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A quelques mètres des Jardins “Rosa Luxemburg”, la brutalité de l’expulsion d’immigrés. Triste symbole de la social-démocratie en action.

Les Jardins “Rosa Luxemburg” avaient été inaugurés par la municipalité social-démocrate. Tout un symbole! Triste symbole. C’est pour juguler la révolution spartakiste qu’à l’époque la social-démocratie qui prenait le pouvoir avait assassiné Liebknecht, Jogiches, Rosa Luxemburg et des milliers d’ouvriers et soldats en révolution.

Il n’a pas fallu longtemps pour que la réalité rattrape aujourd’hui le symbole. Dans cet espace que la social-démocratie disait dédier à la démocratie par le choix même des noms, c’est ceux que la misère, la guerre, l’impérialisme chassent de leurs pays qu’on chasse aujourd’hui à travers tout Paris, de la Chapelle à la Halle Pajol.

D.V.P.

 

08 Juin 2015

Sur Radio Fréquence Paris Plurielle – Une émission : l’universalité de Rosa Luxemburg

L’émission sur Rosa Luxemburg a pu finalement avoir lieu. Nous remercions cette radio véritablement libre de la parole donnée. Une rediffusion peut être envisagée peut-être. D’autre part, nous en mettrons l’enregistrement  quand nous le recevrons.

Bonjour à tous,

En attendant que l’émission de Claudine “Naïves questions de philosophie” prenne forme, une première émission sur Rosa Luxemburg sera diffusée ce mercredi 27 avril de 17 heures à 18 heures sur Fréquence Paris Plurielle 106.3 FM ou rfpp.net

Naïves questions de philosophie. Présentation par Claudine :
Une émission de philosophie politique tous les 1er & 3ème mardi du mois, à 11h : ras-le-bol des discours, y compris le mien – la philo par les luttes !
L’universalité de Rosa Luxemburg
“L’émission sur Rosa Luxemburg aura donc lieu. Elle naît d’un projet que je n’ai pas pu, su réaliser du vivant de Claudine, qui tenait pourtant tout particulièrement à sa réalisation. Elle sera intitulée l’universalité de Rosa Luxemburg. Elle se comprend comme un hommage à Claudine et à toutes celles et ceux qui se sont saisi(e)s de ce qui représente pour moi l’universalité de Rosa Luxemburg : ce lien entre sensibilité, engagement, réflexion et rigueur. Elle s’appuiera essentiellement sur le témoignage de Sabrina Lorre qui a impulsé une quinzaine Rosa Luxemburg qui a duré un mois et mis en marche plus de 200 personnes dans une multitude d’initiatives et de Valérie Gaudissart, réalisatrice d’un superbe film onirique et réel, la quête de Violette, une gamine qui part sur les traces de Rosa Luxemburg. Ainsi que sur deux textes de Claudine, l’un sur Fanon, l’autre sur L’Art dans la Révolution écrit en 2011 en Tunisie, expression d’aujourd’hui de ce qui fait l’universalité de Rosa Luxemburg. Elle se composera de lectures, témoignages et musiques.
Si cette émission rencontre l’intérêt des auditeurs, deux autres émissions pourraient voir le jour : La pensée et l’action de Rosa Luxemburg (en particulier contre la guerre) et Rosa Luxemburg et la prison.
 
Dominique – comprendre-avec-rosa-luxemburg


Frequence Paris Plurielle

Fréquence Paris Plurielle a été fondée pour donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas : elle est une radio de lutte engagée dans les mouvements sociaux, politiques et culturels. Elle est une radio généraliste, sans publicité, qui émet 24h sur 24. Elle compte une centaine d’émissions assurées par 250 bénévoles, militant-e-s, membres d’associations : émissions politiques et sociales, émissions des communautés immigrées de la région parisienne, émissions (…)

 

29 Mai 2015

En hommage à Maspéro et son rôle dans la publication de textes de Rosa Luxemburg. Bibliographie sur Smolny.

Tout d’abord, dire l’importance du travail du collectif Smolny qui a réalisé cette bibliographie et qui donne ainsi comme sur beaucoup d’autres thèmes des outils d’information et de réflexion essentiels. C’est un travail continu et de grande ampleur qui demande volonté et intelligence politique.

Ensuite souligner la précocité de la démarche de François Maspéro qui met en place cette collection et publie bien avant 68 Rosa Luxemburg.

Souligner aussi que c’est à Georges Haupt qu’il confie l’animation de la collection. Georges Haupt qui a eu une grande importance dans la transmission d’une réflexion politique différente et dont les ouvrages sur les congrès de l’Internationale ont permis l’accès à l’histoire de cette organisation essentielle pour Rosa Luxemburg.

Enfin par ce bref article, rendre hommage à François Maspéro qui vient de disparaître.


 

Bibliothèque Socialiste Maspero

Fiche bibliographique n° 3 ( 1963 – 1980 )

vive la lutte

Présentation :

Collection dirigée par Georges Haupt, décédé en 1978. Si certains titres ont été depuis réédités, beaucoup ne sont disponibles que dans cette collection.


Par ordre de numérotation dans la collection :

— 1. BOUKHARINE Nicolas & PREOBRAJENSKY Eugène, A.B.C. du communisme, préface de Pierre Broué, Paris, Maspero, 1963 ;

 2. LUXEMBURG Rosa, Grève de masses, parti et syndicats, rééd. dans une traduction nouvelle dans la PCM, Oeuvres I, Paris, Maspero, 1964 ;

— 3. LUXEMBURG Rosa, La révolution russe, préface de Robert Paris, Paris, Maspero, 1964 ;

— 4. COLLECTIF, Les bolcheviks et la Révolution d’Octobre, procès-verbaux du Comité Central du parti bolchevique, août 1917 – février 1918, présentation de Guiseppe Boffa, Paris, Maspero, 1964 ;

— 5. LAFARGUE Paul, Le droit à la paresse, préface de Jean-Marie Brohm, rééd. avec une présentation nouvelle de Maurice Dommanget dans la PCM, Paris, Maspero, 1965 ;

— 6. HAUPT Georges, Le congrès manqué : l’Internationale à la veille de la Première Guerre Mondiale, Paris, Maspero, 1965 ;

— 7. COLLECTIF, Staline contre Trotsky, 1924-1926. La révolution permanente et le socialisme dans un seul pays, présentation et choix de textes de Guiliano Procacci, Paris, Maspero, 1965 ;

 8. FRÖLICH Paul, Rosa Luxemburg, sa vie, son oeuvre, Paris, Maspero, 1965 ;

— 9. FISCHER Georges, Le Parti travailliste et la décolonisation de l’Inde, Paris, Maspero, 1966 ;

— 10. ADLER Max, Démocratie et conseils ouvriers, traduction et présentation d’Yvon Bourdet, Paris, Maspero, 1967 ;

— 11. LUXEMBURG Rosa, L’accumulation du capital, présentation d’Irène Petit, 2 vols., Paris, Maspero, 1967 ;

— 12. ARCHIVES MONATTE, Syndicalisme révolutionnaire et communisme, présentation de Colette Chambelland et Jean Maitron, Paris, Maspero, 1968 ;

— 13. HAUPT Georges & MARIE Jean-Jacques, Les bolcheviks par eux mêmes, Paris, Maspero, 1969 ;

— 14. BERNSTEIN Samuel, Auguste Blanqui, Paris, Maspero, 1970 ;

— 15. KOSIK Karel, La dialectique du concret, Paris, Maspero, 1970 et 1978 ;

— 16. DOMMANGET Maurice, Sur Babeuf et la conjuration des Egaux, Paris, Maspero, 1970 ;

— 17. LIEBKNECHT Karl, Militarisme, guerre, révolution, choix de textes et présentation de Claudie Weill, Paris, Maspero, 1970 ;

