Archives de mots clés: textes

En hommage à Maspéro et son rôle dans la publication de textes de Rosa Luxemburg. Bibliographie sur Smolny.

Tout d’abord, dire l’importance du travail du collectif Smolny qui a réalisé cette bibliographie et qui donne ainsi comme sur beaucoup d’autres thèmes des outils d’information et de réflexion essentiels. C’est un travail continu et de grande ampleur qui demande volonté et intelligence politique.

Ensuite souligner la précocité de la démarche de François Maspéro qui met en place cette collection et publie bien avant 68 Rosa Luxemburg.

Souligner aussi que c’est à Georges Haupt qu’il confie l’animation de la collection. Georges Haupt qui a eu une grande importance dans la transmission d’une réflexion politique différente et dont les ouvrages sur les congrès de l’Internationale ont permis l’accès à l’histoire de cette organisation essentielle pour Rosa Luxemburg.

Enfin par ce bref article, rendre hommage à François Maspéro qui vient de disparaître.


 

Bibliothèque Socialiste Maspero

Fiche bibliographique n° 3 ( 1963 – 1980 )

vive la lutte

Présentation :

Collection dirigée par Georges Haupt, décédé en 1978. Si certains titres ont été depuis réédités, beaucoup ne sont disponibles que dans cette collection.


Par ordre de numérotation dans la collection :

— 1. BOUKHARINE Nicolas & PREOBRAJENSKY Eugène, A.B.C. du communisme, préface de Pierre Broué, Paris, Maspero, 1963 ;

 2. LUXEMBURG Rosa, Grève de masses, parti et syndicats, rééd. dans une traduction nouvelle dans la PCM, Oeuvres I, Paris, Maspero, 1964 ;

— 3. LUXEMBURG Rosa, La révolution russe, préface de Robert Paris, Paris, Maspero, 1964 ;

— 4. COLLECTIF, Les bolcheviks et la Révolution d’Octobre, procès-verbaux du Comité Central du parti bolchevique, août 1917 – février 1918, présentation de Guiseppe Boffa, Paris, Maspero, 1964 ;

— 5. LAFARGUE Paul, Le droit à la paresse, préface de Jean-Marie Brohm, rééd. avec une présentation nouvelle de Maurice Dommanget dans la PCM, Paris, Maspero, 1965 ;

— 6. HAUPT Georges, Le congrès manqué : l’Internationale à la veille de la Première Guerre Mondiale, Paris, Maspero, 1965 ;

— 7. COLLECTIF, Staline contre Trotsky, 1924-1926. La révolution permanente et le socialisme dans un seul pays, présentation et choix de textes de Guiliano Procacci, Paris, Maspero, 1965 ;

 8. FRÖLICH Paul, Rosa Luxemburg, sa vie, son oeuvre, Paris, Maspero, 1965 ;

— 9. FISCHER Georges, Le Parti travailliste et la décolonisation de l’Inde, Paris, Maspero, 1966 ;

— 10. ADLER Max, Démocratie et conseils ouvriers, traduction et présentation d’Yvon Bourdet, Paris, Maspero, 1967 ;

— 11. LUXEMBURG Rosa, L’accumulation du capital, présentation d’Irène Petit, 2 vols., Paris, Maspero, 1967 ;

— 12. ARCHIVES MONATTE, Syndicalisme révolutionnaire et communisme, présentation de Colette Chambelland et Jean Maitron, Paris, Maspero, 1968 ;

— 13. HAUPT Georges & MARIE Jean-Jacques, Les bolcheviks par eux mêmes, Paris, Maspero, 1969 ;

— 14. BERNSTEIN Samuel, Auguste Blanqui, Paris, Maspero, 1970 ;

— 15. KOSIK Karel, La dialectique du concret, Paris, Maspero, 1970 et 1978 ;

— 16. DOMMANGET Maurice, Sur Babeuf et la conjuration des Egaux, Paris, Maspero, 1970 ;

— 17. LIEBKNECHT Karl, Militarisme, guerre, révolution, choix de textes et présentation de Claudie Weill, Paris, Maspero, 1970 ;

— 18. LOWY Michaël, La théorie de la révolution chez le jeune Marx, Paris, Maspero, 1970 ;

— 19. SADOUL Jacques, Notes sur la révolution bolchevique, Paris, Maspero, 1971 ;

— 20. GRAS Christian, Alfred Rosmer et le mouvement révolutionnaire international, Paris, Maspero, 1971 ;

— 21. NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome I, Paris, Maspero, 1972 ;

— 22. NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome II, Paris, Maspero, 1972 ;

— 23. FLECHTHEIM Ossip K., Le Parti communiste allemand sous la République de Weimar, Paris, Maspero, 1972 ;

— 24. CONFINO Michaël, Violence dans la violence, le débat Bakounine-Netchaïev, Paris, Maspero, 1973 ;

— 25. KOLLONTAÏ Alexandra, Marxisme et révolution sexuelle, préface et présentation de Judith Stora-Sandor, Paris, Maspero, 1975 ;

— 26. GRANDJONC Jacques, Marx et les communistes allemands, Paris, Maspero, 1974 ;

— 27. HAUPT Georges, LOWY Michael & WEILL Claudie, Les marxistes et la question nationale 1848-1914, Paris, Maspero, 1974 ;

— 28. MAITRON Jean, Le mouvement anarchiste en France. I – Des origines à 1914, Paris, Maspero, 1975 ;

— 29. MAITRON Jean, Le mouvement anarchiste en France. II – De 1914 à nos jours, Paris, Maspero, 1975 ;

— 30. HEMERY Daniel, Révolutionnaires vietnamiens et pouvoir colonial en Indochine, Paris, Maspero, 1975 ;

— 31. LUXEMBURG Rosa, Vive la lutte ! Correspondance 1891-1914, Paris, Maspero, 1975 ;

— 32. MONATTE Pierre, La lutte syndicale, Paris, Maspero, 1976 ;

— 33. WEILL Claudie, Marxistes russes et social-démocratie allemande 1898-1904, Paris, Maspero, 1977 ;

— 34. LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Paris, Maspero, 1977 ;

— 35. SERGE Victor & TROTSKY Léon, La lutte contre le stalinisme, Paris, Maspero, 1977 ;

— 36. BOURDÉ Guy, La défaite du front populaire, Paris, Maspero, 1977 ;

— 37. COHEN Stephen, Nicolas Boukharine, la vie d’un bolchevik, Paris, Maspero, 1979 ;

— 38. LOWY Michaël, Le marxisme en amérique latine de 1909 à nos jours : anthologie, Paris, Maspero, 1980 ;

— 39. HAUPT Georges, L’historien et le mouvement social, Paris, Maspero, 1980 ;

— 40. LUKACS György, Correspondance de jeunesse : 1908-1917, choix de lettres préfacé et annoté par Éva Fekete et Éva Karádi, traduit du hongrois et de l’allemand par István Fodor, József Herman, Ernö Kenéz et Éva Szilágyi, Paris, Maspero, 1981 ;


Sur notre site :

— Fiche bibliographique n° 4 : Petite Collection Maspero ;

— Fiche bibliographique n° 33 : Actes et Mémoires du peuple — Collection Maspero ;

25 Mai 2015

Et si les partis avaient appelé à la grève à la déclaration de guerre! Dossier guerre et grève de masse. Le discours de Rosa Luxemburg devant la commission “Militarisme et conflits internationaux” du Congrès de Stuttgart.

La question revient souvent, comment aurait-on pu arrêter le conflit mondial. La réponse a été donnée de manière continue par Rosa Luxemburg: par la grève de masse. Dans ce dossier, vous trouverez les documents sur ce thème qui peuvent aujourd’hui encore alimenter notre réflexion.

 

Le discours de Rosa Luxemburg devant la commission “Militarisme et conflits internationaux”, Congrès socialiste international de Stuttgart, août 1907.

Prononcé au nom des social-démocratie russe et polonaise, le discours devant la commission “Militarisme et conflits internationaux” en 1907 est l’un des principaux textes de Rosa Luxemburg faisant le lien entre la lutte contre la guerre et l’appel à la grève. Elle y annonce des amendements à la résolution présentée par Bebel sur la guerre.

