Rosa Luxemburg en mars 1915 (1). Premier mois de prison, anniversaire, narcisse, organisation du quotidien carcéral, conscience: « De manière générale, je suis de bonne et confiante humeur, l’histoire travaille véritablement pour nous. » Lettre à Marta Rosenbaum (Inédit en français)

5 mars 1915, Anniversaire de Rosa Luxemburg. Cela fait 3 semaines qu’elle a disparu de la circulation comme elle aime à le dire pour désigner par un euphémisme son arrestation. De ce mois de mars 1915, nous n’avons que deux lettres, adressées à deux femmes d’exception Marta Rosenbaum et  Mathilde Jacob qui auront su les sauver. Deux lettres qui font partie de ce quotidien très partiellement traduit mais qui nous éclaire sur ce qui a été vécu et comment par Rosa Luxemburg, et qui nous en dit tant sur sa personnalité, sa pensée, son action.  Ces lettres de prison ne figurent pas dans l’ouvrage paru sous le titre « Lettres de prison » car celui-ci regroupe celles écrites à Sonia Liebknecht lors de sa deuxième arrestation pendant la guerre, c’est-à -dire à partir de juillet 1916.

La lettre à Marta Rosenbaum est sortie illégalement de la prison comme on le comprend dès le début de la lecture. On y découvre la prison et la transgression des règles par la prison elle-même devant la solidarité exprimée lors de son anniversaire. Sa réaction à son arrestation aussi brutale qu’inattendue. L’allusion aux plans, dont on sait qu’ils comprenaient la sortie de l’Internationale et la construction du courant contre la guerre. L’organisation de son quotidien autour du travail. La pudeur et l’humour sur ses conditions de vie et sa santé. La vivacité de ses analyses sur les militants socialistes: dans celle-ci Haase qui avait protesté dans un discours au Parlement contre la suppression de droits fondamentaux de la classe ouvrière. L’importance de Liebknecht. Son sentiment que « l’histoire travaille » pour les buts qu’elle défend.

Chère camarade Rosenbaum, Berlin le 12 mars 2015

J’ai enfin « l’opportunité » de vous écrire quelques mots auxquels vous ne ferez pas allusion dans votre prochaine lettre. Grand merci pour vos vœux et pour les fleurs qui sont encore sur ma table. Elles se sont vraiment magnifiquement gardées, je les ai soignées comme la prunelle de mes yeux et j’ai contemplé chaque jour, chaque perce-neige, chaque fleur de narcisse. En fait tout cela est arrivé « en contrebande », mais elles m’ont quand même été données. J’ai reçu le 5 mars de manière totalement inattendue et comme si tous s’étaient donné le mot un tel afflux de lettres et de fleurs, qu’elles ont brisé d’elles- mêmes le mur du « règlement ». – J’ai été au départ assez secouée par  mon brusque « éloignement du monde » comme au milieu d’une communication téléphonique, bien que cela m’ait aussi fait rire. Nombre de mes plans se sont vus alors remis en cause, j’espère pas tous. Après deux semaines d’attente, j’ai pu récupérer mes livres et obtenir le droit de travailler. Vous pensez bien que je ne me le suis pas laissé dire deux fois. Ma santé va devoir s’adapter à la diète en vigueur ici et quelque peu étrange, l’essentiel est qu’elle ne m’empêche pas de travailler. Imaginez-vous, je me lève tous les matins à 5 h 40 précises! En fait, je dois aller au lit à neuf heures, si l’on peut appeler ainsi l’objet que je dois ouvrir et refermer et qui prend en journée la forme d’une planche collée contre le mur. D’après ce que je peux lire dans les journaux qui représentent le seul lien avec le monde extérieur, les choses continuent à avancer dehors. Vous avez dû être enthousiasmée par les déclarations de Haase. Vous avez un grand faible pour lui; mais en dehors du fait que toutes ses critiques et reproches concernant le vote arrivent comme un cheveu sur la soupe, il n’aurait jamais trouvé ce ton, s’il n’y avait pas eu la puissante impulsion donnée au Landtag par Karl L[iebknecht], montrant  que cela était possible et rappelant un peu le ton d’autrefois. De manière générale, je suis de bonne et confiante humeur, l’histoire travaille véritablement pour nous.

Saluez aussi Kurt [Rosenfeld]. Portez-vous bien, soyez remerciée pour tout et écrivez-moi de temps à autre quelques mots. Je ne peux écrire qu’une lettre par mois!

Cordialement, votre R.L.

PS:  S’il vous plaît, soyez attentive quand vous parlez au téléphone  de moi et concernant cette lettre

 

Source: Dietz Verlag, Gesammelte Briefe, Band V, Edition 1984, P 49/50 – Traduction: Dominique Villaeys-Poirré (Merci  pour toute proposition d’amélioration)


Deux moments d’émotion au cours de nos recherches :

FLEUR DE NARCISSE

Émerveillement : L’illustration en tête d’article est issue de l’herbier constitué depuis 1913 par Rosa Luxemburg. On y trouve cette fleur de narcisse reçue à Pâques 1915 de Marta Rosenbaum et ajoutée à son herbier. On lit de sa main « envoyé par Mme Marta Rosenbaum à Pâques 1915 ». Un prochain article présentera cet herbier. Source: http://www.hs-augsburg.de/~harsch/germanica/Chronologie/20Jh/Luxemburg/lux_herb.html

Narzisse, narcissus. Echte Narzisse, Märzbecher (Narcissus poeticus). Familie: Amaryllisgewächse (Unterordnung der Liliengewächse). Zu Ostern 1915 geschickt von Frau Marta Rosenbaum.


MARTA ROSENBAUM MORTE EN DEPORTATION

Tristesse profonde qui vous submerge devant ces destins, sentiment que cela est toujours possible : Marta  Rosenbaum est morte en camp de concentration (en 1942, à Theresienstadt) comme tant de militants qui avaient survécu à la 1ère guerre mondiale. Source: http://www.hs-augsburg.de/~harsch/germanica/Chronologie/20Jh/Luxemburg/lux_brli.html

 

20 Mar 2015

« Franz Fanon. Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne ». Texte de Claudine Roméo. En contre-point à Rosa Luxemburg.

La quinzaine Rosa Luxemburg, puis la disparition de Claudine Roméo ont imposé l’idée de donner sur ce blog la parole à ceux qui aujourd’hui par des liens invisibles ténus mais tenaces font vivre ce qui peut apparaître essentiel chez Rosa luxemburg : la sensibilité, la conscience, l’engagement la rigueur. Vous trouverez les textes dans la rubrique contre-point. Nous publions aujourd’hui, après celui sur la Tunisie, l’Art dans la Révolution, un texte de Claudine Roméo: Fanon, Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne. Ce texte publié par Claudine Roméo en 2000 dans la revue Littérature frontalière constitue une analyse fine de l’approche de Fanon d’une culture méditerranéenne différente, qu’elle fait partir du postulat : « Ce n’est qu’après un double déplacement, d’abord en Europe – en « Métropole » – puis en Algérie, qu’il s’approprie une autre culture, une autre pratique, la culture révolutionnaire, découverte – et inventée – avec sa propre pratique, dans son engagement personnel. » Elle met ainsi en avant ce qui fait l’essentiel et l’importance aujourd’hui encore de Fanon, le lien entre réflexion et pratique, engagement et inscription dans la révolution. Et elle termine son texte par cette superbe phrase: « Le concept de « Black » des mômes des banlieues, indiens, africains, algériens, sous-prolétaires, mais aussi homosexuels, femmes, exclus de tous ordres et sans papiers, un seul et unique facteur les constitue comme « mêmes », comme unis et universels : leur lutte. »


A noter pas seulement, leur oppression, mais aussi … leur lutte.

 

Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne.

Claudine Roméo

Le Martiniquais Franz Fanon a eu, en Europe et aux yeux du monde, une célébrité enthousiaste dans les milieux étudiants et militants entre 1960 et 1980. Dans les années 40, il est, pour les Noirs américains, une des figures lumineuses de leur combat. Depuis, c’est le silence, les jeunes n’en ont jamais entendu parler. Relisant des vieux numéros des « Temps modernes » et « d »Esprit », je le vois constamment cité par Jean-Pierre Faye, Simone de Beauvoir, Sartre, comme le penseur de la Révolution Noire (« Black » serait maintenant un terme plus exact). Sa place dans notre questionnement sur « l’appropriation » est désignée du fait même qu’il l’a pratiquée, mais de manière tout à fait originale, sur des terrains concrets et brûlants: c’est ce que Deleuze a appelé la déterritorialisation, le décalage qui rend son appropriation spéciale, elle ne peut procéder que par écarts et par bonds.

Dans son analyse de la culture « noire » observée dans son enfance, il dénote un complexe d’appropriation de la culture « blanche ». Ce n’est qu’après un double déplacement, d’abord en Europe – en « Métropole » – puis en Algérie, qu’il s’approprie une autre culture, une autre pratique, la culture révolutionnaire, découverte – et inventée – avec sa propre pratique, dans son engagement personnel.