— 18. LOWY Michaël, La théorie de la révolution chez le jeune Marx, Paris, Maspero, 1970 ;

— 19. SADOUL Jacques, Notes sur la révolution bolchevique, Paris, Maspero, 1971 ;

— 20. GRAS Christian, Alfred Rosmer et le mouvement révolutionnaire international, Paris, Maspero, 1971 ;

— 21. NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome I, Paris, Maspero, 1972 ;

— 22. NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome II, Paris, Maspero, 1972 ;

— 23. FLECHTHEIM Ossip K., Le Parti communiste allemand sous la République de Weimar, Paris, Maspero, 1972 ;

— 24. CONFINO Michaël, Violence dans la violence, le débat Bakounine-Netchaïev, Paris, Maspero, 1973 ;

— 25. KOLLONTAÏ Alexandra, Marxisme et révolution sexuelle, préface et présentation de Judith Stora-Sandor, Paris, Maspero, 1975 ;

— 26. GRANDJONC Jacques, Marx et les communistes allemands, Paris, Maspero, 1974 ;

— 27. HAUPT Georges, LOWY Michael & WEILL Claudie, Les marxistes et la question nationale 1848-1914, Paris, Maspero, 1974 ;

— 28. MAITRON Jean, Le mouvement anarchiste en France. I – Des origines à 1914, Paris, Maspero, 1975 ;

— 29. MAITRON Jean, Le mouvement anarchiste en France. II – De 1914 à nos jours, Paris, Maspero, 1975 ;

— 30. HEMERY Daniel, Révolutionnaires vietnamiens et pouvoir colonial en Indochine, Paris, Maspero, 1975 ;

— 31. LUXEMBURG Rosa, Vive la lutte ! Correspondance 1891-1914, Paris, Maspero, 1975 ;

— 32. MONATTE Pierre, La lutte syndicale, Paris, Maspero, 1976 ;

— 33. WEILL Claudie, Marxistes russes et social-démocratie allemande 1898-1904, Paris, Maspero, 1977 ;

— 34. LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Paris, Maspero, 1977 ;

— 35. SERGE Victor & TROTSKY Léon, La lutte contre le stalinisme, Paris, Maspero, 1977 ;

— 36. BOURDÉ Guy, La défaite du front populaire, Paris, Maspero, 1977 ;

— 37. COHEN Stephen, Nicolas Boukharine, la vie d’un bolchevik, Paris, Maspero, 1979 ;

— 38. LOWY Michaël, Le marxisme en amérique latine de 1909 à nos jours : anthologie, Paris, Maspero, 1980 ;

— 39. HAUPT Georges, L’historien et le mouvement social, Paris, Maspero, 1980 ;

— 40. LUKACS György, Correspondance de jeunesse : 1908-1917, choix de lettres préfacé et annoté par Éva Fekete et Éva Karádi, traduit du hongrois et de l’allemand par István Fodor, József Herman, Ernö Kenéz et Éva Szilágyi, Paris, Maspero, 1981 ;


Sur notre site :

— Fiche bibliographique n° 4 : Petite Collection Maspero ;

— Fiche bibliographique n° 33 : Actes et Mémoires du peuple — Collection Maspero ;

25 Mai 2015

En ce 8 mai 2015, le souvenir de Mathilde Jacob, de Marta Rosenbaum, ces femmes qui ont accompagné Rosa Luxemburg, et de Luise Kautsky, mortes en déportation, s’impose à nous..

Nombreux sont ceux qui apparaissent dans la correspondance de Rosa Luxemburg et qui sont morts en déportation pour leur combat politique ou pour leur origine juive. Femmes âgées, figures connues ou moins du mouvement ouvrier, Marta Rosenbaum, Mathilde Jacob, Luise Kautsky ont été déportées et sont mortes en déportation. Le découvrir un jour au fil du travail sur Rosa Luxemburg renforce la conscience de l’importance de la lutte contre toutes les formes de fascisme et vous paralyse d’émotion. Ainsi,  il faut rappeler ici la déportation de Luise Kautsky à 80 ans, que rien ne put sauver d’avoir été mariée avec Karl Kautsky, semi-aryenne pour les nazis. Et de deux femmes qui ont tant compté dans la vie de Rosa Luxemburg et  tant fait pour sauver les témoignages de son action : Marta Rosenbaum et Mathilde Jacob

Mathilde Jacob

lux_jaco

Mathilde Jacob a tapé de nombreux manuscrits de Rosa Luxemburg. Elle a sorti de prison de nombreuses lettres et textes et ainsi sauvé des documents essentiels dont nous n’aurions jamais eu connaissance. Elle est morte en déportation le 14 avril 1943 dans le camp de Theresienstadt.

Ici l’une des très nombreuses lettres écrites par Rosa Luxemburg et que nous avons publiée sur le blog en février. http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2015/02/08/fevrier-1915-linternationale-la-prison-et-une-magnifique-lettre-a-mathilde-jacob-dossiersuivre-rosa-luxemburg-en-1915/

Lettre à Mathilde Jacob:  « Votre lettre de dimanche a été le premier message écrit reçu du monde extérieur et m’a procuré beaucoup de joie. Je reçois maintenant la deuxième et je vous en remercie. Soyez tout à fait rassurée pour ce qui me concerne, je vais physiquement et moralement tout à fait bien. Le transport en « fourgon vert » lui-même ne m’a causé aucun choc, car j’avais déjà connu le même transport à Varsovie. La ressemblance était si frappante que cela a éveillé en moi toutes sortes de pensées des plus gaies. Une différence cependant, les gendarmes russes m’avaient escortée « en tant que politique » avec le plus grand respect, alors que les policiers berlinois m’indiquèrent que cela leur était complètement égal, de savoir qui j’étais et me mirent dans un fourgon avec neuf autres « collègues ». Mais en fin de compte, ce sont des choses sans importance, et n’oubliez pas que l’on doit aborder la vie, quoi qu’il arrive, avec calme et sérénité. Je possède ici les deux en quantité suffisante. Mais pour que vous ne vous fassiez pas une image exagérée de mon caractère héroïque, je dois avouer ici avec regret que je n’ai pu retenir qu’à grand peine les larmes qui me montaient aux yeux quand je dus pour la deuxième fois me déshabiller jusqu’à la chemise et me laisser fouiller. Naturellement j’étais très en colère au fond de moi d’une telle faiblesse et je le suis encore. De même, le premier soir, ce qui m’a horrifiée, ce n’est pas la cellule, le fait d’avoir été coupée brutalement du monde, mais, imaginez-vous celui de devoir aller dormir sans avoir mis ma chemise de nuit, sans m’être brossé les cheveux. Et afin que ne manque pas une citation classique! Vous souvenez-vous de la première scène de Marie Stuart, alors qu’on lui avait enlevé ses bijoux: [citation de Schiller] (Allez revoir la citation car Schiller l’a certainement bien mieux exprimé que moi!) … Mais je m’égare. Que Dieu punisse l’Angleterre et me pardonne de me comparer à une reine anglaise! De fait, je possède ici « ces petits riens qui embellissent la vie », sous la forme d’une chemise de nuit, d’un petit peigne et de savon – grâce à la bonté et à la patience d’ange de Karl [Liebknecht] – et la vie peut reprendre son cours. Je me réjouis de me lever tôt (5h40) et j’attends que Monsieur le Soleil veuille bien suivre mon exemple, afin que je puisse profiter de ce lever matinal. Ce qui est le plus beau, c’est que je vois et entends lors de la promenade dans la cour des oiseaux: une armée de moineaux insolents qui font parfois un tel bruit que je m’étonne qu’un sévère gardien n’intervienne pas pour faire cesser ce tapage; en outre quelques merles parmi lesquels un grand mâle au bec jaune qui chante de manière tout à fait différente de celui qui me rend visite à Südende. Il bavarde et couine de telle façon que l’on ne peut que rire; peut-être en mars/avril se reprendra-t-il et chantera-t-il comme il se doit. (et là je pense à mes pauvres petits moineaux qui ne trouveront plus leur repas servi sur la petite table du balcon et resteront surpris – Là vous devez obligatoirement versez quelques larmes, cela est trop triste …)

Chère madame Jacob, je vous accorde le plus grand honneur que je peux accorder à un mortel: je vous confie ma Mimi. Mais vous devez attendre encore quelques informations qui vous seront transmises par mon avocat. Alors vous devrez l’emporter dans vos bras (pas dans une quelconque corbeille ou sac !!!) avec l’aide de ma logeuse et prendre les sept merveilles du monde pour Mimi (son coussin, la petite clef, les documents, et s’il vous plaît, s’il vous plaît, son fauteuil rouge auquel elle est habituée). Tout cela devrait tenir dans votre voiture. Mais pour cela, comme je vous l’ai dit, attendez encore quelques jours.

