E. La Chronique ego

Rosa Luxemburg, Transformations sur le marché mondial, 18 décembre 1898. Chronique EGO. Inédit

Transformations sur le marché mondial

18 décembre 1898 – Sächsische Arbeiter-Zeitung – Chronique signée ego

 

La bourgeoisie anglaise est de plus en plus troublée par le déclin maintenant visible de la domination mondiale sur le marché mondial. L’auteur de l’ouvrage “Made in Germany” (“Produit en Allemagne”), qui a fait tant de bruit il y a deux ans en Angleterre, Williams, vient de consacrer sous le titre “machine arrière”, un nouvel ouvrage sur ce thème. Selon Williams, c’est l’Angleterre qui fait ainsi “machine arrière”. Tandis que les exportations croissent rapidement dans les autres Etats industriels, elles sont tombées en Angleterre de 215  à 196 millions de livres sterling, tandis que les importations vers l’Angleterre s’accroissent régulièrement chaque année. Ainsi, les exportations et les importations subissent-elles une transformation significative. Sur les 196 millions de livres sterling, total des exportations anglaises, 45 millions concernent selon Williams les matières premières, réimportées ensuite vers l’Angleterre sous la forme de produits finis, provenant essentiellement d’Allemagne.  Ainsi l’Angleterre se trouve reléguée en partie au rôle que jouaient autrefois la plupart des pays par rapport à elle. Sur le marché mondial – en Asie, en Amérique – l’industrie anglaise doit reculer pas à pas. Et ce sont deux autres Etats devenus des puissances de premier plan qui maintenant se battent pour l’hégémonie sur le marché mondial – l’Allemagne et les Etats-Unis.

 

Diverses informations viennent corroborer les affirmations de Williams. Depuis quelques années, le gouvernement anglais lui-même se consacre avec zèle au problème de l’accroissement du commerce de l’Île avec l’étranger. Il envoie des agents vers l’Asie et l’Amérique, pour étudier les conditions de la concurrence et les carences du commerce anglais et il a publié il y a deux mois à peine un ouvrage sur “la concurrence et le commerce extérieur” où sont rassemblés 171 extraits des rapports des divers consulats, et qui constitue une critique approfondie des méthodes commerciales anglaises. Mais dans de tels cas, les mesures de l’Etat ne permettent pas de guérir le mal. Et la domination de l’Angleterre sur le marché mondial – ceci est inévitable dans le cadre de l’évolution générale du capitalisme – approche inexorablement de sa fin.

 

Comme il en a été autrefois de sa domination sans partage, le recul actuel de l’Angleterre sur le marché mondial sera d’une importance primordiale pour l’histoire du mouvement ouvrier en Angleterre. Dans son combat contre le prolétariat et du fait de son emploi de méthodes commerciales différentes, la bourgeoisie anglaise modifie aussi peu à peu ses méthodes de lutte. De nombreux symptômes signficatifs montrent que, ces derniers temps, “l’harmonie entre capital et travail” disparaît aussi en Angleterre et qu’une nouvelle page s’ouvre dans l’histoire de la lutte des classes. Il suffit d’indiquer ici que Williams relie de manière caractéristique les deux phénomènes. Il dit à la bourgeoisie anglaise : “Vous êtes en train de perdre des millions et vous disputez chaque sou aux travailleurs. Là où un conflit pourrait être réglé en un jour par un Conseil de prud’hommes, vous, vous allez jusqu’à mener des guerres industrielles dévastatrices, tandis que vos voisins en profitent pour conquérir les marchés. La lutte des ouvriers dans la branche de la construction mécanique a coûté autant qu’une véritable guerre.

 

Si le déclin industriel de l’Angleterre a pour conséquence que la lutte des classes battent d’un pouls plus rapide et si le prolétariat anglais est alors largement guéri de ce qui restait dans sa pensée de rêveries d’harmonie qui règnerait dans la vie économique et politique, le monde ouvrier n’a pas alors de raison de regretter le recul commercial de l’Angleterre.