Fanon met en place une démarche et un discours originaux, en se plaçant simultanément à deux niveaux.

D’une part désappropriation/appropriation fonctionnent entre elles, dialectiquement au sens le plus serré, le plus fort (il citait couramment Hegel et Marx), d’autre part, selon le plan d’observations cliniques, les situations coloniales – ou anti-coloniales -, se repèrent dans la langue même. Observation sans cesse reprise, récits et descriptions de situations pathologiques ou libératrices, reviennent dans tous ses textes. Sa réflexion se rapproche de celle d’Albert Memmi pour qui le colonisateur est aussi aliéné (sinon plus) que le colonisé. Il a sans doute connu Memmi à Tunis.

Les différents lieux » où la voix de Fanon porte : Martinique, France, Algérie, Tunisie, mouvement des Blacks Panthers composent une constellation où les aspects divers de la révolte se diffractent et se reflètent, glissement, dérives, déterritorialisation.

Mais son écriture reste très fortement dialectique et rationnelle dans la forme et le suivi serré et soutenu de l’argumentation.

  1. 1. Éléments de la vie de Fanon qui éclairent cette pratique des passages

Il y a une thèse américaine sur Fanon de l’historienne Irene Gendzier (université de Boston). Sa source principale, bien que tue, a sans doute été la psychiatre algérienne Alice Cherki qui a travaillé dans le service de Fanon à Blida.

Fanon naît en 1922 dans une famille martiniquaise et prend conscience de l’aliénation – et des conditions de vie réelles – du peuple noir dès ses années de lycée. Très jeune, il est révolté par l’acceptation plus ou moins passive de l’oppression. Les descriptions déjà cliniques de certains comportements se trouveront plus tard dans Peau noire et masque blanc. Par sa seule observation, et avec l’intensité passionnée de son émotion et de sa souffrance, il passe du constat de l’oppression à celui, décourageant, de l’aliénation.

Expérience d’autant plus douloureuse qu’en même temps les Antilles françaises sont amenées à participer à la guerre, à défendre les valeurs « françaises ». Or l’atmosphère vichyssoise qui règne dans les colonies augmente encore l’oppression et la honte. La répression frappe la revue « Tropiques » créée par Aimée Césaire, elle est interdite en 1940. Césaire, amplement cité par Fanon dans tous ses livres, peut nous donner une idée assez fidèle de l’ambiance où vivaient les intellectuels et les artistes, dont Fanon, par exemple, à la fin de ses années de lycée (il est né 9 ans après Césaire). Atmosphère terrible, au moment où ces jeunes intellectuels cherchent leur voie.

Ainsi, dans Les Chiens se taisaient (tragédie), Césaire fait dire au « Rebelle »:

« J’ai capté dans l’espace d’extraordinaires messages […] plein de poignards, de nuit, de gémissements. J’entends plus haut que les louanges une vaste improvisation de tornades, de corps de soleil, de maléfices, de pierre qui cuisent, de petits jours étrangers, d’engourdissement bu à petites gorgées. »

Fanon et son ami Marcel Manville, maintenant avocat à Paris et à Fort de France et fondateur du club Franz Fanon, écœurés par la collaboration vont rejoindre la Dominique où des milliers de jeunes Antillais et Guyanais s’embarquent pour aller se battre en Europe. Ils débarquent à Saint-Tropez en 1944 et se battent ensuite en Alsace. Fanon est blessé dans la bataille de France, à Colmar. C’est là qu’il se rend compte qu’en fait, il ne se bat pas pour la liberté mais pour les métropolitains, les blancs.

« Cette nouvelle déception est immense » dit-il dans une lettre à sa mère. Jusque-là il pouvait dans un déchirement plus ou moins conscient déplorer le colonialisme, tout en pensant qu’ailleurs dans une vraie « France » étaient vivaces certaines valeurs. Mais par son engagement dans la guerre, il ne trouve « rien ici, qui justifie cette subtile décision de (se) faire le défenseur du fermier quand lui-même s’en fout ».

Toutes ces déceptions l’amènent à fuir la capitale où « il y a trop de nègres ». Idée qui anticipe sur sa future critique de la négritude. C’est à Lyon qu’il va faire ses études de médecine et de psychiatrie. Il suit également des cours de philosophie à l’université et fréquente les milieux trotskystes.

Ses études terminées, il est affecté dans différents services en métropole, puis accepte un poste à l’hôpital de Blida, en Algérie.

Il trouve immédiatement l’atmosphère de révolte, qui, sous l’occupation, était brouillée par le fait douloureux de la collaboration.

Invité en 1953 par l’historien André Mandouze à faire une conférence à l’université d’Alger contre le racisme, il est contacté par le FLN

En 1957, protestant contre des sanctions aux grévistes de l’hôpital de Blida, il est – pour quelques temps – expulsé d’Algérie par Lacoste. Il écrit dans « El Moudjahid » dont il devient correspondant à Tunis.

Atteint de leucémie, il est envoyé pour soins à Moscou, puis à Washington. Il meurt à 34 ans, ayant publié quatre ouvrages, dirigé et réorganisé un service de psychiatrie et participé acivement à la guerre de libération.

  1. 2. Première analyse de la réalité sociale par Fanon

Sa vision est d’abord proche de celle de Césaire et Glissant. Il y a cette réalité douloureuse et sans cesse ravivée, de l’oppression du « noir » par le « blanc ».

Mais Fanon n’est pas un littéraire, il ne trouve aucune jouissance dans la souffrance, aucune consolation épique dans de quelconques lamentations. C’est le point de départ qu’ils ont surtout en commun. Ensuite Fanon choisit surtout la « critique sociale » comme on l’appellerait maintenant. Il constate des cassures inévitables et les décrit comme des véritables dispositifs machiniques – Fanon s’étonne de l’absence de l’esprit de révolte. Comment la longue histoire des esclaves noirs, histoire de douleur et de mort, ne les a pas, aux Antilles, entraînés dans la révolte, la révolution? La dialectique employée est très voisine de celle du maître et de l’esclave, très voisine aussi du style sartrien (cf. « Conscience and consciousness », The relevance of Hegel ans Sartre, in Fanon, I. Gendzier).

Dans cette Martinique encore dominée ou dans des coins d’Algérie pas encore révoltés, les noirs imitent les manières des blancs, jusqu’à l’expression du visage, jusqu’aux vêtements. Plus symptomatique encore, le langage.

Cas d’aphasie, impossibilité à employer certains mots, hallucinations auditives (discours imaginaire ou écoute d’une radio imaginaire en français, directement branchée dans la tête). Ces descriptions impressionnistes, mais déjà précises, et ensuite cliniques (Algérie) ont un effet d’abord théorique chez Fanon.

Mais ses refus sont déjà très nets. Jamais, il ne s’est fait le chantre de la négritude.

Beaucoup plus tard, il sera amené à attaquer très vivement Senghor. S’il avait fallu parler dès cette époque, de la « différence », Fanon ne l’aurait certainement pas placée là où on s’y serait attendu. Il aurait déjà vu le danger de ce concept.

En effet, pour Fanon, la négritude n’est que l’envers d’une attitude blanche qui met « tous les nègres dans le même sac ». C’est ce qu’il déclare dès 1956 à Paris à un congrès de la Société africaine de Culture.

La vraie différence est entre exploitants et exploités, dominants et dominés, ce en quoi il se montre avant tout marxiste.

Dans les premières descriptions cliniques, de véritables éléments de résistance apparaissent. Avant que la posture révolutionnaire s’affirme, Fanon dépiste les formes spontanées de cette résistance – façon de pratiquer le double langage, jeux de mots où le colonisé prend au piège le colon, emploi du créole, récits des vieux qui mettent en scène l’antillais se moquant du blanc. Aussi dans Peau noir et masque blanc, ces magnifiques passages où Fanon fait un nouvel « éloge de la paresse » : dans une situation où le noir est seul face au patron blanc, la « paresse » est une forme courante et efficace de résistance = analyse de Fanon pleine d’humour et de perspicacité.

Bien que anti littéraire, Fanon est un écrivain. Son texte est vivant, nerveux. La négritude – celle de Senghor – est pour Fanon une attitude « littéraire » même s’il en comprend du dedans les implications affectives et la blessure. Il préfère une attitude critique – très fraternelle – et en ce sens vraiment autocritique. Alors que la négritude, tournée vers le passé, est coupée de l’actualité, l’intellectuel doit être

« debout devant le présent de son pays, obervant lucidement et objectivement l’actualité du continent qu’il voulait faire sienne, l’intellectuel est effrayé par le vide, l’abrutissement, la sauvagerie. » (Damnés de la terre, P. 102)

Il regarde ce qui se passe sur le continent africain:

« En Afrique, la littérature colonisée […]  n’est pas une littérature nationale, mais une littérature de nègres. »

Ce qui indigne le plus Fanon, c’est l’enfermement dans les attitudes toutes faites, des clichés, en particulier l’absence de rationalité prétendue des noirs.

