R. En contre-point à Rosa Luxemburg

La bataillon féminin “Rosa Luxemburg” durant la lutte contre le franquisme … en miniatures

Etonnant, non …  mais souvenir du nom donné, dans une de nos principales luttes, à une unité de l’armée républicaine espagnole. Alors, nous faisons une petite place à cet article  sur le blog.

Posted by despertaferro on 11 Jul 2015, 17:00 This amazing and rare unit is going to reinforce my SCW Republican Army. They are mostly metal figures from the Catalan manufacturer Minairons; resin vehicles also from Minarons and a few plastic figures from BUM to bulk up numbers. These wonderful figures represent one of the female battalions that fight against Franco’s fascists during the Spanish Civil War. The vehicles are a Ford AA ambulance and a couple of “Autoametralladora Bilbao”. This Spanish manufactured armored vehicle was intended just for police use before the war break up. Once the fight begun, they were pressed into military service with very little success, being his armor too thin to protect the crew from anything but small arms fire.Like most part of the military units of the Republican Army, this battalion has taken his name from some important revolutionary character of the beginning of the XX century. With Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg was a communist leader that died in Berlin in 1919 murdered by Freicorps members during the repression of the Spartacist Revolution. I hope you like them!

 

Image

 

Image

Image

Image

Image

Image

 

Image

Image

Image

Image

Image

Image

Image

Image

17 Juil 2015

Du 4 août 1914 en Allemagne au 14 juillet 2015 grec – la logique funeste du réformisme. En contre-point à Rosa Luxemburg

Quand un article fait écho aux réflexions et à l’action de Rosa Luxemburg, nous aimons à le reprendre. C’est le cas de cet article venu de Grèce et qui montre la logique du réformisme que Rosa Luxemburg a combattue inlassablement, intellectuellement et politiquement. Rosa Luxemburg, qui sera assassinée par ces forces, comme toute la révolution spartakiste, et auparavant comme les millions de morts de la boucherie de 14/18 issue du ralliement de  la social-démocratie en Allemagne mais aussi dans tous les pays :  cette faillite de l’Internationale que décrit Rosa Luxemburg dans la brochure de Junius.


Journées funestes – du 4 août 1914 allemand au 14 juillet 2015 grec

14 juillet par Yorgos Mitralias, Athènes, le 13 juillet 2015. A lire sur http://cadtm.org/Journees-funestes-du-4-Aout-1914

 

Le funeste lundi 13 juillet 2015 peut revendiquer un seul précédent. Le 4 août tout aussi funeste du parti Social-démocrate allemand au parlement de Berlin, qui a sonné le début de la tragédie du XXe siècle. Une tragédie dont les conséquences se font sentir encore aujourd’hui…

Et pourtant, aujourd’hui comme alors, tout ce gâchis avait été précédé par des dizaines, voire des centaines de serments de fidélité aux valeurs du socialisme, au Non inébranlable que les socialistes allaient adresser aux chantages de la droite, du capital et des bourgeois. « Plus jamais la guerre » ils promettaient alors. « Je ne deviendrai pas un nouveau Papadimos » nous disaient-ils hier.

Mais, hélas, nos bons bureaucrates ont cédé aux pressions : ils ont voté alors les crédits de guerre et ils ont consenti aujourd’hui à la transformation de la Grèce en colonie de la dette. Naturellement, tout en affirmant toujours « qu’ils ont évité le pire » et tout en promettant que très bientôt ils vont revenir au droit chemin.

Évidemment, nous savons que la suite des événements a été tout autre. Non seulement ils ne sont pas revenus sur leurs pas… socialistes, mais ils se sont éloignés de plus en plus vite de leurs racines, pour arriver finalement à traverser le Rubicon de classe et se transformer en bons et loyaux gestionnaires du système capitaliste et de sa…barbarie.

Cependant, attention. La marche des bureaucrates vers leur total avilissement et la complète trahison de leurs aspirations juvéniles, a -et continue d’avoir- sa propre logique implacable. Pour atteindre son infamie actuelle, la social-démocratie a dû non seulement nettoyer de ses rangs les impénitents des « lignes rouges » de son passé, mais aussi à les exterminer ! En effet, c’était un leader et ministre à elle le Bluthund (chien ensanglanté) Noske qui a tiré au canon contre les quartiers ouvriers des villes allemandes, a noyé dans le sang la révolte du Spartakus Bund, a assassiné Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht et… a préparé le terrain pour l’apparition et le triomphe final du monstre national-socialiste.

Et maintenant ? Serait-il vrai que tout ça n’est que des vieilles histoires qui ne sont plus de mise à notre époque « postmoderne » ? Si on croit ce qui est en train de se passer depuis qu’a été signé l’infâme accord de Bruxelles, on n’oserait pas affirmer que l’histoire ne se répète pas. La tête de Zoé et de Lafazanis |1| n’est plus demandé par leurs seuls habituels ennemis de classe, mais aussi et surtout par leurs camarades d’hier. Et malheureusement ce sont ces derniers qui se distinguent par une haine féroce à l’instar des divers Noske qui remplissent l’histoire de la social-démocratie de ces 100 derniers ans…

Alors, attention puisque l’histoire ne se répète pas toujours comme farce mais aussi comme tragédie. Comme alors, peuvent aussi aujourd’hui se produire, et sont déjà produits, des choses que la veille paraissaient tout simplement impossibles et impensables. Des choses qui dépassent l’entendement humain, comme par exemple qu’il est possible que les camarades d’hier puissent faire front commun avec leurs ennemis de classe pour réprimer les « romantiques impénitents » qui persistent à dire que « l’âne ne vole pas » ! |2|
Et le pire est qu’on entrevoit déjà dans le gouvernement et dans Syriza plusieurs médiocrités bureaucratiques qui semblent poser déjà leur candidature pour devenir demain des clones du « Bluthund » Noske…

Nous savons que la plupart des gens de gauche de bonne foi ne peuvent ni expliquer ce qui se passe, ni digérer d’un jour à l’autre la « trahison » de leurs camarades. Leur confusion est justifiée et compréhensible. D’ailleurs, n’était-ce pas Lénine lui-même qui, plusieurs jours après le funeste 4 Août 1914, refusait de croire que son bon ami Kautsky et son parti avaient voté les crédits de guerre, et continuait à considérer des « faux » et produits de l’Etat Major Allemand les exemplaires du quotidien du SPD qui faisaient l’éloge de la participation des sociaux-démocrates à l’ « Union Sacrée » et à la première boucherie mondiale ?…

Cependant, aujourd’hui comme alors l’enjeu est tellement historique d’importance vitale qu’il nous oblige à sortir au plus vite de notre perplexité et de notre confusion actuelle. C’est-à-dire, avant qu’il ne soit trop tard non seulement pour les citoyens et gens de gauche grecs mais aussi pour les travailleurs et la Gauche dans l’Europe toute entière. Et cela parce que ce Syriza –souvent idéalisé- a été jusqu’à hier la référence et l’espoir des millions des gens dans notre vieux continent, et l’actuelle soumission sans conditions de sa direction menace d’avoir des conséquences catastrophiques et de longue durée bien au-delà des frontières grecques.

En d’autres termes, c’est maintenant l’heure des grandes décisions puisque ça urge pour chacun et chacune de nous – en Grèce et en Europe – de choisir qui abandonnera et qui accompagnera pour le reste de la route ! Oui, c’est sûr que ce choix n’est ni facile ni anodin surtout à un moment où la Gauche et les mouvements sociaux ne sont pas au sommet de leur forme. Pourtant, il nous est imposé par les terribles dangers de nos temps, par les nuages noirs de la menace néofasciste qui s’amoncellent au-dessus de l’Europe, par l’actuelle arrogance et l’insolence sans limites du capitalisme triomphant qui ne peut promettre que des grands malheurs à l’humanité.

Il y a un siècle, le début de la nécessaire reconstruction et recomposition avait eu comme point de départ un certain Zimmerwald. Quel pourrait être le Zimmerwald de nos temps si difficiles et dangereux ?

15 Juil 2015

Sur Gallica – La Neue Zeit (1892/1893 – 11ème année – 1er tome) – Un journal majeur dans l’œuvre de Rosa Luxemburg

La Neue Zeit a joué un rôle essentiel pour Rosa Luxemburg dès les premières années de son action politique. Ce document peut être consulté sur le site Gallica et permet de visualiser quel était alors ce journal que Rosa Luxemburg contacte pour expliquer ses positions sur la Pologne et ensuite pour ses premiers grands articles en Allemagne.

Cette onzième année commence par un éditorial sur les dix années d’existence du journal et regroupe des articles des principaux collaborateurs du journal :

Titre : Die Neue Zeit (Stuttgart)

Titre : Die Neue Zeit : Revue des geistigen und öffentlichen Lebens

Auteur : Sozialdemokratische Partei Deutschlands

Éditeur : J. H. W. Dietz (Stuttgart)

Éditeur : Paul Singer (Stuttgart)

Date d’édition : 1883-1923

Contributeur : Kautsky, Karl (1854-1938). Directeur de publication

Contributeur : Cunow, Heinrich (1862-1936). Directeur de publication

Contributeur : Bebel, August (1840-1913). Collaborateur

Contributeur : Mehring, Franz (1846-1919). Collaborateur

Contributeur : Luxemburg, Rosa (1871-1919). Collaborateur

Type : texte,publication en série imprimée

Langue : Allemand

Format : application/pdf

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/cb328230485/date

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 4-Z-343

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328230485

Description : Périodicité : Mensuel (1883-1889) ; hebdomadaire (1890-1923)

Description : Etat de collection : 1892-1893

Provenance : bnf.fr

Date de mise en ligne : 15/10/2007

Rechercher dans ce périodique

f1.highres

14 Juil 2015

Rosa Luxemburg à Franz Mehring, le 27 février 1916

Südende, le 27 février 1916

Très cher ami!

