H. Rosa Luxemburg et la grève

Lettres de Rosa Luxemburg à Henriette Roland-Horst van der Schalk (en majorité inédits en français)

Ces derniers jour, un autre contact, une autre discussion. Avec un camarade, nous parlons de Henriette Roland-Horst van der Schalk. C’est l’occasion de se plonger dans la correspondance de Rosa Luxemburg, de faire le point des courriers échangés entre les deux militantes et de donner accès à ces textes en français. D’autant qu’on trouve, en particulier dans le tome 6 de la Correspondance chez Dietz Verlag, plusieurs courriers essentiels. En effet, certains s’inscrivent dans la discussion sur la grève de masse (et viennent en contre-point à l’un de ses textes fondamentaux) et un autre – très connu – montre l’importance pour Rosa Luxemburg de s’inscrire au sein d’une organisation d’un mouvement ouvrier, aussi critique que puisse être son action.


 

Ma très chère Henriette! 27 octobre 1904

Nous voilà à devoir inverser cette fois-ci les rôles et je m’empresse de vous adresser sur votre lit de douleur mes plus cordiales salutations. Avant-hier, j’ai été libérée, ou pour être plus exacte pratiquement mise dehors de la prison de manière pour moi tout à fait inattendue, ayant fait quelques difficultés à profiter des bienfaits de l’amnistie prononcée en Saxe … Mais rien n’y a fait et je me suis retrouvée à Friedenau à l’air libre de la Prusse à un cheveu près à un mois de ma sortie prévue. Hier, nous avons passé toute la journée à discuter avec Kautsky et ma première “action” aujourd’hui est de vous adresser tous mes remerciements pour votre lettre – qui a été dans ma cellule N°7 d’une grande aide – et ma compassion la plus chaleureuse après votre accident. Je l’avais appris par Hermann [Gorter] et j’étais très inquiète de savoir comment vous alliez, tout en ne pouvant pas le demander ni à vous, ni à Kautsky – je n’avais le droit qu’à une lettre par mois. Puis votre lettre m’est parvenue et m’a quelque peu rassurée. Je suis en colère après cette horrible bicyclette, déjà que je n’aime pas que des femmes roulent en vélo, ceci étant rarement très esthétique. Vous voyez comme je suis terriblement vieux jeu et réellement une “philistine”. J’espère que vous restez de bonne humeur et que vous allez de mieux en mieux.