« Dans l’ensemble, les chantres de la négritude opposeront la vieille Europe à la Jeune Afrique, la raison ennuyeuse à la poésie, la logique oppressive à la piaffante nature […] D’un côté raison, cérémonie, protocole, scepticisme, de l’autre ingénuité, pétulance, liberté, pourquoi pas luxuriance, mais aussi irresponsabilité »:

Remarque de Fanon qui rappelle les racistes qui disent que « les noirs ont le rythme dans la peau » (sans compter les implications sexuelles, cf; La putain respectueuse, de Sartre).

Aussi, à partir d’une dialectique serrée et argumentée, dont la conclusion nécessaire paraissait toute trouvée, l’identité nègre, Franz Fanon pratique un écart, une déterritorialisation. Il fuit cette (nouvelle) forme d’enfermement – l’enfermement dans un style de discours et dénonce le mythe qui relie inévitablement le blanc à l’idée de culture et le noir à l’idée de nature.

Le noir se désapproprie de ces successifs enfermements et s’approprie son humanité: c’est cela l’apport de Fanon.

3.

Mais il fallait encore une étape, une dé-rive, une reprise, fonctionnant là aussi comme désappropriation de tout exotisme – perte désécurisante des nouvelles certitudes aussi – la guerre, la déception, la perte de toute naïveté en qui concernait une quelconque quête universelle des droits « je me bats pour le droit du fermier et le fermier s’en fout ». Rappel de la guerre en France, pour libérer la Métropole.

Le constat cuisant, suivi d’études de psychiatrie, de philosophie et anthropologie, devait le conduire vers le lieu où la parole serait enfin entendue et où une double activité s’offrait à lui.

C’est en Algérie que la saisie aveuglante de deux enfermements se fait, et le pousse vers un engagement définitif.

La façon d’aborder la « maladie » mentale à Blida d’une part, s’exercer son métier, de faire sienne cette dérive pour en décrire les déterminations socio-historiques – coloniales – et la situation politique de l’Algérie colonisée d’autre part, la folie comme révolte, et la révolution enfin trouvée.

Dans le service psychiatrique de Blida, Alice Cherki, sa collaboratrice, dans un recueil de textes des amis de Fanon, raconte comment il aborde la réalité institutionnelle. Les premiers chapitres de l’an V de la révolution (re-publié sous le titre Sociologie d’une révolution) sont consacrés à des pathologies repérées surtout dans le langage, dans le parler : confusion, délires de persécution, bredouillage. Avant qu’on parle d’antipsychiatrie, Fanon donne la parole aux patients de l’hôpital de Blida. Il amorce l’autogestion d’une cafétéria, d’une bibliothèque et d’activités culturelles. Il décloisonne le rapport soignant/soigné. Il conçoit la folie, avant la lettre, comme pathologie presque exclusivement sociale. Le colonisateur lui paraissant, bien sûr aussi « malade » que le soignant.

Dans l’an V de la révolution , le lien entre son travail de psychiatrie – être du côté du patient plutôt que de celui de l’institution, et la révolution algérienne – révolution enfin trouvée – est nettement établi dans Peau noire et masque blanc (P. 81)

« Ce qui apparaît donc, c’est la nécessité d’une action couplée sur l’individu et sur le groupe – en tant que psychanalyste, je dois aider mon patient à concentrer son inconscient […] à agir dans le sens d’un changement des structures sociales. »

Fanon va donc développer « une rhétorique de combat », selon une expression employée par les participants au colloque de Brazzaville. Dans un article de Présence africaine (février – mai 1959 n°24 -25), il imagine ce mini-dialogue entre une bourgeoise et un noir:

« la dame (gracieusement)

– mais il est blanc, ce noir!

– le nègre blanc, vous emmerde madame. »

Certains accents violents ou drôles sont très proches de Jean Genet – parfois, par éclairs, c’est le même humour d’un dionysiaque follement politique (cf. Les Nègres, Les Paravents).

Comme le voit très bien Sartre, avec le même enthousiasme critique, dans sa longue préface aux damnés de la terre:

« Le lecteur est sévèrement mis en garde cotre les aliénations des plus dangereuses […] tout aussi bien, le retour du lointain passé de la culture africaine. »

L’appropriation de la révolution algérienne, modèle de la révolution de tout noir, ne peu que passer par la violence. Mais dit Sartre commentant Fanon :

« Ce qui n’est pas d’abord leur violence, c’est la nôtre retournée, qui grandit et les déchire. »

Guérilla, que chacun doit mener quotidiennement contre soi-même en tant qu’aliéné ( à tous les sens du mot) = « l’indigénat, reprend Fanon, est introduit et maintenu chez les colonisés avec leur consentement ».

Cette pensée, plaie ouverte, a une portée universelle, elle ne concerne pas seulement le colonisé mais aussi le colonisateur :

« Nous aussi, gens de l’Europe, conclut Sartre, on vous décolonise. Cela veut dire qu’on s’extirpe par une opposition sanglante le colon qui est en nous. »

Comme le remarque Jacques Fredj dans les actes du colloque de Brazzaville utilisant Psychologie de la décolonisation, d’Octave Mannoni, cette décolonisation est d’abord linguistique « ce n’est pas le langage, qui se construit et se défait au cours de l’analyse ». Au cours de la guerre de libération, le militant refuse tout d’abord d’écouter la radio française, qui, tel le Dieu du Président Schreber – cas de texte paranoïaque analysé par Freud – lui dicte discours et délires directement dans la tête -. Cependant, impliqué ensuite dans la lutte, il se sert de cette même radio pour des émissions clandestines dans le Djebel.

Autre langage : le vêtement, le voile.

Dans un premier temps la jeune fille porte le voile (traditions familiales), dans un deuxième temps, « émancipation » de type européen, elle le rejette. Mais plus tard, gagnée par la révolution, elle le remet et cache – en dessous – des armes.

« Elle a une démarche fière et dégagée ».

Que ces analyses, aussi incisives que naïves et triomphalistes ne nous fassent pas sourire trente-cinq ans après. Parfois un peu inexactes, dans leur schématisme (partie I et II, An V de la Révolution), elles restent fixées dans une vérité.

C’est donc avec la plus grande gravité que nous relisons maintenant des passages sur l’Algérie, fer de lance de la révolution « noire » ou « africaine ».

« La vieille Algérie est morte » dit Fanon, « la puissance de la révolution réside d’ores et déjà dans la mutation radicales qui s’est produite chez l’Algérien ».

Autre raison de considérer ici et maintenant sa pratique de l’appropriation : un fort mouvement antiraciste s’est donc développé, relancé par la lutte contre la loi Debré, avec « le respect des différences » comme slogan. Mais au-delà et après le développement d’une certaine idéologie occidentale de gauche, on renvoie, en fait, chaque « Black », chaque opprimé, à sa différence, rendant implicitement exclue l’appartenance à l’universel.

Le concept de « Black » des mômes des banlieues, indiens, africains, algériens, sous-prolétaires, mais aussi homosexuels, femmes, exclus de tous ordres et sans papiers, un seul et unique facteur les constitue comme « mêmes », comme unis et universels : leur lutte.

Original sur :

« Franz Fanon. Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne ». Texte de Claudine Roméo. (Pour conjurer l’absence, 2) 

http://linter.over-blog.com/2015/03/texte-de-claudine-romeo-fin-pour-conjurer-l-absence-2.html

Lien de l’image : https://afrodiasporarts.files.wordpress.com/2012/05/fanon-chaque-fois.jpg

15 Mar 2015

Il est une communauté invisible que créent certaines personnalités qui relient tous les liens sensibles et conscients. Un montage sur le texte de Claudine Roméo, Art dans la révolution. En contre-point à Rosa Luxemburg.

« Le sentiment que certains font s’unir le meilleur de chacun »

Il est une communauté invisible que créent certaines personnalités qui relient tous les liens sensibles et conscients qui nous parcourent. C’est le sentiment vécu lors de certains engagements. C’est le réel vécu lors de la quinzaine Rosa Luxemburg. C’est ce qui est souvent vécu avec les textes et lettres de  Rosa Luxemburg. C’est ce qui naît de ce rapprochement du texte de Claudine et de ces vignettes crées à partir de graphes sur les murs de Tunis. Le sentiment que certains font s’unir le meilleur de chacun . D.V.P. C’est ce que nous avons vécu lors de l’enterrement de Claudine.

L’inhumation, ce vendredi 27 février, a rassemblé plus de 200 personnes. La soirée hommage s’est poursuivie jusqu’à une heure du matin, entre danse, chants, textes, photos; multiples hippocampes légers et irisés, oxymore d’une force fragile qui nous a rassemblés comme nous avaient rassemblés les lettres en prison de Rosa Luxemburg, qui avaient mis en acte à Saint-Etienne, aussi près de deux cents personnes, chacune avec sa sensibilité et sa pensée …


 Texte pour l’Ecole des Beaux Arts de Tunis ( Isbat ) Art dans la Révolution

(Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir)

 

Tunis 0 couverture 0

Peu de temps pour formuler et écrire, beaucoup de « bonne » fatigue, provoquée par l’émotion, l’urgence à penser et faire les choses, au cœur de l’environnement unique créé en ce moment, au milieu des choses  pensées et faites par les autres, mes sœurs et frères, mes camarades tunisiens .

