Archives mensuelles : janvier 2021

Rosa Luxemburg et la Commune (8). “La bourgeoisie victorieuse non seulement en France, mais aussi en Allemagne, et même dans le monde entier, jubilait, pensant qu’elle avait enseveli les graines du socialisme au plus profond de cette pelouse. Mais c’est précisément sur la tombe de la Commune que le prolétariat international a noué l’alliance fraternelle que rien au monde ne peut  plus briser; Après une décennie, le socialisme a resurgi de la tombe de la Commune avec une force décuplée.”

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En 1910, la campagne pour un droit de vote égalitaire et universel bat son plein en Prusse. L’Etat prussien mobilise ses forces. Après avoir échoué à empêcher les manifestations, il prépare ses troupes. Rosa Luxemburg participe avec force à la campagne. Dans un grand meeting, le 17 octobre, elle prononce un discours mémorable. On y trouve ces phrases:

Et cette société s’attend à ce que nous abandonnions la voie que nous avons choisie ,  la lutte pour nos droits politiques les plus élémentaires, de peur de sacrifier notre vie! Comme si les mouvements historiques mondiaux pouvaient être freinés dans leur avancée victorieuse par des moyens aussi grossiers! Il nous suffit de regarder vers la France, de regarder vers ce grand champ d’expérimentation de la révolution moderne. Combien de fois y a-t-on tenté de noyer dans le sang le prolétariat naissant, le socialisme! Avec le terrible massacre de juin 1848, ce que l’on voulait, c’était étouffer l’appel du prolétariat pour une «république sociale». Mais 22 ans plus tard, le drapeau du socialisme flottait de nouveau victorieux avec la Commune de Paris. Puis vint la vengeance face au soulèvement de la Commune, la cruelle boucherie de mai 1870. Des dizaines de milliers de morts et de vivants furent enterrés ensemble dans une fosse commune, dans le grand cimetière parisien du Père Lachaise. Une grande pelouse nue et usée au fin fond du cimetière, un mur nu sur lequel sont suspendues aujourd’hui quelques simples couronnes rouges, délavées par la pluie, comme par des torrents de larmes, voilà tout ce qui restait de la Commune de Paris dans un premier temps. La bourgeoisie victorieuse non seulement en France, mais aussi en Allemagne, et même dans le monde entier, jubilait, pensant qu’elle avait enseveli les graines du socialisme au plus profond de cette pelouse. Mais c’est précisément sur la tombe de la Commune que le prolétariat international a noué l’alliance fraternelle que rien au monde ne peut  plus briser; Après une décennie, le socialisme a resurgi de la tombe de la Commune avec une force décuplée.

Rosa Luxemburg et la Commune (7). Extrait de l’article “Le 1er mai et la lutte des classes”. “… Dans la nuit des misères que font naître les crises du capitalisme, des fantômes s’élèvent …”

… Dans la nuit des misères que font naître les crises du capitalisme, des fantômes s’élèvent, annonçant l’inexorable destin, qui déjà se pouvait prévoir à l’aurore même de l’ère capitaliste.

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La bannière des Canuts

La lutte de classes, génératrice de ces crises qui déchire la société bourgeoise et qui, fatalement, causera sa perte, fait comme une trainée rouge à travers toute l’histoire d’un siècle. Elle se dessinait confusément dans la grande tourmente de la Révolution française. Elle s’inscrivait en lettres noires sur la bannière des canuts de Lyon, les révoltés de la faim qui, en 1834, jetèrent le cri : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! » » Elle alimentait le feu rouge des torches allumées par les chartistes anglais de 1830 et de 1840. Elle se levait comme une colonne de flammes du terrible massacre de juin 1848 à Paris. Elle jetait son éclat de pourpre dans la capitale de la France, sur le mouvement de 1871, lorsque la canaille bourgeoise victorieuse se vengeait sur les héros de la Commune par le fer meurtrier des mitrailleuses. …

Le but du 1er mai est une déclaration de guerre retentissante sans merci, lancée à cette société par des millions de bouches et qui se répercute sur toute l’étendu du globe. Dans cette unanimité internationale du mouvement se trouve la  garantie que nos bataillons ne seront plus écrasés dans une lutte héroïque, mais inégale, parce qu’isolés, comme ceux de Juin et de la Commune, comme les glorieux combattants de Saint-Pétersbourg, de Varsovie et de Moscou.

Le 1er mai est la fête mondiale du travail, la commémoration annuelle des luttes révolutionnaires glorieuses du prolétariat moderne, la continuation de leurs traditions et la proclamation solennelle de cette vérité qu’un jour sonnera l’heure où non plus des détachements isolés du prolétariat de telle ou telle nation mais le prolétariat de tous les pays soulèvera dans une lutte commune pour mettre bas le jour exécrable du capitalisme.

