N. La Quinzaine Rosa Luxemburg à Saint-Etienne

Sur les pas de Rosa Luxemburg, le voyage de Violette … Le film en cadeau de Valérie Gaudissart sur Vimeo.

Un jour je découvre le film de Valérie Gaudissart. Trois films en un : la famille qui crée le désir de fugue, l’aller onirique, le retour réalité si proche de l’irréel. C’est le voyage de Violette dont la grand-mère communiste meurt, la famille n’est pas à la hauteur, Violette s’en va sur les pas de Rosa Luxemburg jusqu’à la lointaine prison silésienne où Rosa Luxemburg passera les années de guerre. Sensibilité, réflexion, volonté, c’est l’écho donné par ce film à Rosa Luxemburg. Je rencontrerai Valérie à la Quinzaine Rosa Luxemburg. La rencontre sera celle que je pensais et souhaitais. Valérie Gaudissart, aujourd’hui, dans une démarche si logique pour elle donne accès à ses films. En souhaitant que vous ressentiez tout ce que nous avons pu ressentir.

Voir le film de Valérie Gaudissart, Violette sur les pas de Rosa Luxemburg.  Des scènes que je n’ai pas oubliées, les enfants de Silésie, la chorale des anciens mineurs, les réfugiés Kosovars, les policiers polonais qui trouvent Violette en chemin vers la prison de Breslau, la lecture partout, à tout propos par Violette  des lettres de Rosa Luxemburg. D.V.P.

 


Bonjour les amis ! comme je suis en train de bien avancer les prochains projets de films, j’en profite pour vous faire cadeau des anciens. Voici donc 4 films à regarder sur viméo, il suffit de cliquer sur les liens. (vous pouvez faire suivre à qui vous voulez) … Valérie

Ich bin eine Terroristin

Une belle nuit, Violette, 11 ans et 3 mois, va ficher le camp. Dans son baluchon, quelques chocos BN, l’urne des cendres de sa grand-mère communiste chérie et un livre : les lettres de prison de Rosa Luxemburg. Les lettres de Rosa, sa Rosa, cette « grande grande révolutionnaire allemande », assassinée en 1919 dont elle se sent aujourd’hui l’héritière. Elle ira marcher dans ses pas, s’enfoncera de plus en plus loin vers l’Est et essaiera, avec son insouciance de gamine, de changer le monde à sa manière.

Avec : Mathilde Besse, Benoit Giros, Sylvia Etcheto, Friedhelm Ptok, Tadeusz Lomniski, Marcin Kuzminski, Monique Couturier, Marie Cariès, Blandine Pélissier.

Musique de Morton Potash. Co-scénariste: Cécile Vargaftig.

Production: Juliette Grandmont pour Clandestine Films.

 –       Ich bin eine Terroristin, 1h37, 2010 : https://vimeo.com/121620116

Céleste

Dans le ventre de Céleste, tout doucement l’eau frémit. Dans sa tête dure comme la caillasse, son secret s’épaissit. Un jour pourtant, revl’à le printemps, l’herbe verte et les grands amusements… Avec Sylvia Etcheto, Nathalie Boutefeu, Benoit Giros, Jean-Marie Frin, Hervé Falloux.

Musique de Morton Potash.

Production: Juliette Grandmont pour Artcam International

–       Céleste, 42 min, 2005 : https://vimeo.com/121595663

Mes Insomnies

Comme d’autres partent ensemble en voyage de noces, Solange part seule en voyage de dépit : Saint-Michel sur Orge, Saint-Michel des Bois, Mont-Saint-Michel… Et que tous ces lieux qui portent le prénom de son ancien amant sachent qu’elle a dans la bouche une blessure pleine de sang… Avec Nathalie Boutefeu, Benoît Giros, Hervé Falloux, Blandie Pélissier, Aliocha Dernov. Musique : Roland Cahen, Morton Potash.

 –       Mes insomnies, 30 min, 2001 : https://vimeo.com/121668507 

Apesanteurs

 Agnès bénéficie d’une permission de sortie pour circonstances familiales, Agnès erre dans les rues de Paris… Avec Nathalie Boutefeu, Blandine Pélissier, Pascal Cervo, François Caron, Yongsoo Cho. Musique : Roland Cahen.