 

made in germany

Traduction Dominique Villaeys-Poirré. (1988-1989). Nous sommes ouverts à toute amélioration de la traduction

Première publication en français –  Samedi 27 septembre 2014 sur ce site Comprendre avec Rosa Luxemburg 2.

Texte allemand : dans les Gesammelte Werke, Dietz Verlag, Tome1/1

Pour s’informer sur la chronique signée ego : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2014/09/16/rosa-luxemburg-une-chronique-nommee-ego/

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L’Image de une date de 1905 : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Free_Trade_and_Protection.jpg?uselang=fr

La couverture de Made in Germany présentée dans l’article est celle de l’édition de 1896

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De nombreux articles sont disponibles sur Williams et en particulier sur son ouvrage Made in Germany. Ainsi cet article de 2012 (!) dans l’Usine nouvelle: Made in Germany, made in England : C’est peut-être la plus belle marque du monde ou, en tout cas, la plus efficace. Le made in Germany, aujourd’hui attaqué au niveau européen parce qu’il serait utilisé de manière abusive, est associé partout dans le monde à une image de qualité, de fiabilité et de haut de gamme. Et cela depuis plus d’un siècle.  L’ironie, c’est que ce label ne fut pas inventé outre-Rhin, mais outre-Manche ! À la fin du XIXe siècle, les industriels anglais font face àune concurrence de produits low cost venus d’Allemagne singeant leur marque de fabrique. Dans un pamphlet protectionniste, intitulé “Made in Germany”, Ernest Edwin Williams souligne que même le crayon avec lequel il écrit est allemand. Persuadés de la supériorité technique de leur production, les patrons anglais réussissent à faire voter une loi, le Merchandise marks act, afin de distinguer les produits de Sa Majesté des étrangers. Dès 1887, les biens importés d’Allemagne se voient ainsi affublés du honteux made in Germany. La stigmatisation n’aura les effets attendus que durant quelques années. Dès 1894, un rapport du Parlement allemand note une reprise forte des ventes en Angleterre. Pourquoi ? La qualité et la fiabilité de leurs produits ont fait du made in Germany une valeur sûre aux yeux des clients anglais… Made in Germany ? Invented in England !

27 Sep 2014

Rosa Luxemburg, A quoi sert la politique coloniale?, 11 décembre 1898. Chronique EGO. Inédit.

Chronique – 11 décembre 1898 – A quoi sert la politique coloniale

Les rapports annuels des consulats allemands et autres pour l’Asie et l’Amérique centrale montrent que la part de l’Allemagne dans le commerce vers ces deux parties du monde a augmenté de façon surprenante ces dernières années. Ainsi, le consul allemand de Vladivostok (Port russe sur l’Océan pacifique) indique par exemple qu’alors, qu’il y a quelques années encore, l’on ne rencontrait aucun bâtiment allemand dans ces eaux, on a vu en 1897 sur 244 navires marchands ayant accosté dans ce port, 84 bâtiments allemands contre seulement 56 navires russes, 45 japonais, 22 anglais. Les bâtiments allemands assurent une liaison régulière pour le transport de marchandises entre les ports russes et japonais ou chinois. Sur le trafic total des marchandises importées et exportées à Vladivostok, les 2/3 environ ont été assurés par des navires allemands.

En Chine, de même, comme l’indiquait récemment le Bremer-Weser-Zeitung, une ligne commerciale bihebdomadaire est assurée pour la première fois par des bâtiments allemands de la compagnie Rickmers de Brème, entre Shanghai et Han-K’eou, c’est le nom de ce port sur le fleuve Gyang-Tse. L’inauguration de la ligne Rickmers-Gyang-Tse (c’est le nom qu’elle portera) devrait avoir lieu en juin 1899. Le trafic de marchandises entre les deux villes suscitées est très important et cette liaison jouera un grand rôle dans le commerce chinois.