De mon côté, je me sens tout à fait bien, de mauvaises langues disent même que j’ai grossi (alors même que je suis presque morte de faim durant ces deux mois, la nourriture étant si mauvaise). J’ai apprécié le calme et la solitude, dans lesquels j’ai pu me reconstruire intérieurement. Dans le contact avec les autres, j’ai toujours le sentiment d’être tiraillée, toute nouvelle impression m’attire d’un côté, et je suis tout à fait esclave de l’instant présent. Dans la solitude, je me retrouve et je remets de l’ordre dans la “sensibilité” polonaise de mon âme. J’ai travaillé et lu merveilleusement bien durant ces deux mois. En dehors de ma spécialité, l’économie, j’ai lu un peu de littérature et de philosophie. L’annonce de l’amnistie m’a interrompue dans la plus belle des excursions dans le monde escarpé de Leibnitz. Entre autres, j’aimerais bien savoir, si ce bon vieux gros Huygens qui correspondait avec Leibnitz sur les mathématiques était un ancêtre de notre Cornelius Huygens. Ce serait intéressant de le savoir et pas impossible. – Les impressions d’Amsterdam (je pense au congrès) m’ont donné beaucoup à penser et le résultat a été que selon moi, il serait utile de faire que les différents partis se rapprochent et apprennent à se connaître. Je vois déjà dans le renforcement du sentiment international en soi un moyen pour combattre le caractère borné sur lequel repose une grande partie de l’opportunisme et je trouve que notre presse, la Neue Zeit aussi, a une responsabilité dans cette tendance; j’ai souvent écrit et dit cela à Kautsky; certainement il ne peut pas faire grand chose lui-même. Mais certaines personnalités comme vous, ma blonde madone, pourraient faire beaucoup. Si vous même, n’avez pas le temps d’informer de temps en temps l’Allemagne sur votre mouvement, il faudrait au moins que vous initiiez, organisiez et – dirigiez la chose. Car il ne s’agit pas de transmettre sèchement des faits comme le fait Vorwärts avec une magistrale absence de sensibilité, mais de transmettre l’esprit vivant du mouvement. Ce que vous m’avez écrit de la manifestation des matelots, m’a réjoui le cœur et apporté de l’air frais; Kautsky l’a appris de ma bouche en prison à Zwickau. Pas un mot dans la presse! De mon côté, je vais étudier avec enthousiasme le mouvement hollandais et j’utiliserai pour cela mon prochain séjour chez vous.. J’espère aussi trouver en vous un amical Cicérone! Et bien entendu je veux apprendre rapidement le néerlandais. Je n’avais malheureusement pas en cellule les moyens, j’ai essayé de lire en hollandais, mais je n’ai compris qu’un mot sur cinq, six; mais j’ai lu beaucoup en italien, car ce mouvement aussi m’intéresse. Quelle langue peut-on lire pour comprendre ce qui se passe en Scandinavie? Je n’aime pas du tout le trio Danemark, Suède, Norvège car quand je vois le bon Knudsen, je peux penser sans difficulté que le Danemark fait beaucoup pour le commerce du hareng, mais j’ai du mal à m’imaginer que le prince Hamlet soit né dans ce pays. Mais il faut aussi apprendre à connaître ces trois horribles partis car comme on l’a vu de nouveau à Amsterdam, ils jouent un rôle, même s’il est très négatif, dans l’Internationale. Ce que j’ai trouvé ici concernant le parti, est peu agréable pour moi; je pense à cette interminable controverse au sein du Leipziger Volkszeitung, à laquelle quelques maladresses du côté de Mehring ont contribué (sans qu’il le veuille sans doute) et qui a atteint un niveau si mesquin que je ne peux la suivre qu’en prenant sur moi. Le cirque en France autour de l’unification me semble tout à fait inutile mais de nature à dévoiler de manière éclatante l’hypocrisie de Jaurès. Lui qui a conduite autrefois cette unité à sa perte, doit aujourd’hui se contorsionner pour l’éviter. Dommage que notre Bebel prennent au sérieux les Renaudel, Longuet&co comme promoteurs de cette unité; je crains que nous devions vivre de pénibles quiproquos lors de la prochaine réunion du bureau. A noter, Bebel voudrait faire la prochaine réunion à Paris et Kautsky devrait écrire en ce sens à Servy. C’est une idée totalement fausse, Kautsky lui-même n’est pas enthousiaste. Je vais écrire aussi à Servy une protestation énergique contre cette demande (d’autant que pour moi Bruxelles est lié avec ce qui est le plus beau – à savoir une petite excursion vers Amsterdam). Ce serait bien si votre délégué (Troelsta ou Van Kol) pouvait déposer un recours contre cela. A Paris, les choses ne peuvent qu’aller vers l’échec, au milieu de cette dispute éternelle et passionnée.

Et maintenant adieu pour l’instant. Et vous, mon cher chevalier (je vous nomme toujours ainsi à cause de votre visage si énergique et de vos yeux gris acier qui lancent des éclairs), vous m’avez promis “une longue lettre” à Zwickau. Je réclame de même à Friedenau comme Shylock, mon dû. Un morceau de votre coeur ou une lettre. je vous embrasse, jolie Henriette et vous souhaite un bon rétablissement et beaucoup de calme, et une forte poignée de mains à vous deux. Écrivez-moi vite!

Tout à vous, votre rosa

Dietz Verlag – Correspondance – Tome 6 / P 98- traduction Dominique Villaeys-Poirré (Merci pour toute amélioration de la traduction)


 

Chère Henriette! 17 décembre 1904 Comme c’est bien que vous existiez !

Dietz Verlag – Correspondance – Tome 6 / P 101 : Cette lettre est largement accessible en français.  Nous la joindrons prochainement à cet article


 

Chère Henriette! 3 juillet 1905

Je me dépêche de répondre à tes questions.