Le 1er mai et la lutte des classes

Socialisme N° 74, 1er mai 1909, P 1 et 2

Publié dans Le socialisme en France P 265 – 267, Editions Agone/Smolny,

 

Lire pour comprendre le contexte difficile de la lutte de Rosa Luxemburg pour le maintien et la célébration du 1er mai : http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/2018/07/1909-le-mouvement-socialiste.le-1er-mai-au-congres-de-leipzig.html

Rosa Luxemburg et la Commune (6). La Commune, le capital et l’armée de réserve, extrait de l’Introduction à l’économie politique.

Introduction à l’économie politique V : LE TRAVAIL SALARIÉ

“Un autre exemple criant a été fourni, en 1871, par les capitalistes français. Après la chute de la Commune, le massacre des ouvriers parisiens, dans les formes légales et en dehors d’elles, prit de telles proportions que des dizaines de milliers de prolétaires, souvent les meilleurs et les plus travailleurs, l’élite de la classe ouvrière, furent assassinés; alors le patronat, qui avait assouvi sa soif de vengeance, fut quand même pris d’inquiétude à l’idée que le manque de “ bras ” en réserve risquait d’être cruellement ressenti par le capital; l’industrie allait, à cette époque, après la fin de la guerre, vers une expansion importante des affaires. Aussi plusieurs entrepreneurs parisiens s’employèrent-ils auprès des tribunaux pour modérer les poursuites contre les Communards et sauver les bras ouvriers du bras séculier pour les remettre au bras du capital.”

Introduction à l’économie politique V : LE TRAVAIL SALARIÉ

La formation de l’armée de réserve

Source : https://www.marxists.org/francais/luxembur/intro_ecopo/intro_ecopo_53.htm

Quand elle augmente la charge du travail et diminue le niveau de vie des travailleurs jusqu’à la limite physiologiquement possible et même en deçà, l’exploitation capitaliste ressemble à l’exploitation de l’esclavage et du servage au moment de la pire dégénérescence de ces deux formes d’économie, donc quand elles étaient près de s’écrouler. Mais ce que seule la production marchande capitaliste a engendré et qui était complètement inconnu de toutes les époques antérieures, c’est le non-emploi et par suite la non-consommation des travailleurs, en tant que phénomène permanent, ce qu’on appelle l’armée de réserve des travailleurs. La production capitaliste dépend du marché et doit suivre la demande. Cette dernière change constamment, engendrant alternativement ce qu’on appelle les années, les saisons, les mois de bonnes et de mauvaises affaires. Le capital doit constamment s’adapter à ce changement de la conjoncture et occuper en conséquence tantôt davantage, tantôt moins de travailleurs. Il doit, pour avoir continuellement à sa disposition la quantité nécessaire de force de travail répondant aux exigences même les plus élevées du marché, maintenir en réserve un nombre important de travailleurs inemployés, à côté de ceux qui sont employés. Les travailleurs inemployés n’ont pas de salaire, puisque leur force de travail ne se vend pas, elle est seulement en réserve; la non-consommation d’une partie de la force de travail est partie intégrante de la loi des salaires dans la production capitaliste.

Comment des chômeurs réussissent à vivre, cela ne regarde pas le capital, il repousse toute tentative de supprimer l’armée de réserve comme une menace contre ses propres intérêts vitaux. La crise anglaise du coton en 1863 en a fourni un exemple éclatant. Lorsque le manque de coton brut américain força soudain les filatures et les tissages anglais a interrompre leur production et que près d’un million de travailleurs se trouvèrent sans pain, une partie de ces chômeurs décida d’émigrer en Australie pour échapper à la famine. Ils demandèrent au parlement anglais d’accorder deux millions de livres sterling pour permettre l’émigration de 50 000 ouvriers sans travail. Cette requête ouvrière provoqua les cris d’indignation des fabricants de coton. L’industrie ne pouvait vivre sans machines, et les ouvriers sont comme les machines, il en faut en réserve. “ Le pays ” subirait une perte de quatre millions de livres sterling, si les chômeurs affamés partaient subitement. Le parlement refusa en conséquence le fonds d’émigration et les chômeurs continuèrent à tirer le diable par la queue, pour constituer la réserve nécessaire au capital. Un autre exemple criant a été fourni, en 1871, par les capitalistes français. Après la chute de la Commune, le massacre des ouvriers parisiens, dans les formes légales et en dehors d’elles, prit de telles proportions que des dizaines de milliers de prolétaires, souvent les meilleurs et les plus travailleurs, l’élite de la classe ouvrière, furent assassinés; alors le patronat, qui avait assouvi sa soif de vengeance, fut quand même pris d’inquiétude à l’idée que le manque de “ bras ” en réserve risquait d’être cruellement ressenti par le capital; l’industrie allait, à cette époque, après la fin de la guerre, vers une expansion importante des affaires. Aussi plusieurs entrepreneurs parisiens s’employèrent-ils auprès des tribunaux pour modérer les poursuites contre les Communards et sauver les bras ouvriers du bras séculier pour les remettre au bras du capital. …

Pour lire L’Introduction à l’économie politique : http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=1288
LUXEMBURG Rosa : Introduction à l’économie politique
Présentation de l’éditeur – Table des matières – Parution : Novembre 2009
20 février 2011 par collectif