D’autre part, les exportations directes de marchandises allemandes vers l’Asie orientale augmentent elles aussi directement. Dans ce domaine, le port de Han-K’eou prend la première place et va bientôt devenir avec la liaison ferroviaire entre Pékin et Canton, le centre commercial le plus important de Chine. Le trafic de Han-K’eou remonte le fleuve mais il est ensuite empêché par les rapides. Alors que jusqu’à présent, tout le commerce de Han-K’eou était monopolisé par les Anglais, le consul nord-américain indique qu’il est maintenant presque entièrement dominé par les Allemands. Le commerce entre Han-K’eou et l’Allemagne a déjà atteint en 1896 45 mllions de mark.

Le consul anglais de Rio de Janeiro (capital du Brésil) relève le même succès de l’industrie allemande. Ici aussi, il y a peu, les Anglais étaient les maîtres de la situation. « Maintenant », écrit le consul « les Allemands concurrencent dans chaque branche, si fortement les Anglais qu’il est pratiquement impossible de nommer quelque branche que ce soit où ces derniers auraient rapporté un succès face à leurs rivaux.

Au Chili aussi, les exportations allemandes comme le rapporte le dernier numéro du journal anglais l’Economiste, les exportations allemandes ont presque doublé depuis 1887 et devraient bientôt dépasser les exportations anglaises, qui de leur côté n’ont augmenté dans le même temps que d’un tiers.

Que l’on compare maintenant les informations concernant le commerce allemand en Asie et en Amérique avec les misérables résultats du commerce avec l’Afrique sous domination allemande et la question se pose alors. Pourquoi l’Allemagne a-t-elle tant besoin en fait d’une politique coloniale ? Car ce sont justement les pays dont la conquête et l’occupation ont coûté au peuple tant d’argent, qui ont une importance pratiquement nulle pour ce qui concerne le commerce et l’industrie allemands, raisons pour lesquelles on aurait soi-disant entrepris cette conquête. D’autre part, l’industrie allemande s’implante dans les contrées les plus lointaines  dans le cadre de la libre-concurrence avec les autres pays. En Chine aussi, elle s’est implantée bien longtemps avant que ne s’abatte sur le pays la poigne de fer de l’Allemagne et de façon tout à fait indépendante de la conquête de Kia Tchéou.

Aussi quand « l’Economiste allemand », alors qu’il décrit les tâches économiques de la nouvelle session parlementaire, parle des exportations de l’Allemagne en disant qu’elles sont négligées, encore dans les limbes, et cherche par là à justifier la nécessité pour ce pays de développer une armée de terre et un marine puissante, une politique mondiale ambitieuse, les faits réels s’opposent complètement à ces affirmations. Les exportations allemandes se développent d’elles-mêmes et n’ont pas besoin du militarisme. Ce qu’apporte cette aventureuse politique mondiale au peuple allemand, ce n’est pas l’essor commercial et industriel mais seulement d’énormes sacrifices matériels et humains.


Source: article publié le lundi 14 janvier 2008 sur comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Traduction: c.a.r.l. (1988-1989)

Le texte original en allemand, support de cette traduction se trouve dans le tome 1/1 des Gesammelte Werke, Dietz Verlag. Edition Berlin 1982, P 283/285

Ce travail, qu’il a accompagné dans les années 86 – 89 et qui inspire ce blog, est dédié à Gilbert Badia, aujourd’hui disparu

16 Sep 2014

Rosa Luxemburg, Constructions de canaux en Amérique du Nord, 4 décembre 1898. Chronique EGO. Inédit.

Un article de la première série de la chronique EGO. 04 décembre 1898. Sächsische Arbeiterzeitung

Les Etats-Unis d’Amérique du Nord ont entamé la construction de deux formidables voies d’eau, qui sont d’une grande importance, non seulement pour le développement économique de ce pays, mais aussi pour celui des États européens.

 La première de ces entreprises consiste en l’élargissement de la voie d’eau Érié-Huron, qui relie l’ensemble constitué par les trois grands lacs, Supérieur, Michigan et Huron, à celui constitué par les deux plus petits, Érié et Ontario. Et à partir de là à l’Océan atlantique, grâce au fleuve Saint-Laurent.

