K. Mots, sons, images

Sur Radio Fréquence Paris Plurielle – Une émission : l’universalité de Rosa Luxemburg

L’émission sur Rosa Luxemburg a pu finalement avoir lieu. Nous remercions cette radio véritablement libre de la parole donnée. Une rediffusion peut être envisagée peut-être. D’autre part, nous en mettrons l’enregistrement  quand nous le recevrons.

Bonjour à tous,

En attendant que l’émission de Claudine “Naïves questions de philosophie” prenne forme, une première émission sur Rosa Luxemburg sera diffusée ce mercredi 27 avril de 17 heures à 18 heures sur Fréquence Paris Plurielle 106.3 FM ou rfpp.net

Naïves questions de philosophie. Présentation par Claudine :
Une émission de philosophie politique tous les 1er & 3ème mardi du mois, à 11h : ras-le-bol des discours, y compris le mien – la philo par les luttes !
L’universalité de Rosa Luxemburg
“L’émission sur Rosa Luxemburg aura donc lieu. Elle naît d’un projet que je n’ai pas pu, su réaliser du vivant de Claudine, qui tenait pourtant tout particulièrement à sa réalisation. Elle sera intitulée l’universalité de Rosa Luxemburg. Elle se comprend comme un hommage à Claudine et à toutes celles et ceux qui se sont saisi(e)s de ce qui représente pour moi l’universalité de Rosa Luxemburg : ce lien entre sensibilité, engagement, réflexion et rigueur. Elle s’appuiera essentiellement sur le témoignage de Sabrina Lorre qui a impulsé une quinzaine Rosa Luxemburg qui a duré un mois et mis en marche plus de 200 personnes dans une multitude d’initiatives et de Valérie Gaudissart, réalisatrice d’un superbe film onirique et réel, la quête de Violette, une gamine qui part sur les traces de Rosa Luxemburg. Ainsi que sur deux textes de Claudine, l’un sur Fanon, l’autre sur L’Art dans la Révolution écrit en 2011 en Tunisie, expression d’aujourd’hui de ce qui fait l’universalité de Rosa Luxemburg. Elle se composera de lectures, témoignages et musiques.
Si cette émission rencontre l’intérêt des auditeurs, deux autres émissions pourraient voir le jour : La pensée et l’action de Rosa Luxemburg (en particulier contre la guerre) et Rosa Luxemburg et la prison.
 
Dominique – comprendre-avec-rosa-luxemburg


Frequence Paris Plurielle

Fréquence Paris Plurielle a été fondée pour donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas : elle est une radio de lutte engagée dans les mouvements sociaux, politiques et culturels. Elle est une radio généraliste, sans publicité, qui émet 24h sur 24. Elle compte une centaine d’émissions assurées par 250 bénévoles, militant-e-s, membres d’associations : émissions politiques et sociales, émissions des communautés immigrées de la région parisienne, émissions (…)

 

29 Mai 2015

En hommage à Maspéro et son rôle dans la publication de textes de Rosa Luxemburg. Bibliographie sur Smolny.

Tout d’abord, dire l’importance du travail du collectif Smolny qui a réalisé cette bibliographie et qui donne ainsi comme sur beaucoup d’autres thèmes des outils d’information et de réflexion essentiels. C’est un travail continu et de grande ampleur qui demande volonté et intelligence politique.

Ensuite souligner la précocité de la démarche de François Maspéro qui met en place cette collection et publie bien avant 68 Rosa Luxemburg.

Souligner aussi que c’est à Georges Haupt qu’il confie l’animation de la collection. Georges Haupt qui a eu une grande importance dans la transmission d’une réflexion politique différente et dont les ouvrages sur les congrès de l’Internationale ont permis l’accès à l’histoire de cette organisation essentielle pour Rosa Luxemburg.

Enfin par ce bref article, rendre hommage à François Maspéro qui vient de disparaître.


 

Bibliothèque Socialiste Maspero

Fiche bibliographique n° 3 ( 1963 – 1980 )

vive la lutte

Présentation :

Collection dirigée par Georges Haupt, décédé en 1978. Si certains titres ont été depuis réédités, beaucoup ne sont disponibles que dans cette collection.


Par ordre de numérotation dans la collection :

— 1. BOUKHARINE Nicolas & PREOBRAJENSKY Eugène, A.B.C. du communisme, préface de Pierre Broué, Paris, Maspero, 1963 ;

 2. LUXEMBURG Rosa, Grève de masses, parti et syndicats, rééd. dans une traduction nouvelle dans la PCM, Oeuvres I, Paris, Maspero, 1964 ;

— 3. LUXEMBURG Rosa, La révolution russe, préface de Robert Paris, Paris, Maspero, 1964 ;

— 4. COLLECTIF, Les bolcheviks et la Révolution d’Octobre, procès-verbaux du Comité Central du parti bolchevique, août 1917 – février 1918, présentation de Guiseppe Boffa, Paris, Maspero, 1964 ;

— 5. LAFARGUE Paul, Le droit à la paresse, préface de Jean-Marie Brohm, rééd. avec une présentation nouvelle de Maurice Dommanget dans la PCM, Paris, Maspero, 1965 ;

— 6. HAUPT Georges, Le congrès manqué : l’Internationale à la veille de la Première Guerre Mondiale, Paris, Maspero, 1965 ;

— 7. COLLECTIF, Staline contre Trotsky, 1924-1926. La révolution permanente et le socialisme dans un seul pays, présentation et choix de textes de Guiliano Procacci, Paris, Maspero, 1965 ;

 8. FRÖLICH Paul, Rosa Luxemburg, sa vie, son oeuvre, Paris, Maspero, 1965 ;

— 9. FISCHER Georges, Le Parti travailliste et la décolonisation de l’Inde, Paris, Maspero, 1966 ;

— 10. ADLER Max, Démocratie et conseils ouvriers, traduction et présentation d’Yvon Bourdet, Paris, Maspero, 1967 ;

— 11. LUXEMBURG Rosa, L’accumulation du capital, présentation d’Irène Petit, 2 vols., Paris, Maspero, 1967 ;

— 12. ARCHIVES MONATTE, Syndicalisme révolutionnaire et communisme, présentation de Colette Chambelland et Jean Maitron, Paris, Maspero, 1968 ;

— 13. HAUPT Georges & MARIE Jean-Jacques, Les bolcheviks par eux mêmes, Paris, Maspero, 1969 ;

— 14. BERNSTEIN Samuel, Auguste Blanqui, Paris, Maspero, 1970 ;

— 15. KOSIK Karel, La dialectique du concret, Paris, Maspero, 1970 et 1978 ;

— 16. DOMMANGET Maurice, Sur Babeuf et la conjuration des Egaux, Paris, Maspero, 1970 ;

— 17. LIEBKNECHT Karl, Militarisme, guerre, révolution, choix de textes et présentation de Claudie Weill, Paris, Maspero, 1970 ;

— 18. LOWY Michaël, La théorie de la révolution chez le jeune Marx, Paris, Maspero, 1970 ;

— 19. SADOUL Jacques, Notes sur la révolution bolchevique, Paris, Maspero, 1971 ;

— 20. GRAS Christian, Alfred Rosmer et le mouvement révolutionnaire international, Paris, Maspero, 1971 ;

— 21. NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome I, Paris, Maspero, 1972 ;

— 22. NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome II, Paris, Maspero, 1972 ;

— 23. FLECHTHEIM Ossip K., Le Parti communiste allemand sous la République de Weimar, Paris, Maspero, 1972 ;

— 24. CONFINO Michaël, Violence dans la violence, le débat Bakounine-Netchaïev, Paris, Maspero, 1973 ;

— 25. KOLLONTAÏ Alexandra, Marxisme et révolution sexuelle, préface et présentation de Judith Stora-Sandor, Paris, Maspero, 1975 ;

— 26. GRANDJONC Jacques, Marx et les communistes allemands, Paris, Maspero, 1974 ;

— 27. HAUPT Georges, LOWY Michael & WEILL Claudie, Les marxistes et la question nationale 1848-1914, Paris, Maspero, 1974 ;

— 28. MAITRON Jean, Le mouvement anarchiste en France. I – Des origines à 1914, Paris, Maspero, 1975 ;

— 29. MAITRON Jean, Le mouvement anarchiste en France. II – De 1914 à nos jours, Paris, Maspero, 1975 ;