Je n’ai jamais rien vu dans l’histoire du parti de comparable à ce que tu me dis concernant l’interprétation d’une décision du parti. Toute la pratique de la S-D allemande témoigne du contraire. S’il est décidé par exemple de soutenir les candidats libéraux, il est alors interdit de soutenir tout autre candidat.

La liberté individuelle de tout membre du parti concernant le soutien à des candidatures opposées me semble incroyable et incompatible avec la conception social-démocrate de l’organisation. Certes, il peut arriver que le parti allemand laisse les mains libres aux responsables dans certaines circonscriptions, comme cela a été le cas par exemple dans le Württemberg par rapport au Volkspartei, qui est trop ignoble pour qu’on lui accorde de manière générale notre soutien mais où il convient peut-être de le préférer dans certaines circonscriptions aux reste des forces réactionnaires. La décision ne revient pas cependant aux individus mais à l’organisation du parti dans la circonscription concernée.

Donner carte blanche individuellement aux membres du parti est au contraire une méthode bien connue des partis bourgeois et c’est seulement ce qui est mis en avant pour masquer une lâche trahison. Le Freisinn utilise ainsi toujours un tel “laissez faire” quand il s’agit de soutenir la réaction contre les sociaux-démocrates. Il a alors rarement le courage de recommander à ses membres ouvertement de soutenir les partis réactionnaires, mais le fait de manière cachée en “laissant à chacun le droit d’agir selon ce qu’il pense”. Ce qui revient régulièrement à donner un sauf conduit pour un soutien actif ou passif des opposants aux sociaux-démocrates.

En ce qui concerne mon voyage vers le paradis hollandais, tu as bien compris que ce ne sera pas possible. Je ne peux pas partir, mais je me sens très bien dans le travail que j’effectue, car la révolution avance dans les règles, et c’est une grande joie de pouvoir observer, comprendre et participer. “Espoirs et peurs”, comme tu l’évoques, ce sont des sentiments que ne peuvent ressentir que des observateurs comme “ces gens de Vorwärts” ou les libéraux russes. Nous autres, nous participons avec enthousiasme et le travail de la réflexion (l’analyse de l’avancée révolutionnaire) constitue un plaisir encore plus grand peut-être que la simple participation. Il est apparue chez nous une véritable faim de lumière au sein des masses et je suis heureuse de pouvoir apporter au moins ma petite contribution pour apaiser cette faim de savoir. Quel dommage seulement que tous vous ne puissiez pas participer directement en écrivant pour les prolétaires polonais et russes. La langue est encore un maudit handicap pour l’Internationale. Selon moi, tous les esprits de tous les pays devraient unir leurs forces pour travailler à la révolution russe et adresser une pluie de bonnes brochures! Les choses alors muriraient vite. Alors que vous devez gaspiller des forces précieuses pour les élections aux parlements et autres. Quelle tristesse!

Je vais me permettre de dire mon opinion extrêmement favorable sur ton livre dans la Neue Zeit. Car je n’ai pas le temps malheureusement, justement du fait du travail pour les travailleurs russes et polonais.

Je t’embrasse. Ta Rosa

Dietz Verlag – Correspondance – Tome 6 / P 126- traduction Dominique Villaeys-Poirré (Merci pour toute amélioration de la traduction)