Dès maintenant, cette voie d’eau peut-être considérée comme exemplaire; elle peut être empruntée par des vapeurs transportant jusqu’à 250 tonnes et pouvant aller à une vitesse de 70 à 100 kilomètres par jour. Mais aujourd’hui, on prévoit d’élargir cette voie et de la transformer de telle façon que des bateaux transatlantiques puissent l’emprunter jusqu’à Chicago. Dans ce but, on construit un canal d’une profondeur de 100 mètres et d’un coût d’environ 400 millions de Mark. La principale difficulté de ce nouvel ouvrage réside dans le fait que le niveau de l’eau change à plusieurs reprises; ainsi, par exemple, la différence de niveau entre les lacs Erié et Ontario atteint 100 mètres. Ceci rend nécessaire la construction d’écluses et d’ascenseurs. Il y en aura cinq en tout qui permettront de faire monter les navires transocéaniques grâce à un système d’air comprimé.

Cette nouvelle construction sera d’une immense importance pour le commerce des céréales. Les céréales venant de Chicago, principal centre céréalier des États-Unis seront transportées directement, sans être déchargées jusqu’à l’Atlantique et de là jusqu’en Europe, diminuant fortement les coûts de transport; cela favorisera considérablement la concurrence et aura une grande influence sur la situation de l’agriculture en Europe occidentale, de même qu’en Russie.

L’autre voie d’eau prévue aux États-Unis est la liaison entre les océans pacifique et atlantique par un canal traversant le lac du Nicaragua. L’éloignement des côtes est ici sensiblement plus important qu’à Panama, mais l’existence d’un lac en son milieu devrait en faciliter la construction. Le canal devrait faire 169,4 miles anglais de long et comporter six écluses et son coût devrait être de 280 millions à un milliard de Mark. Grâce à la construction de ce canal, les navires américains pourraient directement et dans les délais les plus réduits relier les ports l’Océan Atlantique à ceux de l’Océan Pacifique sans comme c’est le cas maintenant devoir effectuer ce colossal détour que constitue le contournement de l’Amérique du Sud.

L’extraordinaire signification politique et économique de cette nouvelle voie est claire. Et sa construction devrait, une fois les yankees à l’œuvre, connaître un sort plus heureux que la construction du canal de Panama qui a coûté et en vain tant d’argent à la petite-bourgeoisie française et tant d’honneur à la grande bourgeoisie.

D’une part ces deux gigantesques entreprises sont tout simplement les enfants des intérêts commerciaux et militaires, mais ils survivront à leur créatrice – l’économie capitaliste. Et d’autre part, ils montrent quelles gigantesques forces productives sommeillent au sein de notre société et quel essor connaîtraient le progrès et la civilisation, s’ils étaient enfin libérés des chaînes des intérêts capitalistes.

Source: comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com . Traduction c.a.r.l. (1988-1989) .

1ère partie publiée le 11 juin 2008, sous le nom : Texte inédit de Rosa Luxemburg : La construction de canaux en Amérique du Nord (1)

Le texte original en allemand, support de cette traduction se trouve dans le tome 1/1 des Gesammelte Werke, Dietz Verlag. Edition Berlin 1982, P 282/283


 

Consulter la présentation de cette chronique et les articles dans la catégorie : chronique ego

Ce blog a été créé pour reprendre les articles publiés dans notre blog http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/.Celui-ci est actuellement défiguré par des publicités agressives et mensongères qui dénaturent notre travail. Vous pouvez cependant consulter ces articles en utilisant un bloqueur de publicités tel ADBLOCK, qui vous permettra une lecture sereine.

Présentation de l’article: Nous continuons la publication de courts textes, publiés en 1898/1899 par Rosa Luxemburg et qui sont actuellement inédits en français. Notre volonté est de donner accès à une compréhension fine de l’action et de la pensée de Rosa Luxemburg, en montrant leur genèse, la constance des analyses et leur application aux événements petits et grands de l’époque. Ces textes donnent une photographie du capitalisme en marche – à son stade impérialiste.

16 Sep 2014

Rosa Luxemburg. Une chronique nommée ego.

