attendant, il avait été impossible de le lire jusqu’à un cadeau inattendu, inespéré. La lecture aussi est ardue, si l’on s’attend à des repères de temps, d’espace, une construction linéaire alors qu’il faut s’inventer sans cesse sa ponctuation, chercher sans cesse qui parle, de quoi, trouver sans cesse son chemin dans la typographie des mots. Une première lecture échoue. La deuxième est la bonne, quand on se glisse enfin dans la pensée  d »un narrateur aux prises avec les affres de l’imagination, de la création plutôt. On le suit, alors qu’il veut s’imposer une idée, la peste de 172O à Marseille, mais ce qui s’impose finalement à lui, dans un présent désordonné, déstructuré, c’est la présence de Rosa Luxemburg.

Elle est là,

figée dans la photo, le sac noir à la main et ce chapeau.

Elle surgit,

femme superbe femme

dressée mille chevaux

sur la tête celui de Guernica

son casque de nana c’est

le cheval de Guernica-Rubens

Elle se présente

rosa lux

déclinaison

déclinez vos nom prénom profession

rosa lux

née le

à berlin

non à varsovie

morte le

à berlin

oui

assassinée

oui

par qui

oui

par qui

oui

par qui

oui

par

la

so

cial

mo

cra

tie

Un texte surgit, un extrait de lettre de Rosa Luxemburg, sans ponctuation, à l’impromptu, on finit par le reconnaître. C’est un extrait d’une des lettres écrites à Sonia Liebknecht , tirée d’un livre qui vient alors d’être publié en France (en 1970, l’un des plus beaux ouvrages de sa bibliographie. Peut-être ce livre a-t-il déclenché l’écriture de Rosa Lux, on se plaît à le penser).

Et à la fin de ce texte-poème d’André Benedetto magnifique, trois textes s’entrelacent, un extrait d’une autre lettre, de Rosa Luxemburg aujourd’hui devenue un grand classique: les buffles, un compte rendu de ce qui s’est réellement passé à Marseille et la biographie de Rosa Luxemburg. Qui se termine par son assassinat, comme le récit sur Marseille se termine par l’invasion de la peste, comme la lettre de Rosa Luxemburg montre que la cruauté humaine contre ces animaux est une métaphore de la boucherie du premier conflit mondial.

Et le sens du choc des trois événements dans la pensée du narrateur, la grande peste, la guerre de 14 et la répression de la révolution spartakiste où mourut assassinée Rosa Luxemburg, prend alors son sens: c’est la même exploitation capitaliste qui est là à l’œuvre, ce sont les mêmes intérêts qui mènent à la peste, la guerre comme à la répression de la révolution spartakiste.

Et c’est pourquoi l’image de Rosa devait se frayer un passage dans l’esprit conscient du narrateur comme dans nos consciences …

C’est une femme morte

une apparence

remettez-là dans son cercueil

on ne peut plus

elle est vivante

elle respire

qu’elle parle pour elle-même

on a attrapé le temps à la course

dans l’asphyxie du moment tous ensemble

allons parle

petite femme

parle

Ce texte a été écrit en 1970

en une espèce d’hommage

qui tombe à cheval

entre le centenaire de sa naissance

et le cinquantenaire de son assassinat

La  pensée et l’action de Rosa Luxemburg ne cessent de prendre de l’importance, comme le montrent en ce moment les références à ses analyses sur la grève générale en plein mouvement .

Rosa Luxemburg n’a pas fini de parler et de s’imposer à nous.

