K. Mots, sons, images

Bowie, Brecht, Weill – De la jeune fille noyée – Rosa Luxemburg


Brecht a  écrit vers 1919 une ballade :  De la jeune fille noyée. Il faisait référence à Rosa Luxemburg, assassinée le 15 janvier et dont le corps avait été jeté dans un canal. Cette ballade fait partie de l’oeuvre de Brecht et Kurt Weill: Das Berliner Requiem. Les éléments d’information suivants sont repris du site www.lesamisdarthur.info :

Après la première guerre, la jeune république de Weimar souhaite associer les compositeurs au développement récent d’un jeune média, la radio. La radio de Francfort commande donc à Kurt Weill une œuvre destinée à une diffusion en direct. Le prétexte est celui de commémorer les 10 ans de la fin de la grande guerre. Weill en profite pour aussi honorer la mémoire de Rosa Luxembourg, communiste pacifiste cofondatrice du parti communiste allemand, assassinée par les extrémistes de droite en 1918. Composé sur un texte de Bertold Brecht à Berlin à la fin 1928, ce « Berliner Requiem » n’échappe pas à l’époque et à l’angoisse croissante qu’elle génère. Cette petite cantate, car tel est son intitulé exact, pour ténor, baryton et chœur d’hommes divisé en 3 voix requiert un orchestre avec bois, cuivres, une guitare, un banjo, des percussions et un harmonium ou un orgue. Des remaniements successifs expliquent qu’il existe plusieurs versions. La version la plus souvent donnée actuellement est celle publiée par David Drew en 2000. Elle se compose de cinq pièces, la ballade de la fille noyée au morbide très expressionniste, l’épitaphe hommage à Rosa Luxembourg morte coupable d’avoir dit la vérité aux pauvres, les premiers et deuxième rapports sur le soldat inconnu sous l’arc de triomphe, dénonciation crue de l’absurdité de la guerre et un choral d’actions de grâce d’une ironie glaçante et parfois également joué en ouverture du « Berliner Requiem ».


On peut voir un magnifique enregistrement par David Bowie de cette cantate sur un site lacrevaison.blogspot.com. Nous l’avions repris sur le blog originel comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com en février 2011 en même temps que les autres éléments d’information de cet article! Pour visionner, cliquer sur le lien écouter-voir.

 écouter-voir

 

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[Rosa Luxemburg, 1919 : la fille jetée dans un canal le 15 janvier, ce jour même, ce jour de révolution – aujourd’hui. L’ordre règne ? Sbires stupides ! La révolution dit : j’étais, je suis, je serai.]
Brecht & Weill, Vom ertrunkenen Mädchen, Das Berliner Requiem.

 


Le texte

Bertolt Brecht – La fille noyée (Vom ertrunkenen Mädchen, 1919)

1
Après s’être noyée, comme elle descendait,
En allant des ruisseaux dans les grandes rivières,
Alors l’azur du ciel apparut très étrange
Comme s’il lui fallait apaiser le cadavre.

2
Sur elle s’accrochaient les algues, les fucus,
Si bien que lentement elle devint plus lourde.
Les poissons passaient froids sur sa jambe. Les plantes
Et les bêtes gênaient son tout dernier voyage.

3
Le ciel était le soir comme fait de fumée
Et tenait la lumière en suspension, la nuit,
Grâce aux étoiles, mais très tôt il était clair,
Afin qu’elle ait encor du matin et du soir.

4
Lorsque dans l’eau son corps fut tout à fait pourri,
Il arriva que Dieu peu à peu l’oublia :
Son visage, ses mains, pour finir ses cheveux.
Lors elle fut charogne entre tant de charognes.

***

Traduction de Guillevic

 


 Au cas où notre ancien lien ne fonctionnerait pas, il est possible de voir  cet enregistrement ici : [youtube]http://youtu.be/M2BULDi00xM?list=PL9662A92A882757FD[/youtube]

PHotographie de Brecht et Weill: Photos of Kurt Weill and Lotte Lenya courtesy of the Weill-Lenya Research Center, Kurt Weill Foundation for Music, New York.