–       Apesanteurs, 20 min, 1999 : https://vimeo.com/121452154 

24 Avr 2015

Il est une communauté invisible que créent certaines personnalités qui relient tous les liens sensibles et conscients. Un montage sur le texte de Claudine Roméo, Art dans la révolution. En contre-point à Rosa Luxemburg.

“Le sentiment que certains font s’unir le meilleur de chacun”

Il est une communauté invisible que créent certaines personnalités qui relient tous les liens sensibles et conscients qui nous parcourent. C’est le sentiment vécu lors de certains engagements. C’est le réel vécu lors de la quinzaine Rosa Luxemburg. C’est ce qui est souvent vécu avec les textes et lettres de  Rosa Luxemburg. C’est ce qui naît de ce rapprochement du texte de Claudine et de ces vignettes crées à partir de graphes sur les murs de Tunis. Le sentiment que certains font s’unir le meilleur de chacun . D.V.P. C’est ce que nous avons vécu lors de l’enterrement de Claudine.

L’inhumation, ce vendredi 27 février, a rassemblé plus de 200 personnes. La soirée hommage s’est poursuivie jusqu’à une heure du matin, entre danse, chants, textes, photos; multiples hippocampes légers et irisés, oxymore d’une force fragile qui nous a rassemblés comme nous avaient rassemblés les lettres en prison de Rosa Luxemburg, qui avaient mis en acte à Saint-Etienne, aussi près de deux cents personnes, chacune avec sa sensibilité et sa pensée …


 Texte pour l’Ecole des Beaux Arts de Tunis ( Isbat ) Art dans la Révolution

(Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir)

 

Tunis 0 couverture 0

Peu de temps pour formuler et écrire, beaucoup de « bonne » fatigue, provoquée par l’émotion, l’urgence à penser et faire les choses, au cœur de l’environnement unique créé en ce moment, au milieu des choses  pensées et faites par les autres, mes sœurs et frères, mes camarades tunisiens .

 

Tunis 1 0Ne rien faire, ne pas penser, mais comment ne pas  être  propulsée dans ce tourbillon intense et créatif, tourbillon de forces centripètes et centrifuges ?  Forces qui vont “dans tous les sens”, surtout dans le bon sens, le Sens de l’Histoire.  Ne rien faire serait se comporter en touriste de la Révolution des autres. Or, bien sûr qu’elle appartient à tout le monde, cette Révolution. Mais pas à ceux qui veulent et parfois peuvent, même, se l’approprier et la récupérer. Comme pour le reste, il n’y a pas de propriété privée de la Révolution.

Donc, pour moi, en venant vous voir et en venant à l’Isbat, bien sûr , je viens pour m’informer et informer : mais ce travail d’information sur certains médias à ma disposition, et de création de réseaux entre nous et vous, d’un continent à l’autre , est la contribution élémentaire que je pouvais porter auprès de vous. Mais, plus inattendu, la dispersion,  la diversité de l’activité philosophique, le fait que le philosophe est un « touche à tout », et s’occupe de ce qui ne le regarde pas, peut le rendre à même d’établir des rapprochements entre vous. C’est un spécialiste des généralités, ou plutôt, de l’universel,  alors, donc, plus inattendu, il contribue à créer des rhizomes entre vous, quand vous ne les avez pas encore établis vous-mêmes.

Tunis 2 0 Mon regard et ma position transversale, à travers quelques milieux révolutionnaires tunisiens qui ne se fréquentent pas encore, peut être utile : La position universelle de l’Art, pour lequel il s’agit, comme pour la Philosophie, de « créer des concepts-« , par exemple d’ici, de Tunisie, facilite la fluidité d’une forme de pensée critique à une autre  .

 Et aussi, la fréquentation d’autres métiers rend des choses possibles : – jusqu’aux jeunes chômeurs, puisque la Révolution est venue d’eux, artisans, paysans, ouvriers en grève à Gafsa ou à Gabès et à Sfax, imprimeurs, et aussi, juristes , avocats, enseignants, aviateur – ils sont en grève en ce moment à Monastir – employés des télécoms, postiers, avocats,  économistes, que j’ai eu la chance de pratiquer ces jours-ci.