Ma chère Henriette! 2 octobre 1905

Je me dépêche de répondre à tes questions, d’autant que je suis heureuse de te féliciter pour la deuxième édition de ton livre. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fait que la résolution belge concernant la question de la grève de masse est très univoque et banale. Lorsque nous en avons pris connaissance à Iéna, certains d’entre nous avaient pris la résolution de la combattre en indiquant que la grève de masse n’est pas une recette mécanique au service d’une politique défensive, mais une forme élémentaire du processus révolutionnaire. Déjà le discours de Bebel en lui-même avait donné à la chose une tout autre tournure et encore plus l’attitude des opportunistes (Heine, etc.). Comme souvent, nous nous sommes vus contraints, nous qui sommes “les plus à gauches” et malgré des divergences importantes avec lui, non pas de combattre Bebel, mais de combattre les opportunistes avec lui. Cela aurait été une erreur tactique de notre part d’apparaître ouvertement en plein milieu de la discussion contre la résolution présentée par Bebel. Il était plus judicieux de se montrer solidaire avec Bebel tout en donnant un touche révolutionnaire grâce à la discussion, à cette résolution et cela a réussi même si cela n’apparaît pas suffisamment dans les comptes rendus des journaux. De fait, la grève de masse a été considérée comme une forme de la lutte révolutionnaire de masse, par Bebel aussi, même s’il n’en a pas été peut-être lui-même conscient et le spectre de la révolution a plané de manière tout à fait claire sur les débats. Ce fait a été aussi souligné par les opportunistes qui ont joué les Cassandre en dénonçant les conséquences inévitables de la nouvelle tactique, la révolution sanglante. Nous pouvons nous réjouir complètement de ce résultat. Les résolutions au congrès n’ont jamais eu du tout comme but d’épuiser ou d’expliciter sur le plan théorique une question, elles ont seulement comme but de donner dans la vie politique une proposition politique. C’est ce qui s’est passé dans les débats avec la résolution de Bebel, et cette proposition doit bien entendu suivre son propre chemin, c’est l’utilité des discussions dans la presse. C’est le côté “ésotérique” de la chose. Pour ce qui concerne cet aspect “ésotérique”: la questions que tu me poses, à savoir si tu dois l’évoquer dans la deuxième édition de ton livre, je ne vois pour ce qui me concerne pourquoi tu ne devrais pas le faire. Au contraire, cela me réjouirait car – pour le dire ouvertement – le reproche que je pourrais faire à ton ouvrage, sinon remarquable en tous points, était que tu développes l’idée de grève de masse de manière beaucoup trop formelle comme un moyen d’action défensif et que tu mettais trop l’accent sur l’aspect organisation et discipline et trop peu sur le processus historique de des contradictions de clase au sein duquel la grève de masse apparaît comme phénomène fondamental. En ce qui me concerne, j’ai l’intention d’écrire de manière tout à fait ouverte sur les débats et la résolution de Iéna. – Pour ce qui concerne “le compte-rendu dans Vorwärts”, je te recommanderais de ne pas céder aux sollicitations de Wallfisch. L’organe central du parti ne mérite pas d’être immortalisé encore dans la deuxième édition de ton livre. Infliger ce compte-rendu sans intérêt du Vorwärts serait un pensum pour les lecteurs. Sur le fond, en gros, nous pouvons nous réjouir fortement de ce qui s’est passé à Iéna: la grande masse des membres du parti est tout à fait combative et c’est tout ce que l’on peut obtenir dans cette mortelle saison politique. Le reste viendra de la situation révolutionnaire, qui ne pourra pas manquer de se manifester à court ou long terme. Écris-moi vite et sois heureuse et pleine d’enthousiasme comme nous le sommes. Salut à toi et à ton mari, de même qu’à Hermann [Gorter], Pannekoek et Mendels

Dietz Verlag – Correspondance – Tome 6 / P 132- traduction Dominique Villaeys-Poirré (Merci pour toute amélioration de la traduction)


 

Chère Henriette, 30 janvier 1907

Je ne peux te répondre qu’aujourd’hui du fait de la campagne pour les élections. Donc 1. Ci-joint, la recommandation souhaitée; il s’agit de Kautsky que tu connais certainement. Car je n’ai pas pu obtenir ce service d’un responsable syndical.

  1. En ce qui concerne les laissez-passer, plusieurs sont en fait nécessaires, et il donc utile d’en avoir à l’avance, car quand on en a besoin, on n’a généralement pas le temps d’en chercher. Fais en donc faire par des blonds et des bruns, des vieux et des jeunes, des hommes et des femmes et envoie-les moi quand tu les auras. Comme tu trouveras certainement pas un tel héros ou une telle héroïne, j’en ai fait part à March[lewski] et me suis moquée de son optimisme.

  1. Ton amie Lewitine m’a déjà demandé pour ton plan concernant une édition russe de ton livre. Je joins l’autre mot écrit de ta main.

Et maintenant sur le plan personnel. –

Je vous remercie toi et Rik pour votre carte pour mon anniversaire, cela m’a fait rire, car ma date “officielle” est fausse ( je ne suis pas si vieille!) Je n’ai pas, comme toute personne qui se respecte, un véritable acte de naissance, mais il est “adapté” et “corrigé”. Mais les souhaits eux étaient sincères et c’est comme cela que les ai compris.