— 30. HEMERY Daniel, Révolutionnaires vietnamiens et pouvoir colonial en Indochine, Paris, Maspero, 1975 ;

— 31. LUXEMBURG Rosa, Vive la lutte ! Correspondance 1891-1914, Paris, Maspero, 1975 ;

— 32. MONATTE Pierre, La lutte syndicale, Paris, Maspero, 1976 ;

— 33. WEILL Claudie, Marxistes russes et social-démocratie allemande 1898-1904, Paris, Maspero, 1977 ;

— 34. LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Paris, Maspero, 1977 ;

— 35. SERGE Victor & TROTSKY Léon, La lutte contre le stalinisme, Paris, Maspero, 1977 ;

— 36. BOURDÉ Guy, La défaite du front populaire, Paris, Maspero, 1977 ;

— 37. COHEN Stephen, Nicolas Boukharine, la vie d’un bolchevik, Paris, Maspero, 1979 ;

— 38. LOWY Michaël, Le marxisme en amérique latine de 1909 à nos jours : anthologie, Paris, Maspero, 1980 ;

— 39. HAUPT Georges, L’historien et le mouvement social, Paris, Maspero, 1980 ;

— 40. LUKACS György, Correspondance de jeunesse : 1908-1917, choix de lettres préfacé et annoté par Éva Fekete et Éva Karádi, traduit du hongrois et de l’allemand par István Fodor, József Herman, Ernö Kenéz et Éva Szilágyi, Paris, Maspero, 1981 ;


Sur notre site :

— Fiche bibliographique n° 4 : Petite Collection Maspero ;

— Fiche bibliographique n° 33 : Actes et Mémoires du peuple — Collection Maspero ;

25 Mai 2015

Sur les pas de Rosa Luxemburg, le voyage de Violette … Le film en cadeau de Valérie Gaudissart sur Vimeo.

Un jour je découvre le film de Valérie Gaudissart. Trois films en un : la famille qui crée le désir de fugue, l’aller onirique, le retour réalité si proche de l’irréel. C’est le voyage de Violette dont la grand-mère communiste meurt, la famille n’est pas à la hauteur, Violette s’en va sur les pas de Rosa Luxemburg jusqu’à la lointaine prison silésienne où Rosa Luxemburg passera les années de guerre. Sensibilité, réflexion, volonté, c’est l’écho donné par ce film à Rosa Luxemburg. Je rencontrerai Valérie à la Quinzaine Rosa Luxemburg. La rencontre sera celle que je pensais et souhaitais. Valérie Gaudissart, aujourd’hui, dans une démarche si logique pour elle donne accès à ses films. En souhaitant que vous ressentiez tout ce que nous avons pu ressentir.

Voir le film de Valérie Gaudissart, Violette sur les pas de Rosa Luxemburg.  Des scènes que je n’ai pas oubliées, les enfants de Silésie, la chorale des anciens mineurs, les réfugiés Kosovars, les policiers polonais qui trouvent Violette en chemin vers la prison de Breslau, la lecture partout, à tout propos par Violette  des lettres de Rosa Luxemburg. D.V.P.

 


Bonjour les amis ! comme je suis en train de bien avancer les prochains projets de films, j’en profite pour vous faire cadeau des anciens. Voici donc 4 films à regarder sur viméo, il suffit de cliquer sur les liens. (vous pouvez faire suivre à qui vous voulez) … Valérie

Ich bin eine Terroristin

Une belle nuit, Violette, 11 ans et 3 mois, va ficher le camp. Dans son baluchon, quelques chocos BN, l’urne des cendres de sa grand-mère communiste chérie et un livre : les lettres de prison de Rosa Luxemburg. Les lettres de Rosa, sa Rosa, cette « grande grande révolutionnaire allemande », assassinée en 1919 dont elle se sent aujourd’hui l’héritière. Elle ira marcher dans ses pas, s’enfoncera de plus en plus loin vers l’Est et essaiera, avec son insouciance de gamine, de changer le monde à sa manière.

Avec : Mathilde Besse, Benoit Giros, Sylvia Etcheto, Friedhelm Ptok, Tadeusz Lomniski, Marcin Kuzminski, Monique Couturier, Marie Cariès, Blandine Pélissier.

Musique de Morton Potash. Co-scénariste: Cécile Vargaftig.

Production: Juliette Grandmont pour Clandestine Films.

 –       Ich bin eine Terroristin, 1h37, 2010 : https://vimeo.com/121620116

Céleste

Dans le ventre de Céleste, tout doucement l’eau frémit. Dans sa tête dure comme la caillasse, son secret s’épaissit. Un jour pourtant, revl’à le printemps, l’herbe verte et les grands amusements… Avec Sylvia Etcheto, Nathalie Boutefeu, Benoit Giros, Jean-Marie Frin, Hervé Falloux.

Musique de Morton Potash.

Production: Juliette Grandmont pour Artcam International

–       Céleste, 42 min, 2005 : https://vimeo.com/121595663

Mes Insomnies

Comme d’autres partent ensemble en voyage de noces, Solange part seule en voyage de dépit : Saint-Michel sur Orge, Saint-Michel des Bois, Mont-Saint-Michel… Et que tous ces lieux qui portent le prénom de son ancien amant sachent qu’elle a dans la bouche une blessure pleine de sang… Avec Nathalie Boutefeu, Benoît Giros, Hervé Falloux, Blandie Pélissier, Aliocha Dernov. Musique : Roland Cahen, Morton Potash.

 –       Mes insomnies, 30 min, 2001 : https://vimeo.com/121668507 

Apesanteurs

 Agnès bénéficie d’une permission de sortie pour circonstances familiales, Agnès erre dans les rues de Paris… Avec Nathalie Boutefeu, Blandine Pélissier, Pascal Cervo, François Caron, Yongsoo Cho. Musique : Roland Cahen.

–       Apesanteurs, 20 min, 1999 : https://vimeo.com/121452154 

24 Avr 2015

Rosa Luxemburg en mars 1915 (1). Premier mois de prison, anniversaire, narcisse, organisation du quotidien carcéral, conscience: “De manière générale, je suis de bonne et confiante humeur, l’histoire travaille véritablement pour nous.” Lettre à Marta Rosenbaum (Inédit en français)

5 mars 1915, Anniversaire de Rosa Luxemburg. Cela fait 3 semaines qu’elle a disparu de la circulation comme elle aime à le dire pour désigner par un euphémisme son arrestation. De ce mois de mars 1915, nous n’avons que deux lettres, adressées à deux femmes d’exception Marta Rosenbaum et  Mathilde Jacob qui auront su les sauver. Deux lettres qui font partie de ce quotidien très partiellement traduit mais qui nous éclaire sur ce qui a été vécu et comment par Rosa Luxemburg, et qui nous en dit tant sur sa personnalité, sa pensée, son action.  Ces lettres de prison ne figurent pas dans l’ouvrage paru sous le titre “Lettres de prison” car celui-ci regroupe celles écrites à Sonia Liebknecht lors de sa deuxième arrestation pendant la guerre, c’est-à -dire à partir de juillet 1916.

La lettre à Marta Rosenbaum est sortie illégalement de la prison comme on le comprend dès le début de la lecture. On y découvre la prison et la transgression des règles par la prison elle-même devant la solidarité exprimée lors de son anniversaire. Sa réaction à son arrestation aussi brutale qu’inattendue. L’allusion aux plans, dont on sait qu’ils comprenaient la sortie de l’Internationale et la construction du courant contre la guerre. L’organisation de son quotidien autour du travail. La pudeur et l’humour sur ses conditions de vie et sa santé. La vivacité de ses analyses sur les militants socialistes: dans celle-ci Haase qui avait protesté dans un discours au Parlement contre la suppression de droits fondamentaux de la classe ouvrière. L’importance de Liebknecht. Son sentiment que “l’histoire travaille” pour les buts qu’elle défend.