20 Déc 2014

Rosa Luxemburg, femme engagée, militante, mais aussi botaniste convaincue. Retour sur une initiative unique « La Quinzaine Rosa Luxemburg » (3)

Une installation  éphémère à Ursa Minor, en Mai 2014 dans le cadre de la quinzaine Rosa Luxemburg organisée par Ensemble Romana et Sabrina Lorre.

Composition pour Glaçons

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13 Déc 2014

Prisons croisées ou lecture en prison de Rosa Luxemburg emprisonnée, lecture. Retour sur une initiative unique « La Quinzaine Rosa Luxemburg » (2)

http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2014/12/13/prisons-croisees-ou-lecture-en-prison-de-rosa-luxemburg-emprisonnee/
Prison de Metz-Queuleu, avant même le passage des surveillantes car je refuse de bouger sur ordre, alors que la prison dort encore, et que l’on s’entend presque soi-même respirer et vivre, le café bricolé des détenus devant moi, assise à la table face au ciel qui lentement s’éclaircit, je commence une lecture et un travail quotidien: la correspondance et les écrits de Rosa Luxemburg. Cela fait la sixième prison que j’intègre, et ma troisième année de vie quotidienne avec RL. Militante révolutionnaire, je vis depuis quatre ans au rythme des transferts et de l’isolement, le transfert, c’est pour les femmes le moyen d’isolement préféré de l’AP. Depuis longtemps déjà je proteste par le silence. Alors, en dehors de l’heure de promenade avec deux prisonnières, c’est Rosa Luxemburg qui est mon seul interlocuteur.
Lire Rosa Luxemburg en prison, lire ses lettres en détention, c’est avoir l’impression que la prison reste éternellement même: ses moyens pour tenter de vous soumettre, mais parfois un respect qui ne peut s’empêcher de transparaître pour la volonté inflexible que vous pouvez montrer.
La lecture en prison de Rosa Luxemburg en prison prend une extraordinaire profondeur et une profonde résonance. La description de son quotidien entre silence et travail intellectuel, l’évocation de tout ce que représente un transfert, la condamnation à dix jours pour révolte contre un surveillant qui lui interdit d’aborder un sujet pendant un parloir, tout me parle fortement, étrangement. Le silence qu’évoque RL, est celui qui règne autour de moi, la condamnation fait écho aux nombreux mitards connus pour refus de transfert ou autres et diverses raisons, l’ambivalence du personnel entre respect pour la résistance quotidienne et blessures répétées de mille petites atteintes, je la retrouve dans certaines lettres. Et je retrouve, l’extraordinaire impression d’isolement incommensurable quand des nouvelles terribles vous arrivent: pour RL, les morts de la guerre 14-18.
L’observation du ciel, des innombrables nuances qu’il prend de l’aube à l’aurore, des oiseaux peu romantiques qui squattent la cour, le suivi à distance de la vie quotidienne des prisonnières, nous mettent en phase. La respiration semble parfois se suspendre comme le temps.
Et puis il y a , partagée, l’obstination politique à travailler entre quatre murs malgré la prison. Il y a le regard des surveillante devant ce travail obstiné, il y a l’attention des prisonnières et leurs attentions qui vous arrivent malgré les ordres carcéraux d’isolement.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est affirmer sa résistance mais aussi la permettre.
Les combats en prison ont été nombreux : au mitard de Fleury, une grève dure qui me mènera à l’hôpital pour refus des conditions qui règnent dans les cellules: pas d’eau, repas passé sous les grilles, un mince matelas de mousse sur le sol. Puis après un troisième transfert à Chalon, un jour de Pâques, la montée sur les toits de la prison avec pour tout texte revendicatif un poème de Verlaine: « le ciel est par dessus les toits … ». Un autre combat, à Lille, pour que l’on s’adresse à vous avec correction: refus de douche pendant près de deux mois, la prison cède. A chaque transfert, le refus de la photo entraîne une connaissance étendue et comparée des différents mitards des prisons fréquentése, et à Metz, enfin le refus de faire quelque demande que ce soit, visite ou livres. Et pourtant les livres de RL arrivent dans ma cellule et la seule personne qui a le droit de visite vient un beau matin. La prison a bien voulu céder.
Mais lire Rosa Luxemburg en prison, c’est aussi suivre ses analyses et voir ce qu’elles ont de relevant pour nous aujourd’hui, c’est être portée vers le haut, c’est aiguiser son intelligence, c’est devenir une autre, c’est apprendre et comprendre.
Et surtout, lire Rosa Luxemburg en prison, pour un militant politique, c’est réfléchir à son propre combat, au système que l’on a combattu, et que l’on continue à combattre.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est vivre beaucoup plus intensément, faire tomber les murs, rire toute seule d’une saillie et admirer ses trésors d’écriture.
Lire Rosa Luxemburg en prison, c’est vivre consciente et vivre libre.

