M. Actualité de Rosa Luxemburg

Claudine Romeo a disparu. Notre émission sur Rosa Luxemburg n’aura jamais lieu …

Le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre sur notre blog est celui-ci. Notre rêve d’une nouvelle quinzaine Rosa Luxemburg, j’aurais voulu qu’elle en soit l’une des chevilles ouvrières. Je la sentais si proche, si sensiblement proche, si intimement interpellée par tout ce que Rosa Luxemburg peut représenter, de sensibilité, d’engagement et de conscience. Et cela, elle ne l’aura jamais su, comme elle n’aura jamais réalisé ce désir si profond d’une série d’émissions sur Rosa Luxemburg qu’elle me pressait régulièrement de faire. Le temps non mesuré, l’incapacité de percevoir l’urgence et l’essentiel, le manque d’imagination sur les disparitions possibles aura laissé filer le temps, la possibilité d’entendre sa voix sur ce thème, d’enrichir pour elle, pour nous, pour tous notre compréhension de l’apport de Rosa Luxemburg à la pensée et à l’humanité des engagements.

Rien d’autre à dire, mais beaucoup à pleurer …

Dominique Villaeys-Poirré

 

13 Fév 2015

Tu t’es vu(e) sans Cabu et Lettre ouverte à feu les djihadistes, un texte venu de Saint-Etienne où eut lieu une folle quinzaine Rosa Luxemburg qui devint moi(s).

Tu t’es vu(e) sans Cabu

Lu cette formule dans un journal peu proche, mais la formule exprime si bien le désarroi, que j’avais cru même l’avoir trouvée toute seule.

Une entorse aujourd’hui à la dimension, strictement de recherche sur et à propos de Rosa Luxemburg, de ce blog.

Parce que le texte vient de Saint-Etienne et que cela vient de l’un de ceux rencontrés lors de cette si exceptionnelle quinzaine Rosa Luxemburg. Parce qu’il me semble que Rosa Luxemburg crée ce genre de rencontre avec de belles personnes comme dit le texte.

Et aujourd’hui, parce que Cabu, antimilitariste, penseur libre, aurait eu 77 ans. Et que sa pensée assassinée fait écho sur ce blog.