Dans ce discours, elle revient tout d’abord sur le Congrès d’Amsterdam de 1904 et à la résolution modérée sur la grève générale qui y avait été votée:

Pendant le dernier congrès tenu à Amsterdam, en 1904, la question de la grève de masse a été soulevée. Une résolution a été adoptée qui nous déclarait ni assez mûrs, ni assez préparés pour la grève de masse.”

Et elle s’oppose aux positions de Vollmar et Bebel dans le présent Congrès, restés selon elle sur ces bases. Pour Rosa Luxemburg, la Révolution russe de 1905, advenue entre-temps constitue la preuve dialectique et marxiste de la nécessaire évolution de l’Internationale sur ce point. Il convient de tirer les leçons de cette révolution:

J’ai pensé que si les ombres sanglantes des révolutionnaires se trouvaient parmi nous, elles diraient: Nous vous laissons vos hommages, mais tirez les leçons de notre expérience!”

 Et la leçon de cette expérience est que:

“La Révolution russe ne prend pas seulement sa source dans la guerre; elle a aussi servi à l’interrompre. Sans la Révolution, le pouvoir tsariste aurait certainement continué de mener la guerre.”

 Il est en effet remarquable que les deux Révolutions russes soient ainsi indissociablement liées à la guerre, en 1905 (guerre russo-japonaise) comme en 1917.

Une première leçon avait déjà été tirée selon elle lors du Congrès de Iéna en septembre 1905 qui avait reconnu la grève de masse comme un moyen de lutte de la classe ouvrière, mais la mettait en relation avec le seul droit de vote:

“Dans cette résolution, ce dernier [Elle parle du SPD] faisait apparaître la grève générale qu’il avait rejetée durant des années en la taxant d’anarchisme, comme un moyen auquel il est possible d’avoir recours dans certaines circonstances. Ce n’était pourtant pas le spectre de Nieuwenhuis, mais le fantôme rouge de la Révolution qui planait sur les négociations de Iéna.”

Pour elle, il convient dans la résolution qui sera adoptée d’aller plus loin, en ce sens dit-elle:

que nous voulons nous assurer que l’agitation effectuée en cas de guerre vise, non seulement la cessation du conflit, mais aussi la mise à profit de la guerre pour accélérer la chute de la domination de classe toute entière.”

La brochure de Junius, la guerre et l’Internationale (1907 – 1916). Tome IV des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Editions Agone, Agone&Smolny, 2014. P 5/6


Petite précision

On omet souvent le rapport avec ce que vivait concrètement Rosa Luxemburg et qu’elle ne laisse pas transparaître. Rosa Luxemburg, alors qu’elle prononçait ce discours, sortait tout juste de prison (Elle est libérée après deux mois d’emprisonnement le 12 août, le Congrès commence le 18 août) pour appel à la grève face à la guerre lors du Congrès de Iéna (qu’elle évoque dans ce texte)! Ce qui ne l’empêche pas d’être avec Lénine et Martov la cheville ouvrière des modifications de la résolution de cette commission  dans une perspective révolutionnaire plus affirmée comme nous le verrons  dans l’article suivant.

rl_1915

Article : Quand évoquer simplement la grève de masse, vous conduit en prison! 1907, R. Luxemburg est emprisonnée deux mois pour incitation à la violence. sur comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Rosa Luxemburg a été emprisonnée à plusieurs reprises, pour des discours tendant à contribuer à faire avancer la réflexion et l’action des masses. Ainsi, en septembre 1905 au Congrès du parti à Iena, Rosa Luxemburg intervient sur la grève politique de masse. Cela s’inscrit dans la discussion vive qui commence à enflammer à l’époque le parti. Et c’est pour ce simple discours devant des congressistes, qu’elle sera condamnée le 12 décembre 1906 pour incitation à la violence à deux mois de prison qu’elle effectuera du 12 juin au 12 août 1907 dans la prison des femmes de Berlin, Barnimstr.! Entre le discours et le procès s’écoule plus d’une année. Et le lien entre réflexion et action dans la vie de Rosa Luxemburg apparaît clairement. En effet, le 28 décembre 1905, elle quittait Berlin sous le nom d’Anna Matschke pour rejoindre la révolution russe. Arrêtée le 4 mars 1906 à Varsovie, elle est libérée le 28 juin 1906, alors que Leo Jogiches restait, lui, incarcéré. Elle séjourne d’abord en Finlande: on craignait en effet son arrestation à son retour en Allemagne justement du fait du procès qui lui était intenté. Ces conditions extrêmes ne l’empêchent pas de travailler à son texte majeur sur la grève de masse “Grève de masse, parti et syndicats”, qui lui avait été commandé à la fin de 1905 par des instances régionale (Hamburg) et locales du SPD, et qui s’enrichit alors de l’expérience vécue de la révolution russe. Parallèlement, elle ressent intimement la sclérose politique du parti allemand et la nécessité comme elle le dit dans un courrier à Clara Zetkin de contribuer à faire bouger la situation, en particulier en mettant en avant ce concept de grève politique de masse. R. Luxemburg à C. Zetkin, écrite après le 16 décembre 1906. “Parce que j’ai déjà compris – c’est d’une clarté effrayante – que ces choses et ces gens ne pourront changer, tant que la situation n’aura pas changé …Elle fait ainsi tout pour revenir en Allemagne à temps  pour le Congrès de Mannheim en septembre 1906 malgré la menace du procès et de l’emprisonnement et pour pouvoir participer à “la semaine à Mannheim. C’est pour moi l’essentiel”, écrit-elle à  Arthur Stadthagen le 11 septembre 1906. Et à la confrontation qui bat son plein entre le courant réformiste et les sociaux-démocrates révolutionnaires sur le rôle de la grève politique de masse comme moyen de lutte de la classe ouvrière. Elle consacrera les mois qui suivent à ce combat. Une simple note en fin de lettre fait référence au procès qui s’approche: “Le 12 avril, j’ai une audience devant le tribunal impérial et je crains bien de me retrouver au trou dès le mois de mai.” Lettre à Kostia Zetkin le 20 mars 1907. (on retrouvera ce courage tranquille devant les procès et la prison par exemple en février 1914). En tous les cas, on voit ici clairement, que la réflexion menée par Rosa Luxemburg sur le lien entre grève de masse et révolution politique n’avait rien d’académique et le pouvoir ne s’y est pas trompé en la condamnant à l’ l’emprisonnement pour un simple discours!


Lettre à Kostia Zetkin : “Et nous allons bientôt nous revoir : les quelques jours avant le 1er ne compte pas, alors il ne reste qu’un mois, car les quelques jours au mois d’août ne comptent pas non plus. Alors tu vois, il faut juste apprendre à compter.” De la prison de Barnimstr. à Berlin, le 17 juin 1907


 

Ce portfolio peut être trouvé sur le site : http://www.college-pevele.fr/spip/IMG/jpg/3_-_pj-21-02-1904.jpg

JPEG - 301.5 ko JPEG - 275.6 ko JPEG - 295.3 ko JPEG - 321.7 ko JPEG - 283 ko JPEG - 295.4 ko JPEG - 275.8 ko JPEG - 292.6 ko JPEG - 252.3 ko JPEG - 281.3 ko JPEG - 253.7 ko JPEG - 260.4 ko JPEG - 318.7 ko JPEG - 272.4 ko JPEG - 281 ko JPEG - 261.6 ko JPEG - 322.2 ko JPEG - 276.1 ko JPEG - 286.6 ko JPEG - 338.3 ko JPEG - 329.9 ko JPEG - 278.3 ko JPEG - 325.1 ko JPEG - 322.7 ko JPEG - 305.6 ko JPEG - 316.4 ko JPEG - 270.3 ko JPEG - 318.2 ko JPEG - 270.8 ko JPEG - 270.1 ko JPEG - 302.1 ko JPEG - 344.8 ko JPEG - 276.8 ko JPEG - 292.1 ko JPEG - 244.8 ko JPEG - 287.3 ko JPEG - 320.2 ko JPEG - 283.4 ko JPEG - 273.6 ko JPEG - 285.1 ko

13 Déc 2014

Ce 11 novembre 2014, devant le Monument aux morts de Saint-Martin d’Estreaux … ont été lues les dernières lignes de la “brochure de Junius”, de Rosa Luxemburg.