Prolétaires  « de tous pays », mais aussi de toutes régions et de tous genres, dans leurs œuvres,  ils se côtoient. Le faire, déjà, la mise en œuvre, ou la main à la pâte, s’il s’agit d’un boulanger, cette position de touche-à-tout (où tous deviennent artistes et  philosophes) peut à tout instant en nouer les liens, en tricoter les radicelles, et en faire des  “nœuds”

Tunis 3 0

… Décidément voilà que je cite Deleuze déjà 3 fois de manière cryptique … subconsciente même pour moi pendant que je vous écris cette lettre, je m’en aperçois seulement à l’instant,…

Je ne reviens pas sur la fabrique de concepts, concept et formulation verbale, ce n’est pas la même chose.

Le concept de l’art peut être rouge, dur, horizontal. Il peut être syncopé ou d’un phrasé musical net et «  andante », comme les concepts de Mozart, ou débordant, quasi baroques, comme ceux de Frank Zappa. On aura compris que lorsqu’on parle de l’Art fabricant des concepts, comme la philosophie, il ne s’agit vraiment pas – sauf cas très particulier – de l’art dit «  conceptuel » qui n’est qu’un cas de figure – c’est le cas de le dire !!- un cas historique particulier, d’ailleurs pas clôturé encore à ce jour.

L’Art plastique, la Musique, la définition que j’en donnerais, et la Poésie, loin d’être des conduites de fuite loin du réel, sont au contraire des activités d’intimité resserrée et quasi amoureuse avec le réel. Un rapport d’intimité  que la Science, par exemple, ne pratique pas, ou il s’agirait plus de proximité distante, objectivante, pour cette Activité scientifique,

L’Art, même le plus contrôlé, et le plus « froid», pratique à coup sûr cette intimité , cette présence au réel qui enchante l’artiste, le fait s’envoler dans l’urgence de dire , de sortir, de faire émerger et bourgeonner cette sève qui lui vient du réel.

Tunis 4 0

Il ne peut être que dans une appartenance radicale à cette terre , à ce monde. Sauf que, différent de la pensée magique, comme pourrait le dire Lévi-Strauss, bien qu’articulé à tout instant à elle, il ne subit PAS passivement son cadeau, mais le transforme immédiatement et toujours de manière unique. La mythologie le fait aussi, mais au cours des siècles et de manière subconsciente, sinon inconsciente, car toujours collective. Alors que , si l’art est parfois collectif, c’est par choix, et dans le ici et maintenant de l’histoire : de l’Histoire tout court, et de …l’histoire de l’art, de sa propre histoire, donc.

Tout ceci n’était qu’un long préambule méthodique.

Mais qui peut engendrer des conclusions et des effets radicalement rapides et éclatants .

Par exemple,  La réalité qui nous occupe et nous porte en ce moment, c’est la Révolution, cette révolution tunisienne si particulière, si inouïe et inattendue,

 Tunis 5 0

Alors, l’art doit être- est- dans cette proximité folle inouïe, tout aussi impossible que la révolution elle-même, cette révolution, et alors, et il la fait, la produit dans la mesure de moyens, même très réduits. Et aussi, cet art est modulé, induit, insufflé et tendu, dans la droite ligne de la dynamique révolutionnaire, il multiplie ses interventions, il parle à chacun son langage, affect et pensée critique concrète tout ensemble. Il est dans le politique, tout à fait, mais ce Politique-là qui nous importe et nous fait vivre.

Tunis 6 0Et ce n’est pas un propos d’intellos –même de gauche !- que je tiens ici, j’ai vérifié cent fois cette réalité concrète de l’art. Il n’est pas alors, « au service » de la Révolution, ni là pour illustrer, orner, rendre belle la Révolution. Elle est intensément existante et belle, si je voulais plagier Sartre : pour lui, il n’y a pas de Nature humaine, donc pas d’essence de l’homme, il n’y a que de l’existence. Je dirais que, comme pour la réalité de l’homme, il n’a que de l’existence, et pas d’essence, Pour une- ou une autre, Révolution, il n’y a pas d’idée générale. Les occidentaux, ou de toute manière, ceux qui voient la Tunisie « de loin » , se demandent si ce qui se passe, ici, dans la rue, c’est La Révolution, si cela correspond bien à la définition du dictionnaire, si ici, c’est fidèle à l’idée abstraite de Révolution, en bons « intellectuels de gauche », ils concluent presque toujours « ça n’est pas une Révolution ».