Permettez-moi de répéter ici les quelques mots par lesquels j’ai essayé de vous dire de vive voix pourquoi votre personne et votre activité nous sont particulièrement chères, et le resteront à tout jamais. Cela fait des décennies que vous êtes, chez nous, à votre poste ; un poste que personne d’autre que vous ne saurait tenir. Vous êtes le représentant de la véritable culture dans tout son éclat et toute sa splendeur. Si, selon Marx et Engels, le prolétariat allemand est l’héritier historique de la philosophie classique allemande, vous êtes l’exécuteur testamentaire de cet héritage. Vous avez sauvegardé ce qui restait du précieux trésor de ce qui fut la culture de la bourgeoisie et l’avez, du camp de la bourgeoisie, apporté au nôtre, celui des déshérités.

Par vos livres comme par vos articles vous avez noué entre le prolétariat allemand et, non seulement la philosophie classique allemande, mais aussi la poésie classique, des liens infrangibles, non seulement à Kant et Hegel, mais aussi à Lessing, Schiller et Goethe. Par chaque ligne tracée par votre plume magnifique vous apprenez au prolétariat que le socialisme n’est pas une question de gros sous [Messer-und-Gabel-Frage, littéralement, des questions de couteau et de fourchette, des questions alimentaires, NdT] mais un mouvement culturel, une grande, une haute vision du monde. Et depuis plus d’une génération vous vous êtes donné pour tâche de défendre cet héritage, de monter la garde sur lui.

Certes, depuis la terrible catastrophe de la Guerre mondiale, les héritiers de la philosophie classique ont aujourd’hui l’air de misérables mendiants rongés par la vermine.  Mais les lois d’airain de la dialectique historique, que vous avez su, jour après jour, si magistralement expliquer au prolétariat, impliquent que les mendiants, les gueux, d’aujourd’hui se redresseront et deviendront demain des combattants rudes et fiers. Et si tôt que l’esprit du socialisme retrouvera sa place dans les rangs des prolétaires allemands, leur premier geste sera de se saisir de vos écrits, fruits du travail de toute une vie, écrits dont la valeur est impérissable et dont jaillit toujours le souffle d’une noble et puissante conception du monde.

Aujourd’hui, alors que les intellectuels d’origine bourgeoise nous trahissent et abandonnent en masse pour retourner à la mangeoire des puissants, nous pouvons les regarder s’en aller avec un sourire méprisant : Allez-vous-en ! Nous avons ravi à la bourgeoisie allemande le meilleur de ce qui lui restait en fait d’esprit, de talent et de caractère : Franz Mehring.

Cordialement vôtre à jamais
Rosa Luxemburg

Version Originale en allemand

Sehr verehrter Freund!

Sie müssen mir gestatten, hier nur die wenigen Worte zu wiederholen, in denen ich Ihnen mündlich zu sagen suchte, weshalb mir Ihre Persönlichkeit und Ihre Wirksamkeit besonders teuer sind und immer bleiben werden. Sie stehen bei uns seit Jahrzehnten auf einem eigenen Posten, den niemand außer Ihnen verwalten kann: Sie sind der Vertreter der echten geistigen Kultur in all ihrem Glanz und Schimmer. Wenn nach Marx und Engels das deutsche Proletariat der historische Erbe der klassischen deutschen Philosophie ist, so sind Sie der Vollstrecker dieses Vermächtnisses gewesen. Sie haben aus dem Lager der Bourgeoisie gerettet und zu uns, ins Lager der sozial Enterbten, gebracht, was noch an goldenen Schätzen der einstigen geistigen Kultur der Bourgeoisie übriggeblieben war. Durch Ihre Bücher wie durch Ihre Artikel haben Sie das deutsche Proletariat nicht bloß mit der klassischen deutschen Philosophie, sondern auch mit der klassischen Dichtung, nicht nur mit Kant und Hegel, sondern mit Lessing, Schiller und Goethe durch unzerreißbare Bande verknüpft. Sie lehrten unsere Arbeiter durch jede Zeile aus Ihrer wunderbaren Feder, daß der Sozialismus nicht eine Messer-und-Gabel-Frage, sondern eine Kulturbewegung, eine große und stolze Weltanschauung sei. Und diese zu verteidigen, auf ihrer Warte zu stehen ist seit mehr als einem Menschenalter Ihr Amt. Jetzt sehen freilich die Erben der klassischen Philosophie – seit dem furchtbaren Zusammenbruch im Weltkriege – wie elende Bettler aus, die von Ungeziefer gefressen werden. Aber die ehernen Gesetze der geschichtlichen Dialektik, die Sie so meisterhaft dem Proletariat tagaus, tagein zu erklären wußten, werden es mit sich bringen, daß sich die Bettler, die „Geusen“ von heute, wieder aufraffen und morgen zu stolzen und schroffen Kämpfern werden. Und sobald der Geist des Sozialismus in die Reihen des deutschen Proletariats wieder einzieht, wird seine erste Gebärde sein – nach Ihren Schriften. nach den Früchten Ihrer Lebensarbeit zu greifen, deren Wert unvergänglich ist und aus denen immer derselbe Odem einer edlen und starken Weltanschauung weht. Heute, wo uns Intelligenzen bürgerlicher Herkunft rudelweis verraten und verlassen, um zu den Fleischt0pfen der Herrschenden zurückzukehren, können wir ihnen mit verächtlichem Lächeln nachblicken: Geht nur! Wir haben der deutschen Bourgeoisie doch das Letzte und Beste weggenommen, was sie noch an Geist, Talent und Charakter hatte: Franz Mehring.Ich bleibe immer herzlich

Rosa Luxemburg, Socialisme et Culture. Publié le par promadmin Nous publions ci-dessous une lettre de Rosa Luxemburg à Franz Mehring en date du 27 février 1916. Cette lettre présente un grand intérêt pour la lutte révolutionnaire, tout particulièrement le passage sur la nature du combat du prolétariat. A notre connaissance elle n’a jamais été traduite en française. La traduction que nous proposons est de notre camarade Henry Nowak. http://www.promethee-1871.com/rosa-luxemburg-socialisme-et-culture/

——————————————————————————

Quelques liens avec des articles parus sur comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Franz Mehring. “Karl Marx. Histoire de sa vie”

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Une maison d’éditions (Bartillat) publie en poche la biographie de Marx de Franz Mehring. Franz Mehring est de ceux que l’on peut suivre du début à la fin de la correspondance de Rosa Luxemburg. Il y apparaît…

14/12/2009

Parution de L’histoire de la social-démocratie allemande de 1863 à 1911 de Franz Mehring

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com L’histoire de la social-démocratie allemande de 1863 à 1891 Auteur : Franz Mehring traduit de l’allemand par Dominique Petitjean et Monique Tesseyre Collection : Histoire 768 pages ISBN : 9782915727340 Date…

19/04/2013

Franz Mehring. Sur “comprendre-avec-rosa-luxemburg”.

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Juste un petit hommage de rosa luxemburg à franz mehring article – 04/06/08 – Juste un petit hommage de Rosa Luxemburg à franz mehring – (extrait d’une lettre à franz mehring Biographie de marx de franz mehring….

19/05/2013

Une de L’Internationale publié en 1915 par R. Luxemburg et Franz Mehring

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Ceci est la page de couverture du journal publié en avril 1915. On y voit le titre Die Internationale, revue mensuelle pour une pratique et théorie du marxisme. Il est indiqué qu’il est édité par Rosa Luxemburg…

14/06/2009

Franz Mehring – une image, un symbole

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Repris sur le site la bataille socialiste. Ce timbre à l’effigie de Franz Mehring est rare, car en dehors par exemple d’une série en France sur les femmes révolutionnaires où figurait Rosa Luxemburg, il est…

23/12/2009

Juste un petit hommage de Rosa Luxemburg à Franz Mehring

Pour consulter le blog : comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Rosa LUXEMBURG : (extrait d’une lettre à Franz Mehring, le 27 février 1916) sur le site culture.revolution.free.fr Vous avez sauvé du camp de la bourgeoisie et vous nous avez apporté…

04/06/2008

Projet Ducange – Franz Mehring

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com A consulter sur le site de l’Institut d’Histoire de la révolution française de Paris I Et sur le blog, les articles dans la catégorie “Ils l’ont accompagnée”: textes-de-franz-mehring-disponibles-en-allemand-sur-le-net-…

11/03/2011

Jaurès et Mehring – informations sur un article

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com A lire sur le site de l’Université de Paris I Projet Ducange (Franz Mehring) Franz Mehring, né en 1846, a d’abord été un farouche opposant au socialisme avant de rejoindre les rangs de la social-démocratie…

16/07/2010

Textes de Franz Mehring disponibles en allemand sur le net

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Marxists’ Internet Archive Deutschsprachiger Teil Franz Mehring 1846 – 1919 Zur Zeit sind folgende Texte in Deutsch verfügbar – entweder hier im Archiv oder über Links zu anderen Webseiten: 26. Okt 1892 Die…

14/01/2010

Un témoignage sur la captivité de Franz Mehring

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Il n’y a pas seulement Liebknecht qui ait attiré sur lui les foudres de l’autorité militaire, en 1915, 1916 et 1917. Je ne saurais oublier le spectacle pathétique de ce brave vieillard qui fut interné avec…

11/03/2011

Biographie de Marx de Franz Mehring. Les apports de Rosa Luxemburg et Clara Zetkin

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Je n’aurais pas eu cependant, la prétention de me croire mieux que d’autres à même d’embrasser toute l’étendue proprement colossale du savoir de Marx. Ne serait-ce, par exemple, que pour donner au lecteur,…

19/12/2009

Membres du groupe Die Internationale. Dès le soir du 4 août, Rosa Luxemburg réunit chez elle les opposants à la guerre …

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Sur le blog: 3. L’Internationale / Die Internationale – 1915 Note sur wikirouge Le Gruppe Internationale (en Allemand : Groupe International) rassemblait les opposants à la Première guerre mondiale dans le…

14/07/2014

Extrait de lettre de Rosa Luxemburg à Franz Mehring. “Ne pas céder un pouce de terrain”

Pour consulter le blog: comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Sur le site SMOLNY, dans la notice biographique consacrée à Mehring, on trouve cet extrait d’une lettre que Rosa Luxemburg adresse à celui dont elle se sentait si proche. C’est écrit…