 

Tunis 1 0Ne rien faire, ne pas penser, mais comment ne pas  être  propulsée dans ce tourbillon intense et créatif, tourbillon de forces centripètes et centrifuges ?  Forces qui vont « dans tous les sens », surtout dans le bon sens, le Sens de l’Histoire.  Ne rien faire serait se comporter en touriste de la Révolution des autres. Or, bien sûr qu’elle appartient à tout le monde, cette Révolution. Mais pas à ceux qui veulent et parfois peuvent, même, se l’approprier et la récupérer. Comme pour le reste, il n’y a pas de propriété privée de la Révolution.

Donc, pour moi, en venant vous voir et en venant à l’Isbat, bien sûr , je viens pour m’informer et informer : mais ce travail d’information sur certains médias à ma disposition, et de création de réseaux entre nous et vous, d’un continent à l’autre , est la contribution élémentaire que je pouvais porter auprès de vous. Mais, plus inattendu, la dispersion,  la diversité de l’activité philosophique, le fait que le philosophe est un « touche à tout », et s’occupe de ce qui ne le regarde pas, peut le rendre à même d’établir des rapprochements entre vous. C’est un spécialiste des généralités, ou plutôt, de l’universel,  alors, donc, plus inattendu, il contribue à créer des rhizomes entre vous, quand vous ne les avez pas encore établis vous-mêmes.

Tunis 2 0 Mon regard et ma position transversale, à travers quelques milieux révolutionnaires tunisiens qui ne se fréquentent pas encore, peut être utile : La position universelle de l’Art, pour lequel il s’agit, comme pour la Philosophie, de « créer des concepts-« , par exemple d’ici, de Tunisie, facilite la fluidité d’une forme de pensée critique à une autre  .

 Et aussi, la fréquentation d’autres métiers rend des choses possibles : – jusqu’aux jeunes chômeurs, puisque la Révolution est venue d’eux, artisans, paysans, ouvriers en grève à Gafsa ou à Gabès et à Sfax, imprimeurs, et aussi, juristes , avocats, enseignants, aviateur – ils sont en grève en ce moment à Monastir – employés des télécoms, postiers, avocats,  économistes, que j’ai eu la chance de pratiquer ces jours-ci.

Prolétaires  « de tous pays », mais aussi de toutes régions et de tous genres, dans leurs œuvres,  ils se côtoient. Le faire, déjà, la mise en œuvre, ou la main à la pâte, s’il s’agit d’un boulanger, cette position de touche-à-tout (où tous deviennent artistes et  philosophes) peut à tout instant en nouer les liens, en tricoter les radicelles, et en faire des  « nœuds »

Tunis 3 0

… Décidément voilà que je cite Deleuze déjà 3 fois de manière cryptique … subconsciente même pour moi pendant que je vous écris cette lettre, je m’en aperçois seulement à l’instant,…

Je ne reviens pas sur la fabrique de concepts, concept et formulation verbale, ce n’est pas la même chose.

Le concept de l’art peut être rouge, dur, horizontal. Il peut être syncopé ou d’un phrasé musical net et «  andante », comme les concepts de Mozart, ou débordant, quasi baroques, comme ceux de Frank Zappa. On aura compris que lorsqu’on parle de l’Art fabricant des concepts, comme la philosophie, il ne s’agit vraiment pas – sauf cas très particulier – de l’art dit «  conceptuel » qui n’est qu’un cas de figure – c’est le cas de le dire !!- un cas historique particulier, d’ailleurs pas clôturé encore à ce jour.

L’Art plastique, la Musique, la définition que j’en donnerais, et la Poésie, loin d’être des conduites de fuite loin du réel, sont au contraire des activités d’intimité resserrée et quasi amoureuse avec le réel. Un rapport d’intimité  que la Science, par exemple, ne pratique pas, ou il s’agirait plus de proximité distante, objectivante, pour cette Activité scientifique,

L’Art, même le plus contrôlé, et le plus « froid», pratique à coup sûr cette intimité , cette présence au réel qui enchante l’artiste, le fait s’envoler dans l’urgence de dire , de sortir, de faire émerger et bourgeonner cette sève qui lui vient du réel.

Tunis 4 0

Il ne peut être que dans une appartenance radicale à cette terre , à ce monde. Sauf que, différent de la pensée magique, comme pourrait le dire Lévi-Strauss, bien qu’articulé à tout instant à elle, il ne subit PAS passivement son cadeau, mais le transforme immédiatement et toujours de manière unique. La mythologie le fait aussi, mais au cours des siècles et de manière subconsciente, sinon inconsciente, car toujours collective. Alors que , si l’art est parfois collectif, c’est par choix, et dans le ici et maintenant de l’histoire : de l’Histoire tout court, et de …l’histoire de l’art, de sa propre histoire, donc.

Tout ceci n’était qu’un long préambule méthodique.

Mais qui peut engendrer des conclusions et des effets radicalement rapides et éclatants .

Par exemple,  La réalité qui nous occupe et nous porte en ce moment, c’est la Révolution, cette révolution tunisienne si particulière, si inouïe et inattendue,

 Tunis 5 0

Alors, l’art doit être- est- dans cette proximité folle inouïe, tout aussi impossible que la révolution elle-même, cette révolution, et alors, et il la fait, la produit dans la mesure de moyens, même très réduits. Et aussi, cet art est modulé, induit, insufflé et tendu, dans la droite ligne de la dynamique révolutionnaire, il multiplie ses interventions, il parle à chacun son langage, affect et pensée critique concrète tout ensemble. Il est dans le politique, tout à fait, mais ce Politique-là qui nous importe et nous fait vivre.

Tunis 6 0Et ce n’est pas un propos d’intellos –même de gauche !- que je tiens ici, j’ai vérifié cent fois cette réalité concrète de l’art. Il n’est pas alors, « au service » de la Révolution, ni là pour illustrer, orner, rendre belle la Révolution. Elle est intensément existante et belle, si je voulais plagier Sartre : pour lui, il n’y a pas de Nature humaine, donc pas d’essence de l’homme, il n’y a que de l’existence. Je dirais que, comme pour la réalité de l’homme, il n’a que de l’existence, et pas d’essence, Pour une- ou une autre, Révolution, il n’y a pas d’idée générale. Les occidentaux, ou de toute manière, ceux qui voient la Tunisie « de loin » , se demandent si ce qui se passe, ici, dans la rue, c’est La Révolution, si cela correspond bien à la définition du dictionnaire, si ici, c’est fidèle à l’idée abstraite de Révolution, en bons « intellectuels de gauche », ils concluent presque toujours « ça n’est pas une Révolution ».

 Pour la Révolution , et la vôtre, la nôtre ici et maintenant, il n’y a que de l’existence aussi.

Tunis 7 0

Et sa réalité trouve ses multiples et libres actes , « artistiques dans l’acte même – Sidi Bouzid, ou la rue de Tunis- ou dans l’expression concrète simultanée de l’acte , L’ART, qui est un acte aussi.

Je crois que si on s’en tient à cette analyse, de la Révolution comme Réalité, l’artiste, les artistes ne peuvent tomber, ni dans la mièvrerie, ni dans la confusion – danger si redoutable en ce moment électoraliste.

Pour nous,  ce réel si urgent, si pressant, au battement de cœur et de sang si forts, NOUS DONNE SA FORCE .

Tunis 9 0Pour Artifekt, 1er Mai 20011.  texte n° 1

A lire sur le blog de Claudine : http://claudine-romeo.over-blog.com/article-texte-pour-ll-ecole-des-beaux-arts-de-tunis-isbat-art-dans-la-revolution-75488789.ht

Montage de Janie à partir du texte de Claudine sur des graphes photographiés par Christophe à Tunis

03 Mar 2015

Une réflexion sur Art et révolution inscrite dans la révolution en Tunisie, Claudine Roméo, 2011. En contre-point à R. Luxemburg

Un texte très riche dans la tradition des grands textes de réflexion sur l’art et la révolution.

Texte pour l’Ecole des Beaux Arts de Tunis ( Isbat ) Art dans la Révolution

Peu de temps pour formuler et écrire, beaucoup de « bonne » fatigue, provoquée par l’émotion, l’urgence à penser et faire les choses, au cœur de l’environnement unique créé en ce moment, au milieu des choses  pensées et faites par les autres, mes sœurs et frères, mes camarades tunisiens .

Ne rien faire, ne pas penser, mais comment ne pas  être  propulsée dans ce tourbillon intense et créatif, tourbillon de forces centripètes et centrifuges ?  Forces qui vont « dans tous les sens », surtout dans le bon sens, le Sens de l’Histoire.  Ne rien faire serait se comporter en touriste de la Révolution des autres. Or, bien sûr qu’elle appartient à tout le monde, cette Révolution. Mais pas à ceux qui veulent et parfois peuvent, même, se l’approprier et la récupérer. Comme pour le reste, il n’y a pas de propriété privée de la Révolution.