J’ai lu très attentivement ton article dans la “N[ieuwe]T[idj] et imagine-toi que j’ai compris chaque mot! J’ai encore eu plus de plaisir à lire ton autre article sur le congrès de Mannheim. Je l’ai lu en français dans “L’Avenir social” et je me suis dit que c’était le premier article intéressant sur Mannheim. Quel dommage qu’il ne soit pas paru dans la N[eue] Z[-eit].

J’aimerais parler avec toi de notre “revers”, mais je n’ai pas le temps pour l’instant hélas. Mais tu reviendras bientôt ici et je te reverrai, n’est-ce pas. Comme je m’en réjouis déjà.

Ecris-moi vite pour me dire quand tu viens. Cordiales salutations à vous deux.

Rosa

Dietz Verlag – Correspondance – Tome 6 / P 143-144,  traduction Dominique Villaeys-Poirré (Merci pour toute amélioration de la traduction)


Chère Henriette, Berlin-Friedenau, août 1911

Le camarade Sneevliet a été un hôte très agréable, non seulement parce que j’ai appris beaucoup de choses intéressantes de sa part, mais aussi parce qu’il m’a donné des nouvelles de vous. Ce n’est vraiment pas juste de ta part, de laisser ainsi tes amis sans nouvelles. Nous devons – les quelques personnes qui pensent et sentent de même – rester en contact! Ton long silence m’a rendue d’autant plus triste que plusieurs éléments pouvaient me laisser penser que tu ne devais guère être satisfaite de la situation générale et donc de la tienne.

Maintenant , j’apprends que personnellement tu vas bien que ta santé est bonne mais que tu veux sortir du SDAP. La première chose me réjouit, la deuxième – non! Tu sais que j’étais tout à fait contre autrefois que tu restes dans le parti, alors que les autres en sortaient. J’étais de cet avis et je n’en ai pas changé. Il fallait que vous soyez unis – que ce soit au sein ou à l’extérieur du parti, la division des marxistes ( à ne pas confondre avec des différences d’opinions) est fatale. Mais maintenant que tu veux sortir du parti, j’aimerais de toutes mes forces t’en empêcher. Tu ne veux pas adhérer, à ce que j’ai entendu, au SDP. Je ne peux pas juger si c’est bien ou pas. C’est bon, tu ne veux pas et tu ne peux pas adhérer au SDP. Mais alors ta sortie du SDAP, signifierait ta sortie du mouvement social-démocrate! Cela, tu ne le dois pas, aucun d’entre nous ne le doit! Nous ne devons pas nous couper de l’organisation, des contacts avec les masses. Le pire des partis des travailleurs est toujours mieux qu’aucun. Et les temps peuvent changer. Dans quelques années, une période de bouleversement peut en Hollande ou dans toute l’Europe balayer l’opportunisme. Mais on ne peut pas attendre cela hors du parti, on doit continuer le combat – aussi stérile qu’il puisse paraître – jusqu’au bout. Tu es finie, morte pour le mouvement politique, si tu restes sur le côté. Ne fais pas cela. Tu as aussi des devoirs sur le plan international. Reste dans les rangs, c’est notre devoir, nous somme tous des soldats. Je te préviens de faire attention à ne pas prendre une mauvaise décision.

Ta Rosa.

Dietz Verlag – Correspondance – Tome 6 / P 177,  traduction Dominique Villaeys-Poirré (Merci pour toute amélioration de la traduction)


Autre indication:

Lettre à Luise Kautsky, Wronke, le 15 avril 1917     : Bonjour à Bendel [Kautsky], aussi à Hilferding. Henriette [Roland-Horst] peut m’écrire à l’occasion ici, mais naturellement sans parler de politique. Tome 5 / P 210


La photographie de une montre Henriette Roalnd-Horst en 1906 (source: http://atthispoint.org/2010/09/08/henriette-roland-holst-i/)

 

_low001200101ill68A Stuttgart en 1907

http://www.dbnl.org/tekst/_low001200101_01/_low001200101_01_0016.php

19 Avr 2015

Le discours de Rosa Luxemburg devant la commission “Militarisme et conflits internationaux”, Congrès socialiste international de Stuttgart, août 1907.