Œuvres Complètes de Rosa Luxemburg, tome I

Traduction de Jacqueline Bois

Préface de Louis Janover

Quatrième de couverture :

De 1907 à 1913, Rosa Luxemburg, militante et théoricienne de la gauche révolutionnaire, donne des cours d’économie politique à l’école du parti social-démocrate allemand. Alors que ce dernier se montre de plus en plus complaisant à l’égard d’un système qui conduit tout droit à la Première Guerre mondiale, Rosa Luxemburg fait ressortir les contradictions insurmontables du capitalisme, son inhumanité croissante, mais aussi son caractère transitoire. Son regard acéré, qui ne perd jamais de vue les avancées scientifiques et critiques des penseurs de son temps, embrasse les formes d’organisations sociales les plus variées, depuis le « communisme primitif » jusqu’au dernier-né des modes d’exploitation, le capital « assoiffé de surtravail ». Dans ces leçons, qui s’inscrivent dans le droit-fil de la Critique de l’économie politique de Marx comme du Manifeste communiste, elle pose la question qui resurgit aujourd’hui avec plus d’insistance que jamais – socialisme ou chute dans la barbarie !

Louis Janover, collaborateur de Maximilien Rubel à l’édition des Œuvres de Karl Marx dans la Bibliothèque de la Pléiade, restitue dans la préface toute sa portée critique à la pensée de Rosa Luxemburg.

En appendice, chronologie et notices dessinent le cadre historique et politique de la vie de cette internationaliste irréductible.


Table des matières :

-  Note des éditeurs
-  Avant-propos

-  Préface : Rosa Luxemburg, l’histoire dans l’autre sens par Louis Janover

-  Introduction à l’économie politique

  1. Qu’est-ce que l’économie politique ?
  2. La société communiste primitive
  3. La dissolution de la société communiste primitive
  4. La production marchande
  5. Le travail salarié
  6. Les tendances de l’économie mondiale

-  Appendices

  • Repères chronologiques 1857 – 1925
  • Journaux et organisations
  • Repères biographiques
  • Bibliographie indicative
  • Index des noms, auteurs et journaux cités

Voir la présentation de ce volume dans l’édition en ligne des Œuvres complètes de Rosa Luxemburg.


Rosa Luxemburg et la Commune (5). “… La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d’une “ européanisation ” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l’impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes dans les vieux pays capitalistes.”

Déjà, nous l’avons vu, la politique coloniale avait amené un heurt entre les intérêts matériels tangibles du monde bourgeois et les conditions de vie du communisme primitif. Plus le régime capitaliste imposait sa toute-puissance en Europe occidentale depuis le milieu du XIX° siècle, après les tempêtes de la révolution de 1848, et plus ce heurt devenait brutal. En même temps, et précisément depuis la révolution de 1848, un autre ennemi jouait un rôle de plus en plus grand à l’intérieur de la société bourgeoise : le mouvement ouvrier révolutionnaire. Depuis les journées de juin 1848 à Paris, le “ spectre rouge ” ne disparaît plus de la scène publique, et ressurgit en 1871 dans l’embrasement aveuglant des luttes de la Commune, au grand effroi de la bourgeoisie française et internationale. Or à la lumière de ces luttes de classes brutales, la plus récente découverte de la recherche scientifique – le communisme primitif – révélait son aspect dangereux. La bourgeoisie, touchée au point sensible de ses intérêts de classe, flairait un lien obscur entre les vieilles traditions communistes qui, dans les pays coloniaux, opposaient la résistance tenace à la recherche du profit et aux progrès d’une “ européanisation ” des indigènes, et le nouvel évangile apporté par l’impétuosité révolutionnaire des masses prolétariennes dans les vieux pays capitalistes.

Extrait de l’Introduction à l’économie politique. 1907

. Gesammelte Werke – Tome 5, P 612-613, Wirtschaftsgeschichliches 1                                                                              Chapitre sur le communisme primitif.

. Sur le site marxiste.org https://www.marxists.org/francais/luxembur/intro_ecopo/intro_ecopo_41.htm

. Sur le site Somolny : http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=1971

 

 

 

 

La répression de la Commune dans Martinique, l’un des plus beaux articles de Rosa Luxemburg.”Et nous vous avons vue, vous aussi, oh République, en larmes ! C’était le 23 mai 1871, quand le soleil glorieux du printemps brillait sur Paris, des milliers d’êtres humains pâles dans des vêtements de travail étaient enchaînés …”. Rosa Luxemburg et la Commune (4)

” … Et nous vous avons vue, vous aussi, oh République, en larmes ! C’était le 23 mai 1871, quand le soleil glorieux du printemps brillait sur Paris, des milliers d’êtres humains pâles dans des vêtements de travail étaient enchaînés ensemble dans les rues, dans les cours de prison, corps contre corps et tête contre tête ; les mitrailleuses faisaient crépiter par les meurtrières leurs museaux sanguinaires. Aucun volcan n’avait éclaté, aucun jet de lave n’avait été versé. Vos canons, République, ont tiré sur la foule compacte, poussant des cris de douleur – plus de 20.000 cadavres ont recouvert les trottoirs de Paris !”