 Pour la Révolution , et la vôtre, la nôtre ici et maintenant, il n’y a que de l’existence aussi.

Tunis 7 0

Et sa réalité trouve ses multiples et libres actes , “artistiques dans l’acte même – Sidi Bouzid, ou la rue de Tunis- ou dans l’expression concrète simultanée de l’acte , L’ART, qui est un acte aussi.

Je crois que si on s’en tient à cette analyse, de la Révolution comme Réalité, l’artiste, les artistes ne peuvent tomber, ni dans la mièvrerie, ni dans la confusion – danger si redoutable en ce moment électoraliste.

Pour nous,  ce réel si urgent, si pressant, au battement de cœur et de sang si forts, NOUS DONNE SA FORCE .

Tunis 9 0Pour Artifekt, 1er Mai 20011.  texte n° 1

A lire sur le blog de Claudine : http://claudine-romeo.over-blog.com/article-texte-pour-ll-ecole-des-beaux-arts-de-tunis-isbat-art-dans-la-revolution-75488789.ht

Montage de Janie à partir du texte de Claudine sur des graphes photographiés par Christophe à Tunis

03 Mar 2015

Claudine Romeo a disparu. Notre émission sur Rosa Luxemburg n’aura jamais lieu … Toutes ces absences qui se font si présentes

Le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre sur notre blog est celui-ci. Notre rêve d’une nouvelle quinzaine Rosa Luxemburg, j’aurais voulu qu’elle en soit l’une des chevilles ouvrières. Je la sentais si proche, si sensiblement proche, si intimement interpellée par tout ce que Rosa Luxemburg peut représenter, de sensibilité, d’engagement et de conscience. Et cela, elle ne l’aura jamais su, comme elle n’aura jamais réalisé ce désir si profond d’une série d’émissions sur Rosa Luxemburg qu’elle me pressait régulièrement de faire. Le temps non mesuré, l’incapacité de percevoir l’urgence et l’essentiel, le manque d’imagination sur les disparitions possibles aura laissé filer le temps, la possibilité d’entendre sa voix sur ce thème, d’enrichir pour elle, pour nous, pour tous notre compréhension de l’apport de Rosa Luxemburg à la pensée et à l’humanité des engagements.

Rien d’autre à dire, mais beaucoup à pleurer …

Dominique Villaeys-Poirré


Ce que nous répond une camarade:

… toutes ces absences qui se font si présentes

C’est beau et l’émission pourra peut-être avoir lieu sans elle présente physiquement mais riche de toutes ces absences qui se font si présentes au cours des années qui passent et qui nous permettent de suivre des chemins de Rosa à Claudine par exemple en sera un supplémentaire.

14 Fév 2015

Claudine Romeo a disparu. Notre émission sur Rosa Luxemburg n’aura jamais lieu …

Le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre sur notre blog est celui-ci. Notre rêve d’une nouvelle quinzaine Rosa Luxemburg, j’aurais voulu qu’elle en soit l’une des chevilles ouvrières. Je la sentais si proche, si sensiblement proche, si intimement interpellée par tout ce que Rosa Luxemburg peut représenter, de sensibilité, d’engagement et de conscience. Et cela, elle ne l’aura jamais su, comme elle n’aura jamais réalisé ce désir si profond d’une série d’émissions sur Rosa Luxemburg qu’elle me pressait régulièrement de faire. Le temps non mesuré, l’incapacité de percevoir l’urgence et l’essentiel, le manque d’imagination sur les disparitions possibles aura laissé filer le temps, la possibilité d’entendre sa voix sur ce thème, d’enrichir pour elle, pour nous, pour tous notre compréhension de l’apport de Rosa Luxemburg à la pensée et à l’humanité des engagements.

Rien d’autre à dire, mais beaucoup à pleurer …

Dominique Villaeys-Poirré

 

13 Fév 2015

Tu t’es vu(e) sans Cabu et Lettre ouverte à feu les djihadistes, un texte venu de Saint-Etienne où eut lieu une folle quinzaine Rosa Luxemburg qui devint moi(s).

Tu t’es vu(e) sans Cabu

Lu cette formule dans un journal peu proche, mais la formule exprime si bien le désarroi, que j’avais cru même l’avoir trouvée toute seule.