Ces mots qui disent le drame des prolétaires qui s’entretuent et la nécessité de chacun de résister, de refuser de tuer au nom du capital.

Ce 11 novembre 2014, devant le Monument aux morts de Saint-Martin d’Estreaux, au milieu d’autres témoignages et avant que ne s’élancent les chants de trois chorales engagées de la région, ont été lues les dernières lignes de la “brochure de Junius”, rédigée près de 100 auparavant, dans sa cellule, par Rosa Luxemburg. Ses mots ont retrouvé en ce jour plus que symbolique une vie et une force palpables. Ces mots disent le drame des prolétaires qui s’entretuent et la nécessité de chacun de résister, de refuser de tuer au nom du capital. Cette lecture est apparue alors comme un hommage à la fois à ceux qui ont eu le courage d’édifier ce monument unique et à tous ceux qui ont combattu à l’époque la guerre, minoritaires dans toutes les composantes des organisations progressistes et minoritaires parmi les prolétaires de tous les pays. Et ces mots sont apparus pour ce qu’ils doivent être et rester, un appel à refuser de tuer pour le seul bien du capitalisme.

(Nous remercions tous ceux qui ont rendu cette lecture possible, les amis et camarade de Saint-Etienne, qui agissent ainsi de fait dans la continuité de la quinzaine Rosa Luxemburg et ceux qui nous ont donné la parole devant le monument.)


Les dernières lignes de la “brochure de Junius”

(Dont le titre exact est “La faillite de la social-démocratie”, texte paru sous pseudonyme, car Rosa Luxemburg était emprisonnée)

La guerre mondiale se révèle être non seulement un crime grandiose mais aussi un suicide de la classe ouvrière européenne. Ce sont bien les soldats du socialisme, les prolétaires d’Angleterre, de France, d’Allemagne, de Russie, de Belgique, qui se massacrent les uns les autres depuis des mois sur ordre du capital, qui s’enfoncent  les uns les autres dans le cœur le fer glacial du meurtre, qui basculent ensemble dans la tombe en s’enlaçant les uns les autres d’une étreinte mortelle.

” L’Allemagne, l’Allemagne par dessus tout! Vive la démocratie! Vive le tsar et le panslavisme! Dix mille toiles de tentes garanties standard! Cent mille kilos de lard, d’ersatz de café, livrables immédiatement!” Les dividendes montent et les prolétaires tombent. Et avec chacun d’eux, c’est un combattant de l’avenir, un soldat de la révolution, un de ceux qui libéreront l’humanité du joug du capitalisme qui descend dans la tombe.

Cette absurdité insensée, ce cauchemar infernal et sanglant ne cesseront que lorsque les ouvriers d’Allemagne et de France, d’Angleterre et de Russie se réveilleront enfin de leur ivresse et se tendront une main fraternelle, lorsqu’ils couvriront le chœur bestial des fauteurs de guerre impérialistes et le hurlement rauque des hyènes capitalistes par l’ancien et puissant cri de guerre du Travail : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!”

 

Publié dans les Œuvres complètes de Rosa Luxemburg, Tome IV, Agone, 2014, P 196/197


 A propos du Monument aux morts de Saint Martin d’Estreaux dans la Loire.

1 ) Il comporte trois panneaux avec une colonne. Une liste présente les morts de la guerre avec leur photo. Au milieu de ces noms, une pleureuse a été sculptée en bas-relief. Sur l’autre face du monument, trois panneaux résolument pacifistes. Le panneau de gauche affirme : « Si vis pacem, para pacem », soit « si tu veux la paix, prépare la paix ». Le panneau de droite se termine par « Maudite soit la guerre et ses auteurs ! ». Le panneau central dresse un bilan de la guerre, en détaillant les morts (12 millions) et les souffrances des peuples. Enfin avec l’inscription : « des innocents au poteau d’exécution », il y est dénoncé le drame des soldats fusillés pour l’exemple. Le monument est l’œuvre du sculpteur Picaud de Roanne. Afin de respecter le deuil des familles et celui de la patrie, le monument ne fut inauguré qu’en 1947.  (Source wikipedia)

2) Imaginé en 1918, édifié en 1922, objet de vandalisme dans les années trente, il ne fut inauguré qu’en 1947 lors de l’inscription des victimes de la guerre de 39-45. Par décret préfectoral, il a été inscrit en 1989 sur l’inventaire des monuments historiques. L’histoire du monument débute comme partout en France par une délibération du conseil municipal en date du 8 décembre 1918. Pierre Monot, agriculteur, maire et conseiller général radical-socialiste, veut « quelque chose de bien qui ait son originalité locale, sinon il préfèrerait ne rien faire du tout ». Les textes pacifistes sont rédigés par le maire assisté du directeur de l’école, M. Hugenneng. Les plans du sculpteur roannais Jean-Baptiste Picaud sont présentés en séance du 25 janvier 1920, et le plan de financement faisant état des diverses subventions, le 30 octobre 1921.

3) Nous devons à Pierre Monot l’un des plus remarquables monuments pacifistes que l’on puisse trouver dans notre pays … On est en droit d’être surpris que Pierre Monot ait pu mener à bien son projet. Certes, le maire s’est montré discret. Nous n’avons rien trouvé qui explique qu’il ait pu déjouer l’attentive et pointilleuse surveillance de la Commission préfectorale. Mais Monsieur Monot était conseiller général, il avait une forte personnalité et beaucoup de courage politique : il l’a montré lorsque la sous-préfecture de Roanne lui a demandé, comme à tous les maires bien sûr, de glorifier Jeanne d’Arc. Avec beaucoup d’ironie et de malice, il a rappelé au sous-préfet toute l’estime que l’on devait sans aucun doute porter à Jeanne d’Arc mais qu’en ce qui le concernait, il était davantage soucieux d’obtenir la réhabilitation des fusillés de Vingré. Cette préoccupation est gravée dans la pierre du monument « des innocents au poteau d’exécution, des coupables aux honneurs ».

 

http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/2007/12/saint-martin-de.html

http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/actualites/maudite-soit-la-guerre-et-ses-auteurs-15061

 

 saintmartin_estreaux_32_3saintmartindestreaux42saintmartinestreaux5

monot_pierre_maire_saint_martin_destreaux

12 Nov 2014

Rosa Luxemburg. “Avons nous besoins de colonies?”, Leipziger Volkszeitung, le 4 décembre 1899. Inédit

Avons nous besoins de colonies?

Article paru dans le Leipziger Volkszeitung le 4 décembre 1899.

Les nouveaux projets concernant la marine et la politiquer coloniale sont avant tout justifiés, on le sait, par la nécessité de notre commerce. A cela il faut encore et toujours répondre, comme le faisait Mr Bounderby dans les ” Les temps difficiles” de Dickens; “des faits et des chiffres ! Des faits et des chiffres!”

Les statistiques les plus récentes du commerce extérieur allemand publiées dans l’officiel « Statistiques de l’empire allemand », jettent de nouveau une lumière décisive et intéressante sur la question. En 1898, nos échanges de marchandises vers les différentes parties du monde se sont présentées ainsi :

Importations Exportations
Europe 3 577 999 3 429 917
Amérique 1 329 216     541 774
Asie     339 336 172 157
Afrique 101 168 67 362
Australie 88 295 35 081

En milliers de marks

Plus des neuf dixièmes de l’ensemble de notre commerce extérieur se se fait donc avec les pays européens et l’Amérique, contre lesquels nous n’avons utilisé nos torpilleurs ni pour établir nos échanges commerciaux ni pour les développer ou les consolider. L’extension de nos échanges de marchandises avec ces pays est liée bien au contraire directement à notre politique commerciale. Ce qui est caractéristique en particulier, c’est le recul de nos exportations vers l’Amérique de 609 millions de Mark en 1897 à 541,8 en 1898, à la suite sans aucun doute de la politique prohibitive de la politique douanière sur les produits industriels, qui représente de la part des États-Unis la réponse à nos taxes douanières sur les produits agricoles.