En 1902, la Martinique est ravagée par une irruption volcanique qui cause des milliers et des milliers de morts. Toutes les puissances impérialistes de l’époque rivalisent dans l’aide pseudo-humanitaire (que nous connaissons si bien aujourd’hui!). Rosa Luxemburg dénonce, avec ces mots, ces puissances qui ont massacré en France, aux Philippines, en Russie …,  ceux qui exploitent et massacrent dans leurs pays et dans les colonies, en particulier la France en 1871 lors de la Commune.

Ecouter Sabrina Lorre lire Martinique : http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/2018/09/sabrina-lorre-lit-rosa-luxemburg-martinique-et-fanon.html


L’article de Rosa Luxemburg

Des montagnes de ruines fumantes, des tas de cadavres mutilés, une mer fumante, partout où l’on se tourne boue et cendres, c’est tout ce qui reste de la petite ville prospère perchée comme une hirondelle sur la pente rocheuse du volcan. Depuis quelque temps, on avait entendu le géant en colère gronder et s’emporter contre la présomption humaine, contre la suffisance aveugle des nains à deux jambes. Au grand cœur dans sa colère même, un véritable géant, il avait prévenu les créatures insouciantes qui rampaient à ses pieds. Il fumait, répandant des nuages ardents ; dans son sein il y avait un bouillonnement et un fourmillement, des explosions semblables à des coups de fusils et au tonnerre du canon. Mais les seigneurs de la terre, ceux qui ordonnent à la destinée humaine, ont maintenu la foi inébranlable en leur propre sagesse.

Le septième jour du mois, une commission expédiée par le gouvernement a annoncé à la population inquiète de Saint-Pierre que tout était en règle dans le ciel comme sur la terre. Tout est en règle, aucune cause d’alarme ! comme ils l’avaient dit, intoxiqués par les danses de salon, à la veille du serment du Jeu de paume à l’époque de Louis XVI, alors qu’une lave ardente s’accumulait avant l’éruption du volcan révolutionnaire. Tout est en ordre, la paix et la tranquillité règnent partout ! comme ils le disaient il y a 50 ans à Vienne et à Berlin à la veille de l’éruption de mars. Mais, le vieux titan souffrant de la Martinique n’a prêté aucune attention aux rapports de l’honorable commission, après que la population ait été rassurée le septième jour par le gouverneur, il fit éruption au cours des premières heures du huitième jour et il a enterré en quelques minutes, le gouverneur, la commission, la population, les maisons, les rues et les bateaux sous les exhalaisons ardentes de son cœur indigné.

Le travail a été radical. Quarante mille vies humaines fauchées, une poignée de réfugiés sauvés, le vieux géant peut gronder et bouillonner en paix, il a manifesté sa puissance, il s’est affreusement vengé de cet affront à sa puissance primale. Et maintenant, dans les ruines de la ville détruite, un nouvel arrivant s’invite en Martinique, un invité encore inconnu, jamais rencontré auparavant : l’être humain. Ni maître, ni serf, ni noir, ni blanc ; ni riche, ni pauvre, ni propriétaire de plantation ou esclave salarié, l’être humain survient sur l’île brisée et minuscule, l’être humain qui ressent seulement la douleur et constate seulement le désastre, qui cherche seulement à aider et secourir. Le vieux Mont Pelé a réalisé un miracle! Oubliés les jours de Fachoda, oublié le conflit de Cuba, oubliée “la Revanche” ; les Français et les Anglais, le Tsar et le Sénat de Washington, l’Allemagne et la Hollande donnent de l’argent, envoient des télégrammes, tendent une main secourable. La confrérie des peuples contre la haine brûlante de la nature, une résurrection de l’humanisme sur les ruines de la culture humaine s’est manifestée. Le prix du retour à l’humanité fut élevé, mais le tonnerre du Mont Pelé a capté leur attention.

La France pleure sur les 40.000 cadavres de l’île minuscule, et le monde entier s’empresse de sécher les larmes de la République. Mais comment était-ce quand, il y a quelques siècles, la France a versé le sang à torrents pour prendre les Petites et les Grandes Antilles ? En mer, au large des côtes de l’Afrique de l’Est existe l’île volcanique de Madagascar. Il y a 15 ans, nous vîmes comment la République aujourd’hui inconsolable et qui pleure la perte de ses enfants, a alors soumis les indigènes obstinés à son joug par les chaînes et l’épée. Nul volcan n’y a ouvert son cratère, ce sont les bouches des canons français qui ont semé la mort et de la désolation. Les tirs de l’artillerie française ont balayé des milliers de vies humaines de la surface de la terre jusqu’à ce que ce peuple libre se prosterne face contre terre et que la reine des “sauvages” soit traînée, comme trophée, dans la “Cité des Lumières”.