 Le texte: Lettre ouverte à feu les djihadistes

Alors, ça y est, t’es macab’, six pieds sous terre, prêt à être bouffer par les vers, parce que je t’assure le paradis n’existe pas, et je crois, même s’il existait, il ne t’accepterait pas, c’est pas l’armée du salut, le paradis, tout de même. Dans ta trentaine d’année, toute récente, t’as été pressé de vivre ou plutôt de mourir, tu voulais donner un sens à ta vie, peut-être. Merde on a dû mal t’orienter, c’est pas par là, suis bien le GPS, fais pas de connerie. T’as tapé quoi sur ton tom-tom spirituel : héroïsme ? et on t’a indiqué de tirer sur des vieux dessinateurs de 80 ans. Ben ouais, c’est ça le problème avec les soldes surtout les premiers jours, on est prêt à te refiler pour pas cher n’importe quelle camelote, pourvu que ça fasse marcher le commerce. Ton petit commerce macabre. Parce que c’est ça. Pointer une kalachnikov devant des crayons à papier, quelle bravoure ! C’est quoi le prochain djihad ? Buter un boulanger parce qu’il t’a filé une baguette trop cuite ? Décapiter le gars qui t’aura doublé par la droite ? Les gars que tu voulais tuer n’existent plus, toi, non plus, tout ce qui reste, c’est une grosse merde que t’as pondu. C’est toujours le problème après les fêtes, les chiottes sont débordées ! C’était quoi, ton problème ? Tu ne te sentais pas français ? Rassure-toi, moi non plus. J’ai tendance à dire que d’une certaine façon tu étais plus français que moi, vu que si je remonte à mes origines, mon nom vient de Savoie et qu’à une certaine époque l’Algérie était plus française que ce département. Alors tu vois, niveau communautarisme, moi, personnellement je me sens autant d’affinité avec les bouffeurs de raclette qu’avec les mangeurs de couscous. Que veux-tu, j’aime la vie, la bouffe, la déconnade… enfin jusqu’à un certain niveau. Ta dernière blague m’est restée au travers de la gorge comme un os de poulet. Même si t’es mort, j’ai encore envie de te dire, t’es con ou quoi ? Dans ta petite vengeance personnelle, tu nous laisses, nous, les vivants, bon ou pas, avec cet arrière goût amer. Dans la tête des plus bornés, le pays se retrouve divisé en deux entre pro et anti-musulman. Moi, j’ai une autre manière de partager ce pays : il y a le clan de ceux qui ont deux sous d’intelligence et qui ne feront pas d’amalgame foireux et ceux qui ne chercheront pas plus loin que le bout de leur front pour attiser la haine à tout va. Oui, d’une certaine façon, j’ai envie d’appeler ton acte de bravoure, acte de lâcheté, parce que, toi, maintenant que t’es crevé, tu t’en fous, mais, c’est qui qui va se retrouver avec un plan vigipirate de fou pendant plus de deux ans et peut-être Marine Le Pen en 2017, toute triomphante grâce à toi ? C’était quoi, ton but ? Redorer la popularité d’un président français qui en avait bien besoin ? Il ferait mieux de s’attaquer à la crise économique parce que ça nous a foutus dans la merde toi, comme moi, et c’est cette misère qui crée insidieusement l’obscurantisme et la folie meurtrière. Avec ceux qui restent et qui souffrent, j’ai envie de leur proposer non pas un sursaut républicain à la con (j’imagine Marianne avec un défibrillateur de lois sécuritaires) mais un véritable acte d’amour révolutionnaire. Tout d’abord, qu’on puisse instaurer des minutes de silence sur les réseaux sociaux, voire des heures, qu’est-ce que ça serait bien parfois. Bon, je sais c’est par ce biais là que je m’exprime, mais avoue que c’est plutôt rare. Et puis, à la manière de Gébé, qui a préféré crever plus tôt avant de voir ta tronche de cake ; Dans son film l’an 01, il nous proposait de faire un pas de côté et de voir ce que ça faisait. C’est pas mal comme idée, non ? Allez, salut le moribond, ne m’attends pas, je vais traîner un peu plus sur terre, il y a encore des personnes belles avec qui j’ai envie de partager ma vie.

A très bientôt.



Illustration : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/11/marche-republicaine-le-best-of-des-slogans_1178541

13 Jan 2015

Contre ce qui a assassiné à Charlie Hebdo, une seule solution … la conscience politique. Comprendre avec Rosa Luxemburg.

Contre ce qui a assassiné à Charlie Hebdo, une seule solution …

En illustration, ce dessin de Wolinski

 

 

09 Jan 2015

Rosa-Luxemburg-Platz. 2015, « Embarquons pour la révolution »

Pour le plaisir

Ce clin d’œil du blog comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com pour l’année 2015. Comme  en 2014, 2013 et 2012, tradition que nous reprenons sur c.a.rl. 2. Rosa-Luxemburg-Platz. Embarquons pour la révolution … 



Cette station a été mise en service en 1913 et a été créée par Alfred Grenander et a été construite avec 4 autres stations pour prolonger la ligne 2 de Alexander-Platz jusqu’à Nordring (aujourd’hui Schönhause-Allee).

 

En 1950, on lui donna le nom de Luxemburger-Platz, d’après la communiste spartakiste Rosa Luxemburg. (Elle défendait les travailleurs et abhorrait l’armée)

 

 

Ce n’est que depuis le 1er mai 1978 qu’elle porte son nom actuel (le prénom a été ajouté).