16/07/2008

4 août 1914. Rosa Luxemburg réunit chez elle les opposants à la guerre …

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Pour une lecture plus sereine: http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/ Gilbert Badia, Le Spartakisme. L’Arche, 1967 – Chapitre 1 – P 15 à 20. Au soir du 4 août … Le 4 août 1914, le parti social-démocrate…

12/08/2014

Gustavo II Adolfo de Suecia, según Franz Mehring

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Il existe trop peu de documents sur le net sur Franz Mehring. Pour nos visiteurs qui maîtrisent l’espagnol, nous souhaitons donc, donner accès à celui-ci. 1 de febrero de 2008 Cuando estudiaba Historia en la…

14/01/2010

Simple, précise, politique … utile. Une lecture de 13 textes de Rosa Luxemburg

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com “Nous croyons les mésanges charbonnières et moi au printemps à venir.” Les 13 textes ont été choisis par Françoise Beurrey et sont lus à plusieurs voix avec simplicité et conscience. A écouter réellement treize…

29/05/2014

4 août 1914. Temoignage de Eberlein”« Au sortir du travail, je me dépêchais d’aller chez la camarade Rosa (Luxemburg)…”

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Le futur dirigeant du Parti communiste allemand, Hugo Eberlein raconte ce mardi 4 août dans ses souvenirs : « Au sortir du travail, je me dépêchais d’aller chez la camarade Rosa (Luxemburg). Elle était couchée…

05/08/2014

“Ce mensuel doit son existence à la camarade Luxemburg” – Introduction à la revue Die Internationale

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Die Internationale Eine Monatsschrift für Praxis und Theorie des Marxismus (Mensuel pour une pratique et théorie du Marxisme) Avril 1915 – Paru le 15 avril 1915 – N° 1 Introduction Cette revue doit son existence…

14/07/2010

Rosa Luxemburg “Je défends le point de vue de la grève de masse”

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Lettre à Franz Mehring , Plauen, le 9 décembre 1911 Très honorable camarade, Je ne puis m’empêcher de vous envoyer une pensée au milieu de ma tournée de propagande, que j’accomplis entièrement dans l’esprit…

06/05/2009

Pourquoi la biographie de Marx par Mehring est-elle si précieuse?

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com A la fin de la préface rédigée par Franz Mehring en mars 1918 pour sa biographie de Marx, on trouve ces mots qui, à la fois, en donnent toute la philosophie et expliquent pourquoi cette biographie de Marx est…

15/12/2009

Une histoire de l’Internationale, revue de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht (1)

Pour consulter le blog: comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Une histoire de l’Internationale, journal publié en 1915 et qui aura un seul numéro (extrait de l’ouvrage de Badia) De Stuttgart, un membre de l’opposition, Crispien, avait envoyé le…

17/09/2008

Le journal Die Internationale dans la correspondance de Rosa Luxemburg.

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Ces extraits de lettres sont des annotations disséminées dans la correspondance. Ils s’ajoutent aux articles parus sur le blog et rassemblés dans l’un des dossiers du blog. (Voir page d’accueil). lIs donnent…

29/05/2010

“3 août 1914, je marchai dans la nuit avec Rosa Luxemburg … La guerre était là et le prolétariat ne bougeait pas…”

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Le 3 août 1914, je marchai dans la nuit avec Rosa Luxemburg … La guerre était là et le prolétariat ne bougeait pas. “Le 3 août 1914, je marchai dans la nuit avec Rosa Luxemburg du bâtiment du journal Vorwärts,…

05/08/2014

Die Neue Zeit, un journal où Rosa Luxemburg écrit ….

Pour consulter le blog: comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com Les différence d’analyses n’empêchent pas de reprendre des articles informatifs, rares. Ainsi celui-ci sur la Neue Zeit. Parce que ce journal fut si important pour Rosa Luxemburg et…

16/05/2008

Décembre 1900 dans la correspondance de Rosa Luxemburg

comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com La campagne électorale à Hambourg Ses liens avec F. Mehring Les thèmes sur lesquels elle intervient: politique mondiale, le socialisme en France, la question économique La correspondance peut nous permettre…

15/04/2011

12 Juil 2015

Rosa Luxemburg. Disparition de Feliks Tych en février 2015

Historien polonais, Feliks Tychs a fait beaucoup pour faire connaître la pensée de Rosa Luxemburg. En France, c’est dès 1971 que sont parues les “Lettres à Leo Jogiches” chez Denoël. Sa présence à la Conférence Rosa Luxemburg en 2013 résonnait comme un adieu : il avait eu de grandes difficultés pour dire son texte mais avait pu être encore présent. Nous complèterons prochainement cet article par une esquisse de biographie.

[vimeo]https://vimeo.com/77328340[/vimeo]

Contribution de Feliks Tych “Masses, classes et parti chez Rosa Luxemburg”. A lire sur le net.

 

 

29 Mai 2015

En ce 8 mai 2015, le souvenir de Mathilde Jacob, de Marta Rosenbaum, ces femmes qui ont accompagné Rosa Luxemburg, et de Luise Kautsky, mortes en déportation, s’impose à nous..

Nombreux sont ceux qui apparaissent dans la correspondance de Rosa Luxemburg et qui sont morts en déportation pour leur combat politique ou pour leur origine juive. Femmes âgées, figures connues ou moins du mouvement ouvrier, Marta Rosenbaum, Mathilde Jacob, Luise Kautsky ont été déportées et sont mortes en déportation. Le découvrir un jour au fil du travail sur Rosa Luxemburg renforce la conscience de l’importance de la lutte contre toutes les formes de fascisme et vous paralyse d’émotion. Ainsi,  il faut rappeler ici la déportation de Luise Kautsky à 80 ans, que rien ne put sauver d’avoir été mariée avec Karl Kautsky, semi-aryenne pour les nazis. Et de deux femmes qui ont tant compté dans la vie de Rosa Luxemburg et  tant fait pour sauver les témoignages de son action : Marta Rosenbaum et Mathilde Jacob

Mathilde Jacob

lux_jaco

Mathilde Jacob a tapé de nombreux manuscrits de Rosa Luxemburg. Elle a sorti de prison de nombreuses lettres et textes et ainsi sauvé des documents essentiels dont nous n’aurions jamais eu connaissance. Elle est morte en déportation le 14 avril 1943 dans le camp de Theresienstadt.

Ici l’une des très nombreuses lettres écrites par Rosa Luxemburg et que nous avons publiée sur le blog en février. http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2015/02/08/fevrier-1915-linternationale-la-prison-et-une-magnifique-lettre-a-mathilde-jacob-dossiersuivre-rosa-luxemburg-en-1915/

Lettre à Mathilde Jacob:  « Votre lettre de dimanche a été le premier message écrit reçu du monde extérieur et m’a procuré beaucoup de joie. Je reçois maintenant la deuxième et je vous en remercie. Soyez tout à fait rassurée pour ce qui me concerne, je vais physiquement et moralement tout à fait bien. Le transport en « fourgon vert » lui-même ne m’a causé aucun choc, car j’avais déjà connu le même transport à Varsovie. La ressemblance était si frappante que cela a éveillé en moi toutes sortes de pensées des plus gaies. Une différence cependant, les gendarmes russes m’avaient escortée « en tant que politique » avec le plus grand respect, alors que les policiers berlinois m’indiquèrent que cela leur était complètement égal, de savoir qui j’étais et me mirent dans un fourgon avec neuf autres « collègues ». Mais en fin de compte, ce sont des choses sans importance, et n’oubliez pas que l’on doit aborder la vie, quoi qu’il arrive, avec calme et sérénité. Je possède ici les deux en quantité suffisante. Mais pour que vous ne vous fassiez pas une image exagérée de mon caractère héroïque, je dois avouer ici avec regret que je n’ai pu retenir qu’à grand peine les larmes qui me montaient aux yeux quand je dus pour la deuxième fois me déshabiller jusqu’à la chemise et me laisser fouiller. Naturellement j’étais très en colère au fond de moi d’une telle faiblesse et je le suis encore. De même, le premier soir, ce qui m’a horrifiée, ce n’est pas la cellule, le fait d’avoir été coupée brutalement du monde, mais, imaginez-vous celui de devoir aller dormir sans avoir mis ma chemise de nuit, sans m’être brossé les cheveux. Et afin que ne manque pas une citation classique! Vous souvenez-vous de la première scène de Marie Stuart, alors qu’on lui avait enlevé ses bijoux: [citation de Schiller] (Allez revoir la citation car Schiller l’a certainement bien mieux exprimé que moi!) … Mais je m’égare. Que Dieu punisse l’Angleterre et me pardonne de me comparer à une reine anglaise! De fait, je possède ici « ces petits riens qui embellissent la vie », sous la forme d’une chemise de nuit, d’un petit peigne et de savon – grâce à la bonté et à la patience d’ange de Karl [Liebknecht] – et la vie peut reprendre son cours. Je me réjouis de me lever tôt (5h40) et j’attends que Monsieur le Soleil veuille bien suivre mon exemple, afin que je puisse profiter de ce lever matinal. Ce qui est le plus beau, c’est que je vois et entends lors de la promenade dans la cour des oiseaux: une armée de moineaux insolents qui font parfois un tel bruit que je m’étonne qu’un sévère gardien n’intervienne pas pour faire cesser ce tapage; en outre quelques merles parmi lesquels un grand mâle au bec jaune qui chante de manière tout à fait différente de celui qui me rend visite à Südende. Il bavarde et couine de telle façon que l’on ne peut que rire; peut-être en mars/avril se reprendra-t-il et chantera-t-il comme il se doit. (et là je pense à mes pauvres petits moineaux qui ne trouveront plus leur repas servi sur la petite table du balcon et resteront surpris – Là vous devez obligatoirement versez quelques larmes, cela est trop triste …)

Chère madame Jacob, je vous accorde le plus grand honneur que je peux accorder à un mortel: je vous confie ma Mimi. Mais vous devez attendre encore quelques informations qui vous seront transmises par mon avocat. Alors vous devrez l’emporter dans vos bras (pas dans une quelconque corbeille ou sac !!!) avec l’aide de ma logeuse et prendre les sept merveilles du monde pour Mimi (son coussin, la petite clef, les documents, et s’il vous plaît, s’il vous plaît, son fauteuil rouge auquel elle est habituée). Tout cela devrait tenir dans votre voiture. Mais pour cela, comme je vous l’ai dit, attendez encore quelques jours.