Sur la côte asiatique, lavée par les vagues de l’océan, se trouvent les souriantes Philippines. Il y a six ans, nous y avons vu les Yankees bienveillants, le Sénat de Washington au travail. Il n’y a pas là-bas de montagne crachant le feu et pourtant le fusil américain y a fauché des vies humaines en masse ; le cartel du sucre du Sénat qui envoie aujourd’hui des dollars-or par milliers à la Martinique pour sauver des vies, avait auparavant envoyé des canons et des canons, des vaisseaux de guerre et des vaisseaux de guerre ; des millions et des millions de dollars-or sur Cuba pour semer la mort et la dévastation.

Hier et aujourd’hui, très loin dans le sud de l’Afrique, où il y a quelques années encore, un petit peuple tranquille y vivait de son travail et en paix, nous avons vu comment les Anglais y ont tout ravagé. Ces mêmes Anglais qui sauvent la mère et l’enfant en Martinique, nous les avons vus piétiner brutalement des corps humains et même ceux d’enfants avec leurs bottes de soldats, se vautrant dans des mares de sang et semant la mort et la dévastation.

Ah, et les Russes, le Tsar de toutes les Russies, aidant et pleurant – une vieille connaissance ! Nous vous avons vus sur les remparts de Prague, où le sang polonais encore chaud coulait à flots faisant virer le ciel au rouge de ses vapeurs. Mais c’était autrefois. Non ! Maintenant, il y a seulement quelques semaines, nous avons vu les Russes bienveillants sur les routes poussiéreuses, dans des villages russes ruinés, confronter une foule de loqueteux en révolte et tirer sur des moujiks haletants, nous avons vu le sang rouge des paysans se mélanger à la poussière du chemin. Ils doivent mourir, ils doivent tomber parce que leurs corps sont tordus par la faim, parce qu’ils réclament du pain et encore du pain !

Et nous vous avons vus, vous aussi, oh République, en larmes ! C’était le 23 mai 1871, quand le soleil glorieux du printemps brillait sur Paris, des milliers d’êtres humains pâles dans des vêtements de travail étaient enchaînés ensemble dans les rues, dans les cours de prison, corps contre corps et tête contre tête ; les mitrailleuses faisaient crépiter par les meurtrières leurs museaux sanguinaires. Aucun volcan n’avait éclaté, aucun jet de lave n’avait été versé. Vos canons, République, ont tiré sur la foule compacte, poussant des cris de douleur – plus de 20.000 cadavres ont recouvert les trottoirs de Paris !

Et vous tous – Français et Anglais, Russes et Allemands, Italiens et Américains – nous vous avons vus tous ensemble pour une première fois dans une entente fraternelle, unie dans une grande ligue des nations, aidant et vous entraidant les uns les autres : c’était en Chine. Là, vous aviez oublié toutes les querelles entre vous, là aussi vous aviez fait la paix des peuples – pour le meurtre et l’incendie. Ah ! Combien d’individus sont tombées sous vos balles, comme un champ de blé mûr haché par la grêle ! Ah ! Combien de femmes jetées à l’eau, pleurant leurs morts dans leurs bras froids et fuyant les tortures mêlées à vos embrassades ardentes !

Et maintenant, ils se tournent tous vers la Martinique d’un même mouvement et le cœur sur la main, ces meurtriers bienveillants aident, sauvent, sèchent les larmes et maudissent les ravages du volcan. Mont Pelé, géant au grand cœur, tu peux en rire ; tu peux les mépriser, ces carnivores pleurants, ces bêtes en habits de Samaritains. Mais un jour viendra où un autre volcan fera entendre sa voix de tonnerre, un volcan qui grondera et bouillonnera et, que vous le vouliez ou non, balayera tout ce monde dégoulinant de sang de la surface de la terre. Et c’est seulement sur ses ruines que les nations se réuniront en une véritable humanité qui n’aura plus qu’un seul ennemi mortel : la nature aveugle.

“En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre”. Rosa Luxemburg en 1898 au Congrès de Stuttgart. Rosa Luxemburg et la Commune (3)

« … Mais, si nous partons du principe que nous pouvons faire aboutir pleinement les intérêts du prolétariat , alors il serait  impossible de faire des déclarations telles celles de Heine dernièrement  selon laquelle nous pouvons faire également des concessions dans le domaine du militarisme ; puis celle de Konrad Schmidt dans l’organe officiel de la social-démocratie majoritaire au parlement bourgeois et justement la déclaration de Bernstein  selon laquelle, une fois à la barre, nous ne serons pas en mesure, même dans ce cas, de nous passer du capitalisme. En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre. Mais au lieu du formidable spectacle, de la lutte héroïque, nous en aurions vu  un autre, les travailleurs n’auraient pas été des héros, mais de simples vieilles femmes. Je crois que le débat pour savoir si une fois au pouvoir, nous serons en mesure de socialiser la production, si elle est déjà mûre pour cela, est purement académique. Nous ne devons nourrir aucun doute sur le fait que ce que nous voulons c’est conquérir le pouvoir politique. Un parti socialiste doit toujours se montrer à la hauteur de la situation, il ne doit jamais se dérober à ses propres tâches. Aussi, devons-nous clarifier pleinement nos positions sur ce qu’est  notre but ultime, nous le réaliserons contre vent, tempête et quel que soit le temps . »