Une entorse aujourd’hui à la dimension, strictement de recherche sur et à propos de Rosa Luxemburg, de ce blog.

Parce que le texte vient de Saint-Etienne et que cela vient de l’un de ceux rencontrés lors de cette si exceptionnelle quinzaine Rosa Luxemburg. Parce qu’il me semble que Rosa Luxemburg crée ce genre de rencontre avec de belles personnes comme dit le texte.

Et aujourd’hui, parce que Cabu, antimilitariste, penseur libre, aurait eu 77 ans. Et que sa pensée assassinée fait écho sur ce blog.



 Le texte: Lettre ouverte à feu les djihadistes

Alors, ça y est, t’es macab’, six pieds sous terre, prêt à être bouffer par les vers, parce que je t’assure le paradis n’existe pas, et je crois, même s’il existait, il ne t’accepterait pas, c’est pas l’armée du salut, le paradis, tout de même. Dans ta trentaine d’année, toute récente, t’as été pressé de vivre ou plutôt de mourir, tu voulais donner un sens à ta vie, peut-être. Merde on a dû mal t’orienter, c’est pas par là, suis bien le GPS, fais pas de connerie. T’as tapé quoi sur ton tom-tom spirituel : héroïsme ? et on t’a indiqué de tirer sur des vieux dessinateurs de 80 ans. Ben ouais, c’est ça le problème avec les soldes surtout les premiers jours, on est prêt à te refiler pour pas cher n’importe quelle camelote, pourvu que ça fasse marcher le commerce. Ton petit commerce macabre. Parce que c’est ça. Pointer une kalachnikov devant des crayons à papier, quelle bravoure ! C’est quoi le prochain djihad ? Buter un boulanger parce qu’il t’a filé une baguette trop cuite ? Décapiter le gars qui t’aura doublé par la droite ? Les gars que tu voulais tuer n’existent plus, toi, non plus, tout ce qui reste, c’est une grosse merde que t’as pondu. C’est toujours le problème après les fêtes, les chiottes sont débordées ! C’était quoi, ton problème ? Tu ne te sentais pas français ? Rassure-toi, moi non plus. J’ai tendance à dire que d’une certaine façon tu étais plus français que moi, vu que si je remonte à mes origines, mon nom vient de Savoie et qu’à une certaine époque l’Algérie était plus française que ce département. Alors tu vois, niveau communautarisme, moi, personnellement je me sens autant d’affinité avec les bouffeurs de raclette qu’avec les mangeurs de couscous. Que veux-tu, j’aime la vie, la bouffe, la déconnade… enfin jusqu’à un certain niveau. Ta dernière blague m’est restée au travers de la gorge comme un os de poulet. Même si t’es mort, j’ai encore envie de te dire, t’es con ou quoi ? Dans ta petite vengeance personnelle, tu nous laisses, nous, les vivants, bon ou pas, avec cet arrière goût amer. Dans la tête des plus bornés, le pays se retrouve divisé en deux entre pro et anti-musulman. Moi, j’ai une autre manière de partager ce pays : il y a le clan de ceux qui ont deux sous d’intelligence et qui ne feront pas d’amalgame foireux et ceux qui ne chercheront pas plus loin que le bout de leur front pour attiser la haine à tout va. Oui, d’une certaine façon, j’ai envie d’appeler ton acte de bravoure, acte de lâcheté, parce que, toi, maintenant que t’es crevé, tu t’en fous, mais, c’est qui qui va se retrouver avec un plan vigipirate de fou pendant plus de deux ans et peut-être Marine Le Pen en 2017, toute triomphante grâce à toi ? C’était quoi, ton but ? Redorer la popularité d’un président français qui en avait bien besoin ? Il ferait mieux de s’attaquer à la crise économique parce que ça nous a foutus dans la merde toi, comme moi, et c’est cette misère qui crée insidieusement l’obscurantisme et la folie meurtrière. Avec ceux qui restent et qui souffrent, j’ai envie de leur proposer non pas un sursaut républicain à la con (j’imagine Marianne avec un défibrillateur de lois sécuritaires) mais un véritable acte d’amour révolutionnaire. Tout d’abord, qu’on puisse instaurer des minutes de silence sur les réseaux sociaux, voire des heures, qu’est-ce que ça serait bien parfois. Bon, je sais c’est par ce biais là que je m’exprime, mais avoue que c’est plutôt rare. Et puis, à la manière de Gébé, qui a préféré crever plus tôt avant de voir ta tronche de cake ; Dans son film l’an 01, il nous proposait de faire un pas de côté et de voir ce que ça faisait. C’est pas mal comme idée, non ? Allez, salut le moribond, ne m’attends pas, je vais traîner un peu plus sur terre, il y a encore des personnes belles avec qui j’ai envie de partager ma vie.