 

 

A voir à l’adressehttp://pattesdechat.blogspot.com/2011/11/u2-rosa-luxemburg-platz.html

01 Jan 2015

Rosa Luxemburg, Benedetto. Une lecture de Rosa Lux … « allons parle petite femme parle »

allons parle

petite femme

parle

Difficile de trouver le texte d’André Benedetto Rosa Lux. Certainement, il va être réédité. Mais en attendant, il avait été impossible de le lire jusqu’à un cadeau inattendu, inespéré. La lecture aussi est ardue, si l’on s’attend à des repères de temps, d’espace, une construction linéaire alors qu’il faut s’inventer sans cesse sa ponctuation, chercher sans cesse qui parle, de quoi, trouver sans cesse son chemin dans la typographie des mots. Une première lecture échoue. La deuxième est la bonne, quand on se glisse enfin dans la pensée  d »un narrateur aux prises avec les affres de l’imagination, de la création plutôt. On le suit, alors qu’il veut s’imposer une idée, la peste de 172O à Marseille, mais ce qui s’impose finalement à lui, dans un présent désordonné, déstructuré, c’est la présence de Rosa Luxemburg.

Elle est là,

figée dans la photo, le sac noir à la main et ce chapeau.

Elle surgit,

femme superbe femme

dressée mille chevaux

sur la tête celui de Guernica

son casque de nana c’est

le cheval de Guernica-Rubens

Elle se présente

rosa lux

déclinaison

déclinez vos nom prénom profession

rosa lux

née le

à berlin

non à varsovie

morte le

à berlin

oui

assassinée

oui

par qui

oui

par qui

oui

par qui

oui

par

la

so

cial

mo

cra

tie

Un texte surgit, un extrait de lettre de Rosa Luxemburg, sans ponctuation, à l’impromptu, on finit par le reconnaître. C’est un extrait d’une des lettres écrites à Sonia Liebknecht , tirée d’un livre qui vient alors d’être publié en France (en 1970, l’un des plus beaux ouvrages de sa bibliographie. Peut-être ce livre a-t-il déclenché l’écriture de Rosa Lux, on se plaît à le penser).

Et à la fin de ce texte-poème d’André Benedetto magnifique, trois textes s’entrelacent, un extrait d’une autre lettre, de Rosa Luxemburg aujourd’hui devenue un grand classique: les buffles, un compte rendu de ce qui s’est réellement passé à Marseille et la biographie de Rosa Luxemburg. Qui se termine par son assassinat, comme le récit sur Marseille se termine par l’invasion de la peste, comme la lettre de Rosa Luxemburg montre que la cruauté humaine contre ces animaux est une métaphore de la boucherie du premier conflit mondial.

Et le sens du choc des trois événements dans la pensée du narrateur, la grande peste, la guerre de 14 et la répression de la révolution spartakiste où mourut assassinée Rosa Luxemburg, prend alors son sens: c’est la même exploitation capitaliste qui est là à l’œuvre, ce sont les mêmes intérêts qui mènent à la peste, la guerre comme à la répression de la révolution spartakiste.

Et c’est pourquoi l’image de Rosa devait se frayer un passage dans l’esprit conscient du narrateur comme dans nos consciences …

C’est une femme morte

une apparence

remettez-là dans son cercueil

on ne peut plus

elle est vivante

elle respire

qu’elle parle pour elle-même

on a attrapé le temps à la course

dans l’asphyxie du moment tous ensemble

allons parle

petite femme

parle

Ce texte a été écrit en 1970

en une espèce d’hommage

qui tombe à cheval

entre le centenaire de sa naissance

et le cinquantenaire de son assassinat

La  pensée et l’action de Rosa Luxemburg ne cessent de prendre de l’importance, comme le montrent en ce moment les références à ses analyses sur la grève générale en plein mouvement .

Rosa Luxemburg n’a pas fini de parler et de s’imposer à nous.