Mais il est encore plus intéressant d’apprendre que sur ce continent où nous avons déjà des colonies, ces” territoires protégés” ne comptent que pour extrêmement peu  dans notre commerce. Les échanges de marchandises de l’Allemagne vers les principaux territoires d’Afrique ont connu cette dernière décennie le développement suivant:

Importations Exportations
 Egypte 2,O 24,6 2,9  11,7
 Le Cap 13,6 19,8 7,5  14,7
 Afrique occidentale anglaise, française ou portugaise 16,1 33,4 4,4  11,3
 Afrique orientale anglaise, française ou portugaise 2,9 5,5 1,3  3,0
Afrique occidentale et du sud-ouest  allemande 4 4 3,8 4,2  7,3
 Afrique orientale allemande 0,3 0,6 0,3  3,3
1889 1898 1889  1898

 En millions de Mark

Par rapport au commerce avec l’Égypte,le Cap ou les territoires anglais, français ou portugais d’Afrique, nos colonies jouent un rôle ridiculement minime.

Ce qui apparaît à partir des faits et des chiffres ci-dessus avec toute la clarté souhaitée, c’est que notre commerce extérieur se passe parfaitement de toute notre flotte de combat. Si l’on veut mener une politique mondiale, qu’au moins l’on ne se cache pas hypocritement derrière les “intérêts commerciaux”.


Traduction Dominique Villaeys-Poirré. (1988-1989). Nous sommes ouverts à toute amélioration de la traduction. Première publication en français –  Dimanche 26 octobre 2014 sur ce site Comprendre avec Rosa Luxemburg 2.

Texte allemand : dans les Gesammelte Werke, Dietz Verlag, Edition 1970, Tome 1/1.P 642 – 643


Référence de l’article : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2014/10/26/rosa-luxemburg-avons-nous-besoins-de-colonies-leipziger-volkszeitung-le-4-decembre-1899-inedit/

Illustration de une: http://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_colonial_allemand#mediaviewer/File:100_Rupien_de_l%27Afrique_de_l%27Est_%C3%A9dit%C3%A9s_sous_domination_allemande_le_15_juin_1905.jpg

Image illustrative de l'article Les Temps difficiles

http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Temps_difficiles#mediaviewer/File:Hardtimes_serial_cover.jpg

26 Oct 2014

Rosa Luxemburg, Transformations sur le marché mondial, 18 décembre 1898. Chronique EGO. Inédit

Transformations sur le marché mondial

18 décembre 1898 – Sächsische Arbeiter-Zeitung – Chronique signée ego

 

La bourgeoisie anglaise est de plus en plus troublée par le déclin maintenant visible de la domination mondiale sur le marché mondial. L’auteur de l’ouvrage “Made in Germany” (“Produit en Allemagne”), qui a fait tant de bruit il y a deux ans en Angleterre, Williams, vient de consacrer sous le titre “machine arrière”, un nouvel ouvrage sur ce thème. Selon Williams, c’est l’Angleterre qui fait ainsi “machine arrière”. Tandis que les exportations croissent rapidement dans les autres Etats industriels, elles sont tombées en Angleterre de 215  à 196 millions de livres sterling, tandis que les importations vers l’Angleterre s’accroissent régulièrement chaque année. Ainsi, les exportations et les importations subissent-elles une transformation significative. Sur les 196 millions de livres sterling, total des exportations anglaises, 45 millions concernent selon Williams les matières premières, réimportées ensuite vers l’Angleterre sous la forme de produits finis, provenant essentiellement d’Allemagne.  Ainsi l’Angleterre se trouve reléguée en partie au rôle que jouaient autrefois la plupart des pays par rapport à elle. Sur le marché mondial – en Asie, en Amérique – l’industrie anglaise doit reculer pas à pas. Et ce sont deux autres Etats devenus des puissances de premier plan qui maintenant se battent pour l’hégémonie sur le marché mondial – l’Allemagne et les Etats-Unis.

 

Diverses informations viennent corroborer les affirmations de Williams. Depuis quelques années, le gouvernement anglais lui-même se consacre avec zèle au problème de l’accroissement du commerce de l’Île avec l’étranger. Il envoie des agents vers l’Asie et l’Amérique, pour étudier les conditions de la concurrence et les carences du commerce anglais et il a publié il y a deux mois à peine un ouvrage sur “la concurrence et le commerce extérieur” où sont rassemblés 171 extraits des rapports des divers consulats, et qui constitue une critique approfondie des méthodes commerciales anglaises. Mais dans de tels cas, les mesures de l’Etat ne permettent pas de guérir le mal. Et la domination de l’Angleterre sur le marché mondial – ceci est inévitable dans le cadre de l’évolution générale du capitalisme – approche inexorablement de sa fin.

 

Comme il en a été autrefois de sa domination sans partage, le recul actuel de l’Angleterre sur le marché mondial sera d’une importance primordiale pour l’histoire du mouvement ouvrier en Angleterre. Dans son combat contre le prolétariat et du fait de son emploi de méthodes commerciales différentes, la bourgeoisie anglaise modifie aussi peu à peu ses méthodes de lutte. De nombreux symptômes signficatifs montrent que, ces derniers temps, “l’harmonie entre capital et travail” disparaît aussi en Angleterre et qu’une nouvelle page s’ouvre dans l’histoire de la lutte des classes. Il suffit d’indiquer ici que Williams relie de manière caractéristique les deux phénomènes. Il dit à la bourgeoisie anglaise : “Vous êtes en train de perdre des millions et vous disputez chaque sou aux travailleurs. Là où un conflit pourrait être réglé en un jour par un Conseil de prud’hommes, vous, vous allez jusqu’à mener des guerres industrielles dévastatrices, tandis que vos voisins en profitent pour conquérir les marchés. La lutte des ouvriers dans la branche de la construction mécanique a coûté autant qu’une véritable guerre.

 

Si le déclin industriel de l’Angleterre a pour conséquence que la lutte des classes battent d’un pouls plus rapide et si le prolétariat anglais est alors largement guéri de ce qui restait dans sa pensée de rêveries d’harmonie qui règnerait dans la vie économique et politique, le monde ouvrier n’a pas alors de raison de regretter le recul commercial de l’Angleterre.

 

made in germany

Traduction Dominique Villaeys-Poirré. (1988-1989). Nous sommes ouverts à toute amélioration de la traduction

Première publication en français –  Samedi 27 septembre 2014 sur ce site Comprendre avec Rosa Luxemburg 2.

Texte allemand : dans les Gesammelte Werke, Dietz Verlag, Tome1/1

Pour s’informer sur la chronique signée ego : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2014/09/16/rosa-luxemburg-une-chronique-nommee-ego/

_________________________________________________

L’Image de une date de 1905 : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Free_Trade_and_Protection.jpg?uselang=fr

La couverture de Made in Germany présentée dans l’article est celle de l’édition de 1896

_________________________________________________

De nombreux articles sont disponibles sur Williams et en particulier sur son ouvrage Made in Germany. Ainsi cet article de 2012 (!) dans l’Usine nouvelle: Made in Germany, made in England : C’est peut-être la plus belle marque du monde ou, en tout cas, la plus efficace. Le made in Germany, aujourd’hui attaqué au niveau européen parce qu’il serait utilisé de manière abusive, est associé partout dans le monde à une image de qualité, de fiabilité et de haut de gamme. Et cela depuis plus d’un siècle.  L’ironie, c’est que ce label ne fut pas inventé outre-Rhin, mais outre-Manche ! À la fin du XIXe siècle, les industriels anglais font face àune concurrence de produits low cost venus d’Allemagne singeant leur marque de fabrique. Dans un pamphlet protectionniste, intitulé “Made in Germany”, Ernest Edwin Williams souligne que même le crayon avec lequel il écrit est allemand. Persuadés de la supériorité technique de leur production, les patrons anglais réussissent à faire voter une loi, le Merchandise marks act, afin de distinguer les produits de Sa Majesté des étrangers. Dès 1887, les biens importés d’Allemagne se voient ainsi affublés du honteux made in Germany. La stigmatisation n’aura les effets attendus que durant quelques années. Dès 1894, un rapport du Parlement allemand note une reprise forte des ventes en Angleterre. Pourquoi ? La qualité et la fiabilité de leurs produits ont fait du made in Germany une valeur sûre aux yeux des clients anglais… Made in Germany ? Invented in England !