Chère camarade Rosenbaum, Berlin le 12 mars 2015

J’ai enfin “l’opportunité” de vous écrire quelques mots auxquels vous ne ferez pas allusion dans votre prochaine lettre. Grand merci pour vos vœux et pour les fleurs qui sont encore sur ma table. Elles se sont vraiment magnifiquement gardées, je les ai soignées comme la prunelle de mes yeux et j’ai contemplé chaque jour, chaque perce-neige, chaque fleur de narcisse. En fait tout cela est arrivé “en contrebande”, mais elles m’ont quand même été données. J’ai reçu le 5 mars de manière totalement inattendue et comme si tous s’étaient donné le mot un tel afflux de lettres et de fleurs, qu’elles ont brisé d’elles- mêmes le mur du “règlement”. – J’ai été au départ assez secouée par  mon brusque “éloignement du monde” comme au milieu d’une communication téléphonique, bien que cela m’ait aussi fait rire. Nombre de mes plans se sont vus alors remis en cause, j’espère pas tous. Après deux semaines d’attente, j’ai pu récupérer mes livres et obtenir le droit de travailler. Vous pensez bien que je ne me le suis pas laissé dire deux fois. Ma santé va devoir s’adapter à la diète en vigueur ici et quelque peu étrange, l’essentiel est qu’elle ne m’empêche pas de travailler. Imaginez-vous, je me lève tous les matins à 5 h 40 précises! En fait, je dois aller au lit à neuf heures, si l’on peut appeler ainsi l’objet que je dois ouvrir et refermer et qui prend en journée la forme d’une planche collée contre le mur. D’après ce que je peux lire dans les journaux qui représentent le seul lien avec le monde extérieur, les choses continuent à avancer dehors. Vous avez dû être enthousiasmée par les déclarations de Haase. Vous avez un grand faible pour lui; mais en dehors du fait que toutes ses critiques et reproches concernant le vote arrivent comme un cheveu sur la soupe, il n’aurait jamais trouvé ce ton, s’il n’y avait pas eu la puissante impulsion donnée au Landtag par Karl L[iebknecht], montrant  que cela était possible et rappelant un peu le ton d’autrefois. De manière générale, je suis de bonne et confiante humeur, l’histoire travaille véritablement pour nous.

Saluez aussi Kurt [Rosenfeld]. Portez-vous bien, soyez remerciée pour tout et écrivez-moi de temps à autre quelques mots. Je ne peux écrire qu’une lettre par mois!

Cordialement, votre R.L.

PS:  S’il vous plaît, soyez attentive quand vous parlez au téléphone  de moi et concernant cette lettre

 

Source: Dietz Verlag, Gesammelte Briefe, Band V, Edition 1984, P 49/50 – Traduction: Dominique Villaeys-Poirré (Merci  pour toute proposition d’amélioration)


Deux moments d’émotion au cours de nos recherches :

FLEUR DE NARCISSE

Émerveillement : L’illustration en tête d’article est issue de l’herbier constitué depuis 1913 par Rosa Luxemburg. On y trouve cette fleur de narcisse reçue à Pâques 1915 de Marta Rosenbaum et ajoutée à son herbier. On lit de sa main “envoyé par Mme Marta Rosenbaum à Pâques 1915”. Un prochain article présentera cet herbier. Source: http://www.hs-augsburg.de/~harsch/germanica/Chronologie/20Jh/Luxemburg/lux_herb.html

Narzisse, narcissus. Echte Narzisse, Märzbecher (Narcissus poeticus). Familie: Amaryllisgewächse (Unterordnung der Liliengewächse). Zu Ostern 1915 geschickt von Frau Marta Rosenbaum.


MARTA ROSENBAUM MORTE EN DEPORTATION

Tristesse profonde qui vous submerge devant ces destins, sentiment que cela est toujours possible : Marta  Rosenbaum est morte en camp de concentration (en 1942, à Theresienstadt) comme tant de militants qui avaient survécu à la 1ère guerre mondiale. Source: http://www.hs-augsburg.de/~harsch/germanica/Chronologie/20Jh/Luxemburg/lux_brli.html

 

20 Mar 2015

“Franz Fanon. Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne”. Texte de Claudine Roméo. En contre-point à Rosa Luxemburg.

La quinzaine Rosa Luxemburg, puis la disparition de Claudine Roméo ont imposé l’idée de donner sur ce blog la parole à ceux qui aujourd’hui par des liens invisibles ténus mais tenaces font vivre ce qui peut apparaître essentiel chez Rosa luxemburg : la sensibilité, la conscience, l’engagement la rigueur. Vous trouverez les textes dans la rubrique contre-point. Nous publions aujourd’hui, après celui sur la Tunisie, l’Art dans la Révolution, un texte de Claudine Roméo: Fanon, Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne. Ce texte publié par Claudine Roméo en 2000 dans la revue Littérature frontalière constitue une analyse fine de l’approche de Fanon d’une culture méditerranéenne différente, qu’elle fait partir du postulat : “Ce n’est qu’après un double déplacement, d’abord en Europe – en “Métropole” – puis en Algérie, qu’il s’approprie une autre culture, une autre pratique, la culture révolutionnaire, découverte – et inventée – avec sa propre pratique, dans son engagement personnel.” Elle met ainsi en avant ce qui fait l’essentiel et l’importance aujourd’hui encore de Fanon, le lien entre réflexion et pratique, engagement et inscription dans la révolution. Et elle termine son texte par cette superbe phrase: “Le concept de “Black” des mômes des banlieues, indiens, africains, algériens, sous-prolétaires, mais aussi homosexuels, femmes, exclus de tous ordres et sans papiers, un seul et unique facteur les constitue comme “mêmes”, comme unis et universels : leur lutte.”


A noter pas seulement, leur oppression, mais aussi … leur lutte.

 

Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne.

Claudine Roméo

Le Martiniquais Franz Fanon a eu, en Europe et aux yeux du monde, une célébrité enthousiaste dans les milieux étudiants et militants entre 1960 et 1980. Dans les années 40, il est, pour les Noirs américains, une des figures lumineuses de leur combat. Depuis, c’est le silence, les jeunes n’en ont jamais entendu parler. Relisant des vieux numéros des “Temps modernes” et “d”Esprit”, je le vois constamment cité par Jean-Pierre Faye, Simone de Beauvoir, Sartre, comme le penseur de la Révolution Noire (“Black” serait maintenant un terme plus exact). Sa place dans notre questionnement sur “l’appropriation” est désignée du fait même qu’il l’a pratiquée, mais de manière tout à fait originale, sur des terrains concrets et brûlants: c’est ce que Deleuze a appelé la déterritorialisation, le décalage qui rend son appropriation spéciale, elle ne peut procéder que par écarts et par bonds.

Dans son analyse de la culture “noire” observée dans son enfance, il dénote un complexe d’appropriation de la culture “blanche”. Ce n’est qu’après un double déplacement, d’abord en Europe – en “Métropole” – puis en Algérie, qu’il s’approprie une autre culture, une autre pratique, la culture révolutionnaire, découverte – et inventée – avec sa propre pratique, dans son engagement personnel.

Fanon met en place une démarche et un discours originaux, en se plaçant simultanément à deux niveaux.

D’une part désappropriation/appropriation fonctionnent entre elles, dialectiquement au sens le plus serré, le plus fort (il citait couramment Hegel et Marx), d’autre part, selon le plan d’observations cliniques, les situations coloniales – ou anti-coloniales -, se repèrent dans la langue même. Observation sans cesse reprise, récits et descriptions de situations pathologiques ou libératrices, reviennent dans tous ses textes. Sa réflexion se rapproche de celle d’Albert Memmi pour qui le colonisateur est aussi aliéné (sinon plus) que le colonisé. Il a sans doute connu Memmi à Tunis.

Les différents lieux” où la voix de Fanon porte : Martinique, France, Algérie, Tunisie, mouvement des Blacks Panthers composent une constellation où les aspects divers de la révolte se diffractent et se reflètent, glissement, dérives, déterritorialisation.

Mais son écriture reste très fortement dialectique et rationnelle dans la forme et le suivi serré et soutenu de l’argumentation.

  1. 1. Éléments de la vie de Fanon qui éclairent cette pratique des passages

Il y a une thèse américaine sur Fanon de l’historienne Irene Gendzier (université de Boston). Sa source principale, bien que tue, a sans doute été la psychiatre algérienne Alice Cherki qui a travaillé dans le service de Fanon à Blida.

Fanon naît en 1922 dans une famille martiniquaise et prend conscience de l’aliénation – et des conditions de vie réelles – du peuple noir dès ses années de lycée. Très jeune, il est révolté par l’acceptation plus ou moins passive de l’oppression. Les descriptions déjà cliniques de certains comportements se trouveront plus tard dans Peau noire et masque blanc. Par sa seule observation, et avec l’intensité passionnée de son émotion et de sa souffrance, il passe du constat de l’oppression à celui, décourageant, de l’aliénation.