Dominique Villaeys-Poirré

Publié le 1er novembre 2010 sur Une lecture de Rosa Lux d’André Benedetto ou la présence incessante de Rosa Luxemburg comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Rosa Lux Benedetto
Bibliographie d’André Benedetto http://theatredescarmes.pagesperso-orange.fr/livres.htm

26 Déc 2014

Retour et réflexion sur « La Quinzaine Rosa Luxemburg » à Saint-Etienne » (1)

Un dossier sur la quinzaine Rosa Luxemburg.

 

rosaltrs

Sur la photo Sabrina Lorre et Emilie Weiss.

Elle a eu lieu en mai 2014 et prévue pour une quinzaine a duré près d’un mois. L’originalité de la démarche, le nombre de personnes qui se sont senties concernées et qui ont participé, la qualité des apports en termes de pensée ou artistiques nous amènent à revenir sur cette expérience et à ouvrir un dossier sur ce moment exceptionnel. Et à donner accès aux documents relatifs à cette Quinzaine.

L’article ci-dessous est celui paru dans Forez info en novembre 2013 et témoigne de la genèse de l’action.

 » L’idée est d’évoquer, chacun à sa mesure, la pensée foisonnante et la vie de Rosa Luxemburg.  »

Sabrina Lorre dirige l’Ensemble Romana. En mai 2012, il avait organisé à Saint-Etienne (en partenariat avec l’association Petits Travaux et le Chok Théâtre) la Quinzaine Brautigan, rendant hommage à l’écrivain et poète américain.  En mai 2014, une autre quinzaine aura donc lieu, sur le même principe (lectures, débats, déambulations, expositions…), autour de la vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg. Ce chantier a été présenté le 5 novembre au Chok Théâtre au cours d’une soirée de très bon augure.

Des propositions, des envies…, contact:  ensemble.romana@gmail.com

Une marelle dans la ruelle. Les noms inscrits sont ceux d’Olympe de Gouges (lire), Flora Tristan, Louise Michel, Rosa Luxemburg, Clara Zetkin, Hannah Arendt et Rosa Parks. Signalons en passant que Louise Michel et Flora Tristan sont venues à Saint-Etienne. Flora Tristan, en 1844, avait été dégoûtée par la ville et ses habitants. Quant à Rosa Luxemburg, on sait qu’elle s’intéressa à la situation stéphanoise en 1909. Dans une lettre citée par Claude Cherrier*, adressée à Jogiches, elle indique avoir reçu un courrier de Bracke (Alexandre-Marie Desrousseaux, membre du Parti Ouvrier Français).  » Il m’enverra dans quelques jours un article sur Saint-Etienne », écrit-elle.

 

Rosa Luxemburg en bref

Polémiste, écrivain, révolutionnaire, Rosa Luxemburg a occupé une position privilégiée dans le mouvement socialiste international des vingt premières années du XXe siècle. Théoricienne de l’action politique, elle a aussi pesé directement sur le cours des événements. 


Elle naît en 1870 dans la partie russe de la Pologne. Elle milite très tôt dans la social-démocratie. Ayant fui en Suisse, elle prend contact avec les partis socialistes occidentaux dont elle rencontre les dirigeants. Dotée d’une très grande culture dans divers domaines (en sciences naturelles notamment), elle connaît les partis ouvriers de l’Est et de l’Ouest et peut discuter dans leur langue à la fois avec Jaurès et Lénine. En 1899, elle fait paraître une série d’articles sous le titre Réforme sociale ou révolution ?

Elle prend la nationalité allemande en contractant un mariage blanc et anime l’aile gauche du SPD, lequel devait éclater en trois fractions – Majoritaires, Centristes et Spartakistes – d’où naîtront, quelques années plus tard, des partis distincts: le SPD, l’USPD (Socialistes indépendants) et Communistes. En septembre 1904, elle est incarcérée une première fois après une condamnation pour outrage à l’empereur Guillaume II. Elle publie en 1913 L’Accumulation du capital. En 1916 paraît la première des dix lettres de Spartakus qui inaugurent le rassemblement des socialistes minoritaires opposés à l’Union sacrée et que renforce la publication d’un ouvrage de Rosa Luxemburg (édité à Zurich): La crise de la social-démocratie.