27 Sep 2014

Rosa Luxemburg, Le prix d’une victoire, 19 décembre 1898, Leipziger Volkszeitung. Inédit. Article sur la guerre hispano-américaine

LE PRIX D’UNE VICTOIRE

19 décembre 1898, Leipziger Volkszeitung

 

Les négociations de paix entre l’Espagne et les États-Unis ont scellé la victoire de l’Union. L’Union nord-américaine reçoit un territoire de 4OO OOO km2 avec une population de 12 millions d’habitants, dont 7 millions de race jaune et un million de race noire.

Il est intéressant de se poser la question de savoir combien cette victoire a bien pu coûter aux Etats-Unis. Nous ne comptons pas les pertes en vies humaines car la victoire doit tout d’abord être mesurée à l’aune de ce qui a aujourd’hui la valeur la plus haut : l’argent.

Dès après l’explosion du Maine, le caractère inéluctable de la guerre est apparu clairement à chacun dans l’Union et les préparatifs de guerre ont été rapidement entamés. Aussitôt, le Congrès donna, le 8 mars, son accord pour engager un crédit de 50 millions de dollars pour la « défense nationale », mais ce crédit fut rapidement épuisé, en l’espace de quelques semaines. Les États-Unis dépensèrent 18 millions de dollars pour l’acquisition d’une flotte de 101 bâtiments. Certains croiseurs comme le « Haward » ou le « Yale » revinrent chacun, pour chaque jour de guerre à  2OOO dollars, et le « Saint-Louis » et le « Saint-Paul » à 25OO dollars. Tout aussi onéreux étaient les canons de la marine, puisque chaque boulet de 13 revenait à 500 dollars et chaque boulet de canon de 8 mm à 134 dollars

Les achats nécessaires au renouvellement complet du stock de munitions utilisées par la flotte occasionnèrent une dépense de 65 millions de dollars. La destruction de la flotte espagnole au large de Manille par l’Amiral Dewey a coûté un demi-million de dollars, celle de la flotte de Cevera de même, tandis que les pertes de l’Espagne en bâtiments au large de Santiago devraient se chiffrer aux alentours des 16,5 millions de dollars.

De plus, 125 OOO hommes ont été appelés sous les drapeaux dès le début de la guerre entraînant le quintuplement du budget des armées.

En tout, les dépenses de l’Union pour son armée et sa flotte durant toute la guerre ont atteint 1 25O OOO dollars par jour, alors qu’elles se montent à 25O OOO en temps de paix..

Le crédit de 2O millions de dollars approuvé en mars par le Congrès a donc été très rapidement épuisé et les crédits se sont succédé si bien que la somme allouée se monte au total à 361 788 dollars. Quand il s’est agi de voter ces crédits, le Congrès patriotique, où l’influence discrète du trust de l’industrie sucrière joue un grand rôle, l’a fait avec toujours le plus grand enthousiasme. Mais il fallait bien aussi que ces crédits soient couverts par des liquidités. Et qui allait payer, si ce n’est  la grande masse du peuple des États-Unis.

Le prélèvement des fonds patriotiques pour les besoins de la guerre fut organisé de deux façons. D’abord grâce à ce moyen efficace que constituent pour tout gouvernement capitaliste, les impôts indirects. Dès la déclaration de guerre, l’impôt sur la bière fut doublé, ce qui permit de récolter une somme totale de 3O millions de dollars. Les taxes supplémentaires sur le tabac rapportèrent 6 millions de dollars, le nouvel impôt sur le thé 10 millions et l’augmentation de la taxe d’affranchissement 92. En tout, les ressources provenant des impôts indirects s’élevèrent à 15O millions de dollars supplémentaires. Cependant il fallait en trouver encore 200 millions et le gouvernement des États-Unis eut recours à l’émission d’un emprunt national à 5% sur 2O ans. Mais cet emprunt devait aussi permettre de prendre l’argent des gens modestes, c’est pourquoi l’on organisa cette opération avec un luxe inhabituel à grands renforts de coups de cymbales et de roulements de tambours.

La circulaire annonçant cet emprunt patriotique fut adressée à toutes les banques, à tous les bureaux de poste et aux 24 OOO journaux. Et « le petit gibier » s’y laissa prendre. Plus de la moitié de l’emprunt, soit 1O millions de dollars fut couvert par la souscription de coupures inférieures à 500 dollars et le nombre total de souscripteurs atteignit le chiffre record de 32O OOO , tandis que par exemple le précédent emprunt émis sous Cleveland n’en avait rassemblé que 5O 7OO. Cette fois-ci, les économies des petits épargnants affluèrent, attirées par tout ce vacarme patriotique, elles sortirent de tous les recoins et des bas de laine les plus cachés pour aller remplir les caisses du ministère de la Marine et de la Guerre. Ce sont directement les classes laborieuses et la petite-bourgoisie qui payèrent l’addition de leur propre poche.

Mais ne considérer le prix d’une guerre qu’à partir des fonds dépensés pour sa conduite reviendrait à voir les événements historiques à travers le petit bout de la lorgnette d’un petit boutiquier. La véritable addition à payer pour la victoire sur l’Espagne, l’Union va devoir la régler maintenant et elle dépassera la première.

Avec l’annexion des Philippines, les États-Unis ont cessé d’être une puissance uniquement européenne pour devenir une puissance mondiale. Au principe défensif de la doctrine Monroe succède une politique mondiale offensive, une politique d’annexion de territoires se trouvant sur des continents étrangers. Mais cela signifie un bouleversement fondamental de l’ensemble de la politique étrangère de l’Union. Alors qu’elle avait jusqu’à présent à défendre simplement ses intérêts américains, elle a maintenant des intérêts en Asie, en Chine, en Australie et elle est entraînée dans des conflits politiques avec l’Angleterre, la Russie, l’Allemagne, elle est impliquée dans tous les grands problèmes mondiaux et soumise au risque de nouvelles guerres. L’ère du développement interne et de la paix est terminée et une nouvelle page s’ouvre sur laquelle l’histoire pourra inscrire les événements les plus inattendus et les plus étranges.

Dès maintenant, l’Union nord-américaine doit procéder à une réorganisation de fond de son armée pour défendre les nouveaux territoires qu’elle a acquis. Jusqu’à présent, elle disposait d’une armée modeste (30 OOO hommes dont 12 OOO pour l’infanterie, 6OOO pour la cavalerie, 4OOO pour l’artillerie, 8OOO fonctionnaires et 6O batteries) et d’une flotte d’importance secondaire (81 bâtiments représentant un tonnage de 230 OOO tonnes, 18 amiraux, 12 OOO matelots et 75O mousses.)

Il lui faut à présent procéder à une augmentation énorme de son armée de terre et de sa flotte. A Cuba et à Porto Rico, il lui faudra entretenir au minimum 40 à 50 OOO hommes et au moins autant aux Philippines. En bref, l’Union devra certainement augmenter les effectifs de son armée permanente pour les porter à 15O OOO voire 2OO OOO hommes. Cependant, une telle armée ne pourra pas être constituée sur la base du système actuellement en vigueur aux États-Unis. Aussi passera-t-on probablement au système européen du service militaire et de l’armée permanente dans les délais les plus brefs ; ainsi l’Union pourra-t-elle fêter solennellement son entrée dans le véritable système militariste.

De même la flotte américaine ne pourra pas en rester à ses modestes dimensions actuelles. Les Etats-Unis doivent s’imposer maintenant aussi bien sur l’Océan Atlantique que sur l’Océan Pacifique. Ils se voient donc contraints de rivaliser avec les puissances européennes et surtout avec l’Angleterre et devront donc très bientôt constituer une flotte de tout premier rang. En même temps que la politique mondiale, entrent aussi aux Etats-Unis ses jumeaux inséparables : le militarisme et les intérêts maritimes. L’avenir des Etats-Unis va donc aussi se jouer « sur mer » et les eaux profondes des océans lointains paraissent bien troubles.