Expérience d’autant plus douloureuse qu’en même temps les Antilles françaises sont amenées à participer à la guerre, à défendre les valeurs “françaises”. Or l’atmosphère vichyssoise qui règne dans les colonies augmente encore l’oppression et la honte. La répression frappe la revue “Tropiques” créée par Aimée Césaire, elle est interdite en 1940. Césaire, amplement cité par Fanon dans tous ses livres, peut nous donner une idée assez fidèle de l’ambiance où vivaient les intellectuels et les artistes, dont Fanon, par exemple, à la fin de ses années de lycée (il est né 9 ans après Césaire). Atmosphère terrible, au moment où ces jeunes intellectuels cherchent leur voie.

Ainsi, dans Les Chiens se taisaient (tragédie), Césaire fait dire au “Rebelle”:

“J’ai capté dans l’espace d’extraordinaires messages […] plein de poignards, de nuit, de gémissements. J’entends plus haut que les louanges une vaste improvisation de tornades, de corps de soleil, de maléfices, de pierre qui cuisent, de petits jours étrangers, d’engourdissement bu à petites gorgées.”

Fanon et son ami Marcel Manville, maintenant avocat à Paris et à Fort de France et fondateur du club Franz Fanon, écœurés par la collaboration vont rejoindre la Dominique où des milliers de jeunes Antillais et Guyanais s’embarquent pour aller se battre en Europe. Ils débarquent à Saint-Tropez en 1944 et se battent ensuite en Alsace. Fanon est blessé dans la bataille de France, à Colmar. C’est là qu’il se rend compte qu’en fait, il ne se bat pas pour la liberté mais pour les métropolitains, les blancs.

“Cette nouvelle déception est immense” dit-il dans une lettre à sa mère. Jusque-là il pouvait dans un déchirement plus ou moins conscient déplorer le colonialisme, tout en pensant qu’ailleurs dans une vraie “France” étaient vivaces certaines valeurs. Mais par son engagement dans la guerre, il ne trouve “rien ici, qui justifie cette subtile décision de (se) faire le défenseur du fermier quand lui-même s’en fout”.

Toutes ces déceptions l’amènent à fuir la capitale où “il y a trop de nègres”. Idée qui anticipe sur sa future critique de la négritude. C’est à Lyon qu’il va faire ses études de médecine et de psychiatrie. Il suit également des cours de philosophie à l’université et fréquente les milieux trotskystes.

Ses études terminées, il est affecté dans différents services en métropole, puis accepte un poste à l’hôpital de Blida, en Algérie.

Il trouve immédiatement l’atmosphère de révolte, qui, sous l’occupation, était brouillée par le fait douloureux de la collaboration.

Invité en 1953 par l’historien André Mandouze à faire une conférence à l’université d’Alger contre le racisme, il est contacté par le FLN

En 1957, protestant contre des sanctions aux grévistes de l’hôpital de Blida, il est – pour quelques temps – expulsé d’Algérie par Lacoste. Il écrit dans “El Moudjahid” dont il devient correspondant à Tunis.

Atteint de leucémie, il est envoyé pour soins à Moscou, puis à Washington. Il meurt à 34 ans, ayant publié quatre ouvrages, dirigé et réorganisé un service de psychiatrie et participé acivement à la guerre de libération.

  1. 2. Première analyse de la réalité sociale par Fanon

Sa vision est d’abord proche de celle de Césaire et Glissant. Il y a cette réalité douloureuse et sans cesse ravivée, de l’oppression du “noir” par le “blanc”.

Mais Fanon n’est pas un littéraire, il ne trouve aucune jouissance dans la souffrance, aucune consolation épique dans de quelconques lamentations. C’est le point de départ qu’ils ont surtout en commun. Ensuite Fanon choisit surtout la “critique sociale” comme on l’appellerait maintenant. Il constate des cassures inévitables et les décrit comme des véritables dispositifs machiniques – Fanon s’étonne de l’absence de l’esprit de révolte. Comment la longue histoire des esclaves noirs, histoire de douleur et de mort, ne les a pas, aux Antilles, entraînés dans la révolte, la révolution? La dialectique employée est très voisine de celle du maître et de l’esclave, très voisine aussi du style sartrien (cf. “Conscience and consciousness”, The relevance of Hegel ans Sartre, in Fanon, I. Gendzier).

Dans cette Martinique encore dominée ou dans des coins d’Algérie pas encore révoltés, les noirs imitent les manières des blancs, jusqu’à l’expression du visage, jusqu’aux vêtements. Plus symptomatique encore, le langage.

Cas d’aphasie, impossibilité à employer certains mots, hallucinations auditives (discours imaginaire ou écoute d’une radio imaginaire en français, directement branchée dans la tête). Ces descriptions impressionnistes, mais déjà précises, et ensuite cliniques (Algérie) ont un effet d’abord théorique chez Fanon.

Mais ses refus sont déjà très nets. Jamais, il ne s’est fait le chantre de la négritude.

Beaucoup plus tard, il sera amené à attaquer très vivement Senghor. S’il avait fallu parler dès cette époque, de la “différence”, Fanon ne l’aurait certainement pas placée là où on s’y serait attendu. Il aurait déjà vu le danger de ce concept.

En effet, pour Fanon, la négritude n’est que l’envers d’une attitude blanche qui met “tous les nègres dans le même sac”. C’est ce qu’il déclare dès 1956 à Paris à un congrès de la Société africaine de Culture.

La vraie différence est entre exploitants et exploités, dominants et dominés, ce en quoi il se montre avant tout marxiste.

Dans les premières descriptions cliniques, de véritables éléments de résistance apparaissent. Avant que la posture révolutionnaire s’affirme, Fanon dépiste les formes spontanées de cette résistance – façon de pratiquer le double langage, jeux de mots où le colonisé prend au piège le colon, emploi du créole, récits des vieux qui mettent en scène l’antillais se moquant du blanc. Aussi dans Peau noir et masque blanc, ces magnifiques passages où Fanon fait un nouvel “éloge de la paresse” : dans une situation où le noir est seul face au patron blanc, la “paresse” est une forme courante et efficace de résistance = analyse de Fanon pleine d’humour et de perspicacité.

Bien que anti littéraire, Fanon est un écrivain. Son texte est vivant, nerveux. La négritude – celle de Senghor – est pour Fanon une attitude “littéraire” même s’il en comprend du dedans les implications affectives et la blessure. Il préfère une attitude critique – très fraternelle – et en ce sens vraiment autocritique. Alors que la négritude, tournée vers le passé, est coupée de l’actualité, l’intellectuel doit être

“debout devant le présent de son pays, obervant lucidement et objectivement l’actualité du continent qu’il voulait faire sienne, l’intellectuel est effrayé par le vide, l’abrutissement, la sauvagerie.” (Damnés de la terre, P. 102)

Il regarde ce qui se passe sur le continent africain:

“En Afrique, la littérature colonisée […]  n’est pas une littérature nationale, mais une littérature de nègres.”

Ce qui indigne le plus Fanon, c’est l’enfermement dans les attitudes toutes faites, des clichés, en particulier l’absence de rationalité prétendue des noirs.

“Dans l’ensemble, les chantres de la négritude opposeront la vieille Europe à la Jeune Afrique, la raison ennuyeuse à la poésie, la logique oppressive à la piaffante nature […] D’un côté raison, cérémonie, protocole, scepticisme, de l’autre ingénuité, pétulance, liberté, pourquoi pas luxuriance, mais aussi irresponsabilité”:

Remarque de Fanon qui rappelle les racistes qui disent que “les noirs ont le rythme dans la peau” (sans compter les implications sexuelles, cf; La putain respectueuse, de Sartre).

Aussi, à partir d’une dialectique serrée et argumentée, dont la conclusion nécessaire paraissait toute trouvée, l’identité nègre, Franz Fanon pratique un écart, une déterritorialisation. Il fuit cette (nouvelle) forme d’enfermement – l’enfermement dans un style de discours et dénonce le mythe qui relie inévitablement le blanc à l’idée de culture et le noir à l’idée de nature.

Le noir se désapproprie de ces successifs enfermements et s’approprie son humanité: c’est cela l’apport de Fanon.

3.