Dominique Villaeys-Poirré

Publié le 1er novembre 2010 sur Une lecture de Rosa Lux d’André Benedetto ou la présence incessante de Rosa Luxemburg comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Rosa Lux Benedetto
Bibliographie d’André Benedetto http://theatredescarmes.pagesperso-orange.fr/livres.htm

26 Déc 2014

Bowie, Brecht, Weill – De la jeune fille noyée – Rosa Luxemburg


Brecht a  écrit vers 1919 une ballade :  De la jeune fille noyée. Il faisait référence à Rosa Luxemburg, assassinée le 15 janvier et dont le corps avait été jeté dans un canal. Cette ballade fait partie de l’oeuvre de Brecht et Kurt Weill: Das Berliner Requiem. Les éléments d’information suivants sont repris du site www.lesamisdarthur.info :

Après la première guerre, la jeune république de Weimar souhaite associer les compositeurs au développement récent d’un jeune média, la radio. La radio de Francfort commande donc à Kurt Weill une œuvre destinée à une diffusion en direct. Le prétexte est celui de commémorer les 10 ans de la fin de la grande guerre. Weill en profite pour aussi honorer la mémoire de Rosa Luxembourg, communiste pacifiste cofondatrice du parti communiste allemand, assassinée par les extrémistes de droite en 1918. Composé sur un texte de Bertold Brecht à Berlin à la fin 1928, ce « Berliner Requiem » n’échappe pas à l’époque et à l’angoisse croissante qu’elle génère. Cette petite cantate, car tel est son intitulé exact, pour ténor, baryton et chœur d’hommes divisé en 3 voix requiert un orchestre avec bois, cuivres, une guitare, un banjo, des percussions et un harmonium ou un orgue. Des remaniements successifs expliquent qu’il existe plusieurs versions. La version la plus souvent donnée actuellement est celle publiée par David Drew en 2000. Elle se compose de cinq pièces, la ballade de la fille noyée au morbide très expressionniste, l’épitaphe hommage à Rosa Luxembourg morte coupable d’avoir dit la vérité aux pauvres, les premiers et deuxième rapports sur le soldat inconnu sous l’arc de triomphe, dénonciation crue de l’absurdité de la guerre et un choral d’actions de grâce d’une ironie glaçante et parfois également joué en ouverture du « Berliner Requiem ».


On peut voir un magnifique enregistrement par David Bowie de cette cantate sur un site lacrevaison.blogspot.com. Nous l’avions repris sur le blog originel comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com en février 2011 en même temps que les autres éléments d’information de cet article! Pour visionner, cliquer sur le lien écouter-voir.

 écouter-voir

 

BOWIE-BRECHT.jpg

[Rosa Luxemburg, 1919 : la fille jetée dans un canal le 15 janvier, ce jour même, ce jour de révolution – aujourd’hui. L’ordre règne ? Sbires stupides ! La révolution dit : j’étais, je suis, je serai.]
Brecht & Weill, Vom ertrunkenen Mädchen, Das Berliner Requiem.

 


Le texte

Bertolt Brecht – La fille noyée (Vom ertrunkenen Mädchen, 1919)

1
Après s’être noyée, comme elle descendait,
En allant des ruisseaux dans les grandes rivières,
Alors l’azur du ciel apparut très étrange
Comme s’il lui fallait apaiser le cadavre.

2
Sur elle s’accrochaient les algues, les fucus,
Si bien que lentement elle devint plus lourde.
Les poissons passaient froids sur sa jambe. Les plantes
Et les bêtes gênaient son tout dernier voyage.

3
Le ciel était le soir comme fait de fumée
Et tenait la lumière en suspension, la nuit,
Grâce aux étoiles, mais très tôt il était clair,
Afin qu’elle ait encor du matin et du soir.

4
Lorsque dans l’eau son corps fut tout à fait pourri,
Il arriva que Dieu peu à peu l’oublia :
Son visage, ses mains, pour finir ses cheveux.
Lors elle fut charogne entre tant de charognes.

***

Traduction de Guillevic

 


 Au cas où notre ancien lien ne fonctionnerait pas, il est possible de voir  cet enregistrement ici : [youtube]http://youtu.be/M2BULDi00xM?list=PL9662A92A882757FD[/youtube]

PHotographie de Brecht et Weill: Photos of Kurt Weill and Lotte Lenya courtesy of the Weill-Lenya Research Center, Kurt Weill Foundation for Music, New York.