Non seulement l’organisation militaire mais aussi la vie économique et la vie intérieure vont être profondément modifiées par les conséquences de cette guerre. Soit les nouveaux territoires ne seront pas intégrés comme pays membres de l’Union avec les mêmes droits et alors les États-Unis qui étaient édifiés sur une base démocratique se transformeront en État tyran. Et l’on peut avoir une petite idée de la façon dont cette domination va s’exercer en se rappelant les premières années qui ont suivi la Guerre de Sécession où les Etats du Sud étaient gouvernés par ceux du Nord et soumis à un régime sans scrupule de pilleurs (carpet-badgeur). Il n’est pas nécessaire de montrer plus avant les effets que peut avoir la domination sur des territoires étrangers, même exercée de manière plus humaine, même dans un pays démocratique, ni comment les fondements de la démocratie sont progressivement remis en question laissant place à la corruption politique.

Soit les territoires seront intégrés à l’Union et au Congrès en tant qu’État avec les mêmes droits  que les autres. Mais on peut se demander quelles conséquences cet afflux d’un courant si profondément différent aura sur la vie politique américaine ; seuls les Dieux peuvent répondre à cette question. La question peut aussi être aisément formulée comme le fit Carlile (l’ancien secrétaire au Trésor de Cleveland) dans le magazine Harper : « La question n’est pas de savoir ce que nous ferons des Philippins, mais ce que les Philippins feront de nous ».

Dans ce dernier cas surgit une autre question importante. Si les habitants des Philippines, sont considérés comme des citoyens ayant les mêmes droits, leur immigration vers les États-Unis ne pourra être interdite du fait même de la Constitution des États-Unis  Mais apparaît alors le fantôme menaçant du « péril jaune », la concurrence des Malais des Philippines et des Chinois qui y sont en grand nombre. Pour prévenir ce danger, une voie médiane est proposée : faire des pays annexés un protectorat ou quelque chose de semblable afin de pouvoir traiter au moins ces territoires comme des pays étrangers. Mais il est clair qu’il s’agirait alors d’un compromis et qu’il ne s’agirait que d’une phase de transition, qui se développera ensuite, soit vers une domination pleine et entière, soit vers une pleine et entière égalité des droits.

Mais on peut s’attendre encore dès maintenant à d’autres conséquences économiques et politiques suite à cette victoire. Du fait de leur entrée dans cette ère nouvelle de la grande politique navale, les États-Unis ressentent le besoin d’une liaison rapide entre les deux océans où ils ont des intérêts. La guerre avec l’Espagne a montré le caractère insupportable du détour forcé que constitue le contournement du continent américain. Aussi l’on s’achemine de plus en plus vers le creusement du Canal du Nicaragua. D’où l’intérêt de l’Union du Nord  pour l’Amérique centrale et le désir d’y prendre pied. En Angleterre, on a compris cela et l’on voit ce qui va se passer avec une résignation forcée. « Il est absurde et de plus très dangereux », écrit le journal anglais l’économiste, « de vouloir se battre contre les faits, et c’est un fait que si les États-Unis veulent établir leur domination sur les côtes de l’Amérique centrale, leur situation géographique leur rendra cette domination possible. » La victoire sur l’Espagne entraîne donc des bouleversements pour l’Union, non seulement pour ce qui concerne sa position par rapport à la politique mondiale mais encore en Amérique même. D’autres effets encore inconnus pour l’instant devraient se faire sentir.

Ainsi, l’Union nord-américaine doit-elle faire face à une situation tout à fait nouvelle dans les domaines militaire, politique et économique, suite à sa guerre victorieuse. Et si l’on considère l’avenir, totalement imprévisible pour ce qui concerne l’Union, on est tenté de s’écrier pour résumer le prix de cette victoire : vae victori ! (Malheur aux vainqueurs !).

Ces bouleversements actuels des conditions d’existence des États-Unis ne tombent pas du ciel. Le saut politique vers la guerre a été précédé par de lents et imperceptibles changements économiques. La révolution ayant lieu dans les conditions politiques exacerbées est le fruit d’une évolution capitaliste progressant doucement durant la première décennie. Les États-Unis sont devenus un État industriel exportateur.

« Nos exportations » déclare Monsieur Gage, le secrétaire d’état au Trésor dans son rapport trisannuel, « se sont montées à 246 297 OOO livres sterling et nos importations à seulement 123 210 OOO livres ». Pour la première fois de notre histoire », constate-t-il avec fierté, « nos exportations de produits manufacturés ont dépassé nos importations ». C’est ce rapide essor économique qui a produit l’enthousiasme pour la guerre d’annexion menée contre l’Espagne, de même qu’il a permis de rassembler les fonds pour en assumer le coût. La bourgeoisie américaine comprend très bien elle aussi la dialectique de son histoire.

« La volonté de nous imposer sur le marché mondial », écrit le journal new-yorkais « Banker’s Magazine » a développé depuis longtemps le désir d’une « strong foreign policy » (d’une politique extérieure forte). L’Union devait devenir « a world power » (une puissance mondiale).

Si l’explosion sur le Maine pouvait donc être le fruit d’un hasard, la guerre avec l’Espagne, elle, ne l’était pas. Et la politique mondiale l’est encore moins.

Nous, qui avec Goethe trouvons « que toute ce qui existe est digne de disparaître » et qui considérons avec intérêt l’état des choses actuel, nous ne pouvons qu’être satisfaits  du cours des événements.

L’histoire a donné un fort coup d’éperon à son poulain et celui-ci a fait un prodigieux bond en avant. Mais pour ce qui nous concerne, nous préférons toujours un galop vif et joyeux à un trot endormi. Nous n’en arriverons que plus rapidement au but.

Mais comme il apparaît comique, face à ces gigantesques bouleversements qui ont lieu dans l’autre hémisphère et qui ont provoqué un ouragan politique impressionnant, le raisonnement de ceux qui, en s’appuyant sur une décennie de statistiques dans le monde, affirment que l’ordre capitaliste est maintenant établi pour un temps indéfini et que cet ordre reposerait sur une base inébranlable. Ils font penser à cette grenouille qui considérant le calme régnant dans son étang boueux, explique que la terre s’est arrêtée de tourner parce qu’elle ne voit aucun souffle de vent agiter la surface verte de cet étang. Mais les événements historiques concernent un bien plus vaste morceau de terre que ce que l’on peut voir en se plaçant dans la perspective (digne de cette grenouille) de la politique « réaliste ».

Traduction 1988, Dominique Villaeys-Poirré – A partir du texte allemand publié dans les Gesammelte Werke, P 295-301, Dietz Verlag, Édition 1982

Pour consulter le site : http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/


Source : comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com – traduction 1988 (D.V.P.) – publié le  02.04.2014

Remarquable article, ce texte de Rosa Luxemburg écrit au tout début de son action au sein de la social-démocratie allemande, et au moment même de la signature du traité de Paris, analyse le basculement des États-Unis dans la politique impérialiste et les conséquences de sa victoire sur l’Espagne. On y trouve aussi bien des informations précieuses sur le financement de cette guerre, qu’une réflexion sur les conséquences incalculables et incalculées de cette politique à l’intérieur du pays comme sur le plan mondial.

20 Sep 2014

Rosa Luxemburg, A quoi sert la politique coloniale?, 11 décembre 1898. Chronique EGO. Inédit.

Chronique – 11 décembre 1898 – A quoi sert la politique coloniale

Les rapports annuels des consulats allemands et autres pour l’Asie et l’Amérique centrale montrent que la part de l’Allemagne dans le commerce vers ces deux parties du monde a augmenté de façon surprenante ces dernières années. Ainsi, le consul allemand de Vladivostok (Port russe sur l’Océan pacifique) indique par exemple qu’alors, qu’il y a quelques années encore, l’on ne rencontrait aucun bâtiment allemand dans ces eaux, on a vu en 1897 sur 244 navires marchands ayant accosté dans ce port, 84 bâtiments allemands contre seulement 56 navires russes, 45 japonais, 22 anglais. Les bâtiments allemands assurent une liaison régulière pour le transport de marchandises entre les ports russes et japonais ou chinois. Sur le trafic total des marchandises importées et exportées à Vladivostok, les 2/3 environ ont été assurés par des navires allemands.