Mais il fallait encore une étape, une dé-rive, une reprise, fonctionnant là aussi comme désappropriation de tout exotisme – perte désécurisante des nouvelles certitudes aussi – la guerre, la déception, la perte de toute naïveté en qui concernait une quelconque quête universelle des droits “je me bats pour le droit du fermier et le fermier s’en fout”. Rappel de la guerre en France, pour libérer la Métropole.

Le constat cuisant, suivi d’études de psychiatrie, de philosophie et anthropologie, devait le conduire vers le lieu où la parole serait enfin entendue et où une double activité s’offrait à lui.

C’est en Algérie que la saisie aveuglante de deux enfermements se fait, et le pousse vers un engagement définitif.

La façon d’aborder la “maladie” mentale à Blida d’une part, s’exercer son métier, de faire sienne cette dérive pour en décrire les déterminations socio-historiques – coloniales – et la situation politique de l’Algérie colonisée d’autre part, la folie comme révolte, et la révolution enfin trouvée.

Dans le service psychiatrique de Blida, Alice Cherki, sa collaboratrice, dans un recueil de textes des amis de Fanon, raconte comment il aborde la réalité institutionnelle. Les premiers chapitres de l’an V de la révolution (re-publié sous le titre Sociologie d’une révolution) sont consacrés à des pathologies repérées surtout dans le langage, dans le parler : confusion, délires de persécution, bredouillage. Avant qu’on parle d’antipsychiatrie, Fanon donne la parole aux patients de l’hôpital de Blida. Il amorce l’autogestion d’une cafétéria, d’une bibliothèque et d’activités culturelles. Il décloisonne le rapport soignant/soigné. Il conçoit la folie, avant la lettre, comme pathologie presque exclusivement sociale. Le colonisateur lui paraissant, bien sûr aussi “malade” que le soignant.

Dans l’an V de la révolution , le lien entre son travail de psychiatrie – être du côté du patient plutôt que de celui de l’institution, et la révolution algérienne – révolution enfin trouvée – est nettement établi dans Peau noire et masque blanc (P. 81)

“Ce qui apparaît donc, c’est la nécessité d’une action couplée sur l’individu et sur le groupe – en tant que psychanalyste, je dois aider mon patient à concentrer son inconscient […] à agir dans le sens d’un changement des structures sociales.”

Fanon va donc développer “une rhétorique de combat”, selon une expression employée par les participants au colloque de Brazzaville. Dans un article de Présence africaine (février – mai 1959 n°24 -25), il imagine ce mini-dialogue entre une bourgeoise et un noir:

“la dame (gracieusement)

– mais il est blanc, ce noir!

– le nègre blanc, vous emmerde madame.”

Certains accents violents ou drôles sont très proches de Jean Genet – parfois, par éclairs, c’est le même humour d’un dionysiaque follement politique (cf. Les Nègres, Les Paravents).

Comme le voit très bien Sartre, avec le même enthousiasme critique, dans sa longue préface aux damnés de la terre:

“Le lecteur est sévèrement mis en garde cotre les aliénations des plus dangereuses […] tout aussi bien, le retour du lointain passé de la culture africaine.”

L’appropriation de la révolution algérienne, modèle de la révolution de tout noir, ne peu que passer par la violence. Mais dit Sartre commentant Fanon :

“Ce qui n’est pas d’abord leur violence, c’est la nôtre retournée, qui grandit et les déchire.”

Guérilla, que chacun doit mener quotidiennement contre soi-même en tant qu’aliéné ( à tous les sens du mot) = “l’indigénat, reprend Fanon, est introduit et maintenu chez les colonisés avec leur consentement”.

Cette pensée, plaie ouverte, a une portée universelle, elle ne concerne pas seulement le colonisé mais aussi le colonisateur :

“Nous aussi, gens de l’Europe, conclut Sartre, on vous décolonise. Cela veut dire qu’on s’extirpe par une opposition sanglante le colon qui est en nous.”

Comme le remarque Jacques Fredj dans les actes du colloque de Brazzaville utilisant Psychologie de la décolonisation, d’Octave Mannoni, cette décolonisation est d’abord linguistique “ce n’est pas le langage, qui se construit et se défait au cours de l’analyse”. Au cours de la guerre de libération, le militant refuse tout d’abord d’écouter la radio française, qui, tel le Dieu du Président Schreber – cas de texte paranoïaque analysé par Freud – lui dicte discours et délires directement dans la tête -. Cependant, impliqué ensuite dans la lutte, il se sert de cette même radio pour des émissions clandestines dans le Djebel.

Autre langage : le vêtement, le voile.

Dans un premier temps la jeune fille porte le voile (traditions familiales), dans un deuxième temps, “émancipation” de type européen, elle le rejette. Mais plus tard, gagnée par la révolution, elle le remet et cache – en dessous – des armes.

“Elle a une démarche fière et dégagée”.

Que ces analyses, aussi incisives que naïves et triomphalistes ne nous fassent pas sourire trente-cinq ans après. Parfois un peu inexactes, dans leur schématisme (partie I et II, An V de la Révolution), elles restent fixées dans une vérité.

C’est donc avec la plus grande gravité que nous relisons maintenant des passages sur l’Algérie, fer de lance de la révolution “noire” ou “africaine”.

“La vieille Algérie est morte” dit Fanon, “la puissance de la révolution réside d’ores et déjà dans la mutation radicales qui s’est produite chez l’Algérien”.

Autre raison de considérer ici et maintenant sa pratique de l’appropriation : un fort mouvement antiraciste s’est donc développé, relancé par la lutte contre la loi Debré, avec “le respect des différences” comme slogan. Mais au-delà et après le développement d’une certaine idéologie occidentale de gauche, on renvoie, en fait, chaque “Black”, chaque opprimé, à sa différence, rendant implicitement exclue l’appartenance à l’universel.

Le concept de “Black” des mômes des banlieues, indiens, africains, algériens, sous-prolétaires, mais aussi homosexuels, femmes, exclus de tous ordres et sans papiers, un seul et unique facteur les constitue comme “mêmes”, comme unis et universels : leur lutte.

Original sur :

“Franz Fanon. Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne”. Texte de Claudine Roméo. (Pour conjurer l’absence, 2) 

http://linter.over-blog.com/2015/03/texte-de-claudine-romeo-fin-pour-conjurer-l-absence-2.html

Lien de l’image : https://afrodiasporarts.files.wordpress.com/2012/05/fanon-chaque-fois.jpg

15 Mar 2015

Il est une communauté invisible que créent certaines personnalités qui relient tous les liens sensibles et conscients. Un montage sur le texte de Claudine Roméo, Art dans la révolution. En contre-point à Rosa Luxemburg.

“Le sentiment que certains font s’unir le meilleur de chacun”

Il est une communauté invisible que créent certaines personnalités qui relient tous les liens sensibles et conscients qui nous parcourent. C’est le sentiment vécu lors de certains engagements. C’est le réel vécu lors de la quinzaine Rosa Luxemburg. C’est ce qui est souvent vécu avec les textes et lettres de  Rosa Luxemburg. C’est ce qui naît de ce rapprochement du texte de Claudine et de ces vignettes crées à partir de graphes sur les murs de Tunis. Le sentiment que certains font s’unir le meilleur de chacun . D.V.P. C’est ce que nous avons vécu lors de l’enterrement de Claudine.

L’inhumation, ce vendredi 27 février, a rassemblé plus de 200 personnes. La soirée hommage s’est poursuivie jusqu’à une heure du matin, entre danse, chants, textes, photos; multiples hippocampes légers et irisés, oxymore d’une force fragile qui nous a rassemblés comme nous avaient rassemblés les lettres en prison de Rosa Luxemburg, qui avaient mis en acte à Saint-Etienne, aussi près de deux cents personnes, chacune avec sa sensibilité et sa pensée …


 Texte pour l’Ecole des Beaux Arts de Tunis ( Isbat ) Art dans la Révolution

(Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir)

 

Tunis 0 couverture 0

Peu de temps pour formuler et écrire, beaucoup de « bonne » fatigue, provoquée par l’émotion, l’urgence à penser et faire les choses, au cœur de l’environnement unique créé en ce moment, au milieu des choses  pensées et faites par les autres, mes sœurs et frères, mes camarades tunisiens .