Donc, pour moi, en venant vous voir et en venant à l’Isbat, bien sûr , je viens pour m’informer et informer : mais ce travail d’information sur certains médias à ma disposition, et de création de réseaux entre nous et vous, d’un continent à l’autre , est la contribution élémentaire que je pouvais porter auprès de vous. Mais, plus inattendu, la dispersion,  la diversité de l’activité philosophique, le fait que le philosophe est un « touche à tout », et s’occupe de ce qui ne le regarde pas, peut le rendre à même d’établir des rapprochements entre vous. C’est un spécialiste des généralités, ou plutôt, de l’universel,  alors, donc, plus inattendu, il contribue à créer des rhizomes entre vous, quand vous ne les avez pas encore établis vous-mêmes.

 Mon regard et ma position transversale, à travers quelques milieux révolutionnaires tunisiens qui ne se fréquentent pas encore, peut être utile : La position universelle de l’Art, pour lequel il s’agit, comme pour la Philosophie, de « créer des concepts-« , par exemple d’ici, de Tunisie, facilite la fluidité d’une forme de pensée critique à une autre  .

 Et aussi, la fréquentation d’autres métiers rend des choses possibles : – jusqu’aux jeunes chômeurs, puisque la Révolution est venue d’eux, artisans, paysans, ouvriers en grève à Gafsa ou à Gabès et à Sfax, imprimeurs, et aussi, juristes , avocats, enseignants, aviateur – ils sont en grève en ce moment à Monastir – employés des télécoms, postiers, avocats,  économistes, que j’ai eu la chance de pratiquer ces jours-ci.

Prolétaires  « de tous pays », mais aussi de toutes régions et de tous genres, dans leurs œuvres,  ils se côtoient. Le faire, déjà, la mise en œuvre, ou la main à la pâte, s’il s’agit d’un boulanger, cette position de touche-à-tout (où tous deviennent artistes et  philosophes) peut à tout instant en nouer les liens, en tricoter les radicelles, et en faire des  « nœuds »

… Décidément voilà que je cite Deleuze déjà 3 fois de manière cryptique … subconsciente même pour moi pendant que je vous écris cette lettre, je m’en aperçois seulement à l’instant,…

Je ne reviens pas sur la fabrique de concepts, concept et formulation verbale, ce n’est pas la même chose.

Le concept de l’art peut être rouge, dur, horizontal. Il peut être syncopé ou d’un phrasé musical net et «  andante », comme les concepts de Mozart, ou débordant, quasi baroques, comme ceux de Frank Zappa. On aura compris que lorsqu’on parle de l’Art fabricant des concepts, comme la philosophie, il ne s’agit vraiment pas – sauf cas très particulier – de l’art dit «  conceptuel » qui n’est qu’un cas de figure – c’est le cas de le dire !!- un cas historique particulier, d’ailleurs pas clôturé encore à ce jour.

L’Art plastique, la Musique, la définition que j’en donnerais, et la Poésie, loin d’être des conduites de fuite loin du réel, sont au contraire des activités d’intimité resserrée et quasi amoureuse avec le réel. Un rapport d’intimité  que la Science, par exemple, ne pratique pas, ou il s’agirait plus de proximité distante, objectivante, pour cette Activité scientifique,

L’Art, même le plus contrôlé, et le plus « froid», pratique à coup sûr cette intimité , cette présence au réel qui enchante l’artiste, le fait s’envoler dans l’urgence de dire , de sortir, de faire émerger et bourgeonner cette sève qui lui vient du réel.

Il ne peut être que dans une appartenance radicale à cette terre , à ce monde. Sauf que, différent de la pensée magique, comme pourrait le dire Lévi-Strauss, bien qu’articulé à tout instant à elle, il ne subit PAS passivement son cadeau, mais le transforme immédiatement et toujours de manière unique. La mythologie le fait aussi, mais au cours des siècles et de manière subconsciente, sinon inconsciente, car toujours collective. Alors que , si l’art est parfois collectif, c’est par choix, et dans le ici et maintenant de l’histoire : de l’Histoire tout court, et de …l’histoire de l’art, de sa propre histoire, donc.

Tout ceci n’était qu’un long préambule méthodique.

Mais qui peut engendrer des conclusions et des effets radicalement rapides et éclatants .

Par exemple,  La réalité qui nous occupe et nous porte en ce moment, c’est la Révolution, cette révolution tunisienne si particulière, si inouïe et inattendue,

Alors, l’art doit être- est- dans cette proximité folle inouïe, tout aussi impossible que la révolution elle-même, cette révolution, et alors, et il la fait, la produit dans la mesure de moyens, même très réduits. Et aussi, cet art est modulé, induit, insufflé et tendu, dans la droite ligne de la dynamique révolutionnaire, il multiplie ses interventions, il parle à chacun son langage, affect et pensée critique concrète tout ensemble. Il est dans le politique, tout à fait, mais ce Politique-là qui nous importe et nous fait vivre.

Et ce n’est pas un propos d’intellos –même de gauche !- que je tiens ici, j’ai vérifié cent fois cette réalité concrète de l’art. Il n’est pas alors, « au service » de la Révolution, ni là pour illustrer, orner, rendre belle la Révolution. Elle est intensément existante et belle, si je voulais plagier Sartre : pour lui, il n’y a pas de Nature humaine, donc pas d’essence de l’homme, il n’y a que de l’existence. Je dirais que, comme pour la réalité de l’homme, il n’a que de l’existence, et pas d’essence, Pour une- ou une autre, Révolution, il n’y a pas d’idée générale. Les occidentaux, ou de toute manière, ceux qui voient la Tunisie « de loin » , se demandent si ce qui se passe, ici, dans la rue, c’est La Révolution, si cela correspond bien à la définition du dictionnaire, si ici, c’est fidèle à l’idée abstraite de Révolution, en bons « intellectuels de gauche », ils concluent presque toujours « ça n’est pas une Révolution ».

 Pour la Révolution , et la vôtre, la nôtre ici et maintenant, il n’y a que de l’existence aussi.

Et sa réalité trouve ses multiples et libres actes , « artistiques dans l’acte même – Sidi Bouzid, ou la rue de Tunis- ou dans l’expression concrète simultanée de l’acte , L’ART, qui est un acte aussi.

Je crois que si on s’en tient à cette analyse, de la Révolution comme Réalité, l’artiste, les artistes ne peuvent tomber, ni dans la mièvrerie, ni dans la confusion – danger si redoutable en ce moment électoraliste.

Pour nous,  ce réel si urgent, si pressant, au battement de cœur et de sang si forts, NOUS DONNE SA FORCE .

Pour Artifekt, 1er Mai 2011.   texte n° 1

noir-et-blancEn Tunisie, durant la révolution

A lire sur le blog de Claudine : http://claudine-romeo.over-blog.com/article-texte-pour-ll-ecole-des-beaux-arts-de-tunis-isbat-art-dans-la-revolution-75488789.html

(Illustration de une : graphe dans les rues de Tunis faites Christophe pendant ce voyage. Inscription du texte de Claudine par Janie)

21 Fév 2015

Claudine Romeo a disparu. Notre émission sur Rosa Luxemburg n’aura jamais lieu … Toutes ces absences qui se font si présentes

Le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre sur notre blog est celui-ci. Notre rêve d’une nouvelle quinzaine Rosa Luxemburg, j’aurais voulu qu’elle en soit l’une des chevilles ouvrières. Je la sentais si proche, si sensiblement proche, si intimement interpellée par tout ce que Rosa Luxemburg peut représenter, de sensibilité, d’engagement et de conscience. Et cela, elle ne l’aura jamais su, comme elle n’aura jamais réalisé ce désir si profond d’une série d’émissions sur Rosa Luxemburg qu’elle me pressait régulièrement de faire. Le temps non mesuré, l’incapacité de percevoir l’urgence et l’essentiel, le manque d’imagination sur les disparitions possibles aura laissé filer le temps, la possibilité d’entendre sa voix sur ce thème, d’enrichir pour elle, pour nous, pour tous notre compréhension de l’apport de Rosa Luxemburg à la pensée et à l’humanité des engagements.

Rien d’autre à dire, mais beaucoup à pleurer …

Dominique Villaeys-Poirré


Ce que nous répond une camarade:

… toutes ces absences qui se font si présentes

C’est beau et l’émission pourra peut-être avoir lieu sans elle présente physiquement mais riche de toutes ces absences qui se font si présentes au cours des années qui passent et qui nous permettent de suivre des chemins de Rosa à Claudine par exemple en sera un supplémentaire.

14 Fév 2015

Claudine Romeo a disparu. Notre émission sur Rosa Luxemburg n’aura jamais lieu …

Le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre sur notre blog est celui-ci. Notre rêve d’une nouvelle quinzaine Rosa Luxemburg, j’aurais voulu qu’elle en soit l’une des chevilles ouvrières. Je la sentais si proche, si sensiblement proche, si intimement interpellée par tout ce que Rosa Luxemburg peut représenter, de sensibilité, d’engagement et de conscience. Et cela, elle ne l’aura jamais su, comme elle n’aura jamais réalisé ce désir si profond d’une série d’émissions sur Rosa Luxemburg qu’elle me pressait régulièrement de faire. Le temps non mesuré, l’incapacité de percevoir l’urgence et l’essentiel, le manque d’imagination sur les disparitions possibles aura laissé filer le temps, la possibilité d’entendre sa voix sur ce thème, d’enrichir pour elle, pour nous, pour tous notre compréhension de l’apport de Rosa Luxemburg à la pensée et à l’humanité des engagements.