Lire les textes sur la grève de masse et la guerre

Prononcé au nom des social-démocratie russe et polonaise, le discours devant la commission “Militarisme et conflits internationaux” en 1907 est l’un des principaux textes de Rosa Luxemburg faisant le lien entre la lutte contre la guerre et l’appel à la grève. Elle y annonce des amendements à la résolution présentée par Bebel sur la guerre.

Dans ce discours, elle revient tout d’abord sur le Congrès d’Amsterdam de 1904 et à la résolution modérée sur la grève générale qui y avait été votée:

Pendant le dernier congrès tenu à Amsterdam, en 1904, la question de la grève de masse a été soulevée. Une résolution a été adoptée qui nous déclarait ni assez mûrs, ni assez préparés pour la grève de masse.”

Et elle s’oppose aux positions de Vollmar et Bebel dans le présent Congrès, restés selon elle sur ces bases. Pour Rosa Luxemburg, la Révolution russe de 1905, advenue entre-temps constitue la preuve dialectique et marxiste de la nécessaire évolution de l’Internationale sur ce point. Il convient de tirer les leçons de cette révolution:

J’ai pensé que si les ombres sanglantes des révolutionnaires se trouvaient parmi nous, elles diraient: Nous vous laissons vos hommages, mais tirez les leçons de notre expérience!”

 Et la leçon de cette expérience est que:

“La Révolution russe ne prend pas seulement sa source dans la guerre; elle a aussi servi à l’interrompre. Sans la Révolution, le pouvoir tsariste aurait certainement continué de mener la guerre.”

 Il est en effet remarquable que les deux Révolutions russes soient ainsi indissociablement liées à la guerre, en 1905 (guerre russo-japonaise) comme en 1917.

Une première leçon avait déjà été tirée selon elle lors du Congrès de Iéna en septembre 1905 qui avait reconnu la grève de masse comme un moyen de lutte de la classe ouvrière, mais la mettait en relation avec le seul droit de vote:

“Dans cette résolution, ce dernier [Elle parle du SPD] faisait apparaître la grève générale qu’il avait rejetée durant des années en la taxant d’anarchisme, comme un moyen auquel il est possible d’avoir recours dans certaines circonstances. Ce n’était pourtant pas le spectre de Nieuwenhuis, mais le fantôme rouge de la Révolution qui planait sur les négociations de Iéna.”

Pour elle, il convient dans la résolution qui sera adoptée d’aller plus loin, en ce sens dit-elle:

que nous voulons nous assurer que l’agitation effectuée en cas de guerre vise, non seulement la cessation du conflit, mais aussi la mise à profit de la guerre pour accélérer la chute de la domination de classe toute entière.”

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Editions Agone, Agone&Smolny, 2014. P 5/6

14 Déc 2014

Et si les partis avaient appelé à la grève à la déclaration de guerre! Dossier guerre et grève de masse. Le discours de Rosa Luxemburg devant la commission “Militarisme et conflits internationaux” du Congrès de Stuttgart.

La question revient souvent, comment aurait-on pu arrêter le conflit mondial. La réponse a été donnée de manière continue par Rosa Luxemburg: par la grève de masse. Dans ce dossier, vous trouverez les documents sur ce thème qui peuvent aujourd’hui encore alimenter notre réflexion.

 

Le discours de Rosa Luxemburg devant la commission “Militarisme et conflits internationaux”, Congrès socialiste international de Stuttgart, août 1907.

Prononcé au nom des social-démocratie russe et polonaise, le discours devant la commission “Militarisme et conflits internationaux” en 1907 est l’un des principaux textes de Rosa Luxemburg faisant le lien entre la lutte contre la guerre et l’appel à la grève. Elle y annonce des amendements à la résolution présentée par Bebel sur la guerre.

Dans ce discours, elle revient tout d’abord sur le Congrès d’Amsterdam de 1904 et à la résolution modérée sur la grève générale qui y avait été votée:

Pendant le dernier congrès tenu à Amsterdam, en 1904, la question de la grève de masse a été soulevée. Une résolution a été adoptée qui nous déclarait ni assez mûrs, ni assez préparés pour la grève de masse.”