 

Tunis 1 0Ne rien faire, ne pas penser, mais comment ne pas  être  propulsée dans ce tourbillon intense et créatif, tourbillon de forces centripètes et centrifuges ?  Forces qui vont “dans tous les sens”, surtout dans le bon sens, le Sens de l’Histoire.  Ne rien faire serait se comporter en touriste de la Révolution des autres. Or, bien sûr qu’elle appartient à tout le monde, cette Révolution. Mais pas à ceux qui veulent et parfois peuvent, même, se l’approprier et la récupérer. Comme pour le reste, il n’y a pas de propriété privée de la Révolution.

Donc, pour moi, en venant vous voir et en venant à l’Isbat, bien sûr , je viens pour m’informer et informer : mais ce travail d’information sur certains médias à ma disposition, et de création de réseaux entre nous et vous, d’un continent à l’autre , est la contribution élémentaire que je pouvais porter auprès de vous. Mais, plus inattendu, la dispersion,  la diversité de l’activité philosophique, le fait que le philosophe est un « touche à tout », et s’occupe de ce qui ne le regarde pas, peut le rendre à même d’établir des rapprochements entre vous. C’est un spécialiste des généralités, ou plutôt, de l’universel,  alors, donc, plus inattendu, il contribue à créer des rhizomes entre vous, quand vous ne les avez pas encore établis vous-mêmes.

Tunis 2 0 Mon regard et ma position transversale, à travers quelques milieux révolutionnaires tunisiens qui ne se fréquentent pas encore, peut être utile : La position universelle de l’Art, pour lequel il s’agit, comme pour la Philosophie, de « créer des concepts-« , par exemple d’ici, de Tunisie, facilite la fluidité d’une forme de pensée critique à une autre  .

 Et aussi, la fréquentation d’autres métiers rend des choses possibles : – jusqu’aux jeunes chômeurs, puisque la Révolution est venue d’eux, artisans, paysans, ouvriers en grève à Gafsa ou à Gabès et à Sfax, imprimeurs, et aussi, juristes , avocats, enseignants, aviateur – ils sont en grève en ce moment à Monastir – employés des télécoms, postiers, avocats,  économistes, que j’ai eu la chance de pratiquer ces jours-ci.

Prolétaires  « de tous pays », mais aussi de toutes régions et de tous genres, dans leurs œuvres,  ils se côtoient. Le faire, déjà, la mise en œuvre, ou la main à la pâte, s’il s’agit d’un boulanger, cette position de touche-à-tout (où tous deviennent artistes et  philosophes) peut à tout instant en nouer les liens, en tricoter les radicelles, et en faire des  “nœuds”

Tunis 3 0

… Décidément voilà que je cite Deleuze déjà 3 fois de manière cryptique … subconsciente même pour moi pendant que je vous écris cette lettre, je m’en aperçois seulement à l’instant,…

Je ne reviens pas sur la fabrique de concepts, concept et formulation verbale, ce n’est pas la même chose.

Le concept de l’art peut être rouge, dur, horizontal. Il peut être syncopé ou d’un phrasé musical net et «  andante », comme les concepts de Mozart, ou débordant, quasi baroques, comme ceux de Frank Zappa. On aura compris que lorsqu’on parle de l’Art fabricant des concepts, comme la philosophie, il ne s’agit vraiment pas – sauf cas très particulier – de l’art dit «  conceptuel » qui n’est qu’un cas de figure – c’est le cas de le dire !!- un cas historique particulier, d’ailleurs pas clôturé encore à ce jour.

L’Art plastique, la Musique, la définition que j’en donnerais, et la Poésie, loin d’être des conduites de fuite loin du réel, sont au contraire des activités d’intimité resserrée et quasi amoureuse avec le réel. Un rapport d’intimité  que la Science, par exemple, ne pratique pas, ou il s’agirait plus de proximité distante, objectivante, pour cette Activité scientifique,

L’Art, même le plus contrôlé, et le plus « froid», pratique à coup sûr cette intimité , cette présence au réel qui enchante l’artiste, le fait s’envoler dans l’urgence de dire , de sortir, de faire émerger et bourgeonner cette sève qui lui vient du réel.

Tunis 4 0

Il ne peut être que dans une appartenance radicale à cette terre , à ce monde. Sauf que, différent de la pensée magique, comme pourrait le dire Lévi-Strauss, bien qu’articulé à tout instant à elle, il ne subit PAS passivement son cadeau, mais le transforme immédiatement et toujours de manière unique. La mythologie le fait aussi, mais au cours des siècles et de manière subconsciente, sinon inconsciente, car toujours collective. Alors que , si l’art est parfois collectif, c’est par choix, et dans le ici et maintenant de l’histoire : de l’Histoire tout court, et de …l’histoire de l’art, de sa propre histoire, donc.

Tout ceci n’était qu’un long préambule méthodique.

Mais qui peut engendrer des conclusions et des effets radicalement rapides et éclatants .

Par exemple,  La réalité qui nous occupe et nous porte en ce moment, c’est la Révolution, cette révolution tunisienne si particulière, si inouïe et inattendue,

 Tunis 5 0

Alors, l’art doit être- est- dans cette proximité folle inouïe, tout aussi impossible que la révolution elle-même, cette révolution, et alors, et il la fait, la produit dans la mesure de moyens, même très réduits. Et aussi, cet art est modulé, induit, insufflé et tendu, dans la droite ligne de la dynamique révolutionnaire, il multiplie ses interventions, il parle à chacun son langage, affect et pensée critique concrète tout ensemble. Il est dans le politique, tout à fait, mais ce Politique-là qui nous importe et nous fait vivre.

Tunis 6 0Et ce n’est pas un propos d’intellos –même de gauche !- que je tiens ici, j’ai vérifié cent fois cette réalité concrète de l’art. Il n’est pas alors, « au service » de la Révolution, ni là pour illustrer, orner, rendre belle la Révolution. Elle est intensément existante et belle, si je voulais plagier Sartre : pour lui, il n’y a pas de Nature humaine, donc pas d’essence de l’homme, il n’y a que de l’existence. Je dirais que, comme pour la réalité de l’homme, il n’a que de l’existence, et pas d’essence, Pour une- ou une autre, Révolution, il n’y a pas d’idée générale. Les occidentaux, ou de toute manière, ceux qui voient la Tunisie « de loin » , se demandent si ce qui se passe, ici, dans la rue, c’est La Révolution, si cela correspond bien à la définition du dictionnaire, si ici, c’est fidèle à l’idée abstraite de Révolution, en bons « intellectuels de gauche », ils concluent presque toujours « ça n’est pas une Révolution ».

 Pour la Révolution , et la vôtre, la nôtre ici et maintenant, il n’y a que de l’existence aussi.

Tunis 7 0

Et sa réalité trouve ses multiples et libres actes , “artistiques dans l’acte même – Sidi Bouzid, ou la rue de Tunis- ou dans l’expression concrète simultanée de l’acte , L’ART, qui est un acte aussi.

Je crois que si on s’en tient à cette analyse, de la Révolution comme Réalité, l’artiste, les artistes ne peuvent tomber, ni dans la mièvrerie, ni dans la confusion – danger si redoutable en ce moment électoraliste.

Pour nous,  ce réel si urgent, si pressant, au battement de cœur et de sang si forts, NOUS DONNE SA FORCE .

Tunis 9 0Pour Artifekt, 1er Mai 20011.  texte n° 1

A lire sur le blog de Claudine : http://claudine-romeo.over-blog.com/article-texte-pour-ll-ecole-des-beaux-arts-de-tunis-isbat-art-dans-la-revolution-75488789.ht

Montage de Janie à partir du texte de Claudine sur des graphes photographiés par Christophe à Tunis

03 Mar 2015

Une réflexion sur Art et révolution inscrite dans la révolution en Tunisie, Claudine Roméo, 2011. En contre-point à R. Luxemburg

Un texte très riche dans la tradition des grands textes de réflexion sur l’art et la révolution.

Texte pour l’Ecole des Beaux Arts de Tunis ( Isbat ) Art dans la Révolution

Peu de temps pour formuler et écrire, beaucoup de « bonne » fatigue, provoquée par l’émotion, l’urgence à penser et faire les choses, au cœur de l’environnement unique créé en ce moment, au milieu des choses  pensées et faites par les autres, mes sœurs et frères, mes camarades tunisiens .

Ne rien faire, ne pas penser, mais comment ne pas  être  propulsée dans ce tourbillon intense et créatif, tourbillon de forces centripètes et centrifuges ?  Forces qui vont “dans tous les sens”, surtout dans le bon sens, le Sens de l’Histoire.  Ne rien faire serait se comporter en touriste de la Révolution des autres. Or, bien sûr qu’elle appartient à tout le monde, cette Révolution. Mais pas à ceux qui veulent et parfois peuvent, même, se l’approprier et la récupérer. Comme pour le reste, il n’y a pas de propriété privée de la Révolution.