Rien d’autre à dire, mais beaucoup à pleurer …

Dominique Villaeys-Poirré

 

13 Fév 2015

Février 1915. L’internationale, la prison et sur les premiers jours de son emprisonnement une magnifique lettre à Mathilde Jacob. Dossier: Suivre Rosa Luxemburg en 1915.

Les tout premiers jours de février, Rosa Luxemburg reçoit Clara Zetkin, qui a un souci de santé et qui doit assister à la Commission de contrôle du parti social-démocrate allemand. Nous possédons pour ce mois essentiellement un échange régulier avec Kostia Zetkin, des courriers à Mathide Jacob, ainsi qu’à Friedrich Wetmeyer, Alexandre et Hélène Winckler. C’est le mois où se développe l’un des projets majeurs du courant auquel appartient Rosa Luxemburg: le journal L’Internationale (Die Internationale) se met en place. Sur notre blog d’origine, vous trouverez une page (un dossier) qui lui est entièrement consacré (1)  Et nous reprenons ci-après les notations de la correspondance que nous avions regroupées et traduites. Le 18 février 1915, Rosa Luxemburg est brutalement arrêtée (elle pensait pouvoir être libre jusqu’au 31 mars). De ces premiers jours en prison nous possédons une des plus belles lettres de Rosa Luxemburg, celle du 23 février 1915 à Mathilde Jacob, lettre d’une arrivée brutale en prison où Rosa Luxemburg sait exprimer avec force, humour et émotion ce que peut ressentir un prisonnier politique lors de ces premières heures et jours de l’emprisonnement.

 

(1) http://comprendreavecrosaluxemburg.overblog.com/pages/3_LInternationale_Die_Internationale_1915-819933.html.

 Lettre à Mathilde Jacob

« Votre lettre de dimanche a été le premier message écrit reçu du monde extérieur et m’a procuré beaucoup de joie. Je reçois maintenant la deuxième et je vous en remercie. Soyez tout à fait rassurée pour ce qui me concerne, je vais physiquement et moralement tout à fait bien. Le transport en « fourgon vert » lui-même ne m’a causé aucun choc, car j’avais déjà connu le même transport à Varsovie. La ressemblance était si frappante que cela a éveillé en moi toutes sortes de pensées des plus gaies. Une différence cependant, les gendarmes russes m’avaient escortée « en tant que politique » avec le plus grand respect, alors que les policiers berlinois m’indiquèrent que cela leur était complètement égal, de savoir qui j’étais et me mirent dans un fourgon avec neuf autres « collègues ». Mais en fin de compte, ce sont des choses sans importance, et n’oubliez pas que l’on doit aborder la vie, quoi qu’il arrive, avec calme et sérénité. Je possède ici les deux en quantité suffisante. Mais pour que vous ne vous fassiez pas une image exagérée de mon caractère héroïque, je dois avouer ici avec regret que je n’ai pu retenir qu’à grand peine les larmes qui me montaient aux yeux quand je dus pour la deuxième fois me déshabiller jusqu’à la chemise et me laisser fouiller. Naturellement j’étais très en colère au fond de moi d’une telle faiblesse et je le suis encore. De même, le premier soir, ce qui m’a horrifiée, ce n’est pas la cellule, le fait d’avoir été coupée brutalement du monde, mais, imaginez-vous celui de devoir aller dormir sans avoir mis ma chemise de nuit, sans m’être brossé les cheveux. Et afin que ne manque pas une citation classique! Vous souvenez-vous de la première scène de Marie Stuart, alors qu’on lui avait enlevé ses bijoux: [citation de Schiller] (Allez revoir la citation car Schiller l’a certainement bien mieux exprimé que moi!) … Mais je m’égare. Que Dieu punisse l’Angleterre et me pardonne de me comparer à une reine anglaise! De fait, je possède ici « ces petits riens qui embellissent la vie », sous la forme d’une chemise de nuit, d’un petit peigne et de savon – grâce à la bonté et à la patience d’ange de Karl [Liebknecht] – et la vie peut reprendre son cours. Je me réjouis de me lever tôt (5h40) et j’attends que Monsieur le Soleil veuille bien suivre mon exemple, afin que je puisse profiter de ce lever matinal. Ce qui est le plus beau, c’est que je vois et entends lors de la promenade dans la cour des oiseaux: une armée de moineaux insolents qui font parfois un tel bruit que je m’étonne qu’un sévère gardien n’intervienne pas pour faire cesser ce tapage; en outre quelques merles parmi lesquels un grand mâle au bec jaune qui chante de manière tout à fait différente de celui qui me rend visite à Südende. Il bavarde et couine de telle façon que l’on ne peut que rire; peut-être en mars/avril se reprendra-t-il et chantera-t-il comme il se doit. (et là je pense à mes pauvres petits moineaux qui ne trouveront plus leur repas servi sur la petite table du balcon et resteront surpris – Là vous devez obligatoirement versez quelques larmes, cela est trop triste …)

Chère madame Jacob, je vous accorde le plus grand honneur que je peux accorder à un mortel: je vous confie ma Mimi. Mais vous devez attendre encore quelques informations qui vous seront transmises par mon avocat. Alors vous devrez l’emporter dans vos bras (pas dans une quelconque corbeille ou sac !!!) avec l’aide de ma logeuse et prendre les sept merveilles du monde pour Mimi (son coussin, la petite clef, les documents, et s’il vous plaît, s’il vous plaît, son fauteuil rouge auquel elle est habituée). Tout cela devrait tenir dans votre voiture. Mais pour cela, comme je vous l’ai dit, attendez encore quelques jours.

Que faites vous? Lisez-vous beaucoup Je lis toute la journée, quand je ne mange pas, ne suis pas en promenade et ne nettoie pas la cellule. Ce qui est le plus beau, ce sont les deux heures de 7 à 9, ou je suis tranquille, lumière allumée et où je peux penser et travailler pour moi …

Mme Z[Zetkin] est malheureusement si bouleversée que je me fais du souci pour elle.

Je vous remercie de tout cœur, profitez de la vie et restez sereine.

Votre R.L.

Bien entendu je serais ravie de vous voir, mais nous devons attendre. Je n’ai pas le droit de recevoir beaucoup de visite et mes avocats revendiquent ce droit. Allez chercher aussi votre vase dans mon appartement!

 

Traduction Dominique Villaeys-Poirré. Merci d’apporter les améliorations nécessaires.

barnim


Le journal Die Internationale dans la correspondance de Rosa Luxemburg.

Ces extraits de lettres sont des annotations disséminées dans la correspondance. Ils s’ajoutent aux articles parus sur le blog et rassemblés dans l’un des dossiers du blog. (Voir page d’accueil). Ils donnent par exemple l’état d’esprit de Rosa Luxemburg dans sa lettre du 24 décembre, à K. Zetkin,  des indications pratiques sur le financement, la réalisation du journal ou sur l’orientation politique (la demande d’un article à F. Wesmeyer). Ils font allusion aussi aux poursuites engagées contre elle, Franz Mehring et Clara Zetkin. L’Internationale est un moment important dans la vie de Rosa Luxemburg: la tentative de donner une expression politique au courant contre la guerre, dans sa lutte contre l’Internationale qui a trahi et pour une nouvelle Internationale …

P 28/29 Lettre à Kostia Zetkin – 24 décembre 1914 – Berlin-Südende

… Aujourd’hui, j’ai été au concert à l’Opéra, le concerto pour piano de Beethoven était magnifique. Alors que j’écoutais la musique, montait de nouveau en moi une haine contre tous ces gens, au milieu desquels  je suis obligée de vivre. Je sens qu’il faut écrire un livre  sur ce qui se passe maintenant, un livre que personne, ni homme, ni femme, ni  les plus anciens n’a jamais lu,  un livre qui tape sur ce troupeau à bras raccourcis. Je suis comme toujours dans la vie en parfaite contradiction avec ce que je fais. J’ai de nouveau l’intention de fonder le journal, je tiens cinq réunions électorales dans la semaine et je travaille à développer la nouvelle .organisation alors que, au fond de moi je n’aspire qu’au calme et à m’éloigner de toute cette agitation. Je n’aurais besoin d’autre chose que d’être seule avec Mimi, et de pouvoir me promener et lire quand j’en ai envie et de travailler tranquillement.

P 32 Lettre à Martha Rosenbaum – 5 janvier 1915 – Berlin-Südende

… Nous pouvons les prendre [les fonds pour prendre un abonnement à un journal syndical propageant le social-chauvinisme à faire circuler au sein du groupe] sur le compte du journal ...