Elle est à plusieurs reprises condamnée pour son activité antimilitariste et c’est entre quatre murs qu’elle passe la majeure partie de la guerre. Dès sa sortie de prison, en novembre 1918, elle se charge de la rédaction du journal Le Drapeau rouge. Elle meurt en janvier 1919, assassinée après avoir été arrêtée par des soldats des corps francs berlinois lors de la répression du mouvement spartakiste. Ses derniers mots, couchés sur le papier à la fin d’un article, auraient été:  » J’étais, je suis, je serai ! »

Détail d’un des dessins d’Emilie Weiss exposés au Chok Théâtre lors de la présentation du chantier. Emilie Weiss évoque le corps végétal et la violette du poème de Goethe, cité par Rosa Luxemburg dans une de ses lettres. De son herbier et sa dépouille, il avait été question en 2009 quand un mystérieux cadavre sans tête avait « refait surface » dans les sous-sols d’un hôpital de Berlin…

« L’essentiel est d’être quelqu’un de bon ! Si on est bon, juste bon, tout se résout et se tient, et c’est bien mieux que toute l’intelligence et l’obstination du monde. » (lettre à Hans Diefenbach, 5 mars 1917)

 » (…) Et dans cette atmosphère fantomatique, soudain, le rossignol qui était sur l’érable devant ma fenêtre se mit à chanter !! Au milieu de la pluie, des éclairs, du tonnerre, il carillonnait clair comme une cloche; il chantait comme s’il était ivre, possédé, il voulait couvrir le bruit du tonnerre, éclairer ce crépuscule – jamais je n’ai rien entendu de plus beau. Sur le fond du ciel, tantôt plombé, tantôt pourpre, son chant étincelait comme de l’argent. C’était si mystérieux, si inconcevablement beau. – Sans le vouloir, je répétais le dernier vers du poème de Goethe: Ah, si tu étais là !… » (lettre à S. Liebknecht, 3 juin 1917)

Rosa Luxemburg a écrit de nombreuses lettres, en particulier lors de sa détention, d’une grande diversité mais toujours d’un naturel transparent. Elles furent adressées à Léo Jogiches, Kostia et Clara Zetkin, Hans Diefenbach, Mathilde Jacob, sa secrétaire, Sophie Liebknecht, seconde épouse de Karl Liebknecht (l’autre martyr de 1919), ou encore Luise Kautsky… Celle-ci, comme Mathilde Jacob, trouva la mort dans un camp nazi.  

 » Dans sa cellule, elle était un défi à toutes les pesanteurs », a écrit Anouk Grinberg**.  » Jamais je n’ai vu de présence au monde plus irriguée et plus libre, zigzaguant des sciences à la littérature, de la morale aux animaux, des plantes à l’histoire, etc. Elle n’était pas non plus en friche du côté des sentiments: aucun ne lui était étranger. Elle pouvait tout souffrir, sauf la peine des autres… »  

* « Rosa Luxemburg et Saint-Etienne », dans le cahier d’histoire n°9 de l’IHS Benoît Frachon (2005)
** Rosa, la vie (textes choisis par Anouk Grinberg, 2009). Un autre recueil: Lettres à Sophie (2002)

 

29 Nov 2014

Une semaine avec Junius (2). De « socialisme ou barbarie » à « socialisme ou impérialisme ». Courte remarque sur une expression si souvent reprise de Rosa Luxemburg.

De « socialisme ou barbarie » à « socialisme ou impérialisme »

 

De la brochure de Junius, on a surtout repris la notion de « socialisme ou barbarie« , qui a connu une audience sans précédent.