Que faites vous? Lisez-vous beaucoup Je lis toute la journée, quand je ne mange pas, ne suis pas en promenade et ne nettoie pas la cellule. Ce qui est le plus beau, ce sont les deux heures de 7 à 9, ou je suis tranquille, lumière allumée et où je peux penser et travailler pour moi …

Mme Z[Zetkin] est malheureusement si bouleversée que je me fais du souci pour elle.

Je vous remercie de tout cœur, profitez de la vie et restez sereine.

Votre R.L.

Bien entendu je serais ravie de vous voir, mais nous devons attendre. Je n’ai pas le droit de recevoir beaucoup de visite et mes avocats revendiquent ce droit. Allez chercher aussi votre vase dans mon appartement!

 

On peut trouver un article en allemand qui donne des indications précieuses sur Mathilde Jacob sur le site:

L’article donne tout d’abord des indications sur Mathilde Jacob : 153 Briefe schrieb Rosa Luxemburg in den Jahren 1913 bis 1918 an Mathilde Jacob, davon 148 aus dem Gefängnis. Die Briefe von Mathilde Jacob an Rosa Luxemburg sind nicht erhalten. Heinz Knobloch schreibt; „natürlich nicht“. Wieso? Viel ist durch die Recherchen Knoblochs bekannt geworden. Einige Zusätze konnten Sibylle Quack und Rüdiger Zimmermann machen, die 1988 in der Zeitschrift „Internationale wissenschaftliche Korrespondenz zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung“ (IWK) die Erinnerungsschrift von Mathilde Jacob an Rosa Luxemburg herausgaben, auf der Knoblochs Buch wesentlich basiert. Mathilde Jacob, geboren 1873, wohnhaft Altonaer Straße 11, dicht an der S-Bahn-Trasse, Hansaviertel, war seit Dezember 1913 die Schreibkraft Rosa Luxemburgs, später deren Sekretärin. Sie besuchte Rosa Luxemburg im Gefängnis, kümmerte sich um ihre Wohnung, schmuggelte Briefe und politische Texte ins und aus dem Gefängnis, wurde Freundin.

Sur son action courageuse en particulier auprès de Rosa Luxemburg : „Aber sie war noch viel mehr als das: treue, verläßliche, immer hilfsbereite Freundin, zuverlässige und tapfere Widerstandskämpferin und Genossin.“ Bei Quack und Zimmermann heißt es weiter: Stets werde ihre „dienende Funktion“ hervorgehoben. „Ein typisches Frauenschicksal, scheint es. (…) Die helfende dienende, unverheiratet gebliebene Mathilde (…) – war sie nicht auch eine ungeheuer selbständige, mutige, konspirative Persönlichkeit, zunächst während des Ersten Weltkriegs, dann in der Illegalität in der KPD 1919, später in der Hitlerzeit?“ Nach dem Tod Luxemburgs war sie Paul Levis Sekretärin, eines weiteren Weggefährten von Rosa Luxemburg. Sie war verantwortliche Redakteurin seiner Zeitschrift „Unser Weg“ und „Sozialistische Politik und Wirtschaft“. Beide wurden 1921 aus der KPD ausgeschlossen, weil sie den demokratischen Sozialismus der Luxemburg-Linie vertraten, und kehrten mit einigen Mitgliedern der USPD 1922 in die SPD zurück. Paul Levi starb 1930. Ob Mathilde Jacob weiter in der SPD blieb, ist nicht zu ermitteln, da die Mitgliederkarteien der Partei verbrannten.

Il publie des extraits d’une lettre écrite en réponse à une accusation du KPD en 21, où elle décrit son action : „Viele Proletarier werden wohl verwundert gefragt haben, wer wohl das ‚Fräulein’ sein mag, die Rosa Luxemburgs Vertrauen in so hohem Maße besaß, daß sie sogar zur Hüterin ihrer politischen Hinterlassenschaft bestellt wurde … Es widerstrebt mir, von mir selbst zu sprechen. Ist es doch so selbstverständlich, daß man seine Schuldigkeit tat und sie weiter tut. Ich marschierte als einfacher Soldat im Spartakusbund, aber ich habe nie den Kampfesmut verloren, ich habe nie die Arbeit im Stich gelassen, wie so manche der Offensivhelden, die heute in der Zentrale der V. K. P. D. sitzen. Ich arbeitete vor dem Kriege lange Jahre hindurch mit Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Franz Mehring und vielen anderen. Ich leistete in der schwierigsten Zeit während des Krieges Leo Jogiches freiwillige Sekretärdienste. Denn der Spartakusbund hatte keine Mittel, und wir alle, die wir in ihm kämpften und arbeiteten, opferten unseren letzten Pfennig und unsere äußerste Kraft. Es war eine erheblich aufreibendere Arbeit als heute. Wir kamen nicht auf Festung! Wir wanderten in die Gefängnisse, in die Zuchthäuser. Wie schwierig war es, die Beiträge für die Spartakusbriefe zu bekommen! Wer schrieb außer Rosa Luxemburg für die partakusbriefe? Alle Mitteilungen hierfür gingen durch meine Hände, und neben ganz winzigen Beiträgen von anderer Seite schrieb außer Rosa Luxemburg nur – der ‚Opportunist’ Paul Levi … Heute haben ungeheuer viele ihr revolutionäres Herz entdeckt und sprechen von mir als ‚Fräulein’. Aber weshalb ist sie für diese Fräulein und nicht mehr Genossin? Wahrscheinlich, weil ich [für] die Zeitschrift Paul Levis ,Unser Weg’ verantwortlich zeichne. Ja, ich bekenne mich ganz offen zur Richtung Levi …“ Mathilde Jacob verfasste erstmals zum 15. Januar 1929 einen kurzen Artikel zum 10. Todestag von Rosa Luxemburg und Karl Liebknecht in der „Leipziger Volkszeitung“. Die vollständige Version ihrer Erinnerung – es existieren vier Varianten – wird vermutlich 1930 entstanden sein, denn den Tod Levis erwähnt sie noch.