P 35  Lettre à Friedrich Westmeyer – 2 février 1915 – Berlin-Südende

Pour un journal, édité le camarade Franz Mehring et moi-même, et dont le premier numéro doit paraître à la mi-février 1915, je vous demande une contribution. Il faudrait que vous  écriviez pour nous sur les « remarquables » actions de soutien 1.aux familles de soldats 2 aux chômeurs 3. aux L’article ne doit pas dépasser  quatre à cinq pages de la Neue Zeit, et doit comporter tout d’abord un court résumé des faits, mais ensuite et c’est le principal, une critique fondamentale et forte de ces mesures et de leur caractère insuffisant. Je sais que vous avez mené un combat contre les mesures d’aide aux chômeurs (NB Vous pouvez montrer sans vous gêner l’attitude des syndicats). Je ne sais pas si vous connaissez aussi bien les autres aspects de l’aide, mais je suppose que vous saurez vous orienter rapidement…

P 42 Lettre à Kostia Zetkin – 1915 – Berlin-Südende

… Nous voulons donc agir avec le journal, des écrits, en tant qu’individus , certainement, mais cela aussi aura une influence

P 45 Lettre à Alexander Winckler – Berlin-Südende

Cher camarade Winckler,

Au nom de K[arl Liebknecht] et de moi-même, je vous remercie de tout coeur pour le soutien efficace que vous avez apporté à notre entreprise. Les préparatifs se poursuivent. Hier, l’imprimeur de Leipzig, où nous allons faire  le journal, était là et nous avons vu les aspects pratiques. Le numéro 1 sortira début mars. Les contributions sont en cours de rédaction. J’espère que nous allons réussir. Ici à Berlin, et dans d’autres villes avec lesquelles nous sommes en relation,  il y a un véritable besoin d’entendre une pensée social-démocrate au sens ancien du terme. La plus grande partie des camarades n’a pas changé de conviction mais seulement désappris à faire confiance à ses dirigeants, ceux-ci ayant si lamentablement manqué à leurs devoirs… . Naturellement, nous vous adresserons le premier numéro du journal quand il sera fini…

P 75 Lettre à Luise Kautsky – 18 septembre 1915 – Berlin

Je me fais du souci pour l’affaire contre Clara [Clara Zetkin avait été emprisonnée pour son rôle lors de la Conférence internationale des femmes, sous l’accusation de trahison. Elle ne sera libérée que fin octobre 1915]  Moi aussi, j’ai de nouveau une affaire sur le dos (à cause de l’Internationale) qui va peut être empêcher que je puisse mettre le nez dehors en février. Mais laissons les choses venir comme dit l’oncle Paul …

P 135 Lettre à Mathilde Jacob – Le 16 septembre 1916

[Cette lettre est consacrée à l’audience prévue le 4 octobre dans le cadre du procès intentée pour la publication de l’Internationale contre Rosa Luxemburg, Franz Mehring et Clara Zetkin. Cette dernière étant gravement malade, Rosa Luxemburg ne veut pas qu’il y ait dissociation de la procédure et s’emporte contre le cabinet d’avocat Weinberg …]

Les pages renvoient à l’édition allemande Dietz Verlag, Tome V.

Traduction Dominique Villaeys-Poirré3 Merci d’apporter les améliorations nécessaires.

Les indications en italiques sont le fait du blog et concernent directement le journal Die Internationale.

08 Fév 2015

Aquarelles de Rosa Luxemburg

Ces peintures ont été réalisées par Rosa Luxemburg en prison durant la guerre.

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08 Fév 2015

Sur Smolny, le sommaire de l’ouvrage « Lettres politiques » et « Lettres de Spartacus » et l’accès sur le net (en allemand)

Der Inhalt der « Politische Briefe » und « Spartakus Briefe ». Artikel und Autoren / Dezember 1914 – Oktober 1918

Source : Spartakusbriefe, Herausgegeben vom Institut für Marxismus-Leninismus beim Zentralkomitee der Sozialistischen Einheitspartei Deutschlands, Berlin, Dietz Verlag, 1958; Vorwort von Dr. Helmut Kolbe; Vorwort zum ersten Band der Spartakusbriefe (Berlin, 1926) von Ernst Mayer; Mit einer Beilage: Faksimiledruck des Spartakusbriefes Nr. 12 vom Oktober 1918.

Sur http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=1740


SPARTACUS BRIEFE

-  Spartacus Nr. 1 vom 20. September 1916

  • Der Rhodus (Rosa Luxemburg)

  • Liebknecht (Rosa Luxemburg)

  • Das Bekenntnis eines internationalen Sozialdemokraten

  • Politisches und Kritisches

  • Aus dem Reich

-  Spartacus Nr. 2 vom 5. November 1916

  • An Karl Liebknecht

  • Geßlers Hut

  • Nicht die alte Leier, sondern das neue Schwert! (Karl Liebknecht)

  • Das Fazit der Reichskonferenz

  • Der „Vorwärts“-Streich vor der Grossberliner Verbands- Generalversammlung (Rosa Luxemburg)

  • Politisches und Kritisches

-  Spartacus Nr. 3 vom Dezember 1916

  • Ein Bluff

  • Tanzt, Ihr Polen, tanzt, Ihr Deutsche… (Julian Marchlewski)

  • Friede und Schiedsverträge (Rosa Luxemburg)

  • Die schlummernde Großmacht

  • „Ich zweifle nicht!“

  • Politisches und Kritisches

  • Aus dem Reich

-  Spartacus Nr. 4 vom April 1917

  • Ein neues Waterloo des Sozialismus (Rosa Luxemburg)

  • Vor dem Hunger (Julian Marchlewski)

  • Die Revolution in Rußland (Rosa Luxemburg)

  • Wilsons Sozialismus (Rosa Luxemburg)

  • Politisches und Kritisches

  • Scheidemann — apporte! (Rosa Luxemburg)

  • Aus dem Reich

-  Spartacus Nr. 5 vom Mai 1917

  • Die Große Russische Revolution

  • Der alte Maulwurf (Rosa Luxemburg)

  • Dokumente der russischen Revolution

  • Zwei Osterbotschaften (Rosa Luxemburg)

-  Spartacus Nr. 6 vom August 1917

  • Brennende Zeitfragen (Rosa Luxemburg)

  • Krieg und Frieden

  • Die Diktatur des Proletariats

  • Stockholm

  • Die Alternative

  • Eine tragische Posse

  • Franz Mehring über die Stockholmer Konferenz (Franz Mehring)

-  Spartacus Nr. 7 vom November 1917

  • Ach, du lieber Augustin

  • Die abgesagte Weltwende

  • Vom Papst bis Haase

  • Am Pranger

  • Politisches und Kritisches

-  Spartacus Nr. 8 vom Januar 1918

  • Die geschichtliche Verantwortung (Rosa Luxemburg)

  • Und nun?

  • Nicht nach Schema F

  • Die Reifeprüfung

-  Spartacus Nr. 9 vom Juni 1918

  • Der Katastrophe entgegen (Rosa Luxemburg)

  • Eine Frage an das Schicksal

  • Ein Aufruf der polnischen Sozialdemokraten in Rußland

  • Die deutschen Befreier

  • Ein Dokument aus „großer“ Zeit

  • Die Suche nach Sklaven

  • Zur Aufhebung des § 153 der Gewerbeordnung

-  Spartacus Nr. 10 vom August 1918

  • Nach vier Jahren

  • Ein paar Posttage zu spät

  • Ein warnendes Exempel

  • Henker unrt Genossen

  • Zum Blutbad gerüstet

-  Spartacus Nr. 11 vom September 1918

  • Die Pleite des Imperialismus

  • Die russische Tragödie (Rosa Luxemburg)

-  Spartacus Nr. 12 vom Oktober 1918

 

Spartakusbrief_1918_Nr_12

  • Der Knoten der internationalen Lage

  • Die kleinen Lafayette (Rosa Luxemburg)

  • Friedensbedingungen

  • Reichskonferenz der Spartakusgruppe

 

Artikel und Autoren / Dezember 1914 – Oktober 1918

SPARTAKUS a01 : Zur Kriegssitzung des Reichstags

Spartakus Briefe Nr. 1 vom Dezember 1914 – Karl Liebknecht

SPARTAKUS a02 : Referentenmaterial vom Bildungsausschuss Niederbarnim

Spartakus Briefe Nr. 2 vom Dezember 1914

SPARTAKUS a03 : Der Zusammenbruch

Spartakus Briefe Nr. 3 vom März 1915

SPARTAKUS a04 : Dr. Karl Liebknecht zu den Thesen Dr. Eduard Davids

Spartakus Briefe Nr. 4 vom August 1915

SPARTAKUS a05 : Zur Information

Spartakus Briefe Nr. 5 vom August 1915

SPARTAKUS a06 : Zur Information

Spartakus Briefe Nr. 6 vom September 1915

SPARTAKUS a07 : Zur Information

Spartakus Briefe Nr. 7 von 1915

SPARTAKUS a08 : Zur Information

Spartakus Briefe Nr. 8 von 1915

SPARTAKUS a09 : Zur Information

Spartakus Briefe Nr. 9 von 191

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POLITISCHE BRIEFE

-  Nr. 1 vom Dezember 1914

-  Nr. 2 vom Dezember 1914

-  Nr. 3 vom 20. März 1915

-  Nr. 4 vom August 1915

-  Nr. 5 vom August 1915

-  Nr. 6 vom September 1915

-  Nr. 7 von 1915

-  Nr. 8 von 1915

-  Nr. 9 von 1915

-  Nr. 10 vom November 1915

  • Politische Briefe
    • Die Parvusiade (Rosa Luxemburg)
    • Zwei Ukase
    • Die Zimmerwalder Konferenz