Discours sur la tactique  Congrès de Stuttgart 03.10.1898

Rosa Luxemburg a 28 ans. Elle vient d’arriver, en mai, en Allemagne après cinq ans d’exil en Suisse. L’Allemagne est pour elle, le lieu où il convient de combattre. En à peine six mois, elle a pris une place majeure et au premier Congrès du parti social-démocrate allemand auquel elle participe, elle lance le combat contre le réformisme, son premier combat pour le « but final », la prise du pouvoir par les prolétaires. Le courant réformiste vient de se structurer, Edouard Bernstein en est la voix et la caution. Les premières grandes mesures réformistes sont prônées par les hommes de ce courant, Heine qui veut faire voter le budget militaire (déjà !), Schippel qui rejette l’idée de « milice ». Le courant réformiste veut aller au socialisme au lent pas des réformes, pour lui, la situation n’est pas mûre (un grand thème que reprendra souvent Rosa Luxemburg, maturité des conditions économiques, maturité des masses). Ce premier discours, salué par les applaudissements, pose les bases d’une pensée et d’une action qu’elle mènera jusqu’à l’ultime jour de sa vie, abrégée par ceux-là mêmes qu’elle combat dans ce premier discours. On y trouve cette première référence directe à la Commune : “En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : “les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre. Mais au lieu du formidable spectacle, de la lutte héroïque, nous en aurions vu  un autre, les travailleurs n’auraient pas été des héros, mais simplement de pauvres vieilles femmes.”

http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/2019/08/spd-annee-1898-chronique-de-la-friedricht-ebert-stiftung.html

 

1894. Premières réflexions sur la Commune. Rosa Luxemburg et la Commune (2)

” Je propose d’ajouter un petit passage pour dire que la Commune n’a pas pu alors introduire le socialisme pour des raisons internes, surtout à cause de la façon dont était posée la question ouvrière en France, dans toute l’Europe et l’Amérique. Elle n’a pas même eu le temps d’effectuer les moindres réformes fondamentales au bénéfice du prolétariat, à titre de mesures provisoires, temporaires, dans le cadre du système actuel.”
“D’après ce que j’ai lu sur la Commune, on ne peut nullement attribuer le coup d’Etat du 4 septembre aux ouvriers proprement dits car là, c’est la bourgeoisie qui a mené le bal, les ouvriers ne sont intervenus qu’en tant que masse”,

 

Le courrier adressé à Boris Kritschevski (extrait)

L’extrait concerne le texte de B. Kritchevski publié avec la signature K, sous le titre “Kommuna Paryska 1871 r.” en 1894 dans le n° 9 du journal du parti la Sprawa Robotnicza

 

” Mardi, [probablement avril 1894]

… Maintenant au fait. Mes sincères remerciements pour l’énorme Commune. Elle est déjà entièrement traduite et au tiers composée. Mais j’ose attirer votre attention sur quelques petits détails qu’à mon avis vous devriez m’autoriser à modifier légèrement dans les épreuves.

1. Page 2 de votre manuscrit: “Les ouvriers français et surtout parisiens supportaient le gouvernement de Napoléon avec autant d’impatience que celui des rois qui l’avaient précédé. A la première occasion favorable, ils se sont soulevés et l’ont dépouillé de son trône”. D’après ce que j’ai lu sur la Commune, on ne peut nullement attribuer le coup d’Etat du 4 septembre aux ouvriers proprement dits car là, c’est la bourgeoisie qui a mené le bal, les ouvriers ne sont intervenus qu’en tant que masse, alors que, chez vous, on a l’impression qu’ils l’ont fait de leur propre chef et en pleine conscience.

2. Même page: “Napoléon a lui-même précipité sa chute. A l’été de 1870, il s’est mis en guerre avec la Prusse. Espérait-il” etc. Vous donnez à croire que c’est Napoléon qui a déclaré la guerre (alors qu’elle lui a été insolemment jetée à la figure). Et la dépêche d’Ems? Et l’affolement au Parlement de Paris à la nouvelle d’une guerre imminente? Je pense que ni la France ni Napoléon n’avaient l’espoir de vaincre ou même “de renforcer leur pouvoir”, ils avaient seulement l’intention de se défendre farouchement.

3. Page 13: Tout le passage de “la Commune de Paris n’a pas eu elle-même le temps …” jusqu’à “pendant deux mois”. On a l’impression que seul le manque le temps et les obstacles extérieurs ont empêché la Commune d’instaurer le système socialiste. Cette impression, qui provient vraisemblablement d’une disposition malencontreuse des phrases, jette à mon avis sur les faits une fausse lumière. Je propose d’ajouter un petit passage pour dire que la Commune n’a pas pu alors introduire le socialisme pour des raisons internes, surtout à cause de la façon dont était posée la question ouvrière en France, dans toute l’Europe et l’Amérique. Elle n’a pas même eu le temps d’effectuer les moindres réformes fondamentales au bénéfice du prolétariat, à titre de mesures provisoires, temporaires, dans le cadre du système actuel.