A très bientôt.



Illustration : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/11/marche-republicaine-le-best-of-des-slogans_1178541

13 Jan 2015

Rosa Luxemburg, femme engagée, militante, mais aussi botaniste convaincue. Retour sur une initiative unique “La Quinzaine Rosa Luxemburg” (3)

Une installation  éphémère à Ursa Minor, en Mai 2014 dans le cadre de la quinzaine Rosa Luxemburg organisée par Ensemble Romana et Sabrina Lorre.

Composition pour Glaçons

P5161427.jpg

P1120233.JPG

P1120288.JPG

P1120229.JPG

P1120278.JPG

13 Déc 2014

Prisons croisées ou lecture en prison de Rosa Luxemburg emprisonnée, lecture. Retour sur une initiative unique “La Quinzaine Rosa Luxemburg” (2)

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2014/12/13/prisons-croisees-ou-lecture-en-prison-de-rosa-luxemburg-emprisonnee/
Prison de Metz-Queuleu, avant même le passage des surveillantes car je refuse de bouger sur ordre, alors que la prison dort encore, et que l’on s’entend presque soi-même respirer et vivre, le café bricolé des détenus devant moi, assise à la table face au ciel qui lentement s’éclaircit, je commence une lecture et un travail quotidien: la correspondance et les écrits de Rosa Luxemburg. Cela fait la sixième prison que j’intègre, et ma troisième année de vie quotidienne avec RL. Militante révolutionnaire, je vis depuis quatre ans au rythme des transferts et de l’isolement, le transfert, c’est pour les femmes le moyen d’isolement préféré de l’AP. Depuis longtemps déjà je proteste par le silence. Alors, en dehors de l’heure de promenade avec deux prisonnières, c’est Rosa Luxemburg qui est mon seul interlocuteur.
Lire Rosa Luxemburg en prison, lire ses lettres en détention, c’est avoir l’impression que la prison reste éternellement même: ses moyens pour tenter de vous soumettre, mais parfois un respect qui ne peut s’empêcher de transparaître pour la volonté inflexible que vous pouvez montrer.
La lecture en prison de Rosa Luxemburg en prison prend une extraordinaire profondeur et une profonde résonance. La description de son quotidien entre silence et travail intellectuel, l’évocation de tout ce que représente un transfert, la condamnation à dix jours pour révolte contre un surveillant qui lui interdit d’aborder un sujet pendant un parloir, tout me parle fortement, étrangement. Le silence qu’évoque RL, est celui qui règne autour de moi, la condamnation fait écho aux nombreux mitards connus pour refus de transfert ou autres et diverses raisons, l’ambivalence du personnel entre respect pour la résistance quotidienne et blessures répétées de mille petites atteintes, je la retrouve dans certaines lettres. Et je retrouve, l’extraordinaire impression d’isolement incommensurable quand des nouvelles terribles vous arrivent: pour RL, les morts de la guerre 14-18.
L’observation du ciel, des innombrables nuances qu’il prend de l’aube à l’aurore, des oiseaux peu romantiques qui squattent la cour, le suivi à distance de la vie quotidienne des prisonnières, nous mettent en phase. La respiration semble parfois se suspendre comme le temps.
Et puis il y a , partagée, l’obstination politique à travailler entre quatre murs malgré la prison. Il y a le regard des surveillante devant ce travail obstiné, il y a l’attention des prisonnières et leurs attentions qui vous arrivent malgré les ordres carcéraux d’isolement.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est affirmer sa résistance mais aussi la permettre.
Les combats en prison ont été nombreux : au mitard de Fleury, une grève dure qui me mènera à l’hôpital pour refus des conditions qui règnent dans les cellules: pas d’eau, repas passé sous les grilles, un mince matelas de mousse sur le sol. Puis après un troisième transfert à Chalon, un jour de Pâques, la montée sur les toits de la prison avec pour tout texte revendicatif un poème de Verlaine: “le ciel est par dessus les toits …”. Un autre combat, à Lille, pour que l’on s’adresse à vous avec correction: refus de douche pendant près de deux mois, la prison cède. A chaque transfert, le refus de la photo entraîne une connaissance étendue et comparée des différents mitards des prisons fréquentése, et à Metz, enfin le refus de faire quelque demande que ce soit, visite ou livres. Et pourtant les livres de RL arrivent dans ma cellule et la seule personne qui a le droit de visite vient un beau matin. La prison a bien voulu céder.
Mais lire Rosa Luxemburg en prison, c’est aussi suivre ses analyses et voir ce qu’elles ont de relevant pour nous aujourd’hui, c’est être portée vers le haut, c’est aiguiser son intelligence, c’est devenir une autre, c’est apprendre et comprendre.
Et surtout, lire Rosa Luxemburg en prison, pour un militant politique, c’est réfléchir à son propre combat, au système que l’on a combattu, et que l’on continue à combattre.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est vivre beaucoup plus intensément, faire tomber les murs, rire toute seule d’une saillie et admirer ses trésors d’écriture.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est vivre consciente et vivre libre.