Enfin il décrit la déportation : Was auch immer Mathilde Jacob nach 1930 tat. Sie blieb Rosa Luxemburg und ihrer Sache treu. Sie bewahrte nicht nur deren Briefe an sie, das Gefängnistagebuch, Bilder, Korrespondenz, sondern übergab diese Dokumente 1939 auch unter Lebensgefahr an Ralph H. Lutz von der Hoover Institution in Stanford, Kalifornien, und rettete damit ein wertvolles Erbe. Sich selbst konnte Mathilde Jacob nicht retten. Vielleicht haben die Nationalsozialisten sie nicht als Sozialistin erkannt. Ihr Judentum konnte Mathilde Jacob nicht verbergen. Aus den Briefen, die Neffen Paul Levi aufbewahrten, geht hervor, daß sie verzweifelt versuchte, aus Deutschland herauszukommen. Sie wandte sich an die in den Vereinigten Staaten lebende Schwester Paul Levis und andere Menschen dort. Im Juni 1942 erhielt die 69 Jahre alte Mathilde Jacob, die sich Mathel nannte, um nicht den Zwangsnamen Sara annehmen zu müssen, den Brief, der ihre Deportation ankündigte. Mit dem sogenannten „30. Altertransport“ wurde sie mit 102 anderen Frauen und Männern vom Jüdischen Altersheim in der Großen Hamburger Straße zum Anhalter Bahnhof und nach Theresienstadt verschleppt. Am 27. Juli 1942 fuhr der Zug ab. Mathilde Jacob wurde 1943 im Konzentrationslager Theresienstadt ermordet. Die genauen Umstände ihres Todes sind nicht bekannt. Quack und Zimmermann fanden ein Schreiben des International Rescue and Relief Commitee in New York vom 9. Juni 1943. Darin stellte das Hilfskommitee 500 Dollar für die Ausreise bereit. Gegen den erbitterten Widerstand der CDU im Bezirk Tiergarten konnte im Juni 1995 der Vorplatz des Rathauses Tiergarten in Mathilde-Jacob-Platz umbenannt werden. Dem Bürgerbegehren der CDU für die Rücknahme der Benennung trat eine Initiative entgegen, der Walter Momper, Heinz Knobloch, Margarethe von Trotta und viele andere angehörten.

Gerhild Komander. Der Text erschien zuerst im “Berliner Lindenblatt”, März 2008.

 Marta Rosenbaum

 

Lettre de Rosa Luxemburg à Marta Rosenbaum, 10 février 1917 sur https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1917-02-lettre-a-marta-rosenbaum-luxemburg/

Ma petite Marta, très chère ! pour la dernière fois une petite lettre que vous pourrez lire en route. Nota bene : comme vous pouvez vous attendre n’importe quand à être arrêtée à la gare de Berlin en rentrant de Wronke, je vous prie instamment de ne garder aucune lettre, etc., dans votre sac à main, mais de la porter sur vous. Car vous n’êtes pas tenue de vous laisser imposer une fouille corporelle en tant que prévenue, et par la suite, dès que l’occasion se présente, vous pouvez détruire ce qui est nécessaire. Comme cette semaine était délicieuse ! Je garde une impression d’infinie harmonie et de beauté de votre visite. Vous avez raison : Kurt a tant mérité de reconnaissance de nous deux pour nous avoir réunies que rien qu’à cause de cela je dois tout lui pardonner et être bonne avec lui. Et vous avez encore raison quand vous dites :  » il a été projeté hors de sa voie « . Il faut que nous l’aidions à la retrouver. D’ailleurs, il ne faut jamais oublier d’être bon (…) Rappelez-le-moi souvent, car malheureusement j’incline à la sévérité – à vrai dire seulement dans les relations politiques. Dans les rapports personnels, je sais que je suis exempte de toute dureté, et le plus souvent j’incline à pouvoir aimer et à tout comprendre.

Comme c’est dommage que nous nous soyons rencontrées si tard ! Mais, très chère, ce qui m’attire le plus vers vous, c’est précisément la fraîcheur de votre nature, votre ouverture, votre maladresse parfois un peu enfantine. Vous donnez par là une telle impression de jeunesse, de cordialité chaleureuse, que chez vous je ne sens pas l’âge, je n’ai pas non plus l’impression que vous avez gâché vos possibilités. Je crois que vous pouvez encore devenir et réussir tout ce que vous auriez pu être plus tôt. Du reste, cela va peut-être vous surprendre ! je n’attends rien de particulier de vous. Je n’éprouve aucun besoin de jouer à la maîtresse d’école vis-à-vis d’êtres qui me sont chers. Je vous aime telle que vous êtes. Naturellement, je veux que vous ne perdiez pas complètement votre temps dans des besognes journalières,, que vous lisiez de beaucoup de bons livres, que vous aidiez et collaboriez à la grande tâche, mais tout cela, me semble-t-il, vous le pouvez telle que vous êtes, telle que je vous connais. Votre expérience (je pressentais déjà que vous avez subi de dures épreuves, quoique je n’en sache pas plus), vous me la raconterez à Südende, à la campagne, en cueillant des fleurs des champs, n’est-ce pas ? Je veux prendre ma part de vos chagrins et de votre fardeau, j’éprouve le besoin de ne pas vous voir souffrir seule. Peut-être pourrai-je par ma force et mon affection vous soutenir et vous protéger un peu. Et maintenant recevez beaucoup, beaucoup de remerciements pour les belles heures que vous m’avez procurées, pour la chaleur que vous m’avez dispensée, et aussi pour la beauté de vos mains, que je contemple chaque fois avec joie.

De tout cœur, votre Rosa.

Anémone apportée à Rosa Luxemburg en prison et qui se trouve dans l’herbier de Rosa Luxemburg

 

 

lux_mart

Marta Rosenbaum est morte en déportation le 31 octobre 1942 à Theresienstadt

Luise Kautsky

Déportée à plus de 80 ans  et morte en déportation le 8 décembre 1944

 

Portraitfoto von Luise Kautsky

Luise Kautsky

Im September 1944 wurde Luise Kautsky in das Vernichtungslager Auschwitz-Birkenau deportiert. Einige KZ-Häftlinge erkannten die vom tagelangen Transport in einem Deportationszug völlig entkräftete Frau. Sie schmuggelten Luise Kautsky an der Selektionsrampe vorbei in den Krankenblock des Lagers. Lucy Adelsberger, die selbst 1943 aufgrund ihrer jüdischen Herkunft nach Auschwitz deportiert worden war und dort als Häftlingsärztin arbeitete, schrieb später: “Bei aller körperlichen Gebrechlichkeit und Hinfälligkeit war Luise Kautsky geistig von einer Elastizität, die uns Jüngere fast beschämte. An ihrem Willen durchzuhalten, konnten sich die andern ein Beispiel nehmen.” Ähnlich äußerte sich Orli Wald, die Lagerälteste des Krankenblocks: “Schwer krank lag sie im Bett und doch veränderte sie in wenigen Tagen die ganze traurige und hoffnungslose Atmosphäre des Krankenblocks. Sie war eine unerschöpfliche Quelle von Gedanken und Erinnerungen. Die Kranken vergaßen zu stöhnen und hörten zu, wenn sie erzählte.” In den letzten Wochen ihres Lebens wusste Luise Kautsky ihren jüngsten Sohn, Benedikt Kautsky, nur wenige Kilometer entfernt. Benedikt Kautsky (1894-1960) war bereits im Oktober 1942 zur Zwangsarbeit ins KZ Auschwitz-Monowitz verschleppt worden, ein Arbeitslager des Chemiekonzerns IG Farben. Es gelang Helfer*innen, selbst geschriebene Zettelchen zwischen Mutter und Sohn hin und her zu schmuggeln. Trotz aller Bemühungen ihrer Mitgefangenen sie zu retten, starb Luise Kautsky am 8.12.1944. Benedikt Kautsky wurde 1945 im KZ Buchenwald befreit.

http://www.wir-falken.de/themen/verband/8160222.html

08 Mai 2015

“Franz Fanon. Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne”. Texte de Claudine Roméo. En contre-point à Rosa Luxemburg.