Page 17, la dernière phrase: n’y a-t-il pas erreur, ne vouliez-vous pas dire, cher, que les Versaillais sont venus à l’aide des Prussiens dans le siège de Paris et non le contraire?

Page 23: qu’est-ce que “les grandes écuries” et “les docks de Satory”? J’aurais voulu l’expliquer en note, mais je ne sais pas ce que c’est …”

 

Lettres de Paris, un document historique inestimable

La correspondance de Rosa Luxemburg existe en allemand chez Dietz Verlag et comprend six volumes. Le premier volume d’une version française est en cours de préparation chez Agone/Smolny pour publication en 2021. Elle constitue une source inépuisable d’information, d’indications sur la genèse de sa pensée, sur l’arrière-plan politique et personnel de ses articles, de ses discours, de son action. Mon travail depuis les années 80 a toujours mêlé étroitement étude des textes et des lettres. Ce qui a amené à la publication dès 2011 de cette lettre sur mon blog principal: http://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-rosa-luxemburg-la-commune-de-paris-extrait-d-une-lettre-de-1894-78863. Car, cela vaut tout particulièrement pour cet extrait de lettre. Rosa Luxemburg n’ a que 23 ans. Elle est déjà en exil en Suisse depuis près de quatre ans. En 1893, elle fonde sur des bases marxistes, avec d’autres militants, un parti (le SDKP) qui s’oppose au courant nationaliste au sein de la social-démocratie polonaise (PPS) et un journal la Sprawa Robotcza ((La cause ouvrière). Pour pouvoir l’imprimer, elle se rend à Paris. Elle est alors séparée de son compagnon Leo Jogiches, co-fondateur du SDKP (SDKPiL), ce qui fait des lettres parisiennes un document historique inestimable.

Les indications sur Boris Kritschewski sont précieuses et nombreuses. Parmi elles :

J’ai oublié le plus important: je veux faire de ce numéro de mai, le numéro de février, sinon, cela n’a pas de sens. Savoir quand ce numéro va paraître! Ce n’est pas grave que l’éditorial porte sur la commémoration du 18 mars (ainsi, l’article sur la Commune se retrouverait bien dans le numéro de février). D’accord?  Tome 1 P. 19. 13 mars – P 28 – 25 mars –

– “L’article de Kritschweski [sur le 1er mai] ne m’a pas plu. J’aurais préféré l’écrire moi-même, mais je vais m’efforcer de le retravailler. Tes remarques rejoignent grosso modo les miennes”. Tome 1 P 28 – 25 mars

– L’article sur la Commune est traduit Tome 1 P. 19. 13 mars – P 45 – 11 avril  (du russe en polonais)

La publication de cette lettre

Cette lettre se trouve dans le tome 6 des Gesammelte Briefe, P 24 à 26.

Sa publication en français est le témoignage d’engagements forts.  Elle est publiée d’abord chez Maspéro dès 1976. Dans “Vive la lutte” (P39/40). Sur le net, c’est le site pionnier “Bataille socialiste” qui donne accès à ce courrier et le site marxist.org qui le reprend: Mis en ligne par La Bataille Socialiste, avec les notes suivantes : “Original en russe publié en 1975, traduit dans Vive la lutte! Correspondance 1891-1914 (1975). Le texte envoyé par Kritchevski (“Kommuna Paryska 1871 r.”) fut publié dans le n° 9 de la Sprawa Robotnicza (« La Cause ouvrière »). L’intérêt de cette traduction avait été souligné par Georges Haupt, lors du colloque de mai 1971 sur le centenaire de la Commune, pour la remarque de Rosa Luxemburg sur la page 13 du manuscrit de Kritchevski (« la Commune n’a pas pu alors introduire le socialisme pour des raisons internes »).” https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1894/00/kritchevski.htm

Les lettres à Boris Kriteschwski dans le tome 6 des Gesammelte Briefe

17.10.1893 – 17.11.1893 – 27.11.1893 – 1893/ 1894 – 04.1894 – 19.01.1895 – 05.06.1895 – 05.05.1897 – 17.02.1898 – 16.03.1895 – 19.08.1898 – 18.10.1898 – 21.05.1902 et 17.07.1891

Cette lettre se trouve dans le tome 6 des Gesammelte Briefe, P 24 à 26.

Rosa Luxemburg et la Commune (1) – Gilbert Badia, Les Spartakistes et la Commune de Paris

Les spartakistes et la Commune de Paris (extrait)

Publication : 1 février 1999 Source : https://commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/a-l-heure-du-bilan/1069-les-spartakistes-et-la-commune-de-paris

Dans un article paru dans Die Rote Fahne, en décembre 1918, Rosa Luxemburg accusait les dirigeants sociaux-démocrates « d’aspirer aux lauriers de Thiers, de Cavaignac et de Gallifet ».