Que faites vous? Lisez-vous beaucoup Je lis toute la journée, quand je ne mange pas, ne suis pas en promenade et ne nettoie pas la cellule. Ce qui est le plus beau, ce sont les deux heures de 7 à 9, ou je suis tranquille, lumière allumée et où je peux penser et travailler pour moi …

Mme Z[Zetkin] est malheureusement si bouleversée que je me fais du souci pour elle.

Je vous remercie de tout cœur, profitez de la vie et restez sereine.

Votre R.L.

Bien entendu je serais ravie de vous voir, mais nous devons attendre. Je n’ai pas le droit de recevoir beaucoup de visite et mes avocats revendiquent ce droit. Allez chercher aussi votre vase dans mon appartement!

 

On peut trouver un article en allemand qui donne des indications précieuses sur Mathilde Jacob sur le site:

L’article donne tout d’abord des indications sur Mathilde Jacob : 153 Briefe schrieb Rosa Luxemburg in den Jahren 1913 bis 1918 an Mathilde Jacob, davon 148 aus dem Gefängnis. Die Briefe von Mathilde Jacob an Rosa Luxemburg sind nicht erhalten. Heinz Knobloch schreibt; „natürlich nicht“. Wieso? Viel ist durch die Recherchen Knoblochs bekannt geworden. Einige Zusätze konnten Sibylle Quack und Rüdiger Zimmermann machen, die 1988 in der Zeitschrift „Internationale wissenschaftliche Korrespondenz zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung“ (IWK) die Erinnerungsschrift von Mathilde Jacob an Rosa Luxemburg herausgaben, auf der Knoblochs Buch wesentlich basiert. Mathilde Jacob, geboren 1873, wohnhaft Altonaer Straße 11, dicht an der S-Bahn-Trasse, Hansaviertel, war seit Dezember 1913 die Schreibkraft Rosa Luxemburgs, später deren Sekretärin. Sie besuchte Rosa Luxemburg im Gefängnis, kümmerte sich um ihre Wohnung, schmuggelte Briefe und politische Texte ins und aus dem Gefängnis, wurde Freundin.

Sur son action courageuse en particulier auprès de Rosa Luxemburg : „Aber sie war noch viel mehr als das: treue, verläßliche, immer hilfsbereite Freundin, zuverlässige und tapfere Widerstandskämpferin und Genossin.“ Bei Quack und Zimmermann heißt es weiter: Stets werde ihre „dienende Funktion“ hervorgehoben. „Ein typisches Frauenschicksal, scheint es. (…) Die helfende dienende, unverheiratet gebliebene Mathilde (…) – war sie nicht auch eine ungeheuer selbständige, mutige, konspirative Persönlichkeit, zunächst während des Ersten Weltkriegs, dann in der Illegalität in der KPD 1919, später in der Hitlerzeit?“ Nach dem Tod Luxemburgs war sie Paul Levis Sekretärin, eines weiteren Weggefährten von Rosa Luxemburg. Sie war verantwortliche Redakteurin seiner Zeitschrift „Unser Weg“ und „Sozialistische Politik und Wirtschaft“. Beide wurden 1921 aus der KPD ausgeschlossen, weil sie den demokratischen Sozialismus der Luxemburg-Linie vertraten, und kehrten mit einigen Mitgliedern der USPD 1922 in die SPD zurück. Paul Levi starb 1930. Ob Mathilde Jacob weiter in der SPD blieb, ist nicht zu ermitteln, da die Mitgliederkarteien der Partei verbrannten.

Il publie des extraits d’une lettre écrite en réponse à une accusation du KPD en 21, où elle décrit son action : „Viele Proletarier werden wohl verwundert gefragt haben, wer wohl das ‚Fräulein’ sein mag, die Rosa Luxemburgs Vertrauen in so hohem Maße besaß, daß sie sogar zur Hüterin ihrer politischen Hinterlassenschaft bestellt wurde … Es widerstrebt mir, von mir selbst zu sprechen. Ist es doch so selbstverständlich, daß man seine Schuldigkeit tat und sie weiter tut. Ich marschierte als einfacher Soldat im Spartakusbund, aber ich habe nie den Kampfesmut verloren, ich habe nie die Arbeit im Stich gelassen, wie so manche der Offensivhelden, die heute in der Zentrale der V. K. P. D. sitzen. Ich arbeitete vor dem Kriege lange Jahre hindurch mit Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Franz Mehring und vielen anderen. Ich leistete in der schwierigsten Zeit während des Krieges Leo Jogiches freiwillige Sekretärdienste. Denn der Spartakusbund hatte keine Mittel, und wir alle, die wir in ihm kämpften und arbeiteten, opferten unseren letzten Pfennig und unsere äußerste Kraft. Es war eine erheblich aufreibendere Arbeit als heute. Wir kamen nicht auf Festung! Wir wanderten in die Gefängnisse, in die Zuchthäuser. Wie schwierig war es, die Beiträge für die Spartakusbriefe zu bekommen! Wer schrieb außer Rosa Luxemburg für die partakusbriefe? Alle Mitteilungen hierfür gingen durch meine Hände, und neben ganz winzigen Beiträgen von anderer Seite schrieb außer Rosa Luxemburg nur – der ‚Opportunist’ Paul Levi … Heute haben ungeheuer viele ihr revolutionäres Herz entdeckt und sprechen von mir als ‚Fräulein’. Aber weshalb ist sie für diese Fräulein und nicht mehr Genossin? Wahrscheinlich, weil ich [für] die Zeitschrift Paul Levis ,Unser Weg’ verantwortlich zeichne. Ja, ich bekenne mich ganz offen zur Richtung Levi …“ Mathilde Jacob verfasste erstmals zum 15. Januar 1929 einen kurzen Artikel zum 10. Todestag von Rosa Luxemburg und Karl Liebknecht in der „Leipziger Volkszeitung“. Die vollständige Version ihrer Erinnerung – es existieren vier Varianten – wird vermutlich 1930 entstanden sein, denn den Tod Levis erwähnt sie noch.

Enfin il décrit la déportation : Was auch immer Mathilde Jacob nach 1930 tat. Sie blieb Rosa Luxemburg und ihrer Sache treu. Sie bewahrte nicht nur deren Briefe an sie, das Gefängnistagebuch, Bilder, Korrespondenz, sondern übergab diese Dokumente 1939 auch unter Lebensgefahr an Ralph H. Lutz von der Hoover Institution in Stanford, Kalifornien, und rettete damit ein wertvolles Erbe. Sich selbst konnte Mathilde Jacob nicht retten. Vielleicht haben die Nationalsozialisten sie nicht als Sozialistin erkannt. Ihr Judentum konnte Mathilde Jacob nicht verbergen. Aus den Briefen, die Neffen Paul Levi aufbewahrten, geht hervor, daß sie verzweifelt versuchte, aus Deutschland herauszukommen. Sie wandte sich an die in den Vereinigten Staaten lebende Schwester Paul Levis und andere Menschen dort. Im Juni 1942 erhielt die 69 Jahre alte Mathilde Jacob, die sich Mathel nannte, um nicht den Zwangsnamen Sara annehmen zu müssen, den Brief, der ihre Deportation ankündigte. Mit dem sogenannten „30. Altertransport“ wurde sie mit 102 anderen Frauen und Männern vom Jüdischen Altersheim in der Großen Hamburger Straße zum Anhalter Bahnhof und nach Theresienstadt verschleppt. Am 27. Juli 1942 fuhr der Zug ab. Mathilde Jacob wurde 1943 im Konzentrationslager Theresienstadt ermordet. Die genauen Umstände ihres Todes sind nicht bekannt. Quack und Zimmermann fanden ein Schreiben des International Rescue and Relief Commitee in New York vom 9. Juni 1943. Darin stellte das Hilfskommitee 500 Dollar für die Ausreise bereit. Gegen den erbitterten Widerstand der CDU im Bezirk Tiergarten konnte im Juni 1995 der Vorplatz des Rathauses Tiergarten in Mathilde-Jacob-Platz umbenannt werden. Dem Bürgerbegehren der CDU für die Rücknahme der Benennung trat eine Initiative entgegen, der Walter Momper, Heinz Knobloch, Margarethe von Trotta und viele andere angehörten.

Gerhild Komander. Der Text erschien zuerst im “Berliner Lindenblatt”, März 2008.

 Marta Rosenbaum

 

Lettre de Rosa Luxemburg à Marta Rosenbaum, 10 février 1917 sur https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1917-02-lettre-a-marta-rosenbaum-luxemburg/

Ma petite Marta, très chère ! pour la dernière fois une petite lettre que vous pourrez lire en route. Nota bene : comme vous pouvez vous attendre n’importe quand à être arrêtée à la gare de Berlin en rentrant de Wronke, je vous prie instamment de ne garder aucune lettre, etc., dans votre sac à main, mais de la porter sur vous. Car vous n’êtes pas tenue de vous laisser imposer une fouille corporelle en tant que prévenue, et par la suite, dès que l’occasion se présente, vous pouvez détruire ce qui est nécessaire. Comme cette semaine était délicieuse ! Je garde une impression d’infinie harmonie et de beauté de votre visite. Vous avez raison : Kurt a tant mérité de reconnaissance de nous deux pour nous avoir réunies que rien qu’à cause de cela je dois tout lui pardonner et être bonne avec lui. Et vous avez encore raison quand vous dites :  » il a été projeté hors de sa voie « . Il faut que nous l’aidions à la retrouver. D’ailleurs, il ne faut jamais oublier d’être bon (…) Rappelez-le-moi souvent, car malheureusement j’incline à la sévérité – à vrai dire seulement dans les relations politiques. Dans les rapports personnels, je sais que je suis exempte de toute dureté, et le plus souvent j’incline à pouvoir aimer et à tout comprendre.