A lire sur le site de la quinzaine Rosa Luxemburg

13 Déc 2014

Retour et réflexion sur “La Quinzaine Rosa Luxemburg” à Saint-Etienne” (1)

Un dossier sur la quinzaine Rosa Luxemburg.

 

rosaltrs

Sur la photo Sabrina Lorre et Emilie Weiss.

Elle a eu lieu en mai 2014 et prévue pour une quinzaine a duré près d’un mois. L’originalité de la démarche, le nombre de personnes qui se sont senties concernées et qui ont participé, la qualité des apports en termes de pensée ou artistiques nous amènent à revenir sur cette expérience et à ouvrir un dossier sur ce moment exceptionnel. Et à donner accès aux documents relatifs à cette Quinzaine.

L’article ci-dessous est celui paru dans Forez info en novembre 2013 et témoigne de la genèse de l’action.

” L’idée est d’évoquer, chacun à sa mesure, la pensée foisonnante et la vie de Rosa Luxemburg. ”

Sabrina Lorre dirige l’Ensemble Romana. En mai 2012, il avait organisé à Saint-Etienne (en partenariat avec l’association Petits Travaux et le Chok Théâtre) la Quinzaine Brautigan, rendant hommage à l’écrivain et poète américain.  En mai 2014, une autre quinzaine aura donc lieu, sur le même principe (lectures, débats, déambulations, expositions…), autour de la vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg. Ce chantier a été présenté le 5 novembre au Chok Théâtre au cours d’une soirée de très bon augure.

Des propositions, des envies…, contact:  ensemble.romana@gmail.com

Une marelle dans la ruelle. Les noms inscrits sont ceux d’Olympe de Gouges (lire), Flora Tristan, Louise Michel, Rosa Luxemburg, Clara Zetkin, Hannah Arendt et Rosa Parks. Signalons en passant que Louise Michel et Flora Tristan sont venues à Saint-Etienne. Flora Tristan, en 1844, avait été dégoûtée par la ville et ses habitants. Quant à Rosa Luxemburg, on sait qu’elle s’intéressa à la situation stéphanoise en 1909. Dans une lettre citée par Claude Cherrier*, adressée à Jogiches, elle indique avoir reçu un courrier de Bracke (Alexandre-Marie Desrousseaux, membre du Parti Ouvrier Français). ” Il m’enverra dans quelques jours un article sur Saint-Etienne”, écrit-elle.

 

Rosa Luxemburg en bref

Polémiste, écrivain, révolutionnaire, Rosa Luxemburg a occupé une position privilégiée dans le mouvement socialiste international des vingt premières années du XXe siècle. Théoricienne de l’action politique, elle a aussi pesé directement sur le cours des événements. 