Et elle s’oppose aux positions de Vollmar et Bebel dans le présent Congrès, restés selon elle sur ces bases. Pour Rosa Luxemburg, la Révolution russe de 1905, advenue entre-temps constitue la preuve dialectique et marxiste de la nécessaire évolution de l’Internationale sur ce point. Il convient de tirer les leçons de cette révolution:

J’ai pensé que si les ombres sanglantes des révolutionnaires se trouvaient parmi nous, elles diraient: Nous vous laissons vos hommages, mais tirez les leçons de notre expérience!”

 Et la leçon de cette expérience est que:

“La Révolution russe ne prend pas seulement sa source dans la guerre; elle a aussi servi à l’interrompre. Sans la Révolution, le pouvoir tsariste aurait certainement continué de mener la guerre.”

 Il est en effet remarquable que les deux Révolutions russes soient ainsi indissociablement liées à la guerre, en 1905 (guerre russo-japonaise) comme en 1917.

Une première leçon avait déjà été tirée selon elle lors du Congrès de Iéna en septembre 1905 qui avait reconnu la grève de masse comme un moyen de lutte de la classe ouvrière, mais la mettait en relation avec le seul droit de vote:

“Dans cette résolution, ce dernier [Elle parle du SPD] faisait apparaître la grève générale qu’il avait rejetée durant des années en la taxant d’anarchisme, comme un moyen auquel il est possible d’avoir recours dans certaines circonstances. Ce n’était pourtant pas le spectre de Nieuwenhuis, mais le fantôme rouge de la Révolution qui planait sur les négociations de Iéna.”

Pour elle, il convient dans la résolution qui sera adoptée d’aller plus loin, en ce sens dit-elle:

que nous voulons nous assurer que l’agitation effectuée en cas de guerre vise, non seulement la cessation du conflit, mais aussi la mise à profit de la guerre pour accélérer la chute de la domination de classe toute entière.”

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Editions Agone, Agone&Smolny, 2014. P 5/6


Petite précision

On omet souvent le rapport avec ce que vivait concrètement Rosa Luxemburg et qu’elle ne laisse pas transparaître. Rosa Luxemburg, alors qu’elle prononçait ce discours, sortait tout juste de prison (Elle est libérée après deux mois d’emprisonnement le 12 août, le Congrès commence le 18 août) pour appel à la grève face à la guerre lors du Congrès de Iéna (qu’elle évoque dans ce texte)! Ce qui ne l’empêche pas d’être avec Lénine et Martov la cheville ouvrière des modifications de la résolution de cette commission  dans une perspective révolutionnaire plus affirmée comme nous le verrons  dans l’article suivant.