A l’occasion de la lecture du Tome IV des œuvres complètes de Rosa Luxemburg, consacré à la guerre et l’Internationale, on trouve  dans l’un des textes publié pour la première fois en français « Reconstruction de l’Internationale », l’expression: socialisme ou impérialisme. Cette alternative, c’est celle qui parcourt cependant tous les textes de ce tome.

Alors, se demander en quoi l’une a fait plus « recette » que l’autre, n’est-ce pas se poser de fait la question de la perception de Rosa Luxemburg,  de l’impasse faite souvent sur le penseur politique marxiste.


A l’occasion de la publication du tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, nous consacrons sur le site une semaine à cette publication essentielle des textes de Rosa Luxemburg autour de l’éclatement en 1914 du conflit mondial, et de la faillite de  la social-démocratie. Le texte majeur que l’on connaît sous le nom de Brochure de Junius, à la fois sombre, poignant et terriblement lucide, a été ici retravaillé pour ce qui concerne sa traduction, on y ressent pleinement ce lyrisme, cette écriture si forte qui caractérise l’expression de Rosa Luxemburg. Ce texte est mis en perspective et prend toute son importance grâce d’une part à la relation faite à l’un des moments essentiels de l’action de Rosa Luxemburg auparavant:  son intervention au Congrès de Stuttgart en 1907 et d’autre part à l’action qu’elle développera ensuite autour du concept et de l’idée d’organisation internationale du prolétariat. On découvre ainsi que  l’Internationale n’est pas un simple slogan mais est devenue pour elle la  dimension organique, nécessaire, constitutive de l’action du mouvement ouvrier. Cet ouvrage fait ainsi comprendre mieux que tout la conception de Rosa Luxemburg de l’Internationale, conception qui naît de son expérience et de sa réflexion et qui se cristallise dans les « Principes directeurs » publiés à la fin de ce volume. Dans l’extrait que nous choisissons de publier en premier, Rosa Luxemburg pointe un fait rarement compris: la disparition sur les fronts, de la classe ouvrière, en particulier de la classe ouvrière éduquée, consciente et engagée et ce que cela signifiera ensuite pour nous qui connaissons l’issue de l’histoire, la montée du fascisme que plus rien n’enrayera plus. En souhaitant que la beauté tragique et la lucidité de ce texte vous  incite à aller plus avant dans la lecture de cet ouvrage.

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Editions Agone &Smolny, 2014. P 26

05 Nov 2014

Une semaine avec « Junius » (1). A l’occasion de la publication du tome IV des Oeuvres complètes de Rosa Luxemburg.

 » Et avec chacun d’eux, c’est un combattant de l’avenir, un soldat de la révolution, un de ceux  qui libéreront l’humanité du joug du capitalisme qui descend dans la tombe. »

 

A l’occasion de la publication du tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, nous consacrons sur le site une semaine à cette publication essentielle des textes de Rosa Luxemburg autour de l‘éclatement en 1914 du conflit mondial, et de la faillite de  la social-démocratie. Le texte majeur que l’on connaît sous le nom de Brochure de Junius, à la fois sombre, poignant et terriblement lucide, a été ici retravaillé pour ce qui concerne sa traduction, on y ressent pleinement ce lyrisme, cette écriture si forte qui caractérise l’expression de Rosa Luxemburg. Ce texte est mis en perspective et prend toute son importance grâce d’une part à la relation faite à l’un des moments essentiels de l’action de Rosa Luxemburg auparavant:  son intervention au Congrès de Stuttgart en 1907 et d’autre part à l’action qu’elle développera ensuite autour du concept et de l’idée d’organisation internationale du prolétariat. On découvre ainsi que  l’Internationale n’est pas un simple slogan mais est devenue pour elle la  dimension organique, nécessaire, constitutive de l’action du mouvement ouvrier. Cet ouvrage fait ainsi comprendre mieux que tout la conception de Rosa Luxemburg de l’Internationale, conception qui naît de son expérience et de sa réflexion et qui se cristallise dans les « Principes directeurs » publiés à la fin de ce volume. Dans l’extrait que nous choisissons de publier en premier, Rosa Luxemburg pointe un fait rarement compris: la disparition sur les fronts, de la classe ouvrière, en particulier de la classe ouvrière éduquée, consciente et engagée et ce que cela signifiera ensuite pour nous qui connaissons l’issue de l’histoire, la montée du fascisme que plus rien n’enrayera plus. En souhaitant que la beauté tragique et la lucidité de ce texte vous  incite à aller plus avant dans la lecture de cet ouvrage.