20 Déc 2014

Le discours de Rosa Luxemburg devant la commission « Militarisme et conflits internationaux », Congrès socialiste international de Stuttgart, août 1907.

Lire les textes sur la grève de masse et la guerre

Prononcé au nom des social-démocratie russe et polonaise, le discours devant la commission « Militarisme et conflits internationaux » en 1907 est l’un des principaux textes de Rosa Luxemburg faisant le lien entre la lutte contre la guerre et l’appel à la grève. Elle y annonce des amendements à la résolution présentée par Bebel sur la guerre.

Dans ce discours, elle revient tout d’abord sur le Congrès d’Amsterdam de 1904 et à la résolution modérée sur la grève générale qui y avait été votée:

« Pendant le dernier congrès tenu à Amsterdam, en 1904, la question de la grève de masse a été soulevée. Une résolution a été adoptée qui nous déclarait ni assez mûrs, ni assez préparés pour la grève de masse. »

Et elle s’oppose aux positions de Vollmar et Bebel dans le présent Congrès, restés selon elle sur ces bases. Pour Rosa Luxemburg, la Révolution russe de 1905, advenue entre-temps constitue la preuve dialectique et marxiste de la nécessaire évolution de l’Internationale sur ce point. Il convient de tirer les leçons de cette révolution:

« J’ai pensé que si les ombres sanglantes des révolutionnaires se trouvaient parmi nous, elles diraient: Nous vous laissons vos hommages, mais tirez les leçons de notre expérience! »

 Et la leçon de cette expérience est que:

« La Révolution russe ne prend pas seulement sa source dans la guerre; elle a aussi servi à l’interrompre. Sans la Révolution, le pouvoir tsariste aurait certainement continué de mener la guerre. »

 Il est en effet remarquable que les deux Révolutions russes soient ainsi indissociablement liées à la guerre, en 1905 (guerre russo-japonaise) comme en 1917.

Une première leçon avait déjà été tirée selon elle lors du Congrès de Iéna en septembre 1905 qui avait reconnu la grève de masse comme un moyen de lutte de la classe ouvrière, mais la mettait en relation avec le seul droit de vote:

« Dans cette résolution, ce dernier [Elle parle du SPD] faisait apparaître la grève générale qu’il avait rejetée durant des années en la taxant d’anarchisme, comme un moyen auquel il est possible d’avoir recours dans certaines circonstances. Ce n’était pourtant pas le spectre de Nieuwenhuis, mais le fantôme rouge de la Révolution qui planait sur les négociations de Iéna. »

Pour elle, il convient dans la résolution qui sera adoptée d’aller plus loin, en ce sens dit-elle:

« que nous voulons nous assurer que l’agitation effectuée en cas de guerre vise, non seulement la cessation du conflit, mais aussi la mise à profit de la guerre pour accélérer la chute de la domination de classe toute entière. »

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Editions Agone, Agone&Smolny, 2014. P 5/6

14 Déc 2014

Rosa Luxemburg, femme engagée, militante, mais aussi botaniste convaincue. Retour sur une initiative unique « La Quinzaine Rosa Luxemburg » (3)

Une installation  éphémère à Ursa Minor, en Mai 2014 dans le cadre de la quinzaine Rosa Luxemburg organisée par Ensemble Romana et Sabrina Lorre.

Composition pour Glaçons

P5161427.jpg

P1120233.JPG

P1120288.JPG

P1120229.JPG

P1120278.JPG

13 Déc 2014

Prisons croisées ou lecture en prison de Rosa Luxemburg emprisonnée, lecture. Retour sur une initiative unique « La Quinzaine Rosa Luxemburg » (2)