Elle naît en 1870 dans la partie russe de la Pologne. Elle milite très tôt dans la social-démocratie. Ayant fui en Suisse, elle prend contact avec les partis socialistes occidentaux dont elle rencontre les dirigeants. Dotée d’une très grande culture dans divers domaines (en sciences naturelles notamment), elle connaît les partis ouvriers de l’Est et de l’Ouest et peut discuter dans leur langue à la fois avec Jaurès et Lénine. En 1899, elle fait paraître une série d’articles sous le titre Réforme sociale ou révolution ?

Elle prend la nationalité allemande en contractant un mariage blanc et anime l’aile gauche du SPD, lequel devait éclater en trois fractions – Majoritaires, Centristes et Spartakistes – d’où naîtront, quelques années plus tard, des partis distincts: le SPD, l’USPD (Socialistes indépendants) et Communistes. En septembre 1904, elle est incarcérée une première fois après une condamnation pour outrage à l’empereur Guillaume II. Elle publie en 1913 L’Accumulation du capital. En 1916 paraît la première des dix lettres de Spartakus qui inaugurent le rassemblement des socialistes minoritaires opposés à l’Union sacrée et que renforce la publication d’un ouvrage de Rosa Luxemburg (édité à Zurich): La crise de la social-démocratie.

Elle est à plusieurs reprises condamnée pour son activité antimilitariste et c’est entre quatre murs qu’elle passe la majeure partie de la guerre. Dès sa sortie de prison, en novembre 1918, elle se charge de la rédaction du journal Le Drapeau rouge. Elle meurt en janvier 1919, assassinée après avoir été arrêtée par des soldats des corps francs berlinois lors de la répression du mouvement spartakiste. Ses derniers mots, couchés sur le papier à la fin d’un article, auraient été: ” J’étais, je suis, je serai !”

Détail d’un des dessins d’Emilie Weiss exposés au Chok Théâtre lors de la présentation du chantier. Emilie Weiss évoque le corps végétal et la violette du poème de Goethe, cité par Rosa Luxemburg dans une de ses lettres. De son herbier et sa dépouille, il avait été question en 2009 quand un mystérieux cadavre sans tête avait “refait surface” dans les sous-sols d’un hôpital de Berlin…

“L’essentiel est d’être quelqu’un de bon ! Si on est bon, juste bon, tout se résout et se tient, et c’est bien mieux que toute l’intelligence et l’obstination du monde.” (lettre à Hans Diefenbach, 5 mars 1917)

” (…) Et dans cette atmosphère fantomatique, soudain, le rossignol qui était sur l’érable devant ma fenêtre se mit à chanter !! Au milieu de la pluie, des éclairs, du tonnerre, il carillonnait clair comme une cloche; il chantait comme s’il était ivre, possédé, il voulait couvrir le bruit du tonnerre, éclairer ce crépuscule – jamais je n’ai rien entendu de plus beau. Sur le fond du ciel, tantôt plombé, tantôt pourpre, son chant étincelait comme de l’argent. C’était si mystérieux, si inconcevablement beau. – Sans le vouloir, je répétais le dernier vers du poème de Goethe: Ah, si tu étais là !…” (lettre à S. Liebknecht, 3 juin 1917)

Rosa Luxemburg a écrit de nombreuses lettres, en particulier lors de sa détention, d’une grande diversité mais toujours d’un naturel transparent. Elles furent adressées à Léo Jogiches, Kostia et Clara Zetkin, Hans Diefenbach, Mathilde Jacob, sa secrétaire, Sophie Liebknecht, seconde épouse de Karl Liebknecht (l’autre martyr de 1919), ou encore Luise Kautsky… Celle-ci, comme Mathilde Jacob, trouva la mort dans un camp nazi.  

” Dans sa cellule, elle était un défi à toutes les pesanteurs”, a écrit Anouk Grinberg**. ” Jamais je n’ai vu de présence au monde plus irriguée et plus libre, zigzaguant des sciences à la littérature, de la morale aux animaux, des plantes à l’histoire, etc. Elle n’était pas non plus en friche du côté des sentiments: aucun ne lui était étranger. Elle pouvait tout souffrir, sauf la peine des autres…”  

* “Rosa Luxemburg et Saint-Etienne”, dans le cahier d’histoire n°9 de l’IHS Benoît Frachon (2005)
** Rosa, la vie (textes choisis par Anouk Grinberg, 2009). Un autre recueil: Lettres à Sophie (2002)

 

29 Nov 2014