Comme c’est dommage que nous nous soyons rencontrées si tard ! Mais, très chère, ce qui m’attire le plus vers vous, c’est précisément la fraîcheur de votre nature, votre ouverture, votre maladresse parfois un peu enfantine. Vous donnez par là une telle impression de jeunesse, de cordialité chaleureuse, que chez vous je ne sens pas l’âge, je n’ai pas non plus l’impression que vous avez gâché vos possibilités. Je crois que vous pouvez encore devenir et réussir tout ce que vous auriez pu être plus tôt. Du reste, cela va peut-être vous surprendre ! je n’attends rien de particulier de vous. Je n’éprouve aucun besoin de jouer à la maîtresse d’école vis-à-vis d’êtres qui me sont chers. Je vous aime telle que vous êtes. Naturellement, je veux que vous ne perdiez pas complètement votre temps dans des besognes journalières,, que vous lisiez de beaucoup de bons livres, que vous aidiez et collaboriez à la grande tâche, mais tout cela, me semble-t-il, vous le pouvez telle que vous êtes, telle que je vous connais. Votre expérience (je pressentais déjà que vous avez subi de dures épreuves, quoique je n’en sache pas plus), vous me la raconterez à Südende, à la campagne, en cueillant des fleurs des champs, n’est-ce pas ? Je veux prendre ma part de vos chagrins et de votre fardeau, j’éprouve le besoin de ne pas vous voir souffrir seule. Peut-être pourrai-je par ma force et mon affection vous soutenir et vous protéger un peu. Et maintenant recevez beaucoup, beaucoup de remerciements pour les belles heures que vous m’avez procurées, pour la chaleur que vous m’avez dispensée, et aussi pour la beauté de vos mains, que je contemple chaque fois avec joie.

De tout cœur, votre Rosa.

Anémone apportée à Rosa Luxemburg en prison et qui se trouve dans l’herbier de Rosa Luxemburg

 

 

lux_mart

Marta Rosenbaum est morte en déportation le 31 octobre 1942 à Theresienstadt

Luise Kautsky

Déportée à plus de 80 ans  et morte en déportation le 8 décembre 1944

 

Portraitfoto von Luise Kautsky

Luise Kautsky

Im September 1944 wurde Luise Kautsky in das Vernichtungslager Auschwitz-Birkenau deportiert. Einige KZ-Häftlinge erkannten die vom tagelangen Transport in einem Deportationszug völlig entkräftete Frau. Sie schmuggelten Luise Kautsky an der Selektionsrampe vorbei in den Krankenblock des Lagers. Lucy Adelsberger, die selbst 1943 aufgrund ihrer jüdischen Herkunft nach Auschwitz deportiert worden war und dort als Häftlingsärztin arbeitete, schrieb später: “Bei aller körperlichen Gebrechlichkeit und Hinfälligkeit war Luise Kautsky geistig von einer Elastizität, die uns Jüngere fast beschämte. An ihrem Willen durchzuhalten, konnten sich die andern ein Beispiel nehmen.” Ähnlich äußerte sich Orli Wald, die Lagerälteste des Krankenblocks: “Schwer krank lag sie im Bett und doch veränderte sie in wenigen Tagen die ganze traurige und hoffnungslose Atmosphäre des Krankenblocks. Sie war eine unerschöpfliche Quelle von Gedanken und Erinnerungen. Die Kranken vergaßen zu stöhnen und hörten zu, wenn sie erzählte.” In den letzten Wochen ihres Lebens wusste Luise Kautsky ihren jüngsten Sohn, Benedikt Kautsky, nur wenige Kilometer entfernt. Benedikt Kautsky (1894-1960) war bereits im Oktober 1942 zur Zwangsarbeit ins KZ Auschwitz-Monowitz verschleppt worden, ein Arbeitslager des Chemiekonzerns IG Farben. Es gelang Helfer*innen, selbst geschriebene Zettelchen zwischen Mutter und Sohn hin und her zu schmuggeln. Trotz aller Bemühungen ihrer Mitgefangenen sie zu retten, starb Luise Kautsky am 8.12.1944. Benedikt Kautsky wurde 1945 im KZ Buchenwald befreit.

http://www.wir-falken.de/themen/verband/8160222.html

08 Mai 2015

A Rosa Luxemburg : Remarques à propos de son projet de thèses pour le groupe “Internationale”. Karl Liebknecht.

L’Après 67/68 représente une période centrale pour une nouvelle confrontation avec la pensée de Rosa Luxemburg. Bien entendu à partir des présupposés de l’époque. Le numéro de Partisans daté de 1969, intitulé “Rosa Luxemburg vivante” (qui vient de m’être offert et que je n’avais plus) en est tout au long de sa lecture un exemple significatif. Les auteurs (Loewy, Bensaïd, Haupt) les thèmes (la question de l’organisation, masse et parti, la gauche nouvelle allemande et Rosa Luxemburg) en témoignent et constituent de ce fait un double enseignement : sur Rosa Luxemburg et sur notre époque. Dans cet article (en construction), nous reprenons tout d’abord un texte Liebknecht. Qui discute les thèses qui viennent d’être republiées aux Editions Agone dans le tome IV des Œuvres complètes. Pour ceux qui connaissent et apprécient ce texte de Rosa Luxemburg, les commentaires de Liebknecht sont précieux. Nous avons gardé la traduction de Partisans, comme beaucoup de traductions, elle pourrait certainement être revue. Mais elle a eu le mérite d’exister et de participer de la re-connaissance de Rosa Luxemburg entamée dans ce tournant des années 70.

 

A Rosa Luxemburg : Remarques à propos de son projet de thèses pour le groupe “Internationale”. Karl Liebknecht

Sur les points fondamentaux de la critique (1-7) et les directives pour l’orientation de la politique socialiste (8, 9, particulièrement “bases” 1 et 2), bien entendu absolument d’accord.

L’évolution de la “majorité”, de la passivité à la trahison, devrait être exposée d’une façon énergique et le plus brièvement possible pour les masses. De même pour ce qui concerne l’effroyable mesquinerie de la soi-disant “minorité” – cette corbeille pleine de puces sautillantes – si confuse, et seulement pas si amusante à voir; des puces qui ne peuvent ou ne veulent même pas – par amour de l’ordre et par “discipline” – piquer. Auprès d’eux, la puce-ministre ou ministre Goethe était un homme de caractère et la fameuse cigale “chantant sans cesse dans l’herbe sa vieille chansonnette” un miracle d’impétuosité. J’ai vu récemment en Lorraine un Valaque qui, malgré sa Valaquie, se fatiguait de temps à autre à une jument; que le pudique Joseph explique le signe! Item – les masses en tout bien tout honneur, mais les vieilles grenouilles coassent et frayent de nouveau dans le vieux marais. La “minorité” – pardonnez-moi si cela m’accable. Des scorpions pour pousser en avant ces “myrmidons” de la lutte de classe! Mais on ne frappe que le vide. Et la marotte du fou reste le seul espoir.

 Seulement quelques mots de critiques à votre adresse: il est nécessaire que nous parlions tout à fait ouvertement.

A la fin du paragraphe 9 (… “dépendent de la question de savoir si”), le sort du socialisme peut sembler trop dépendre de la libre décision du prolétariat international, décision qui, d’après les tournures employées, pourrait donner l’impression qu’elle n’est déterminée, considérée comme déterminable que par l’agitation, l’éducation, la propagande, alors que ces activités dans le processus social des masses n’ont de façon générale qu’une force d’accouchement, non de création, et sont elles-mêmes conditionnées, déterminées. Il faudrait trouver une autre façon de présenter la chose.

Au paragraphe 12, ce qu’on veut dire – je le sais bien – c’est ceci : la nouvelle Internationale, qui sera édifiée après l’effondrement (éclatement est insuffisant) de l’ancienne doit reposer sur les bases suivantes, etc. Il ne s’agit pas du plan d’une fondation à côté de n’importe quelles autres fondations possibles, mais des directives pour la formation de l’Internationale malgré tout “une et individuelle”. Est-ce qu’il n’est pas possible d’exprimer cela plus nettement?

Au sujet des paragraphes 3 et 4 des “bases” trop centraliste-mécanique. Trop de discipline, trop peu de spontanéité, dont la préparation et le déploiement constituent la tâche principale. Parallélisme spontané de sentiments, d’idées, de buts, d’exigences, d’actions, coopération spontanée, sont la principale base, la seule garantie durable de la victoire future. “D’en bas”, masses, non chefs”, cela vaut naturellement ici aussi. “Dictature” de l’Internationale seulement possible que si ce n’est pas précisément dictature, contrainte, mais méthode d’action la plus convenable, si ce n’est pas l’imposition d’un comité de bienfaisance ou autre volonté centrale sur les masses, mais la forme la plus énergique de l’exécution de la volonté des masses transmise par l’intermédiaire d’une organisation ou librement reconnue.

Au paragraphe 5 : les masses considérées trop comme instruments de l’action, non comme porteurs de la volonté; en tant qu’instruments de l’action voulue et organisée par l’Internationale, non en tant que voulant et décidant elles-mêmes. Que signifie la distinction entre les masses et l’Internationale? Les masses internationales sont l’Internationale. L’alternative : “chefs ou masses” ne peut pas être retournées en celle-ci:  “les “chefs de l’Internationale ou les chefs de ses sections internationales”, si les premiers étaient bien entendu aussi – du moins encore aujourd’hui en Allemagne – un échange favorable.

Paragraphe 5 et  6, le 6 a sa place avant le 5. La déviation que je viens de signaler n’apparaît-elle pas de nouveau dans ce changement de position?