Une semaine avec Junius (1) : « C’est notre force, notre espoir qui est fauché quotidiennement en rangs serrés comme l’herbe sous la faux. »

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Editions Agone &Smolny, 2014. P 195 – 197

 » Mais la fureur présente de la bestialité impérialiste sur le sol européen a encore un autre effet, pour lequel « le monde civilisé » n’a ni un regard épouvanté ni le cœur tressaillant de douleur : c’est la disparition en masse du prolétariat européen. Jamais une guerre n’a exterminé dans de telles proportions des couches entières de population. Jamais, depuis un siècle, une guerre n’a saisi de cette sorte l’ensemble des grands et anciens pays civilisés d’Europe. Dans les Vosges, dans les Ardennes, en Belgique, en Pologne, dans les Carpates, sur la Save, des millions de vies humaines sont anéanties, des milliers d’hommes sont frappés d’infirmité. Mais neuf dixièmes de ces millions de victimes sont constitués par la population laborieuse des villes et des campagnes. C’est notre force, notre espoir qui est fauché quotidiennement en rangs serrés comme l’herbe sous la faux. Ce sont les meilleures forces du socialisme international, les plus intelligentes, les plus instruites, ce sont les porteurs des traditions les plus sacrées du mouvement ouvrier moderne, et de son héroïsme les plus intrépides, les troupes d’avant-garde de l’ensemble du prolétariat mondial – les ouvriers d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de Russie – qui sont maintenant réduits au silence, abattus en masse. C’est seulement d’Europe, c’est seulement de ces pays capitalistes que peut venir, lorsque l’heure sonnera, le signal de la révolution sociale qui libérera l’humanité. Seuls les ouvriers anglais, français, belges, allemands, russes et italiens peuvent prendre ensemble la tête de l’armée des exploités et des opprimés des cinq continents. Quand le temps sera venu, eux seuls peuvent demander des comptes et exercer les représailles pour les crimes séculaires du capitalisme envers tous les peuples primitifs et pour son œuvre d’anéantissement sur l’ensemble du globe. Mais la progression du socialisme exige un prolétariat fort et capable d’agir, instruit, des masses dont la puissance réside aussi bien dans leur culture intellectuelle que dans leur nombre. Et ce sont précisément ces masses qui sont décimées par la guerre mondiale. Des centaines de milliers d’hommes, dans leur jeunesse ou dans la fleur de l’âge, dont l’éducation socialiste, en Angleterre, en France, en Belgique, en Allemagne et en Russie, était le produit d’un travail d’agitation et d’instruction de dizaines d’années, et d’autres centaines de milliers, qui, demain, auraient pu être gagnés au socialisme, tombent et tuent misérablement sur les champs de bataille. Le fruit de dizaines d’années de sacrifices et d’efforts de plusieurs générations a été détruit en quelques semaines. La fine fleur des troupes du prolétariat a été coupée à la racine.