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Article : Quand évoquer simplement la grève de masse, vous conduit en prison! 1907, R. Luxemburg est emprisonnée deux mois pour incitation à la violence. sur comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Rosa Luxemburg a été emprisonnée à plusieurs reprises, pour des discours tendant à contribuer à faire avancer la réflexion et l’action des masses. Ainsi, en septembre 1905 au Congrès du parti à Iena, Rosa Luxemburg intervient sur la grève politique de masse. Cela s’inscrit dans la discussion vive qui commence à enflammer à l’époque le parti. Et c’est pour ce simple discours devant des congressistes, qu’elle sera condamnée le 12 décembre 1906 pour incitation à la violence à deux mois de prison qu’elle effectuera du 12 juin au 12 août 1907 dans la prison des femmes de Berlin, Barnimstr.! Entre le discours et le procès s’écoule plus d’une année. Et le lien entre réflexion et action dans la vie de Rosa Luxemburg apparaît clairement. En effet, le 28 décembre 1905, elle quittait Berlin sous le nom d’Anna Matschke pour rejoindre la révolution russe. Arrêtée le 4 mars 1906 à Varsovie, elle est libérée le 28 juin 1906, alors que Leo Jogiches restait, lui, incarcéré. Elle séjourne d’abord en Finlande: on craignait en effet son arrestation à son retour en Allemagne justement du fait du procès qui lui était intenté. Ces conditions extrêmes ne l’empêchent pas de travailler à son texte majeur sur la grève de masse “Grève de masse, parti et syndicats”, qui lui avait été commandé à la fin de 1905 par des instances régionale (Hamburg) et locales du SPD, et qui s’enrichit alors de l’expérience vécue de la révolution russe. Parallèlement, elle ressent intimement la sclérose politique du parti allemand et la nécessité comme elle le dit dans un courrier à Clara Zetkin de contribuer à faire bouger la situation, en particulier en mettant en avant ce concept de grève politique de masse. R. Luxemburg à C. Zetkin, écrite après le 16 décembre 1906. “Parce que j’ai déjà compris – c’est d’une clarté effrayante – que ces choses et ces gens ne pourront changer, tant que la situation n’aura pas changé …Elle fait ainsi tout pour revenir en Allemagne à temps  pour le Congrès de Mannheim en septembre 1906 malgré la menace du procès et de l’emprisonnement et pour pouvoir participer à “la semaine à Mannheim. C’est pour moi l’essentiel”, écrit-elle à  Arthur Stadthagen le 11 septembre 1906. Et à la confrontation qui bat son plein entre le courant réformiste et les sociaux-démocrates révolutionnaires sur le rôle de la grève politique de masse comme moyen de lutte de la classe ouvrière. Elle consacrera les mois qui suivent à ce combat. Une simple note en fin de lettre fait référence au procès qui s’approche: “Le 12 avril, j’ai une audience devant le tribunal impérial et je crains bien de me retrouver au trou dès le mois de mai.” Lettre à Kostia Zetkin le 20 mars 1907. (on retrouvera ce courage tranquille devant les procès et la prison par exemple en février 1914). En tous les cas, on voit ici clairement, que la réflexion menée par Rosa Luxemburg sur le lien entre grève de masse et révolution politique n’avait rien d’académique et le pouvoir ne s’y est pas trompé en la condamnant à l’ l’emprisonnement pour un simple discours!


Lettre à Kostia Zetkin : “Et nous allons bientôt nous revoir : les quelques jours avant le 1er ne compte pas, alors il ne reste qu’un mois, car les quelques jours au mois d’août ne comptent pas non plus. Alors tu vois, il faut juste apprendre à compter.” De la prison de Barnimstr. à Berlin, le 17 juin 1907


 

Ce portfolio peut être trouvé sur le site : http://www.college-pevele.fr/spip/IMG/jpg/3_-_pj-21-02-1904.jpg

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13 Déc 2014

Rosa Luxemburg. Grève de masse et révolution.

” … Dans les pages qui précèdent nous avons tenté d’esquisser en quelques traits sommaires l’histoire de la grève de masse en Russie. Un simple coup d’œil rapide sur cette histoire nous en donne une image qui ne ressemble en rien à celle qu’on se fait habituellement en Allemagne de la grève de masse au cours des discussions. Au lieu du schéma rigide et vide qui nous montre une « action » politique linéaire exécutée avec prudence et selon un plan décidé par les instances suprêmes des syndicats, nous voyons un fragment de vie réelle fait de chair et de sang qu’on ne peut arracher du milieu révolutionnaire, rattachée au contraire par mille liens à l’organisme révolutionnaire tout entier. La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu’il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d’application, sa force d’action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l’on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l’Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades – toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l’une sur l’autre c’est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l’action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l’action de la grève elle-même ne s’arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d’autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n’est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l’effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse…”

 

Source : Rosa Luxemburg, Grève de masse, parti et syndicat


 

A  lire sur https://www.marxists.org/francais/luxembur/gr_p_s/greve4.htm

Publié le 7 mars 2009 sur http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-28747968.html (Les éléments en gras sont le fait du blog)

Image à la une : Affiche pour le  film d’Eisenstein sur la révolution de 1905 “Le cuirassé Potemkine” http://ygrael.files.wordpress.com/2008/11/potemkine-3.jpg

Ce texte est largement disponible sur le net, il est à la fois une “leçon” d’histoire – comme le sont les textes de Marx et Engels, vivants, pleins d’humour et précis – et une réflexion. Avec les limites de ce que Rosa Luxemburg pouvait savoir – qu’elle avait pourtant déjà perçu – des capacités contre-révolutionnaires de la social-démocratie. Mais cet extrait mont

17 Sep 2014