D’une façon générale, l’important en vue de la préparation de la nouvelle Internationale est que maintenant encore quelque chose soit fait qu’on puisse voir, qui montre l’idée que doit représenter la nouvelle Internationale, aujourd’hui non seulement pensée d’une façon théorique, mais déjà vivante, incarnée en esprit de sacrifice et en volonté d’action, en disposition à l’action et en action. Le cours des théorèmes, projets tactiques, résolutions, thèses, statuts, programmes, et même des organisations  avec les plus beaux programmes du monde, a été renversé d’une façon fatale avec les nombreux runs patriotiques de socialistes spéculatifs. Au commencement de la nouvelle Internationale doit être l’action, alors elle est née, baptisée et achevée, ferme dans le présent, sûre pour l’avenir.

Si l’action échoue, seule reste l’autre voie, plus lente vers sa création, celle qui doit être dans les première journées de voyage la voie de la critique la plus intransigeante.

Je sais que là-dessus aussi nous sommes d’accord.

Partisans, décembre-janvier 1969, N° 45, Editions François Maspéro, P 112/113 – (Texte extrait d’un ensemble traduit par Marcel Ollivier pour Maspéro selon le préambule à la publication)


 

Lire Karl Liebknecht en français sur le site MIA : https://www.marxists.org/francais/liebknec/works.htm


La version définitive adoptée le 1er janvier 1916 visible sur ce même site. (La traduction de ce texte  a été retravaillée pour la parution aux Editions Agone. DVP)

Annexe
Thèses sur les tâches de la social-démocratie

Une majorité de camarades des quatre coins de l’Allemagne a adopté les thèses suivantes, qui présentent une application du programme d’Erfurt au problème actuel du socialisme international.

La guerre mondiale actuelle a réduit à néant les résultats du travail de quarante années de socialisme européen, en ruinant l’importance de la classe ouvrière révolutionnaire en tant que facteur de pouvoir politique, en ruinant le prestige moral du socialisme, en faisant éclater l’Internationale prolétarienne, en conduisant ses sections à un fratricide mutuel et en enchaînant les voeux et les espoirs des masses populaires dans les pays capitalistes les plus importants au vaisseau de l’impérialisme.

En votant les crédits de guerre et en proclamant l’Union sacrée, les dirigeants officiels des partis sociaux-démocrates d’Allemagne, de France et d’Angleterre (à l’exception du parti ouvrier indépendant) ont renforcé l’impérialisme sur ses arrières, ont engagé les masses populaires à supporter patiemment la misère et l’horreur de la guerre, et ainsi ont contribué au déchaînement effréné de la fureur impérialiste, au prolongement du massacre et à l’accroissement du nombre de ses victimes ; ils partagent donc la responsabilité de la guerre et de ses conséquences.

Cette tactique des instances officielles du parti dans les pays belligérants, et en tout premier lieu en Allemagne, qui était jusqu’ici le pays pilote de l’Internationale, équivaut à une trahison des principes les plus élémentaires du socialisme international, des intérêts vitaux de la classe ouvrière et de tous les intérêts démocratiques des peuples. A cause de cette tactique, la politique socialiste était également condamnée à l’impuissance dans les pays où les dirigeants du parti sont restés fidèles à leurs devoirs : en Russie, en Serbie, en Italie, et – avec une exception – en Bulgarie.

En abandonnant la lutte de classes pour toute la durée de la guerre, et en la renvoyant à la période d’après-guerre, la social-démocratie officielle des pays belligérants a donné le temps aux classes dirigeantes de tous les pays de renforcer considérablement leur position aux dépens du prolétariat sur le plan économique, politique et moral.

La guerre mondiale ne sert ni la défense nationale ni les intérêts économiques ou politiques des masses populaires quelles qu’elles soient, c’est uniquement un produit de rivalités impérialistes entre les classes capitalistes de différents pays pour la suprématie mondiale et pour le monopole de l’exploitation et de l’oppression des régions qui ne sont pas encore soumises au Capital. A l’époque de cet impérialisme déchaîné il ne peut plus y avoir de guerres nationales. Les intérêts nationaux ne sont qu’une mystification qui a pour but de mettre les masses populaires laborieuses au service de leur ennemi mortel : l’impérialisme.

Pour aucune nation opprimée, la liberté et l’indépendance ne peuvent jaillir de la politique des États impérialistes et de la guerre impérialiste. Les petites nations, dont les classes dirigeantes sont les jouets et les complices de leurs camarades de classe des grands États, ne sont que des pions dans le jeu impérialiste des grandes puissances, et, tout comme les masses ouvrières des grandes puissances, elles sont utilisées comme instruments pendant la guerre pour être sacrifiées après la guerre aux intérêts capitalistes.

Dans ces conditions, quel que soit le vainqueur et quel que soit le vaincu, la guerre mondiale actuelle représente une défaite du socialisme et de la démocratie; quelle que soit son issue, elle ne peut conduire qu’au renforcement du militarisme, des conflits internationaux et des rivalités sur le plan de la politique mondiale, sauf au cas d’une intervention révolutionnaire du prolétariat international. Elle augmente l’exploitation capitaliste, accroît la puissance de la réaction dans la politique intérieure, affaiblit le contrôle de l’opinion publique et réduit de plus en plus le Parlement à n’être que l’instrument docile du militarisme. En même temps, la guerre mondiale actuelle développe toutes les conditions favorables à de nouvelles guerres.

La paix mondiale ne peut être préservée par des plans utopiques ou foncièrement réactionnaires, tels que des tribunaux internationaux de diplomates capitalistes, des conventions diplomatiques sur le « désarmement », la « liberté maritime », la suppression du droit de capture maritime, des « alliances politiques européennes », des « unions douanières en Europe centrale », des Etats tampons nationaux, etc. On ne pourra pas éliminer ou même enrayer l’impérialisme, le militarisme et la guerre aussi longtemps que les classes capitalistes exerceront leur domination de classe de manière incontestée. Le seul moyen de leur résister avec succès et de préserver la paix mondiale, c’est la capacité d’action politique du prolétariat international et sa volonté révolutionnaire de jeter son poids dans la balance.

L’impérialisme, en tant que dernière phase et apogée de la domination politique mondiale du Capital, est l’ennemi mortel commun du prolétariat de tous les pays. Mais il partage aussi avec les phases antérieures du capitalisme le destin d’accroître les forces de son ennemi mortel à mesure même qu’il se développe. Il accélère la concentration du capital, la stagnation des classes moyennes, l’accroissement du prolétariat, suscite la résistance de plus en plus forte des masses, et conduit ainsi à l’intensification des oppositions entre les classes. Dans la paix comme dans la guerre, la lutte de classe prolétarienne doit concentrer toutes ses forces en premier lieu contre l’impérialisme. Pour le prolétariat international, la lutte contre l’impérialisme est en même temps la lutte pour le pouvoir politique dans l’État, l’épreuve de force décisive entre socialisme et capitalisme. Le but final du socialisme ne sera atteint par le prolétariat international que s’il fait front sur toute la ligne à l’impérialisme et s’il fait du mot d’ordre « guerre à la guerre » la règle de conduite de sa pratique politique, en y mettant toute son énergie et tout son courage.

10° Dans ce but, la tâche essentielle du socialisme consiste aujourd’hui à rassembler le prolétariat de tous les pays en une force révolutionnaire vivante et à créer une puissante organisation internationale possédant une seule conception d’ensemble de ses intérêts et de ses tâches, et une tactique et une capacité d’action politique unifiées, de manière à faire du prolétariat le facteur décisif de la vie politique, rôle auquel l’histoire le destine.

11° La guerre a fait éclater la IIe Internationale. Sa faillite s’est avérée par son incapacité à lutter efficacement pendant la guerre contre la dispersion nationale et à adopter une tactique et une action communes pour le prolétariat de tous les pays.

12° Compte tenu de la trahison des représentations officielles des partis socialistes des pays belligérants envers les objectifs et les intérêts de la classe ouvrière, compte tenu du fait qu’ils ont abandonné les positions de l’Internationale pour rallier celles de la politique bourgeoise-impérialiste, il est d’une nécessité vitale pour le socialisme de créer une nouvelle Internationale ouvrière qui se charge de diriger et de coordonner la lutte de classe révolutionnaire menée contre l’impérialisme dans tous les pays. Pour accomplir sa tâche historique, elle devra s’appuyer sur les principes suivants :

  1. La lutte de classe à l’intérieur des États bourgeois contre les classes dirigeantes, et la solidarité internationale des prolétaires de tous les pays sont les deux règles de conduite indispensables que la classe ouvrière doit appliquer dans sa lutte de libération historique. Il n’y a pas de socialisme en dehors de la solidarité internationale du prolétariat, le prolétariat socialiste ne peut renoncer à la lutte de classe et à la solidarité internationale, ni en temps de paix, ni en temps de guerre : cela équivaudrait à un suicide.
  2. L’action de classe du prolétariat de tous les pays doit, en temps de paix comme en temps de guerre, se fixer comme but principal de combattre l’impérialisme et de faire obstacle à la guerre. L’action parlementaire, l’action syndicale et l’activité globale du mouvement ouvrier doivent être subordonnées à l’objectif suivant : opposer dans tous les pays, de la manière la plus vive, le prolétariat à la bourgeoisie, souligner à chaque pas l’opposition politique et spirituelle entre les deux classes, tout en mettant en relief et en démontrant l’appartenance commune des prolétaires de tous les pays à l’Internationale.
  3. Le centre de gravité de l’organisation de classe du prolétariat réside dans l’Internationale. L’Internationale décide en temps de paix de la tactique des sections nationales au sujet du militarisme, de la politique coloniale, de la politique commerciale, des fêtes de mai, et de plus elle décide de la tactique à adopter en temps de guerre.
  4. Le devoir d’appliquer les décisions de l’Internationale précède tous les autres devoirs de l’organisation. Les sections nationales qui contreviennent à ses décisions s’excluent elles-mêmes de l’Internationale.
  5. Dans la lutte contre l’impérialisme et la guerre, les forces décisives ne peuvent être engagées que par les masses compactes du prolétariat de tous les pays. La tactique des sections nationales doit par conséquent avoir pour objectif principal de former la capacité d’action politique des masses et leur sens de l’initiative, d’assurer la coordination internationale des actions de masse, de développer les organisations politiques, de telle sorte que par leur intermédiaire on puisse compter à chaque fois sur le concours rapide et énergique de toutes les sections et que la volonté de l’Internationale se concrétise dans l’action des masses ouvrières les plus larges dans tous les pays.
  6. La première tâche du socialisme est la libération spirituelle du prolétariat de la tutelle de la bourgeoisie, tutelle qui se manifeste par l’influence de l’idéologie nationaliste. L’action des sections nationales, tant au Parlement que dans la presse, doit avoir pour but de dénoncer le fait que la phraséologie traditionnelle du nationalisme est l’instrument de la domination bourgeoise. Aujourd’hui, la seule défense de toute liberté nationale effective est la lutte de classe révolutionnaire contre l’impérialisme. La patrie des prolétaires, dont la défense prime tout, c’est l’Internationale socialiste.