La saignée de la boucherie de Juin avait paralysé le mouvement français pour une quinzaine d’années. La saignée du carnage de la Commune l’a encore retardé de dix ans. Ce qui a lieu maintenant est un massacre de masse sans précédent qui réduit toujours plus la population ouvrière adulte de tous les pays civilisés aux femmes, vieillards et infirmes. C’est une saignée qui menace de faire perdre tout son sang au mouvement ouvrier européen. Encore une telle guerre mondiale et les perspectives du socialisme seront ensevelies sous les décombres amoncelés par la barbarie impérialiste …

La guerre mondiale se révèle être non seulement un crime grandiose mais aussi un suicide de la classe ouvrière européenne. Ce sont bien les soldats du socialisme, les prolétaires d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de Russie, de Belgique, qui se massacrent les uns les autres depuis des mois sur ordre du capital, qui s’enfoncent  les uns les autres dans le cœur le fer glacial du meurtre, qui basculent ensemble dans la tombe en s’enlaçant les uns les autres d’une étreinte mortelle … Les dividendes montent et les prolétaires tombent. Et avec chacun d’eux, c’est un combattant de l’avenir, un soldat de la révolution, un de ceux  qui libéreront l’humanité du joug du capitalisme qui descend dans la tombe … »

31 Oct 2014

« Le centre de gravité de l’organisation de classe réside dans l’Internationale. » La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale, Tome IV des oeuvres de Rosa Luxemburg.

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale, tel est le titre du quatrième tome des œuvres complètes des œuvres de Rosa Luxemburg qui va paraître cette semaine.

La logique de ce projet éditorial est de publier dans un même volume un ensemble de textes de Rosa Luxemburg sur un thème précis pour mettre en lumière une pensée en construction, une cohérence et donner accès dans un même ouvrage aux grands textes universellement connus (mais révisés, retravaillés) et à des documents inédits,

Ce tome replace ainsi « La brochure de Junius », un des textes les plus poignants, les plus lucides et  les plus documentés de Rosa Luxemburg, dans l’ensemble de son combat contre la guerre, et fait comprendre mieux que tout l’internationalisme intrinsèque de sa pensée et de son action.

Le texte qui clôture ce tome s’intitule « Les principes directeurs de la social-démocratie internationale »: il contient cette affirmation qui est la leçon tirée par Rosa Luxemburg du conflit de 1914 et de l’échec de la social-démocratie:

« Le centre de gravité de l’organisation de classe réside dans l’Internationale. »

Ce n’est pas une phrase en l’air, ce n’est pas un slogan, c’est l’aboutissement d’une réflexion que ce tome suit et transmet pour notre réflexion et notre action aujourd’hui.


C’est une publication du Collectif Smolny aux Editions Agone. Le prix de 18 euros en est volontairement abordable. Précédents tomes: Introduction à l’économie politique (2009), A l’école du socialisme (2012), Le socialisme en France (2013).

19 Oct 2014

A l’occasion de la publication du Tome IV des oeuvres de Rosa Luxemburg, débat le 18 octobre à Paris

Samedi 18 octobre 2014 à 16h, débat au CICP, 21ter rue Voltaire, Paris 11

Métro ligne 9 station Rue des Boulets.


Présentation par Eric Sevault (du collectif Smolny) du tome 4 des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg (La Brochure de Junius, la Guerre et l’Internationale), qui sortira à ce moment, puis débat sur le thème : « Rosa Luxemburg et l’opposition internationaliste contre la Première Guerre mondiale ».

Ce centenaire de la barbarie que fut la Première Guerre mondiale est l’occasion de revenir sur l’épreuve de vérité que constitua cet événement pour le mouvement ouvrier. Si beaucoup se rallièrent à l’Union sacrée, l’indépendance de classe et l’internationalisme furent réaffirmés par des militants de tous pays. C’est le texte écrit en prison par Rosa Luxemburg qui demeure la meilleure expression de ce courant : La Crise de la social-démocratie, également appelée « brochure de Junius », publiée sous pseudonyme. Elle y décrivait l’objectif socialiste face au conflit : « l’éradication de la guerre et l’obtention aussi rapide que possible d’une paix imposée par la lutte internationale du prolétariat« . Aujourd’hui, en pleine crise mondiale du capitalisme, et alors que la guerre déchire plusieurs régions, cette lutte reste plus que jamais d’actualité.

Débat organisé et animé par Critique Sociale.

18 Oct 2014