En Chine, de même, comme l’indiquait récemment le Bremer-Weser-Zeitung, une ligne commerciale bihebdomadaire est assurée pour la première fois par des bâtiments allemands de la compagnie Rickmers de Brème, entre Shanghai et Han-K’eou, c’est le nom de ce port sur le fleuve Gyang-Tse. L’inauguration de la ligne Rickmers-Gyang-Tse (c’est le nom qu’elle portera) devrait avoir lieu en juin 1899. Le trafic de marchandises entre les deux villes suscitées est très important et cette liaison jouera un grand rôle dans le commerce chinois.

D’autre part, les exportations directes de marchandises allemandes vers l’Asie orientale augmentent elles aussi directement. Dans ce domaine, le port de Han-K’eou prend la première place et va bientôt devenir avec la liaison ferroviaire entre Pékin et Canton, le centre commercial le plus important de Chine. Le trafic de Han-K’eou remonte le fleuve mais il est ensuite empêché par les rapides. Alors que jusqu’à présent, tout le commerce de Han-K’eou était monopolisé par les Anglais, le consul nord-américain indique qu’il est maintenant presque entièrement dominé par les Allemands. Le commerce entre Han-K’eou et l’Allemagne a déjà atteint en 1896 45 mllions de mark.

Le consul anglais de Rio de Janeiro (capital du Brésil) relève le même succès de l’industrie allemande. Ici aussi, il y a peu, les Anglais étaient les maîtres de la situation. « Maintenant », écrit le consul « les Allemands concurrencent dans chaque branche, si fortement les Anglais qu’il est pratiquement impossible de nommer quelque branche que ce soit où ces derniers auraient rapporté un succès face à leurs rivaux.

Au Chili aussi, les exportations allemandes comme le rapporte le dernier numéro du journal anglais l’Economiste, les exportations allemandes ont presque doublé depuis 1887 et devraient bientôt dépasser les exportations anglaises, qui de leur côté n’ont augmenté dans le même temps que d’un tiers.

Que l’on compare maintenant les informations concernant le commerce allemand en Asie et en Amérique avec les misérables résultats du commerce avec l’Afrique sous domination allemande et la question se pose alors. Pourquoi l’Allemagne a-t-elle tant besoin en fait d’une politique coloniale ? Car ce sont justement les pays dont la conquête et l’occupation ont coûté au peuple tant d’argent, qui ont une importance pratiquement nulle pour ce qui concerne le commerce et l’industrie allemands, raisons pour lesquelles on aurait soi-disant entrepris cette conquête. D’autre part, l’industrie allemande s’implante dans les contrées les plus lointaines  dans le cadre de la libre-concurrence avec les autres pays. En Chine aussi, elle s’est implantée bien longtemps avant que ne s’abatte sur le pays la poigne de fer de l’Allemagne et de façon tout à fait indépendante de la conquête de Kia Tchéou.

Aussi quand « l’Economiste allemand », alors qu’il décrit les tâches économiques de la nouvelle session parlementaire, parle des exportations de l’Allemagne en disant qu’elles sont négligées, encore dans les limbes, et cherche par là à justifier la nécessité pour ce pays de développer une armée de terre et un marine puissante, une politique mondiale ambitieuse, les faits réels s’opposent complètement à ces affirmations. Les exportations allemandes se développent d’elles-mêmes et n’ont pas besoin du militarisme. Ce qu’apporte cette aventureuse politique mondiale au peuple allemand, ce n’est pas l’essor commercial et industriel mais seulement d’énormes sacrifices matériels et humains.


Source: article publié le lundi 14 janvier 2008 sur comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com

Traduction: c.a.r.l. (1988-1989)

Le texte original en allemand, support de cette traduction se trouve dans le tome 1/1 des Gesammelte Werke, Dietz Verlag. Edition Berlin 1982, P 283/285

Ce travail, qu’il a accompagné dans les années 86 – 89 et qui inspire ce blog, est dédié à Gilbert Badia, aujourd’hui disparu

16 Sep 2014

Rosa Luxemburg. Une chronique nommée ego.

Une chronique nommée EGO

 Ego est une chronique signée par Rosa Luxemburg  de décembre 1898 à mars 1899 sous le titre “Tour d’horizon économique et social”

 – Son historique

Rosa Luxemburg a 27 ans. Elle était en exil en Suisse depuis des années. Elle y a contribué à créer le parti social-démocrate polonais sur des bases de classe, le journal du parti et vient d’arriver en Allemagne en mai.

Elle a terminé cette tournée électorale en Haute-Silésie, faite à la demande du parti social-démocrate après sa rencontre avec Auer. On se souvient de ses hésitations à partir, elle qui aurait préféré “agir sur le terrain général“. Mais elle n’est pas encore perçue dans le parti social-démocrate allemand pour ce qu’elle souhaite être, une militante agissant au sein de la social-démocratie allemande et internationale, mais comme une militante polonaise.

Cependant, Rosa Luxemburg, de son côté, n’a pas oublié le but qu’elle s’est donné avec Leo Jogiches et ce sera la seule et dernière fois qu’elle agira en Allemagne dans un contexte uniquement polonais, même si cet engagement restera constant et parallèle.

Dès son retour, elle reprend et développe ses contacts avec les militants allemands et internationaux. Elle avait rencontré Schönlank dans un train, elle commence sa collaboration avec la Leipziger Volkszeitung.

Elle avait prévu de rencontrer Parvus. C’est lui qui finalement devra faire appel à elle. En effet, l’Etat allemand étant intervenu, il oblige Parvus, rédacteur en chef de la Sächsische Arbeiterzeitung, à quitter la Saxe et donc son poste.

Il propose alors la rédaction en chef à Rosa Luxemburg, qui hésite, puis accepte. Cette tâche s’avère difficile. Tout d’abord, elle est prise par la préparation du Congrès, puis elle se voit entraîner dans un de ses premiers conflits avec le courant réformiste, en l’occurrence avec le dirigeant social-démocrate Gradnauer.

Elle démissionne le 2 novembre et est remplacé par une personnalité plus médiane, Ledebour.

De cette brève aventure reste cependant le Tour d’horizon économique et social qu’elle ne veut pas signer de son nom et qu’elle signera du pseudonyme ego. L’origine de ce nom n’est pas attestée

 – Ses contenus

 Les articles de cette chronique sont toujours conjoncturels. Et l’information de seconde main. Il ne s’agit pas d’articles rédigés d’après des recherches propres, mais d’avis donnés à partir de la lecture de la presse sur des événements ayant une dimension économique plus générale.

Les thèmes en sont : la politique coloniale, la Weltpolitik (politique mondiale), le développement économique des principales puissances de l’époque, le marché mondial, les grands travaux.

– La méthode

Rosa Luxemburg fréquente la bibliothèque, s’appuie sur la lecture des journaux, écrit dans l’urgence, mais les thèmes sont toujours soigneusement choisis et l’argumentaire très précisément défini.

 Les articles

EGO 1 (liste à compléter)

04 décembre 1898         Escroquerie capitaliste

04. décembre 1898        Misère de la bureaucratie en France

04 décembre 1898          L’industrie sidérurgique russe

04 décembre 1898          Constructions de canaux en Amérique du Nord

11décembre 1898           A quoi sert la politique coloniale?

11 décembre 1898          L’essor économique des États-Unis

11 décembre 1898          Grands travaux du capitalisme

11 décembre 1898         Qui doit-on sauver des méfaits de l’alcoolisme?

18 décembre 1898          Bouleversements sur le marché mondial

EGO 2 (liste à compléter)

08 janvier 1899                Transformations sur le marché mondial

08 janvier 1899                Les travailleurs des États-Unis et la politique annexionniste

EGO 3 (liste à compléter)

24 janvier 1899                Brillante politique coloniale

24 janvier 1899                 Le désarmement russe

Ces articles ont, on le voit, une unité. Ils sont complémentaires de ceux écrits dans le même temps pour la Leipziger Volkszeitung.