10 Avr 2015

“Franz Fanon. Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne”. Texte de Claudine Roméo. En contre-point à Rosa Luxemburg.

La quinzaine Rosa Luxemburg, puis la disparition de Claudine Roméo ont imposé l’idée de donner sur ce blog la parole à ceux qui aujourd’hui par des liens invisibles ténus mais tenaces font vivre ce qui peut apparaître essentiel chez Rosa luxemburg : la sensibilité, la conscience, l’engagement la rigueur. Vous trouverez les textes dans la rubrique contre-point. Nous publions aujourd’hui, après celui sur la Tunisie, l’Art dans la Révolution, un texte de Claudine Roméo: Fanon, Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne. Ce texte publié par Claudine Roméo en 2000 dans la revue Littérature frontalière constitue une analyse fine de l’approche de Fanon d’une culture méditerranéenne différente, qu’elle fait partir du postulat : “Ce n’est qu’après un double déplacement, d’abord en Europe – en “Métropole” – puis en Algérie, qu’il s’approprie une autre culture, une autre pratique, la culture révolutionnaire, découverte – et inventée – avec sa propre pratique, dans son engagement personnel.” Elle met ainsi en avant ce qui fait l’essentiel et l’importance aujourd’hui encore de Fanon, le lien entre réflexion et pratique, engagement et inscription dans la révolution. Et elle termine son texte par cette superbe phrase: “Le concept de “Black” des mômes des banlieues, indiens, africains, algériens, sous-prolétaires, mais aussi homosexuels, femmes, exclus de tous ordres et sans papiers, un seul et unique facteur les constitue comme “mêmes”, comme unis et universels : leur lutte.”


A noter pas seulement, leur oppression, mais aussi … leur lutte.

 

Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne.

Claudine Roméo

Le Martiniquais Franz Fanon a eu, en Europe et aux yeux du monde, une célébrité enthousiaste dans les milieux étudiants et militants entre 1960 et 1980. Dans les années 40, il est, pour les Noirs américains, une des figures lumineuses de leur combat. Depuis, c’est le silence, les jeunes n’en ont jamais entendu parler. Relisant des vieux numéros des “Temps modernes” et “d”Esprit”, je le vois constamment cité par Jean-Pierre Faye, Simone de Beauvoir, Sartre, comme le penseur de la Révolution Noire (“Black” serait maintenant un terme plus exact). Sa place dans notre questionnement sur “l’appropriation” est désignée du fait même qu’il l’a pratiquée, mais de manière tout à fait originale, sur des terrains concrets et brûlants: c’est ce que Deleuze a appelé la déterritorialisation, le décalage qui rend son appropriation spéciale, elle ne peut procéder que par écarts et par bonds.

Dans son analyse de la culture “noire” observée dans son enfance, il dénote un complexe d’appropriation de la culture “blanche”. Ce n’est qu’après un double déplacement, d’abord en Europe – en “Métropole” – puis en Algérie, qu’il s’approprie une autre culture, une autre pratique, la culture révolutionnaire, découverte – et inventée – avec sa propre pratique, dans son engagement personnel.

Fanon met en place une démarche et un discours originaux, en se plaçant simultanément à deux niveaux.

D’une part désappropriation/appropriation fonctionnent entre elles, dialectiquement au sens le plus serré, le plus fort (il citait couramment Hegel et Marx), d’autre part, selon le plan d’observations cliniques, les situations coloniales – ou anti-coloniales -, se repèrent dans la langue même. Observation sans cesse reprise, récits et descriptions de situations pathologiques ou libératrices, reviennent dans tous ses textes. Sa réflexion se rapproche de celle d’Albert Memmi pour qui le colonisateur est aussi aliéné (sinon plus) que le colonisé. Il a sans doute connu Memmi à Tunis.

Les différents lieux” où la voix de Fanon porte : Martinique, France, Algérie, Tunisie, mouvement des Blacks Panthers composent une constellation où les aspects divers de la révolte se diffractent et se reflètent, glissement, dérives, déterritorialisation.

Mais son écriture reste très fortement dialectique et rationnelle dans la forme et le suivi serré et soutenu de l’argumentation.

  1. 1. Éléments de la vie de Fanon qui éclairent cette pratique des passages

Il y a une thèse américaine sur Fanon de l’historienne Irene Gendzier (université de Boston). Sa source principale, bien que tue, a sans doute été la psychiatre algérienne Alice Cherki qui a travaillé dans le service de Fanon à Blida.

Fanon naît en 1922 dans une famille martiniquaise et prend conscience de l’aliénation – et des conditions de vie réelles – du peuple noir dès ses années de lycée. Très jeune, il est révolté par l’acceptation plus ou moins passive de l’oppression. Les descriptions déjà cliniques de certains comportements se trouveront plus tard dans Peau noire et masque blanc. Par sa seule observation, et avec l’intensité passionnée de son émotion et de sa souffrance, il passe du constat de l’oppression à celui, décourageant, de l’aliénation.

Expérience d’autant plus douloureuse qu’en même temps les Antilles françaises sont amenées à participer à la guerre, à défendre les valeurs “françaises”. Or l’atmosphère vichyssoise qui règne dans les colonies augmente encore l’oppression et la honte. La répression frappe la revue “Tropiques” créée par Aimée Césaire, elle est interdite en 1940. Césaire, amplement cité par Fanon dans tous ses livres, peut nous donner une idée assez fidèle de l’ambiance où vivaient les intellectuels et les artistes, dont Fanon, par exemple, à la fin de ses années de lycée (il est né 9 ans après Césaire). Atmosphère terrible, au moment où ces jeunes intellectuels cherchent leur voie.

Ainsi, dans Les Chiens se taisaient (tragédie), Césaire fait dire au “Rebelle”:

“J’ai capté dans l’espace d’extraordinaires messages […] plein de poignards, de nuit, de gémissements. J’entends plus haut que les louanges une vaste improvisation de tornades, de corps de soleil, de maléfices, de pierre qui cuisent, de petits jours étrangers, d’engourdissement bu à petites gorgées.”

Fanon et son ami Marcel Manville, maintenant avocat à Paris et à Fort de France et fondateur du club Franz Fanon, écœurés par la collaboration vont rejoindre la Dominique où des milliers de jeunes Antillais et Guyanais s’embarquent pour aller se battre en Europe. Ils débarquent à Saint-Tropez en 1944 et se battent ensuite en Alsace. Fanon est blessé dans la bataille de France, à Colmar. C’est là qu’il se rend compte qu’en fait, il ne se bat pas pour la liberté mais pour les métropolitains, les blancs.

“Cette nouvelle déception est immense” dit-il dans une lettre à sa mère. Jusque-là il pouvait dans un déchirement plus ou moins conscient déplorer le colonialisme, tout en pensant qu’ailleurs dans une vraie “France” étaient vivaces certaines valeurs. Mais par son engagement dans la guerre, il ne trouve “rien ici, qui justifie cette subtile décision de (se) faire le défenseur du fermier quand lui-même s’en fout”.

Toutes ces déceptions l’amènent à fuir la capitale où “il y a trop de nègres”. Idée qui anticipe sur sa future critique de la négritude. C’est à Lyon qu’il va faire ses études de médecine et de psychiatrie. Il suit également des cours de philosophie à l’université et fréquente les milieux trotskystes.

Ses études terminées, il est affecté dans différents services en métropole, puis accepte un poste à l’hôpital de Blida, en Algérie.

Il trouve immédiatement l’atmosphère de révolte, qui, sous l’occupation, était brouillée par le fait douloureux de la collaboration.

Invité en 1953 par l’historien André Mandouze à faire une conférence à l’université d’Alger contre le racisme, il est contacté par le FLN

En 1957, protestant contre des sanctions aux grévistes de l’hôpital de Blida, il est – pour quelques temps – expulsé d’Algérie par Lacoste. Il écrit dans “El Moudjahid” dont il devient correspondant à Tunis.

Atteint de leucémie, il est envoyé pour soins à Moscou, puis à Washington. Il meurt à 34 ans, ayant publié quatre ouvrages, dirigé et réorganisé un service de psychiatrie et participé acivement à la guerre de libération.

  1. 2. Première analyse de la réalité sociale par Fanon

Sa vision est d’abord proche de celle de Césaire et Glissant. Il y a cette réalité douloureuse et sans cesse ravivée, de l’oppression du “noir” par le “blanc”.

Mais Fanon n’est pas un littéraire, il ne trouve aucune jouissance dans la souffrance, aucune consolation épique dans de quelconques lamentations. C’est le point de départ qu’ils ont surtout en commun. Ensuite Fanon choisit surtout la “critique sociale” comme on l’appellerait maintenant. Il constate des cassures inévitables et les décrit comme des véritables dispositifs machiniques – Fanon s’étonne de l’absence de l’esprit de révolte. Comment la longue histoire des esclaves noirs, histoire de douleur et de mort, ne les a pas, aux Antilles, entraînés dans la révolte, la révolution? La dialectique employée est très voisine de celle du maître et de l’esclave, très voisine aussi du style sartrien (cf. “Conscience and consciousness”, The relevance of Hegel ans Sartre, in Fanon, I. Gendzier).

Dans cette Martinique encore dominée ou dans des coins d’Algérie pas encore révoltés, les noirs imitent les manières des blancs, jusqu’à l’expression du visage, jusqu’aux vêtements. Plus symptomatique encore, le langage.