La quinzaine Rosa Luxemburg, puis la disparition de Claudine Roméo ont imposé l’idée de donner sur ce blog la parole à ceux qui aujourd’hui par des liens invisibles ténus mais tenaces font vivre ce qui peut apparaître essentiel chez Rosa luxemburg : la sensibilité, la conscience, l’engagement la rigueur. Vous trouverez les textes dans la rubrique contre-point. Nous publions aujourd’hui, après celui sur la Tunisie, l’Art dans la Révolution, un texte de Claudine Roméo: Fanon, Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne. Ce texte publié par Claudine Roméo en 2000 dans la revue Littérature frontalière constitue une analyse fine de l’approche de Fanon d’une culture méditerranéenne différente, qu’elle fait partir du postulat : “Ce n’est qu’après un double déplacement, d’abord en Europe – en “Métropole” – puis en Algérie, qu’il s’approprie une autre culture, une autre pratique, la culture révolutionnaire, découverte – et inventée – avec sa propre pratique, dans son engagement personnel.” Elle met ainsi en avant ce qui fait l’essentiel et l’importance aujourd’hui encore de Fanon, le lien entre réflexion et pratique, engagement et inscription dans la révolution. Et elle termine son texte par cette superbe phrase: “Le concept de “Black” des mômes des banlieues, indiens, africains, algériens, sous-prolétaires, mais aussi homosexuels, femmes, exclus de tous ordres et sans papiers, un seul et unique facteur les constitue comme “mêmes”, comme unis et universels : leur lutte.”


A noter pas seulement, leur oppression, mais aussi … leur lutte.

 

Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne.

Claudine Roméo

Le Martiniquais Franz Fanon a eu, en Europe et aux yeux du monde, une célébrité enthousiaste dans les milieux étudiants et militants entre 1960 et 1980. Dans les années 40, il est, pour les Noirs américains, une des figures lumineuses de leur combat. Depuis, c’est le silence, les jeunes n’en ont jamais entendu parler. Relisant des vieux numéros des “Temps modernes” et “d”Esprit”, je le vois constamment cité par Jean-Pierre Faye, Simone de Beauvoir, Sartre, comme le penseur de la Révolution Noire (“Black” serait maintenant un terme plus exact). Sa place dans notre questionnement sur “l’appropriation” est désignée du fait même qu’il l’a pratiquée, mais de manière tout à fait originale, sur des terrains concrets et brûlants: c’est ce que Deleuze a appelé la déterritorialisation, le décalage qui rend son appropriation spéciale, elle ne peut procéder que par écarts et par bonds.

Dans son analyse de la culture “noire” observée dans son enfance, il dénote un complexe d’appropriation de la culture “blanche”. Ce n’est qu’après un double déplacement, d’abord en Europe – en “Métropole” – puis en Algérie, qu’il s’approprie une autre culture, une autre pratique, la culture révolutionnaire, découverte – et inventée – avec sa propre pratique, dans son engagement personnel.

Fanon met en place une démarche et un discours originaux, en se plaçant simultanément à deux niveaux.

D’une part désappropriation/appropriation fonctionnent entre elles, dialectiquement au sens le plus serré, le plus fort (il citait couramment Hegel et Marx), d’autre part, selon le plan d’observations cliniques, les situations coloniales – ou anti-coloniales -, se repèrent dans la langue même. Observation sans cesse reprise, récits et descriptions de situations pathologiques ou libératrices, reviennent dans tous ses textes. Sa réflexion se rapproche de celle d’Albert Memmi pour qui le colonisateur est aussi aliéné (sinon plus) que le colonisé. Il a sans doute connu Memmi à Tunis.

Les différents lieux” où la voix de Fanon porte : Martinique, France, Algérie, Tunisie, mouvement des Blacks Panthers composent une constellation où les aspects divers de la révolte se diffractent et se reflètent, glissement, dérives, déterritorialisation.

Mais son écriture reste très fortement dialectique et rationnelle dans la forme et le suivi serré et soutenu de l’argumentation.

  1. 1. Éléments de la vie de Fanon qui éclairent cette pratique des passages

Il y a une thèse américaine sur Fanon de l’historienne Irene Gendzier (université de Boston). Sa source principale, bien que tue, a sans doute été la psychiatre algérienne Alice Cherki qui a travaillé dans le service de Fanon à Blida.

Fanon naît en 1922 dans une famille martiniquaise et prend conscience de l’aliénation – et des conditions de vie réelles – du peuple noir dès ses années de lycée. Très jeune, il est révolté par l’acceptation plus ou moins passive de l’oppression. Les descriptions déjà cliniques de certains comportements se trouveront plus tard dans Peau noire et masque blanc. Par sa seule observation, et avec l’intensité passionnée de son émotion et de sa souffrance, il passe du constat de l’oppression à celui, décourageant, de l’aliénation.

Expérience d’autant plus douloureuse qu’en même temps les Antilles françaises sont amenées à participer à la guerre, à défendre les valeurs “françaises”. Or l’atmosphère vichyssoise qui règne dans les colonies augmente encore l’oppression et la honte. La répression frappe la revue “Tropiques” créée par Aimée Césaire, elle est interdite en 1940. Césaire, amplement cité par Fanon dans tous ses livres, peut nous donner une idée assez fidèle de l’ambiance où vivaient les intellectuels et les artistes, dont Fanon, par exemple, à la fin de ses années de lycée (il est né 9 ans après Césaire). Atmosphère terrible, au moment où ces jeunes intellectuels cherchent leur voie.

Ainsi, dans Les Chiens se taisaient (tragédie), Césaire fait dire au “Rebelle”:

“J’ai capté dans l’espace d’extraordinaires messages […] plein de poignards, de nuit, de gémissements. J’entends plus haut que les louanges une vaste improvisation de tornades, de corps de soleil, de maléfices, de pierre qui cuisent, de petits jours étrangers, d’engourdissement bu à petites gorgées.”

Fanon et son ami Marcel Manville, maintenant avocat à Paris et à Fort de France et fondateur du club Franz Fanon, écœurés par la collaboration vont rejoindre la Dominique où des milliers de jeunes Antillais et Guyanais s’embarquent pour aller se battre en Europe. Ils débarquent à Saint-Tropez en 1944 et se battent ensuite en Alsace. Fanon est blessé dans la bataille de France, à Colmar. C’est là qu’il se rend compte qu’en fait, il ne se bat pas pour la liberté mais pour les métropolitains, les blancs.

“Cette nouvelle déception est immense” dit-il dans une lettre à sa mère. Jusque-là il pouvait dans un déchirement plus ou moins conscient déplorer le colonialisme, tout en pensant qu’ailleurs dans une vraie “France” étaient vivaces certaines valeurs. Mais par son engagement dans la guerre, il ne trouve “rien ici, qui justifie cette subtile décision de (se) faire le défenseur du fermier quand lui-même s’en fout”.

Toutes ces déceptions l’amènent à fuir la capitale où “il y a trop de nègres”. Idée qui anticipe sur sa future critique de la négritude. C’est à Lyon qu’il va faire ses études de médecine et de psychiatrie. Il suit également des cours de philosophie à l’université et fréquente les milieux trotskystes.

Ses études terminées, il est affecté dans différents services en métropole, puis accepte un poste à l’hôpital de Blida, en Algérie.

Il trouve immédiatement l’atmosphère de révolte, qui, sous l’occupation, était brouillée par le fait douloureux de la collaboration.

Invité en 1953 par l’historien André Mandouze à faire une conférence à l’université d’Alger contre le racisme, il est contacté par le FLN

En 1957, protestant contre des sanctions aux grévistes de l’hôpital de Blida, il est – pour quelques temps – expulsé d’Algérie par Lacoste. Il écrit dans “El Moudjahid” dont il devient correspondant à Tunis.

Atteint de leucémie, il est envoyé pour soins à Moscou, puis à Washington. Il meurt à 34 ans, ayant publié quatre ouvrages, dirigé et réorganisé un service de psychiatrie et participé acivement à la guerre de libération.

  1. 2. Première analyse de la réalité sociale par Fanon

Sa vision est d’abord proche de celle de Césaire et Glissant. Il y a cette réalité douloureuse et sans cesse ravivée, de l’oppression du “noir” par le “blanc”.