Donc, pour moi, en venant vous voir et en venant à l’Isbat, bien sûr , je viens pour m’informer et informer : mais ce travail d’information sur certains médias à ma disposition, et de création de réseaux entre nous et vous, d’un continent à l’autre , est la contribution élémentaire que je pouvais porter auprès de vous. Mais, plus inattendu, la dispersion,  la diversité de l’activité philosophique, le fait que le philosophe est un « touche à tout », et s’occupe de ce qui ne le regarde pas, peut le rendre à même d’établir des rapprochements entre vous. C’est un spécialiste des généralités, ou plutôt, de l’universel,  alors, donc, plus inattendu, il contribue à créer des rhizomes entre vous, quand vous ne les avez pas encore établis vous-mêmes.

 Mon regard et ma position transversale, à travers quelques milieux révolutionnaires tunisiens qui ne se fréquentent pas encore, peut être utile : La position universelle de l’Art, pour lequel il s’agit, comme pour la Philosophie, de « créer des concepts-« , par exemple d’ici, de Tunisie, facilite la fluidité d’une forme de pensée critique à une autre  .

 Et aussi, la fréquentation d’autres métiers rend des choses possibles : – jusqu’aux jeunes chômeurs, puisque la Révolution est venue d’eux, artisans, paysans, ouvriers en grève à Gafsa ou à Gabès et à Sfax, imprimeurs, et aussi, juristes , avocats, enseignants, aviateur – ils sont en grève en ce moment à Monastir – employés des télécoms, postiers, avocats,  économistes, que j’ai eu la chance de pratiquer ces jours-ci.

Prolétaires  « de tous pays », mais aussi de toutes régions et de tous genres, dans leurs œuvres,  ils se côtoient. Le faire, déjà, la mise en œuvre, ou la main à la pâte, s’il s’agit d’un boulanger, cette position de touche-à-tout (où tous deviennent artistes et  philosophes) peut à tout instant en nouer les liens, en tricoter les radicelles, et en faire des  “nœuds”

… Décidément voilà que je cite Deleuze déjà 3 fois de manière cryptique … subconsciente même pour moi pendant que je vous écris cette lettre, je m’en aperçois seulement à l’instant,…

Je ne reviens pas sur la fabrique de concepts, concept et formulation verbale, ce n’est pas la même chose.

Le concept de l’art peut être rouge, dur, horizontal. Il peut être syncopé ou d’un phrasé musical net et «  andante », comme les concepts de Mozart, ou débordant, quasi baroques, comme ceux de Frank Zappa. On aura compris que lorsqu’on parle de l’Art fabricant des concepts, comme la philosophie, il ne s’agit vraiment pas – sauf cas très particulier – de l’art dit «  conceptuel » qui n’est qu’un cas de figure – c’est le cas de le dire !!- un cas historique particulier, d’ailleurs pas clôturé encore à ce jour.

L’Art plastique, la Musique, la définition que j’en donnerais, et la Poésie, loin d’être des conduites de fuite loin du réel, sont au contraire des activités d’intimité resserrée et quasi amoureuse avec le réel. Un rapport d’intimité  que la Science, par exemple, ne pratique pas, ou il s’agirait plus de proximité distante, objectivante, pour cette Activité scientifique,

L’Art, même le plus contrôlé, et le plus « froid», pratique à coup sûr cette intimité , cette présence au réel qui enchante l’artiste, le fait s’envoler dans l’urgence de dire , de sortir, de faire émerger et bourgeonner cette sève qui lui vient du réel.

Il ne peut être que dans une appartenance radicale à cette terre , à ce monde. Sauf que, différent de la pensée magique, comme pourrait le dire Lévi-Strauss, bien qu’articulé à tout instant à elle, il ne subit PAS passivement son cadeau, mais le transforme immédiatement et toujours de manière unique. La mythologie le fait aussi, mais au cours des siècles et de manière subconsciente, sinon inconsciente, car toujours collective. Alors que , si l’art est parfois collectif, c’est par choix, et dans le ici et maintenant de l’histoire : de l’Histoire tout court, et de …l’histoire de l’art, de sa propre histoire, donc.

Tout ceci n’était qu’un long préambule méthodique.

Mais qui peut engendrer des conclusions et des effets radicalement rapides et éclatants .

Par exemple,  La réalité qui nous occupe et nous porte en ce moment, c’est la Révolution, cette révolution tunisienne si particulière, si inouïe et inattendue,

Alors, l’art doit être- est- dans cette proximité folle inouïe, tout aussi impossible que la révolution elle-même, cette révolution, et alors, et il la fait, la produit dans la mesure de moyens, même très réduits. Et aussi, cet art est modulé, induit, insufflé et tendu, dans la droite ligne de la dynamique révolutionnaire, il multiplie ses interventions, il parle à chacun son langage, affect et pensée critique concrète tout ensemble. Il est dans le politique, tout à fait, mais ce Politique-là qui nous importe et nous fait vivre.

Et ce n’est pas un propos d’intellos –même de gauche !- que je tiens ici, j’ai vérifié cent fois cette réalité concrète de l’art. Il n’est pas alors, « au service » de la Révolution, ni là pour illustrer, orner, rendre belle la Révolution. Elle est intensément existante et belle, si je voulais plagier Sartre : pour lui, il n’y a pas de Nature humaine, donc pas d’essence de l’homme, il n’y a que de l’existence. Je dirais que, comme pour la réalité de l’homme, il n’a que de l’existence, et pas d’essence, Pour une- ou une autre, Révolution, il n’y a pas d’idée générale. Les occidentaux, ou de toute manière, ceux qui voient la Tunisie « de loin » , se demandent si ce qui se passe, ici, dans la rue, c’est La Révolution, si cela correspond bien à la définition du dictionnaire, si ici, c’est fidèle à l’idée abstraite de Révolution, en bons « intellectuels de gauche », ils concluent presque toujours « ça n’est pas une Révolution ».

 Pour la Révolution , et la vôtre, la nôtre ici et maintenant, il n’y a que de l’existence aussi.

Et sa réalité trouve ses multiples et libres actes , “artistiques dans l’acte même – Sidi Bouzid, ou la rue de Tunis- ou dans l’expression concrète simultanée de l’acte , L’ART, qui est un acte aussi.

Je crois que si on s’en tient à cette analyse, de la Révolution comme Réalité, l’artiste, les artistes ne peuvent tomber, ni dans la mièvrerie, ni dans la confusion – danger si redoutable en ce moment électoraliste.

Pour nous,  ce réel si urgent, si pressant, au battement de cœur et de sang si forts, NOUS DONNE SA FORCE .

Pour Artifekt, 1er Mai 2011.   texte n° 1

noir-et-blancEn Tunisie, durant la révolution

A lire sur le blog de Claudine : http://claudine-romeo.over-blog.com/article-texte-pour-ll-ecole-des-beaux-arts-de-tunis-isbat-art-dans-la-revolution-75488789.html

(Illustration de une : graphe dans les rues de Tunis faites Christophe pendant ce voyage. Inscription du texte de Claudine par Janie)

21 Fév 2015

Aquarelles de Rosa Luxemburg

Ces peintures ont été réalisées par Rosa Luxemburg en prison durant la guerre.

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08 Fév 2015

Tu t’es vu(e) sans Cabu et Lettre ouverte à feu les djihadistes, un texte venu de Saint-Etienne où eut lieu une folle quinzaine Rosa Luxemburg qui devint moi(s).

Tu t’es vu(e) sans Cabu

Lu cette formule dans un journal peu proche, mais la formule exprime si bien le désarroi, que j’avais cru même l’avoir trouvée toute seule.

Une entorse aujourd’hui à la dimension, strictement de recherche sur et à propos de Rosa Luxemburg, de ce blog.

Parce que le texte vient de Saint-Etienne et que cela vient de l’un de ceux rencontrés lors de cette si exceptionnelle quinzaine Rosa Luxemburg. Parce qu’il me semble que Rosa Luxemburg crée ce genre de rencontre avec de belles personnes comme dit le texte.

Et aujourd’hui, parce que Cabu, antimilitariste, penseur libre, aurait eu 77 ans. Et que sa pensée assassinée fait écho sur ce blog.