-  Nr. 11

  • Aufruf! (Fritz Ausländer)

-  Nr. 12 vom 27. Januar 1916

  • Politische Briefe
    • Die Dezember-Männer von 1915 (Karl Liebknecht)
    • Ein schwarzer Tag im Reichstag
    • Liebknechts Kleine Anfragen

-  Nr. 13 vom 27. Januar 1916

  • Politische Briefe
    • Fortsetzung! Sitzung der sozialdemokratischen Reichstagsfraktion vom 12. Januar 1916
    • Die Presszensur gegen die Anfragen
    • Parlamentszensur gegen die Anfragen

-  Nr. 14 vom 3. Februar 1916

  • Politische Briefe
    • Die Lebensfrage des Sozialismus

-  Nr. 15 vom 9. März 1916

  • Politische Briefe
    • Die Gegensätze in der „Opposition“
    • Rundschreiben an alle angeschlossenen Parteien und Gruppen (Auszug)
    • Tagesordnung der 2. Internationalen Sozialistischen Konferenz

Nr. 16 vom 30. März 1916

  • Politische Briefe
    • Nüchterne Prüfung und scharfe Entscheidung

-  Nr. 17 vom 30. März 1916

  • Zur persönlichen Information
    • Bericht über eine Reichs-Besprechung
    • Ein Gruß des Pariser Aktionskomitees sozialistischer Frauen für den Frieden und gegen den Chauvinismus (Louise Saumoneau)
    • Anlage I
    • Anlage II (Rosa Luxemburg)
    • Anlage III (Rosa Luxemburg)

-  Nr. 18 vom 13. April 1916

  • Politische Briefe
    • Allerlei aus dem Reichstag
    • Allerlei aus der Großberliner Opposition

-  Nr. 19 vom 22. April 1916

  • Politische Briefe
    • Kampf um die Partei!
    • Aus dem elendesten der Parlamente

-  Nr. 20 vom 15. Mai 1916

  • Politische Briefe
    • Die Maifeier
    • Finanzsperre und Organisationsstatut
    • Auf zur Maifeier!
    • Die letzte parlamentarische Aktion Karl Liebknechts (Karl Liebknecht)

-  Nr. 21 vom 28, Mai 1916

  • Politische Briefe
    • Zur Zweiten Zimmerwalder Konferenz
    • Bericht über die Zweite Zimmerwalder Konferenz
  • Zur Information
    • Politisches und Kritisches
    • Aus dem Reiche

-  Nr. 22 vom 12. August 1916

  • Politische Briefe
    • Rückblick und Ausblick
    • Demonstrationen und Streiks
    • Politisches und Kritisches

-  Nr. 23 vom 25. Dezember 1916

  • Zirkular der Spartakusgruppe

30 Jan 2015

Entre maladie, travail politique, lectures et arrestation, le début de l’année 1915 (1). Dossier Suivre Rosa Luxemburg en 1915

Les premières lettres de Rosa Luxemburg dont nous disposons pour 1915 sont adressées à Marta Rosenbaum, Kostia Zetkin, Mathilde Jacob, Friedrich Westmeyer, Alexander et Helene Winckler. Cette période s’arrête brusquement avec son arrestation le 18 février, arrestation qui normalement avait été repoussée au 31 mars 1915 du fait de son état de santé. La lecture au jour le jour nous permet de ressentir la violence de cette arrestation anticipée. Durant cette période Rosa Luxemburg en effet a été hospitalisée à partir du 7 janvier :

« Niuniu, sois tranquille pour ce qui me concerne. Simplement, je n’ai pas eu le temps d’écrire, en partie parce que je ne savais pas moi-même ce qu’il allait advenir de moi, en partie à cause du stress. Donc, demain matin, je dois me rendre à l’hôpital (adresse: Hôpital Auguste-Victoria Schönberg) pour être soignée. J’espère de ce fait un report de mon incarcération. Cette histoire malheureuse de maux d’estomac et du foie vient mal à propos, mais j’espère être en mesure de travailler dans quelques semaines. Je peux lire dès maintenant, mais j’ai absolument besoin de me reposer et je n’y arrive pas ici. Cela ira mieux à l’hôpital. Le professeur fera demain une attestation indiquant que je suis hospitalisée et je l’adresserai à Francfort .. ». Lettre à Kostia Zetkin le 7 janvier 1915.

« Pour ce qui est de ma santé, tout va bien aussi! D’après les radios aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une tumeur mais plutôt d’un ulcère. Demain une analyse chimique est prévue, mais en tous les cas, tu n’as pas besoin de prendre cela au tragique. » Lettre à Kostia Zetkin le 8 janvier 1915.

 » Chère Mademoiselle Jacob. une avalanche de demandes de ma part, vous serez donc dans votre élément. Après une nuit misérable, il me faut annuler toutes les visites, car hier après votre visite et tout en restant polie, on m’a fait comprendre que l’on ne voyait pas cela d’un bon œil. Alors s’il vous plaît, ayez l’obligeance d’avertir par téléphone … ». Lettre à Mathilde Jacob, avant le 24 janvier 1915.

 » Chère Mademoiselle Jacob. Merci pour vos fleurs reçues ce matin et vos gentilles pensées. Je me porte de manière satisfaisante. J’ai de très bonnes nouvelles de Mimi. Ce soir est arrivée enfin la dépêche de Francfort : report jusqu’au 31 mars. Eh bien ! … Lettre à Mathilde Jacob, avant le 24 janvier 1915.

Ces lettres montrent la fragilité de la santé de Rosa Luxemburg qui sera cependant moins de trois semaines après sa sortie de l’hôpital incarcérée. Et la lecture de ces courriers laisse transparaître parallèlement le sentiment d’urgence du travail politique qu’elle ressent, du fait de l’épée de Damoclès brandie au-dessus de sa tête : l’arrestation. Et qu’elle accomplit dans le même temps malgré la maladie. On y voit aussi la difficulté de ce travail politique au quotidien contraint à la clandestinité dans ce pays en guerre.

Ainsi elle écrit à Marta Rosenbaum le 5 janvier: « Parmi toutes les demandes et missions que je me vois contrainte de vous infliger avant ma disparition derrière les murs, l’une ne souffre d’aucun retard. Nous avons décidé de nous abonner et de faire connaître dans nos cercles,  « La correspondance clandestine de la Commission générale syndicale », qui déverse son fiel contre les camarades étrangers, ceci afin de contrer ses menées. Il faudrait choisir un nom peu repérable pour l’abonnement. Un camarade de Mariendorf, un homme qui nous est tout acquis et très influent a accepté de prendre en charge cet abonnement à cette publication et de la faire circuler. Nous avons déjà reçu le premier envoi, il se trouve chez Karl Liebknecht, il passera ensuite à Mehring, puis à vous qui le transmettrez à Kurt [Rosenfeld]; Nous souhaitons continuer ainsi, mais comme je vais disparaître, pourriez-vous prendre en charge les finances? Eberlein ne peut pas assurer cette charge financière naturellement, nous pouvons prendre sur les fonds du journal [allusion à l’Internationale. ndlt]. Auriez-vous l’obligeance d’envoyer la somme jointe à ce courrier à Eberlein? … » Lettre à Marta Rosenbaum, le 5 juin 1915.

On y trouve aussi des indications précieuses sur les lectures et en particulier:

« Niuniu, tu devrais te procurer la série de Hirzel&Co, Leipzig « Entre guerre et paix », ce sont des brochures d’impérialistes allemands (Pri 60-80 Pf). Ils sont très caractéristiques car écrits très ouvertement. Il y a déjà je crois 13 numéros de paru ». Lettre à Kostia Zetkin, le 7 janvier 1915.

 

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Ces auteurs seront cités dans les écrits politiques de Rosa Luxemburg de cette même année. (Trouvé sur le net cette photographie et références: Prof.Dr. Max Apt Der Krieg und die Weltmachtstellung des deutschen Reiches, Zwischen Krieg und Frieden Band 12[nach diesem Titel suchen] Verlag S.Hirzel Leipzig, 1914,53 S., Broschure, Format 15,5 x 21,5 cm.)

Ou sur Anatole France

« Je lis en ce moment les impérialistes publiés par les Editions Hirzel. Je lis aussi France « Les dieux ont soif ». C’est très léger et spirituel, mais ce n’est que pure littérature, pas du grand art. Tu devrais le lire, c’est plus intéressant que « La révolte des anges », dont je n’ai pu lire que la moitié. » Même lettre

 

23 Jan 2015