Une chronique nommée EGO

 Ego est une chronique signée par Rosa Luxemburg  de décembre 1898 à mars 1899 sous le titre “Tour d’horizon économique et social”

 – Son historique

Rosa Luxemburg a 27 ans. Elle était en exil en Suisse depuis des années. Elle y a contribué à créer le parti social-démocrate polonais sur des bases de classe, le journal du parti et vient d’arriver en Allemagne en mai.

Elle a terminé cette tournée électorale en Haute-Silésie, faite à la demande du parti social-démocrate après sa rencontre avec Auer. On se souvient de ses hésitations à partir, elle qui aurait préféré “agir sur le terrain général“. Mais elle n’est pas encore perçue dans le parti social-démocrate allemand pour ce qu’elle souhaite être, une militante agissant au sein de la social-démocratie allemande et internationale, mais comme une militante polonaise.

Cependant, Rosa Luxemburg, de son côté, n’a pas oublié le but qu’elle s’est donné avec Leo Jogiches et ce sera la seule et dernière fois qu’elle agira en Allemagne dans un contexte uniquement polonais, même si cet engagement restera constant et parallèle.

Dès son retour, elle reprend et développe ses contacts avec les militants allemands et internationaux. Elle avait rencontré Schönlank dans un train, elle commence sa collaboration avec la Leipziger Volkszeitung.

Elle avait prévu de rencontrer Parvus. C’est lui qui finalement devra faire appel à elle. En effet, l’Etat allemand étant intervenu, il oblige Parvus, rédacteur en chef de la Sächsische Arbeiterzeitung, à quitter la Saxe et donc son poste.

Il propose alors la rédaction en chef à Rosa Luxemburg, qui hésite, puis accepte. Cette tâche s’avère difficile. Tout d’abord, elle est prise par la préparation du Congrès, puis elle se voit entraîner dans un de ses premiers conflits avec le courant réformiste, en l’occurrence avec le dirigeant social-démocrate Gradnauer.

Elle démissionne le 2 novembre et est remplacé par une personnalité plus médiane, Ledebour.

De cette brève aventure reste cependant le Tour d’horizon économique et social qu’elle ne veut pas signer de son nom et qu’elle signera du pseudonyme ego. L’origine de ce nom n’est pas attestée

 – Ses contenus

 Les articles de cette chronique sont toujours conjoncturels. Et l’information de seconde main. Il ne s’agit pas d’articles rédigés d’après des recherches propres, mais d’avis donnés à partir de la lecture de la presse sur des événements ayant une dimension économique plus générale.

Les thèmes en sont : la politique coloniale, la Weltpolitik (politique mondiale), le développement économique des principales puissances de l’époque, le marché mondial, les grands travaux.

– La méthode

Rosa Luxemburg fréquente la bibliothèque, s’appuie sur la lecture des journaux, écrit dans l’urgence, mais les thèmes sont toujours soigneusement choisis et l’argumentaire très précisément défini.

 Les articles

EGO 1 (liste à compléter)

04 décembre 1898         Escroquerie capitaliste

04. décembre 1898        Misère de la bureaucratie en France

04 décembre 1898          L’industrie sidérurgique russe

04 décembre 1898          Constructions de canaux en Amérique du Nord

11décembre 1898           A quoi sert la politique coloniale?

11 décembre 1898          L’essor économique des États-Unis

11 décembre 1898          Grands travaux du capitalisme

11 décembre 1898         Qui doit-on sauver des méfaits de l’alcoolisme?

18 décembre 1898          Bouleversements sur le marché mondial

EGO 2 (liste à compléter)

08 janvier 1899                Transformations sur le marché mondial

08 janvier 1899                Les travailleurs des États-Unis et la politique annexionniste

EGO 3 (liste à compléter)

24 janvier 1899                Brillante politique coloniale

24 janvier 1899                 Le désarmement russe

Ces articles ont, on le voit, une unité. Ils sont complémentaires de ceux écrits dans le même temps pour la Leipziger Volkszeitung.