Mais Fanon n’est pas un littéraire, il ne trouve aucune jouissance dans la souffrance, aucune consolation épique dans de quelconques lamentations. C’est le point de départ qu’ils ont surtout en commun. Ensuite Fanon choisit surtout la “critique sociale” comme on l’appellerait maintenant. Il constate des cassures inévitables et les décrit comme des véritables dispositifs machiniques – Fanon s’étonne de l’absence de l’esprit de révolte. Comment la longue histoire des esclaves noirs, histoire de douleur et de mort, ne les a pas, aux Antilles, entraînés dans la révolte, la révolution? La dialectique employée est très voisine de celle du maître et de l’esclave, très voisine aussi du style sartrien (cf. “Conscience and consciousness”, The relevance of Hegel ans Sartre, in Fanon, I. Gendzier).

Dans cette Martinique encore dominée ou dans des coins d’Algérie pas encore révoltés, les noirs imitent les manières des blancs, jusqu’à l’expression du visage, jusqu’aux vêtements. Plus symptomatique encore, le langage.

Cas d’aphasie, impossibilité à employer certains mots, hallucinations auditives (discours imaginaire ou écoute d’une radio imaginaire en français, directement branchée dans la tête). Ces descriptions impressionnistes, mais déjà précises, et ensuite cliniques (Algérie) ont un effet d’abord théorique chez Fanon.

Mais ses refus sont déjà très nets. Jamais, il ne s’est fait le chantre de la négritude.

Beaucoup plus tard, il sera amené à attaquer très vivement Senghor. S’il avait fallu parler dès cette époque, de la “différence”, Fanon ne l’aurait certainement pas placée là où on s’y serait attendu. Il aurait déjà vu le danger de ce concept.

En effet, pour Fanon, la négritude n’est que l’envers d’une attitude blanche qui met “tous les nègres dans le même sac”. C’est ce qu’il déclare dès 1956 à Paris à un congrès de la Société africaine de Culture.

La vraie différence est entre exploitants et exploités, dominants et dominés, ce en quoi il se montre avant tout marxiste.

Dans les premières descriptions cliniques, de véritables éléments de résistance apparaissent. Avant que la posture révolutionnaire s’affirme, Fanon dépiste les formes spontanées de cette résistance – façon de pratiquer le double langage, jeux de mots où le colonisé prend au piège le colon, emploi du créole, récits des vieux qui mettent en scène l’antillais se moquant du blanc. Aussi dans Peau noir et masque blanc, ces magnifiques passages où Fanon fait un nouvel “éloge de la paresse” : dans une situation où le noir est seul face au patron blanc, la “paresse” est une forme courante et efficace de résistance = analyse de Fanon pleine d’humour et de perspicacité.

Bien que anti littéraire, Fanon est un écrivain. Son texte est vivant, nerveux. La négritude – celle de Senghor – est pour Fanon une attitude “littéraire” même s’il en comprend du dedans les implications affectives et la blessure. Il préfère une attitude critique – très fraternelle – et en ce sens vraiment autocritique. Alors que la négritude, tournée vers le passé, est coupée de l’actualité, l’intellectuel doit être

“debout devant le présent de son pays, obervant lucidement et objectivement l’actualité du continent qu’il voulait faire sienne, l’intellectuel est effrayé par le vide, l’abrutissement, la sauvagerie.” (Damnés de la terre, P. 102)

Il regarde ce qui se passe sur le continent africain:

“En Afrique, la littérature colonisée […]  n’est pas une littérature nationale, mais une littérature de nègres.”

Ce qui indigne le plus Fanon, c’est l’enfermement dans les attitudes toutes faites, des clichés, en particulier l’absence de rationalité prétendue des noirs.

“Dans l’ensemble, les chantres de la négritude opposeront la vieille Europe à la Jeune Afrique, la raison ennuyeuse à la poésie, la logique oppressive à la piaffante nature […] D’un côté raison, cérémonie, protocole, scepticisme, de l’autre ingénuité, pétulance, liberté, pourquoi pas luxuriance, mais aussi irresponsabilité”:

Remarque de Fanon qui rappelle les racistes qui disent que “les noirs ont le rythme dans la peau” (sans compter les implications sexuelles, cf; La putain respectueuse, de Sartre).

Aussi, à partir d’une dialectique serrée et argumentée, dont la conclusion nécessaire paraissait toute trouvée, l’identité nègre, Franz Fanon pratique un écart, une déterritorialisation. Il fuit cette (nouvelle) forme d’enfermement – l’enfermement dans un style de discours et dénonce le mythe qui relie inévitablement le blanc à l’idée de culture et le noir à l’idée de nature.

Le noir se désapproprie de ces successifs enfermements et s’approprie son humanité: c’est cela l’apport de Fanon.

3.

Mais il fallait encore une étape, une dé-rive, une reprise, fonctionnant là aussi comme désappropriation de tout exotisme – perte désécurisante des nouvelles certitudes aussi – la guerre, la déception, la perte de toute naïveté en qui concernait une quelconque quête universelle des droits “je me bats pour le droit du fermier et le fermier s’en fout”. Rappel de la guerre en France, pour libérer la Métropole.

Le constat cuisant, suivi d’études de psychiatrie, de philosophie et anthropologie, devait le conduire vers le lieu où la parole serait enfin entendue et où une double activité s’offrait à lui.

C’est en Algérie que la saisie aveuglante de deux enfermements se fait, et le pousse vers un engagement définitif.

La façon d’aborder la “maladie” mentale à Blida d’une part, s’exercer son métier, de faire sienne cette dérive pour en décrire les déterminations socio-historiques – coloniales – et la situation politique de l’Algérie colonisée d’autre part, la folie comme révolte, et la révolution enfin trouvée.

Dans le service psychiatrique de Blida, Alice Cherki, sa collaboratrice, dans un recueil de textes des amis de Fanon, raconte comment il aborde la réalité institutionnelle. Les premiers chapitres de l’an V de la révolution (re-publié sous le titre Sociologie d’une révolution) sont consacrés à des pathologies repérées surtout dans le langage, dans le parler : confusion, délires de persécution, bredouillage. Avant qu’on parle d’antipsychiatrie, Fanon donne la parole aux patients de l’hôpital de Blida. Il amorce l’autogestion d’une cafétéria, d’une bibliothèque et d’activités culturelles. Il décloisonne le rapport soignant/soigné. Il conçoit la folie, avant la lettre, comme pathologie presque exclusivement sociale. Le colonisateur lui paraissant, bien sûr aussi “malade” que le soignant.

Dans l’an V de la révolution , le lien entre son travail de psychiatrie – être du côté du patient plutôt que de celui de l’institution, et la révolution algérienne – révolution enfin trouvée – est nettement établi dans Peau noire et masque blanc (P. 81)

“Ce qui apparaît donc, c’est la nécessité d’une action couplée sur l’individu et sur le groupe – en tant que psychanalyste, je dois aider mon patient à concentrer son inconscient […] à agir dans le sens d’un changement des structures sociales.”

Fanon va donc développer “une rhétorique de combat”, selon une expression employée par les participants au colloque de Brazzaville. Dans un article de Présence africaine (février – mai 1959 n°24 -25), il imagine ce mini-dialogue entre une bourgeoise et un noir:

“la dame (gracieusement)

– mais il est blanc, ce noir!

– le nègre blanc, vous emmerde madame.”

Certains accents violents ou drôles sont très proches de Jean Genet – parfois, par éclairs, c’est le même humour d’un dionysiaque follement politique (cf. Les Nègres, Les Paravents).

Comme le voit très bien Sartre, avec le même enthousiasme critique, dans sa longue préface aux damnés de la terre:

“Le lecteur est sévèrement mis en garde cotre les aliénations des plus dangereuses […] tout aussi bien, le retour du lointain passé de la culture africaine.”

L’appropriation de la révolution algérienne, modèle de la révolution de tout noir, ne peu que passer par la violence. Mais dit Sartre commentant Fanon :

“Ce qui n’est pas d’abord leur violence, c’est la nôtre retournée, qui grandit et les déchire.”