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2014/12/13/prisons-croisees-ou-lecture-en-prison-de-rosa-luxemburg-emprisonnee/
Prison de Metz-Queuleu, avant même le passage des surveillantes car je refuse de bouger sur ordre, alors que la prison dort encore, et que l’on s’entend presque soi-même respirer et vivre, le café bricolé des détenus devant moi, assise à la table face au ciel qui lentement s’éclaircit, je commence une lecture et un travail quotidien: la correspondance et les écrits de Rosa Luxemburg. Cela fait la sixième prison que j’intègre, et ma troisième année de vie quotidienne avec RL. Militante révolutionnaire, je vis depuis quatre ans au rythme des transferts et de l’isolement, le transfert, c’est pour les femmes le moyen d’isolement préféré de l’AP. Depuis longtemps déjà je proteste par le silence. Alors, en dehors de l’heure de promenade avec deux prisonnières, c’est Rosa Luxemburg qui est mon seul interlocuteur.
Lire Rosa Luxemburg en prison, lire ses lettres en détention, c’est avoir l’impression que la prison reste éternellement même: ses moyens pour tenter de vous soumettre, mais parfois un respect qui ne peut s’empêcher de transparaître pour la volonté inflexible que vous pouvez montrer.
La lecture en prison de Rosa Luxemburg en prison prend une extraordinaire profondeur et une profonde résonance. La description de son quotidien entre silence et travail intellectuel, l’évocation de tout ce que représente un transfert, la condamnation à dix jours pour révolte contre un surveillant qui lui interdit d’aborder un sujet pendant un parloir, tout me parle fortement, étrangement. Le silence qu’évoque RL, est celui qui règne autour de moi, la condamnation fait écho aux nombreux mitards connus pour refus de transfert ou autres et diverses raisons, l’ambivalence du personnel entre respect pour la résistance quotidienne et blessures répétées de mille petites atteintes, je la retrouve dans certaines lettres. Et je retrouve, l’extraordinaire impression d’isolement incommensurable quand des nouvelles terribles vous arrivent: pour RL, les morts de la guerre 14-18.
L’observation du ciel, des innombrables nuances qu’il prend de l’aube à l’aurore, des oiseaux peu romantiques qui squattent la cour, le suivi à distance de la vie quotidienne des prisonnières, nous mettent en phase. La respiration semble parfois se suspendre comme le temps.
Et puis il y a , partagée, l’obstination politique à travailler entre quatre murs malgré la prison. Il y a le regard des surveillante devant ce travail obstiné, il y a l’attention des prisonnières et leurs attentions qui vous arrivent malgré les ordres carcéraux d’isolement.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est affirmer sa résistance mais aussi la permettre.
Les combats en prison ont été nombreux : au mitard de Fleury, une grève dure qui me mènera à l’hôpital pour refus des conditions qui règnent dans les cellules: pas d’eau, repas passé sous les grilles, un mince matelas de mousse sur le sol. Puis après un troisième transfert à Chalon, un jour de Pâques, la montée sur les toits de la prison avec pour tout texte revendicatif un poème de Verlaine: « le ciel est par dessus les toits … ». Un autre combat, à Lille, pour que l’on s’adresse à vous avec correction: refus de douche pendant près de deux mois, la prison cède. A chaque transfert, le refus de la photo entraîne une connaissance étendue et comparée des différents mitards des prisons fréquentése, et à Metz, enfin le refus de faire quelque demande que ce soit, visite ou livres. Et pourtant les livres de RL arrivent dans ma cellule et la seule personne qui a le droit de visite vient un beau matin. La prison a bien voulu céder.
Mais lire Rosa Luxemburg en prison, c’est aussi suivre ses analyses et voir ce qu’elles ont de relevant pour nous aujourd’hui, c’est être portée vers le haut, c’est aiguiser son intelligence, c’est devenir une autre, c’est apprendre et comprendre.
Et surtout, lire Rosa Luxemburg en prison, pour un militant politique, c’est réfléchir à son propre combat, au système que l’on a combattu, et que l’on continue à combattre.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est vivre beaucoup plus intensément, faire tomber les murs, rire toute seule d’une saillie et admirer ses trésors d’écriture.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est vivre consciente et vivre libre.

A lire sur le site de la quinzaine Rosa Luxemburg

13 Déc 2014