. 19 décembre 1899         Le prix d’une victoire

. 16 février 1899               Bouleversements dans la construction navale

Ils sont les premiers jalons d’une pensée de l’impérialisme et, de ce qui est indissociable pour Rosa Luxemburg, d’une action politique:

Octobre 1899                   Interventions au Congrès de Hanovre contre le militarisme (polémique avec Max Schippel)

21 septembre 1899           Intervention au Congrès de Mayence sur la guerre de Chine

22 septembre 1899           Discours sur la nécessité d’un mouvement de protestation accru contre la guerre de Chine

Et ce qui représente l’apogée de son action: son discours prononcé en tant que rapporteur des commissions sur le  militarisme et la politique coloniale  au congrès le 26 septembre 1900.

En suivant donc cette progression et cette unité dans la pensée et dans l’action, on peut redonner aux articles de cette chronique toute la place qui leur est due.


– A propos de l’écriture des articles à cette époque, il est utile de lire cet extrait d’une de ses lettres


Un choix de lettres avait été publié chez Maspero en 1975 sous le titre “vive la lutte”. A ce projet dirigé par Georges Haupt, participait Georges Badia. Pour l’année 1898 et l’arrivée à Berlin, on trouve un bonne dizaines de lettres. Elles sont adressées en particulier à Martine et Roberl Seidel. Voici celle du 23 juin. à Robert Seidel. (Ce livre est à se procurer absolument!)

Cher ami,

Quelle misère! J’éprouve le besoin de bavarder avec vous et je n’ai plus la moindre feuille de papier à lettre. Vous devrez vous contenter de celui-ci.
La soirée est avancée, je suis assise dans mon fauteuil (à bascule) à mon bureau sur lequel se trouve une lampe avec un grand abat-jour rouge fabriqué par mes soins et je lis Börne. La porte du balcon en face de moi est ouverte et un souffle d’air frais pénètre à l’intérieur – un éclair aveuglant de temps en temps et l’orage commence (que dieu me pardonne cette mauvais prose poétique !…). Comme on se sent bien parfois dans la solitude! … Rendez-vous compte: pas un seul ami dans la grande ville de Berlin aux deux millions et demi d’habitants. Pour l’instant, cette idée me procure un tel plaisir que j’en souris béatement. je ne sais pas si je suis faite d’un mauvais bois qui s’imprègne trop facilement de l’atmosphère ambiante mais je ne peux rester un seul jour dans la foule sans que mon propre niveau intellectuel ne baisse au moins d’un cran. Et cela ne dépend pas tellement de la sorte de gens que je fréquente; c’est la fréquentation elle-même, le contact avec le monde extérieur qui émousse et estompe les angles et les lignes brisées de mon moi – momentanément bien sûr. Un seul jour de solitude me suffit pour me retrouver, mais j’éprouve toujours le sentiment amer du remords, celui d’avoir perdu un morceau de moi-même, de m’être abaissée. En de tels moments, j’ai toujours envie de me retrancher totalement du monde extérieur derrière une barrière de planches. Un garçon passe dans la rue et siffle une rengaine – cette manifestation perçante d’autrui qui s’impose brutalement à mes oreilles et fait incursion dans ma tranquillité suffit à m’offenser. Vous vous étonnez peut-être de ce que je lise le vieux Börne; je n’ai pas encore rencontré un seul Allemand qui le lise encore. Pourtant, l’effet qu’il produit sur moi est toujours aussi fort et il éveille en moi des pensées nouvelles et des sensations vives. Savez-vous ce qui me tracasse? Je suis mécontente de l’art et la manière qu’on a d’écrire les articles la plupart du temps dans le parti. Tout est si conventionnel, si rigide, si stéréotypé. La résonance des mots d’un Börne semble à présent venir d’un autre monde. Je sais, le monde a changé et à d’autres temps, d’autres chansons. Mais justement des “chansons”, la plupart de nos gribouillis ne sont pas des chansons, mais un bourdonnement incolore et sourd comme le bruit de la roue d’une machine. Je crois que la cause réside en ce que les gens oublient pour la plupart quand ils écrivent de puiser au fond d’eux mêmes et de ressentir toute l’importance et tout la vérité de la chose écrite. Je crois que chaque fois, chaque jour, pour chaque article, on doit revivre la chose, la re-sentir et on trouve alors des mots neufs, qui vont droit au coeur pour exprimer ce qu’on connaît depuis longtemps. Mais on s’habitue tant et si bien à une vérité qu’on débite comme une patenôtre les choses les plus profondes et les plus sublimes. J’ai décidé de ne jamais oublier de m’enthousiasmer pour la chose écrite et de puiser en moi-même lorsque j’écrirai. C’est pourquoi je lis de temps en temps le vieux Börne. Il me rappelle fidèlement mon serment.