 Le texte: Lettre ouverte à feu les djihadistes

Alors, ça y est, t’es macab’, six pieds sous terre, prêt à être bouffer par les vers, parce que je t’assure le paradis n’existe pas, et je crois, même s’il existait, il ne t’accepterait pas, c’est pas l’armée du salut, le paradis, tout de même. Dans ta trentaine d’année, toute récente, t’as été pressé de vivre ou plutôt de mourir, tu voulais donner un sens à ta vie, peut-être. Merde on a dû mal t’orienter, c’est pas par là, suis bien le GPS, fais pas de connerie. T’as tapé quoi sur ton tom-tom spirituel : héroïsme ? et on t’a indiqué de tirer sur des vieux dessinateurs de 80 ans. Ben ouais, c’est ça le problème avec les soldes surtout les premiers jours, on est prêt à te refiler pour pas cher n’importe quelle camelote, pourvu que ça fasse marcher le commerce. Ton petit commerce macabre. Parce que c’est ça. Pointer une kalachnikov devant des crayons à papier, quelle bravoure ! C’est quoi le prochain djihad ? Buter un boulanger parce qu’il t’a filé une baguette trop cuite ? Décapiter le gars qui t’aura doublé par la droite ? Les gars que tu voulais tuer n’existent plus, toi, non plus, tout ce qui reste, c’est une grosse merde que t’as pondu. C’est toujours le problème après les fêtes, les chiottes sont débordées ! C’était quoi, ton problème ? Tu ne te sentais pas français ? Rassure-toi, moi non plus. J’ai tendance à dire que d’une certaine façon tu étais plus français que moi, vu que si je remonte à mes origines, mon nom vient de Savoie et qu’à une certaine époque l’Algérie était plus française que ce département. Alors tu vois, niveau communautarisme, moi, personnellement je me sens autant d’affinité avec les bouffeurs de raclette qu’avec les mangeurs de couscous. Que veux-tu, j’aime la vie, la bouffe, la déconnade… enfin jusqu’à un certain niveau. Ta dernière blague m’est restée au travers de la gorge comme un os de poulet. Même si t’es mort, j’ai encore envie de te dire, t’es con ou quoi ? Dans ta petite vengeance personnelle, tu nous laisses, nous, les vivants, bon ou pas, avec cet arrière goût amer. Dans la tête des plus bornés, le pays se retrouve divisé en deux entre pro et anti-musulman. Moi, j’ai une autre manière de partager ce pays : il y a le clan de ceux qui ont deux sous d’intelligence et qui ne feront pas d’amalgame foireux et ceux qui ne chercheront pas plus loin que le bout de leur front pour attiser la haine à tout va. Oui, d’une certaine façon, j’ai envie d’appeler ton acte de bravoure, acte de lâcheté, parce que, toi, maintenant que t’es crevé, tu t’en fous, mais, c’est qui qui va se retrouver avec un plan vigipirate de fou pendant plus de deux ans et peut-être Marine Le Pen en 2017, toute triomphante grâce à toi ? C’était quoi, ton but ? Redorer la popularité d’un président français qui en avait bien besoin ? Il ferait mieux de s’attaquer à la crise économique parce que ça nous a foutus dans la merde toi, comme moi, et c’est cette misère qui crée insidieusement l’obscurantisme et la folie meurtrière. Avec ceux qui restent et qui souffrent, j’ai envie de leur proposer non pas un sursaut républicain à la con (j’imagine Marianne avec un défibrillateur de lois sécuritaires) mais un véritable acte d’amour révolutionnaire. Tout d’abord, qu’on puisse instaurer des minutes de silence sur les réseaux sociaux, voire des heures, qu’est-ce que ça serait bien parfois. Bon, je sais c’est par ce biais là que je m’exprime, mais avoue que c’est plutôt rare. Et puis, à la manière de Gébé, qui a préféré crever plus tôt avant de voir ta tronche de cake ; Dans son film l’an 01, il nous proposait de faire un pas de côté et de voir ce que ça faisait. C’est pas mal comme idée, non ? Allez, salut le moribond, ne m’attends pas, je vais traîner un peu plus sur terre, il y a encore des personnes belles avec qui j’ai envie de partager ma vie.

A très bientôt.



Illustration : http://www.liberation.fr/societe/2015/01/11/marche-republicaine-le-best-of-des-slogans_1178541

13 Jan 2015

Rosa Luxemburg, Benedetto. Une lecture de Rosa Lux … “allons parle petite femme parle”

allons parle

petite femme

parle

Difficile de trouver le texte d’André Benedetto Rosa Lux. Certainement, il va être réédité. Mais en attendant, il avait été impossible de le lire jusqu’à un cadeau inattendu, inespéré. La lecture aussi est ardue, si l’on s’attend à des repères de temps, d’espace, une construction linéaire alors qu’il faut s’inventer sans cesse sa ponctuation, chercher sans cesse qui parle, de quoi, trouver sans cesse son chemin dans la typographie des mots. Une première lecture échoue. La deuxième est la bonne, quand on se glisse enfin dans la pensée  d”un narrateur aux prises avec les affres de l’imagination, de la création plutôt. On le suit, alors qu’il veut s’imposer une idée, la peste de 172O à Marseille, mais ce qui s’impose finalement à lui, dans un présent désordonné, déstructuré, c’est la présence de Rosa Luxemburg.

Elle est là,

figée dans la photo, le sac noir à la main et ce chapeau.

Elle surgit,

femme superbe femme

dressée mille chevaux

sur la tête celui de Guernica

son casque de nana c’est

le cheval de Guernica-Rubens

Elle se présente

rosa lux

déclinaison

déclinez vos nom prénom profession

rosa lux

née le

à berlin

non à varsovie

morte le

à berlin

oui

assassinée

oui

par qui

oui

par qui

oui

par qui

oui

par

la

so

cial

mo

cra

tie

Un texte surgit, un extrait de lettre de Rosa Luxemburg, sans ponctuation, à l’impromptu, on finit par le reconnaître. C’est un extrait d’une des lettres écrites à Sonia Liebknecht , tirée d’un livre qui vient alors d’être publié en France (en 1970, l’un des plus beaux ouvrages de sa bibliographie. Peut-être ce livre a-t-il déclenché l’écriture de Rosa Lux, on se plaît à le penser).

Et à la fin de ce texte-poème d’André Benedetto magnifique, trois textes s’entrelacent, un extrait d’une autre lettre, de Rosa Luxemburg aujourd’hui devenue un grand classique: les buffles, un compte rendu de ce qui s’est réellement passé à Marseille et la biographie de Rosa Luxemburg. Qui se termine par son assassinat, comme le récit sur Marseille se termine par l’invasion de la peste, comme la lettre de Rosa Luxemburg montre que la cruauté humaine contre ces animaux est une métaphore de la boucherie du premier conflit mondial.

Et le sens du choc des trois événements dans la pensée du narrateur, la grande peste, la guerre de 14 et la répression de la révolution spartakiste où mourut assassinée Rosa Luxemburg, prend alors son sens: c’est la même exploitation capitaliste qui est là à l’œuvre, ce sont les mêmes intérêts qui mènent à la peste, la guerre comme à la répression de la révolution spartakiste.

Et c’est pourquoi l’image de Rosa devait se frayer un passage dans l’esprit conscient du narrateur comme dans nos consciences …

C’est une femme morte

une apparence

remettez-là dans son cercueil

on ne peut plus

elle est vivante

elle respire

qu’elle parle pour elle-même

on a attrapé le temps à la course

dans l’asphyxie du moment tous ensemble

allons parle

petite femme

parle

Ce texte a été écrit en 1970

en une espèce d’hommage

qui tombe à cheval

entre le centenaire de sa naissance

et le cinquantenaire de son assassinat

La  pensée et l’action de Rosa Luxemburg ne cessent de prendre de l’importance, comme le montrent en ce moment les références à ses analyses sur la grève générale en plein mouvement .

Rosa Luxemburg n’a pas fini de parler et de s’imposer à nous.

Dominique Villaeys-Poirré

Publié le 1er novembre 2010 sur Une lecture de Rosa Lux d’André Benedetto ou la présence incessante de Rosa Luxemburg comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

 

Rosa Lux Benedetto
Bibliographie d’André Benedetto http://theatredescarmes.pagesperso-orange.fr/livres.htm

26 Déc 2014