Guérilla, que chacun doit mener quotidiennement contre soi-même en tant qu’aliéné ( à tous les sens du mot) = “l’indigénat, reprend Fanon, est introduit et maintenu chez les colonisés avec leur consentement”.

Cette pensée, plaie ouverte, a une portée universelle, elle ne concerne pas seulement le colonisé mais aussi le colonisateur :

“Nous aussi, gens de l’Europe, conclut Sartre, on vous décolonise. Cela veut dire qu’on s’extirpe par une opposition sanglante le colon qui est en nous.”

Comme le remarque Jacques Fredj dans les actes du colloque de Brazzaville utilisant Psychologie de la décolonisation, d’Octave Mannoni, cette décolonisation est d’abord linguistique “ce n’est pas le langage, qui se construit et se défait au cours de l’analyse”. Au cours de la guerre de libération, le militant refuse tout d’abord d’écouter la radio française, qui, tel le Dieu du Président Schreber – cas de texte paranoïaque analysé par Freud – lui dicte discours et délires directement dans la tête -. Cependant, impliqué ensuite dans la lutte, il se sert de cette même radio pour des émissions clandestines dans le Djebel.

Autre langage : le vêtement, le voile.

Dans un premier temps la jeune fille porte le voile (traditions familiales), dans un deuxième temps, “émancipation” de type européen, elle le rejette. Mais plus tard, gagnée par la révolution, elle le remet et cache – en dessous – des armes.

“Elle a une démarche fière et dégagée”.

Que ces analyses, aussi incisives que naïves et triomphalistes ne nous fassent pas sourire trente-cinq ans après. Parfois un peu inexactes, dans leur schématisme (partie I et II, An V de la Révolution), elles restent fixées dans une vérité.

C’est donc avec la plus grande gravité que nous relisons maintenant des passages sur l’Algérie, fer de lance de la révolution “noire” ou “africaine”.

“La vieille Algérie est morte” dit Fanon, “la puissance de la révolution réside d’ores et déjà dans la mutation radicales qui s’est produite chez l’Algérien”.

Autre raison de considérer ici et maintenant sa pratique de l’appropriation : un fort mouvement antiraciste s’est donc développé, relancé par la lutte contre la loi Debré, avec “le respect des différences” comme slogan. Mais au-delà et après le développement d’une certaine idéologie occidentale de gauche, on renvoie, en fait, chaque “Black”, chaque opprimé, à sa différence, rendant implicitement exclue l’appartenance à l’universel.

Le concept de “Black” des mômes des banlieues, indiens, africains, algériens, sous-prolétaires, mais aussi homosexuels, femmes, exclus de tous ordres et sans papiers, un seul et unique facteur les constitue comme “mêmes”, comme unis et universels : leur lutte.

Original sur :

“Franz Fanon. Des Antilles à l’Algérie, pour une autre culture méditerranéenne”. Texte de Claudine Roméo. (Pour conjurer l’absence, 2) 

http://linter.over-blog.com/2015/03/texte-de-claudine-romeo-fin-pour-conjurer-l-absence-2.html

Lien de l’image : https://afrodiasporarts.files.wordpress.com/2012/05/fanon-chaque-fois.jpg

15 Mar 2015

Il est une communauté invisible que créent certaines personnalités qui relient tous les liens sensibles et conscients. Un montage sur le texte de Claudine Roméo, Art dans la révolution. En contre-point à Rosa Luxemburg.

“Le sentiment que certains font s’unir le meilleur de chacun”

Il est une communauté invisible que créent certaines personnalités qui relient tous les liens sensibles et conscients qui nous parcourent. C’est le sentiment vécu lors de certains engagements. C’est le réel vécu lors de la quinzaine Rosa Luxemburg. C’est ce qui est souvent vécu avec les textes et lettres de  Rosa Luxemburg. C’est ce qui naît de ce rapprochement du texte de Claudine et de ces vignettes crées à partir de graphes sur les murs de Tunis. Le sentiment que certains font s’unir le meilleur de chacun . D.V.P. C’est ce que nous avons vécu lors de l’enterrement de Claudine.

L’inhumation, ce vendredi 27 février, a rassemblé plus de 200 personnes. La soirée hommage s’est poursuivie jusqu’à une heure du matin, entre danse, chants, textes, photos; multiples hippocampes légers et irisés, oxymore d’une force fragile qui nous a rassemblés comme nous avaient rassemblés les lettres en prison de Rosa Luxemburg, qui avaient mis en acte à Saint-Etienne, aussi près de deux cents personnes, chacune avec sa sensibilité et sa pensée …


 Texte pour l’Ecole des Beaux Arts de Tunis ( Isbat ) Art dans la Révolution

(Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir)

 

Tunis 0 couverture 0

Peu de temps pour formuler et écrire, beaucoup de « bonne » fatigue, provoquée par l’émotion, l’urgence à penser et faire les choses, au cœur de l’environnement unique créé en ce moment, au milieu des choses  pensées et faites par les autres, mes sœurs et frères, mes camarades tunisiens .

 

Tunis 1 0Ne rien faire, ne pas penser, mais comment ne pas  être  propulsée dans ce tourbillon intense et créatif, tourbillon de forces centripètes et centrifuges ?  Forces qui vont “dans tous les sens”, surtout dans le bon sens, le Sens de l’Histoire.  Ne rien faire serait se comporter en touriste de la Révolution des autres. Or, bien sûr qu’elle appartient à tout le monde, cette Révolution. Mais pas à ceux qui veulent et parfois peuvent, même, se l’approprier et la récupérer. Comme pour le reste, il n’y a pas de propriété privée de la Révolution.

Donc, pour moi, en venant vous voir et en venant à l’Isbat, bien sûr , je viens pour m’informer et informer : mais ce travail d’information sur certains médias à ma disposition, et de création de réseaux entre nous et vous, d’un continent à l’autre , est la contribution élémentaire que je pouvais porter auprès de vous. Mais, plus inattendu, la dispersion,  la diversité de l’activité philosophique, le fait que le philosophe est un « touche à tout », et s’occupe de ce qui ne le regarde pas, peut le rendre à même d’établir des rapprochements entre vous. C’est un spécialiste des généralités, ou plutôt, de l’universel,  alors, donc, plus inattendu, il contribue à créer des rhizomes entre vous, quand vous ne les avez pas encore établis vous-mêmes.

Tunis 2 0 Mon regard et ma position transversale, à travers quelques milieux révolutionnaires tunisiens qui ne se fréquentent pas encore, peut être utile : La position universelle de l’Art, pour lequel il s’agit, comme pour la Philosophie, de « créer des concepts-« , par exemple d’ici, de Tunisie, facilite la fluidité d’une forme de pensée critique à une autre  .

 Et aussi, la fréquentation d’autres métiers rend des choses possibles : – jusqu’aux jeunes chômeurs, puisque la Révolution est venue d’eux, artisans, paysans, ouvriers en grève à Gafsa ou à Gabès et à Sfax, imprimeurs, et aussi, juristes , avocats, enseignants, aviateur – ils sont en grève en ce moment à Monastir – employés des télécoms, postiers, avocats,  économistes, que j’ai eu la chance de pratiquer ces jours-ci.

Prolétaires  « de tous pays », mais aussi de toutes régions et de tous genres, dans leurs œuvres,  ils se côtoient. Le faire, déjà, la mise en œuvre, ou la main à la pâte, s’il s’agit d’un boulanger, cette position de touche-à-tout (où tous deviennent artistes et  philosophes) peut à tout instant en nouer les liens, en tricoter les radicelles, et en faire des  “nœuds”

Tunis 3 0

… Décidément voilà que je cite Deleuze déjà 3 fois de manière cryptique … subconsciente même pour moi pendant que je vous écris cette lettre, je m’en aperçois seulement à l’instant,…

Je ne reviens pas sur la fabrique de concepts, concept et formulation verbale, ce n’est pas la même chose.