Pauvre Fred! J’ai toujours eu beaucoup de sympathie pour les gens qui ne savent pas organiser leur vie pratique, gagner de l’argent, etc. (peut-être, parce que, moi-même, je n’y comprends goutte). Je les soupçonne d’avoir quelque chose de l’artiste, ou du moins, de l’homme très bon. Pour vous, c’est bien sûr une mince consolation, je le comprends. J’attends quelques lignes de Mathilde. Est-elle encore à Gugi? Encore un mot me concernant: je ne peux souffrir Berlin ni la Prusse et ne pourrai jamais les souffrir.

Une cordiale poignée de main.

Votre Ruscha



Vous trouverez sur le blog, comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com, des articles sur cette première période de l’action de Rosa Luxemburg : des extraits de la correspondance qui éclairent cette période et des textes de la chronique ego (en particulier sur la Page “1898 – 1900”, et dans la catégorie “ego”). Certains documents étaient inédits en français et traduits par nos soins (en rouge), d’autres ont été transcrits, enfin certains ont été repris d’autres sites et blogs,la source est indiquée.

Rappelons que la création de Comprendre avec Rosa Luxemburg 2 vient du fait que des publicités agressives, mensongères dénaturent la première version du blog, mais qu’il est possible de télécharger un bloqueur de publicité tel ADBLOCK pour une consultation sereine du blog originel.

 

Rosa Luxemburg. Chronique ego – Grands travaux du capitalisme (1898) – Inédit en français.

Rosa Luxemburg. A quoi sert la politique coloniale? Article paru dans la chronique ego. (inédit en français sur le net)

Rosa Luxemburg. Chronique ego -L’essor économique des Etats-Unis (1898) – Inédit en français.

Texte inédit de Rosa Luxemburg : La construction de canaux en Amérique du Nord (1)

Rosa Luxemburg. De 1893 à 1898. Premiers pas d’une lutte contre le nationalisme, le réformisme, l’impérialisme.

Rosa Luxemburg en 1898 – Extrait de la présentation rédigée par G. Haupt de “Vive la lutte” Discours sur la tactique, 1898.

Congrès de Stuttgart. Quand Rosa Luxemburg s’interroge sur la relation entre luttes quotidiennes et but final du combat politique

“La politique douanière et le militarisme”. Chapitre du classique “Réforme sociale ou révolution ?” de Rosa Luxemburg

Rosa Luxemburg – correspondance, 23 juin 1898 – Je crois que chaque fois, chaque jour, pour chaque article …

Rosa Luxemburg, correspondance, Berlin 1898 – Premiers pas.

Correspondance – Rosa Luxemburg, arrivée à Berlin et le quotidien de la recherche d’une chambre …

Rosa Luxemburg – deuxième jour à Berlin – Les bleus à l’âme …

Rosa Luxemburg, deuxième jour à Berlin. Connexions, connexions … Et note sur Parvus

Décembre 1900 dans la correspondance de Rosa Luxemburg Meetings en Haute-Silésie – 1899

Ce qui inspire ce blog : un travail, une méthode


 

1ère publication sur le blog comprendre-avec-rosa-luxemburg. over-blog.com : le 10 octobre 2013

1ère publication sur le blog Comprendre avec Rosa luxemburg 2 : le 10 octobre 2013

Les textes originaux en allemand se trouvent dans le tome 1/1 des Gesammelte Werke, Dietz Verlag. Edition Berlin 1982

16 Sep 2014