Cas d’aphasie, impossibilité à employer certains mots, hallucinations auditives (discours imaginaire ou écoute d’une radio imaginaire en français, directement branchée dans la tête). Ces descriptions impressionnistes, mais déjà précises, et ensuite cliniques (Algérie) ont un effet d’abord théorique chez Fanon.

Mais ses refus sont déjà très nets. Jamais, il ne s’est fait le chantre de la négritude.

Beaucoup plus tard, il sera amené à attaquer très vivement Senghor. S’il avait fallu parler dès cette époque, de la “différence”, Fanon ne l’aurait certainement pas placée là où on s’y serait attendu. Il aurait déjà vu le danger de ce concept.

En effet, pour Fanon, la négritude n’est que l’envers d’une attitude blanche qui met “tous les nègres dans le même sac”. C’est ce qu’il déclare dès 1956 à Paris à un congrès de la Société africaine de Culture.

La vraie différence est entre exploitants et exploités, dominants et dominés, ce en quoi il se montre avant tout marxiste.

Dans les premières descriptions cliniques, de véritables éléments de résistance apparaissent. Avant que la posture révolutionnaire s’affirme, Fanon dépiste les formes spontanées de cette résistance – façon de pratiquer le double langage, jeux de mots où le colonisé prend au piège le colon, emploi du créole, récits des vieux qui mettent en scène l’antillais se moquant du blanc. Aussi dans Peau noir et masque blanc, ces magnifiques passages où Fanon fait un nouvel “éloge de la paresse” : dans une situation où le noir est seul face au patron blanc, la “paresse” est une forme courante et efficace de résistance = analyse de Fanon pleine d’humour et de perspicacité.

Bien que anti littéraire, Fanon est un écrivain. Son texte est vivant, nerveux. La négritude – celle de Senghor – est pour Fanon une attitude “littéraire” même s’il en comprend du dedans les implications affectives et la blessure. Il préfère une attitude critique – très fraternelle – et en ce sens vraiment autocritique. Alors que la négritude, tournée vers le passé, est coupée de l’actualité, l’intellectuel doit être

“debout devant le présent de son pays, obervant lucidement et objectivement l’actualité du continent qu’il voulait faire sienne, l’intellectuel est effrayé par le vide, l’abrutissement, la sauvagerie.” (Damnés de la terre, P. 102)

Il regarde ce qui se passe sur le continent africain:

“En Afrique, la littérature colonisée […]  n’est pas une littérature nationale, mais une littérature de nègres.”

Ce qui indigne le plus Fanon, c’est l’enfermement dans les attitudes toutes faites, des clichés, en particulier l’absence de rationalité prétendue des noirs.

“Dans l’ensemble, les chantres de la négritude opposeront la vieille Europe à la Jeune Afrique, la raison ennuyeuse à la poésie, la logique oppressive à la piaffante nature […] D’un côté raison, cérémonie, protocole, scepticisme, de l’autre ingénuité, pétulance, liberté, pourquoi pas luxuriance, mais aussi irresponsabilité”:

Remarque de Fanon qui rappelle les racistes qui disent que “les noirs ont le rythme dans la peau” (sans compter les implications sexuelles, cf; La putain respectueuse, de Sartre).

Aussi, à partir d’une dialectique serrée et argumentée, dont la conclusion nécessaire paraissait toute trouvée, l’identité nègre, Franz Fanon pratique un écart, une déterritorialisation. Il fuit cette (nouvelle) forme d’enfermement – l’enfermement dans un style de discours et dénonce le mythe qui relie inévitablement le blanc à l’idée de culture et le noir à l’idée de nature.

Le noir se désapproprie de ces successifs enfermements et s’approprie son humanité: c’est cela l’apport de Fanon.

3.

Mais il fallait encore une étape, une dé-rive, une reprise, fonctionnant là aussi comme désappropriation de tout exotisme – perte désécurisante des nouvelles certitudes aussi – la guerre, la déception, la perte de toute naïveté en qui concernait une quelconque quête universelle des droits “je me bats pour le droit du fermier et le fermier s’en fout”. Rappel de la guerre en France, pour libérer la Métropole.

Le constat cuisant, suivi d’études de psychiatrie, de philosophie et anthropologie, devait le conduire vers le lieu où la parole serait enfin entendue et où une double activité s’offrait à lui.

C’est en Algérie que la saisie aveuglante de deux enfermements se fait, et le pousse vers un engagement définitif.

La façon d’aborder la “maladie” mentale à Blida d’une part, s’exercer son métier, de faire sienne cette dérive pour en décrire les déterminations socio-historiques – coloniales – et la situation politique de l’Algérie colonisée d’autre part, la folie comme révolte, et la révolution enfin trouvée.

Dans le service psychiatrique de Blida, Alice Cherki, sa collaboratrice, dans un recueil de textes des amis de Fanon, raconte comment il aborde la réalité institutionnelle. Les premiers chapitres de l’an V de la révolution (re-publié sous le titre Sociologie d’une révolution) sont consacrés à des pathologies repérées surtout dans le langage, dans le parler : confusion, délires de persécution, bredouillage. Avant qu’on parle d’antipsychiatrie, Fanon donne la parole aux patients de l’hôpital de Blida. Il amorce l’autogestion d’une cafétéria, d’une bibliothèque et d’activités culturelles. Il décloisonne le rapport soignant/soigné. Il conçoit la folie, avant la lettre, comme pathologie presque exclusivement sociale. Le colonisateur lui paraissant, bien sûr aussi “malade” que le soignant.

Dans l’an V de la révolution , le lien entre son travail de psychiatrie – être du côté du patient plutôt que de celui de l’institution, et la révolution algérienne – révolution enfin trouvée – est nettement établi dans Peau noire et masque blanc (P. 81)

“Ce qui apparaît donc, c’est la nécessité d’une action couplée sur l’individu et sur le groupe – en tant que psychanalyste, je dois aider mon patient à concentrer son inconscient […] à agir dans le sens d’un changement des structures sociales.”

Fanon va donc développer “une rhétorique de combat”, selon une expression employée par les participants au colloque de Brazzaville. Dans un article de Présence africaine (février – mai 1959 n°24 -25), il imagine ce mini-dialogue entre une bourgeoise et un noir:

“la dame (gracieusement)

– mais il est blanc, ce noir!

– le nègre blanc, vous emmerde madame.”

Certains accents violents ou drôles sont très proches de Jean Genet – parfois, par éclairs, c’est le même humour d’un dionysiaque follement politique (cf. Les Nègres, Les Paravents).

Comme le voit très bien Sartre, avec le même enthousiasme critique, dans sa longue préface aux damnés de la terre:

“Le lecteur est sévèrement mis en garde cotre les aliénations des plus dangereuses […] tout aussi bien, le retour du lointain passé de la culture africaine.”

L’appropriation de la révolution algérienne, modèle de la révolution de tout noir, ne peu que passer par la violence. Mais dit Sartre commentant Fanon :

“Ce qui n’est pas d’abord leur violence, c’est la nôtre retournée, qui grandit et les déchire.”

Guérilla, que chacun doit mener quotidiennement contre soi-même en tant qu’aliéné ( à tous les sens du mot) = “l’indigénat, reprend Fanon, est introduit et maintenu chez les colonisés avec leur consentement”.

Cette pensée, plaie ouverte, a une portée universelle, elle ne concerne pas seulement le colonisé mais aussi le colonisateur :

“Nous aussi, gens de l’Europe, conclut Sartre, on vous décolonise. Cela veut dire qu’on s’extirpe par une opposition sanglante le colon qui est en nous.”

Comme le remarque Jacques Fredj dans les actes du colloque de Brazzaville utilisant Psychologie de la décolonisation, d’Octave Mannoni, cette décolonisation est d’abord linguistique “ce n’est pas le langage, qui se construit et se défait au cours de l’analyse”. Au cours de la guerre de libération, le militant refuse tout d’abord d’écouter la radio française, qui, tel le Dieu du Président Schreber – cas de texte paranoïaque analysé par Freud – lui dicte discours et délires directement dans la tête -. Cependant, impliqué ensuite dans la lutte, il se sert de cette même radio pour des émissions clandestines dans le Djebel.

Autre langage : le vêtement, le voile.

Dans un premier temps la jeune fille porte le voile (traditions familiales), dans un deuxième temps, “émancipation” de type européen, elle le rejette. Mais plus tard, gagnée par la révolution, elle le remet et cache – en dessous – des armes.

“Elle a une démarche fière et dégagée”.

Que ces analyses, aussi incisives que naïves et triomphalistes ne nous fassent pas sourire trente-cinq ans après. Parfois un peu inexactes, dans leur schématisme (partie I et II, An V de la Révolution), elles restent fixées dans une vérité.

C’est donc avec la plus grande gravité que nous relisons maintenant des passages sur l’Algérie, fer de lance de la révolution “noire” ou “africaine”.

“La vieille Algérie est morte” dit Fanon, “la puissance de la révolution réside d’ores et déjà dans la mutation radicales qui s’est produite chez l’Algérien”.

Autre raison de considérer ici et maintenant sa pratique de l’appropriation : un fort mouvement antiraciste s’est donc développé, relancé par la lutte contre la loi Debré, avec “le respect des différences” comme slogan. Mais au-delà et après le développement d’une certaine idéologie occidentale de gauche, on renvoie, en fait, chaque “Black”, chaque opprimé, à sa différence, rendant implicitement exclue l’appartenance à l’universel.

Le concept de “Black” des mômes des banlieues, indiens, africains, algériens, sous-prolétaires, mais aussi homosexuels, femmes, exclus de tous ordres et sans papiers, un seul et unique facteur les constitue comme “mêmes”, comme unis et universels : leur lutte.

Original sur :

“Franz Fanon. Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne”. Texte de Claudine Roméo. (Pour conjurer l’absence, 2) 

http://linter.over-blog.com/2015/03/texte-de-claudine-romeo-fin-pour-conjurer-l-absence-2.html

Lien de l’image : https://afrodiasporarts.files.wordpress.com/2012/05/fanon-chaque-fois.jpg

15 Mar 2015