A lire sur le site de la quinzaine Rosa Luxemburg

13 Déc 2014

El Lissitzky. Monument à Rosa Luxemburg. 1919 – 21

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El Lissitzky. Monument à Rosa Luxemburg. 1919 – 21

Architecte, peintre, typographe et photographe soviétique (Potchinok 1890  – Moscou 1941).

http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Lissitzky/153040

Il fut le principal propagandiste du Constructivisme russe, en particulier grâce à ses nombreux séjours en Occident et à son activité dans tous les domaines visuels. Il fait ses études à l’école polytechnique de Darmstadt, d’où il sort avec le diplôme d’ingénieur-architecte en 1915. D’abord marqué par l’art de Chagall, qui l’a appelé à Vitebsk, il va ensuite être définitivement influencé par Malévitch, qui arrive dans cette ville en 1919. L’année suivante, Lissitzky exécute ses premières compositions, entre peinture et architecture, qu’il présente comme les  » stations intermédiaires vers les constructions de formes nouvelles  » et qu’il intitule  » proun « , abréviation en russe de  » Projet pour le nouveau  » (Proun RVN2, 1923, Hanovre, Museum Sprengel). À partir de ses recherches, dans la logique du Constructivisme, il va réaliser des affiches (Frappe les blancs avec le coin rouge, 1919), en particulier pour la firme de Hanovre Pelikan (1924), des mises en page de livres (Pour la voie de Maïakovski, en 1923, Histoire de 2 carrés, en 1922, publiés à Berlin), des aménagements de stands d’exposition (Pressa, Cologne, 1928), des projets d’architecture (Tribune de Lénine, 1924). Directeur du département d’architecture des Vhutemas à partir de 1921, il sera d’autre part très actif comme propagandiste des courants d’avant-garde (revue Vechtch-Gegenstand-Objet, Berlin, 1922, avec Ilia Ehrenbourg ; Nasci, n°s 8-9 de la revue Merz, Hanovre, 1924, à la demande de Schwitters ; les Ismes de l’art, Zurich, 1925, avec Jean Arp). Outre ses tableaux et ses typographies, ses deux œuvres majeures appartiennent plutôt à l’architecture : la Salle Proun, réalisée en 1923 pour la Grosse Berliner Kunstausstellung, première tentative constructiviste pour faire sortir le tableau de chevalet hors de son cadre et lui faire occuper avec ses formes l’espace réel (reconstitution en 1965, Eindhoven, Stedelijk Van Abbemuseum) ; le Cabinet des abstraits, exécuté pour exposer la collection d’art moderne du musée de Hanovre : l’espace entier y était conçu comme une œuvre plastique faite de plans ordonnés dans une grille orthogonale qui se modifie avec la participation du spectateur. Par ailleurs, Lissitzky, qui a créé un pictogramme en collaboration avec Vilmos Huszar pour la revue Merz, précédemment citée, a utilisé des fragments de photographies dans le domaine de l’illustration (Six Fins heureuses d’Ilya Ehrenboung) ; son intérêt pour la photographie le fait participer à l’exposition Film und Foto organisée par le Deutscher Verkbund (Stuttgart, 1929) où Lissitzky a présenté ses travaux. Lissitzky est représenté à New York (M. O. M. A.), à Hanovre et à Eindhoven (Stedelijk Van Abbemuseum). Une rétrospective a été consacrée à l’artiste en 1991 (Eindhoven, Madrid, Paris).

16 Sep 2014