Le concept de l’art peut être rouge, dur, horizontal. Il peut être syncopé ou d’un phrasé musical net et «  andante », comme les concepts de Mozart, ou débordant, quasi baroques, comme ceux de Frank Zappa. On aura compris que lorsqu’on parle de l’Art fabricant des concepts, comme la philosophie, il ne s’agit vraiment pas – sauf cas très particulier – de l’art dit «  conceptuel » qui n’est qu’un cas de figure – c’est le cas de le dire !!- un cas historique particulier, d’ailleurs pas clôturé encore à ce jour.

L’Art plastique, la Musique, la définition que j’en donnerais, et la Poésie, loin d’être des conduites de fuite loin du réel, sont au contraire des activités d’intimité resserrée et quasi amoureuse avec le réel. Un rapport d’intimité  que la Science, par exemple, ne pratique pas, ou il s’agirait plus de proximité distante, objectivante, pour cette Activité scientifique,

L’Art, même le plus contrôlé, et le plus « froid», pratique à coup sûr cette intimité , cette présence au réel qui enchante l’artiste, le fait s’envoler dans l’urgence de dire , de sortir, de faire émerger et bourgeonner cette sève qui lui vient du réel.

Tunis 4 0

Il ne peut être que dans une appartenance radicale à cette terre , à ce monde. Sauf que, différent de la pensée magique, comme pourrait le dire Lévi-Strauss, bien qu’articulé à tout instant à elle, il ne subit PAS passivement son cadeau, mais le transforme immédiatement et toujours de manière unique. La mythologie le fait aussi, mais au cours des siècles et de manière subconsciente, sinon inconsciente, car toujours collective. Alors que , si l’art est parfois collectif, c’est par choix, et dans le ici et maintenant de l’histoire : de l’Histoire tout court, et de …l’histoire de l’art, de sa propre histoire, donc.

Tout ceci n’était qu’un long préambule méthodique.

Mais qui peut engendrer des conclusions et des effets radicalement rapides et éclatants .

Par exemple,  La réalité qui nous occupe et nous porte en ce moment, c’est la Révolution, cette révolution tunisienne si particulière, si inouïe et inattendue,

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Alors, l’art doit être- est- dans cette proximité folle inouïe, tout aussi impossible que la révolution elle-même, cette révolution, et alors, et il la fait, la produit dans la mesure de moyens, même très réduits. Et aussi, cet art est modulé, induit, insufflé et tendu, dans la droite ligne de la dynamique révolutionnaire, il multiplie ses interventions, il parle à chacun son langage, affect et pensée critique concrète tout ensemble. Il est dans le politique, tout à fait, mais ce Politique-là qui nous importe et nous fait vivre.

Tunis 6 0Et ce n’est pas un propos d’intellos –même de gauche !- que je tiens ici, j’ai vérifié cent fois cette réalité concrète de l’art. Il n’est pas alors, « au service » de la Révolution, ni là pour illustrer, orner, rendre belle la Révolution. Elle est intensément existante et belle, si je voulais plagier Sartre : pour lui, il n’y a pas de Nature humaine, donc pas d’essence de l’homme, il n’y a que de l’existence. Je dirais que, comme pour la réalité de l’homme, il n’a que de l’existence, et pas d’essence, Pour une- ou une autre, Révolution, il n’y a pas d’idée générale. Les occidentaux, ou de toute manière, ceux qui voient la Tunisie « de loin » , se demandent si ce qui se passe, ici, dans la rue, c’est La Révolution, si cela correspond bien à la définition du dictionnaire, si ici, c’est fidèle à l’idée abstraite de Révolution, en bons « intellectuels de gauche », ils concluent presque toujours « ça n’est pas une Révolution ».

 Pour la Révolution , et la vôtre, la nôtre ici et maintenant, il n’y a que de l’existence aussi.

Tunis 7 0

Et sa réalité trouve ses multiples et libres actes , “artistiques dans l’acte même – Sidi Bouzid, ou la rue de Tunis- ou dans l’expression concrète simultanée de l’acte , L’ART, qui est un acte aussi.

Je crois que si on s’en tient à cette analyse, de la Révolution comme Réalité, l’artiste, les artistes ne peuvent tomber, ni dans la mièvrerie, ni dans la confusion – danger si redoutable en ce moment électoraliste.

Pour nous,  ce réel si urgent, si pressant, au battement de cœur et de sang si forts, NOUS DONNE SA FORCE .

Tunis 9 0Pour Artifekt, 1er Mai 20011.  texte n° 1

A lire sur le blog de Claudine : http://claudine-romeo.over-blog.com/article-texte-pour-ll-ecole-des-beaux-arts-de-tunis-isbat-art-dans-la-revolution-75488789.ht

Montage de Janie à partir du texte de Claudine sur des graphes photographiés par Christophe à Tunis

03 Mar 2015

Claudine Romeo a disparu. Notre émission sur Rosa Luxemburg n’aura jamais lieu … Toutes ces absences qui se font si présentes

Le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre sur notre blog est celui-ci. Notre rêve d’une nouvelle quinzaine Rosa Luxemburg, j’aurais voulu qu’elle en soit l’une des chevilles ouvrières. Je la sentais si proche, si sensiblement proche, si intimement interpellée par tout ce que Rosa Luxemburg peut représenter, de sensibilité, d’engagement et de conscience. Et cela, elle ne l’aura jamais su, comme elle n’aura jamais réalisé ce désir si profond d’une série d’émissions sur Rosa Luxemburg qu’elle me pressait régulièrement de faire. Le temps non mesuré, l’incapacité de percevoir l’urgence et l’essentiel, le manque d’imagination sur les disparitions possibles aura laissé filer le temps, la possibilité d’entendre sa voix sur ce thème, d’enrichir pour elle, pour nous, pour tous notre compréhension de l’apport de Rosa Luxemburg à la pensée et à l’humanité des engagements.

Rien d’autre à dire, mais beaucoup à pleurer …

Dominique Villaeys-Poirré


Ce que nous répond une camarade:

… toutes ces absences qui se font si présentes

C’est beau et l’émission pourra peut-être avoir lieu sans elle présente physiquement mais riche de toutes ces absences qui se font si présentes au cours des années qui passent et qui nous permettent de suivre des chemins de Rosa à Claudine par exemple en sera un supplémentaire.

14 Fév 2015

Claudine Romeo a disparu. Notre émission sur Rosa Luxemburg n’aura jamais lieu …

Le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre sur notre blog est celui-ci. Notre rêve d’une nouvelle quinzaine Rosa Luxemburg, j’aurais voulu qu’elle en soit l’une des chevilles ouvrières. Je la sentais si proche, si sensiblement proche, si intimement interpellée par tout ce que Rosa Luxemburg peut représenter, de sensibilité, d’engagement et de conscience. Et cela, elle ne l’aura jamais su, comme elle n’aura jamais réalisé ce désir si profond d’une série d’émissions sur Rosa Luxemburg qu’elle me pressait régulièrement de faire. Le temps non mesuré, l’incapacité de percevoir l’urgence et l’essentiel, le manque d’imagination sur les disparitions possibles aura laissé filer le temps, la possibilité d’entendre sa voix sur ce thème, d’enrichir pour elle, pour nous, pour tous notre compréhension de l’apport de Rosa Luxemburg à la pensée et à l’humanité des engagements.

Rien d’autre à dire, mais beaucoup à pleurer …

Dominique Villaeys-Poirré

 

13 Fév 2015

Contre ce qui a assassiné à Charlie Hebdo, une seule solution … la conscience politique. Comprendre avec Rosa Luxemburg.

Contre ce qui a assassiné à Charlie Hebdo, une seule solution …

En illustration, ce dessin de Wolinski

 

 

09 Jan 2015