. 19 décembre 1899         Le prix d’une victoire

. 16 février 1899               Bouleversements dans la construction navale

Ils sont les premiers jalons d’une pensée de l’impérialisme et, de ce qui est indissociable pour Rosa Luxemburg, d’une action politique:

Octobre 1899                   Interventions au Congrès de Hanovre contre le militarisme (polémique avec Max Schippel)

21 septembre 1899           Intervention au Congrès de Mayence sur la guerre de Chine

22 septembre 1899           Discours sur la nécessité d’un mouvement de protestation accru contre la guerre de Chine

Et ce qui représente l’apogée de son action: son discours prononcé en tant que rapporteur des commissions sur le  militarisme et la politique coloniale  au congrès le 26 septembre 1900.

En suivant donc cette progression et cette unité dans la pensée et dans l’action, on peut redonner aux articles de cette chronique toute la place qui leur est due.


– A propos de l’écriture des articles à cette époque, il est utile de lire cet extrait d’une de ses lettres


Un choix de lettres avait été publié chez Maspero en 1975 sous le titre “vive la lutte”. A ce projet dirigé par Georges Haupt, participait Georges Badia. Pour l’année 1898 et l’arrivée à Berlin, on trouve un bonne dizaines de lettres. Elles sont adressées en particulier à Martine et Roberl Seidel. Voici celle du 23 juin. à Robert Seidel. (Ce livre est à se procurer absolument!)

Cher ami,

Quelle misère! J’éprouve le besoin de bavarder avec vous et je n’ai plus la moindre feuille de papier à lettre. Vous devrez vous contenter de celui-ci.
La soirée est avancée, je suis assise dans mon fauteuil (à bascule) à mon bureau sur lequel se trouve une lampe avec un grand abat-jour rouge fabriqué par mes soins et je lis Börne. La porte du balcon en face de moi est ouverte et un souffle d’air frais pénètre à l’intérieur – un éclair aveuglant de temps en temps et l’orage commence (que dieu me pardonne cette mauvais prose poétique !…). Comme on se sent bien parfois dans la solitude! … Rendez-vous compte: pas un seul ami dans la grande ville de Berlin aux deux millions et demi d’habitants. Pour l’instant, cette idée me procure un tel plaisir que j’en souris béatement. je ne sais pas si je suis faite d’un mauvais bois qui s’imprègne trop facilement de l’atmosphère ambiante mais je ne peux rester un seul jour dans la foule sans que mon propre niveau intellectuel ne baisse au moins d’un cran. Et cela ne dépend pas tellement de la sorte de gens que je fréquente; c’est la fréquentation elle-même, le contact avec le monde extérieur qui émousse et estompe les angles et les lignes brisées de mon moi – momentanément bien sûr. Un seul jour de solitude me suffit pour me retrouver, mais j’éprouve toujours le sentiment amer du remords, celui d’avoir perdu un morceau de moi-même, de m’être abaissée. En de tels moments, j’ai toujours envie de me retrancher totalement du monde extérieur derrière une barrière de planches. Un garçon passe dans la rue et siffle une rengaine – cette manifestation perçante d’autrui qui s’impose brutalement à mes oreilles et fait incursion dans ma tranquillité suffit à m’offenser. Vous vous étonnez peut-être de ce que je lise le vieux Börne; je n’ai pas encore rencontré un seul Allemand qui le lise encore. Pourtant, l’effet qu’il produit sur moi est toujours aussi fort et il éveille en moi des pensées nouvelles et des sensations vives. Savez-vous ce qui me tracasse? Je suis mécontente de l’art et la manière qu’on a d’écrire les articles la plupart du temps dans le parti. Tout est si conventionnel, si rigide, si stéréotypé. La résonance des mots d’un Börne semble à présent venir d’un autre monde. Je sais, le monde a changé et à d’autres temps, d’autres chansons. Mais justement des “chansons”, la plupart de nos gribouillis ne sont pas des chansons, mais un bourdonnement incolore et sourd comme le bruit de la roue d’une machine. Je crois que la cause réside en ce que les gens oublient pour la plupart quand ils écrivent de puiser au fond d’eux mêmes et de ressentir toute l’importance et tout la vérité de la chose écrite. Je crois que chaque fois, chaque jour, pour chaque article, on doit revivre la chose, la re-sentir et on trouve alors des mots neufs, qui vont droit au coeur pour exprimer ce qu’on connaît depuis longtemps. Mais on s’habitue tant et si bien à une vérité qu’on débite comme une patenôtre les choses les plus profondes et les plus sublimes. J’ai décidé de ne jamais oublier de m’enthousiasmer pour la chose écrite et de puiser en moi-même lorsque j’écrirai. C’est pourquoi je lis de temps en temps le vieux Börne. Il me rappelle fidèlement mon serment.

Pauvre Fred! J’ai toujours eu beaucoup de sympathie pour les gens qui ne savent pas organiser leur vie pratique, gagner de l’argent, etc. (peut-être, parce que, moi-même, je n’y comprends goutte). Je les soupçonne d’avoir quelque chose de l’artiste, ou du moins, de l’homme très bon. Pour vous, c’est bien sûr une mince consolation, je le comprends. J’attends quelques lignes de Mathilde. Est-elle encore à Gugi? Encore un mot me concernant: je ne peux souffrir Berlin ni la Prusse et ne pourrai jamais les souffrir.

Une cordiale poignée de main.

Votre Ruscha



Vous trouverez sur le blog, comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com, des articles sur cette première période de l’action de Rosa Luxemburg : des extraits de la correspondance qui éclairent cette période et des textes de la chronique ego (en particulier sur la Page “1898 – 1900”, et dans la catégorie “ego”). Certains documents étaient inédits en français et traduits par nos soins (en rouge), d’autres ont été transcrits, enfin certains ont été repris d’autres sites et blogs,la source est indiquée.

Rappelons que la création de Comprendre avec Rosa Luxemburg 2 vient du fait que des publicités agressives, mensongères dénaturent la première version du blog, mais qu’il est possible de télécharger un bloqueur de publicité tel ADBLOCK pour une consultation sereine du blog originel.

 

Rosa Luxemburg. Chronique ego – Grands travaux du capitalisme (1898) – Inédit en français.

Rosa Luxemburg. A quoi sert la politique coloniale? Article paru dans la chronique ego. (inédit en français sur le net)

Rosa Luxemburg. Chronique ego -L’essor économique des Etats-Unis (1898) – Inédit en français.

Texte inédit de Rosa Luxemburg : La construction de canaux en Amérique du Nord (1)

Rosa Luxemburg. De 1893 à 1898. Premiers pas d’une lutte contre le nationalisme, le réformisme, l’impérialisme.

Rosa Luxemburg en 1898 – Extrait de la présentation rédigée par G. Haupt de “Vive la lutte” Discours sur la tactique, 1898.

Congrès de Stuttgart. Quand Rosa Luxemburg s’interroge sur la relation entre luttes quotidiennes et but final du combat politique

“La politique douanière et le militarisme”. Chapitre du classique “Réforme sociale ou révolution ?” de Rosa Luxemburg

Rosa Luxemburg – correspondance, 23 juin 1898 – Je crois que chaque fois, chaque jour, pour chaque article …

Rosa Luxemburg, correspondance, Berlin 1898 – Premiers pas.

Correspondance – Rosa Luxemburg, arrivée à Berlin et le quotidien de la recherche d’une chambre …

Rosa Luxemburg – deuxième jour à Berlin – Les bleus à l’âme …

Rosa Luxemburg, deuxième jour à Berlin. Connexions, connexions … Et note sur Parvus

Décembre 1900 dans la correspondance de Rosa Luxemburg Meetings en Haute-Silésie – 1899

Ce qui inspire ce blog : un travail, une méthode


 

1ère publication sur le blog comprendre-avec-rosa-luxemburg. over-blog.com : le 10 octobre 2013

1ère publication sur le blog Comprendre avec Rosa luxemburg 2 : le 10 octobre 2013

Les textes originaux en allemand se trouvent dans le tome 1/1 des Gesammelte Werke, Dietz Verlag. Edition Berlin 1982

16 Sep 2014