Les spartakistes s’inscrivent dans la tradition de la Commune de Paris : internationalisme, rôle des femmes (Rosa Luxemburg, Clara Zetkin) (1) et démocratie au sens étymologique et le plus fort du terme. R. Luxemburg, dans ses Notes sur la Révolution russe, rédigées en prison au début de l918, écrit : « Le seul chemin qui conduise à la renaissance, c’est l’école même de la vie publique, la démocratie la plut large et la plus illimitée. »

Et nombreux sont les références à la Commune de Paris dans l’œuvre de Rosa Luxemburg. Durant un séjour parisien, elle participe, le l8 mais 1895, à un banquet des guesdistes en l’honneur de la Commune et écoute Camélinat évoquer ses souvenirs.

Quinze ans plus lard, au cours d’un meeting à Francfort, elle raconte sa visite au Père-lachaise : « Une grande étendue d’herbe rase tout en haut du cimetière, un mur nu auquel sont accrochées quelques couronnes rouges toutes simples, pâlies par la pluie et les larmes. »

La même année, elle fait grief au SPD de n’avoir pas organisé de grandes manifestations le l8 mars pour célébrer à la fois le début de la révolution de 1848 en Allemagne et la Commune de Paris.

Dans son dernier article, paru le jour même de son assassinat. Rosa Luxemburg établit un parallèle entre le massacre des révolutionnaires berlinois et celui des Communards parisiens : « L’ennemi c‘est Spartacus, et Berlin est le lieu où nos officiers s’entendent à remporter la victoire […] Qui n’évoquerait l’ivresse de la meute des partisans de “l’ordre“ la bacchanale de la bourgeoisie parisienne dansant sur les cadavres des combattants de la Commune. […] Quand il s’est agi d’affronter les prolétaires parisiens affamés et mal armés, d’affronter leurs femmes sans défense et leurs enfants, ah, comme le courage de cette jeunesse dorée comme le courage des officiers a éclaté ! Comme la bravoure de ces fils de Mars, qui avaient cassé devant l’ennemi extérieur, s’est donné libre cours dans ces atrocités bestiales, commises sur des hommes sans défense, des blessés et des prisonniers. » (2)

Prévisible, la défaite des spartakistes fut lourde de conséquences pour l’Allemagne. Elle augurait mal de l’avenir d’un « ordre » démocratique qui laissera place, quatorze ans plus lard, au nazisme.

Gilbert Badia

(1) Voir Gilbert Badia : Clara Zetkin, féministe sans frontières et Rosa Luxemburg épistolière, Éditions de l’Atelier

(2) Rosa Luxemburg, textes présentation et traduction de Gilbert Badia, Paris 1982, p.286-287.

Anniversaire du 18 mars en 1892
Grand punch prolétaire organisé par le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (3).
L’entrée à 60 centimes donne droit à une consommation dans les salons de la brasserie Coquet, place Blanche.
Chants et poésies par les citoyens et citoyennes de la « Tournée sur le Zinc », par les bois-sans-soif. Au programme : « La marseillaise des travailleurs », « Le départ », « Je ne suis pas une fille », etc.

(3) Ce parti est également connu sous le nom de Fraction allemaniste ou Parti allemaniste, du nom de son fondateur, l’ancien Communard Jean Allemane et qui se caractérise pour son ouvriérisme et sa propagande pour la grève générale.

Dossier sur Rosa Luxemburg et le syndicalisme

1ère mention. Eröterungen über die Taktik, 19 octobre 1898, Sächsische Arbeiter- Zeitung (extrait) – Gesammelte Werke Tome1/1 – P 258/259

“Dementsprechend kann es sich innerhalb der Sozialdemokratie nicht darum handeln, ob für das Proletariat auf dem Boden der bestehenden Gesellschaft durch praktische Tätigkeit etwas zu erstreben sei, oder ob „man alles vom Zusammenbruch erwarten” soll. Die praktische alltägliche Tätigkeit behufs Aufbesserung der Lage der Arbeiterklasse ist vielmehr der einzige Modus, überhaupt sich sozialdemokratisch zu betätigen und auf den Zusammenbruch des Kapitalismus hinzuarbeiten. Die Frage, um die sich die Kontroverse dreht, ist eine ganz andere, nämlich: ob dieser praktische alltägliche Kampf, die Gewerkschaften, die Sozialreformen, die Demokratisierung des Staates, ob sie eine unmittelbare sozialisierende Wirkung haben, die durch einfachen sozialen Stoffwechsel die kapitalistische Gesellschaft unmerklich in eine sozialistische verwandelt, d. h. ob sie den Sozialismus stückweise verwirklicht – dies der Standpunkt des Opportunismus – oder ob der praktische Kampf bloß dazu dient, die Arbeiterklasse materiell zu konsolidieren, politisch zu organisieren und aufzuklären, um sie zu der Aufhebung der kapitalistischen Gesellschaft durch eine politische und soziale Umwälzung und zur Einführung des Sozialismus vorzubereiten. Was also wiederum in Frage steht, ist nicht der positive alltägliche Kampf selbst, der vielmehr gerade das politische Merkmal der Sozialdemokratie im ganzen im Unterschied zum Anarchismus bildet, die Auffassung von der Tragweite, von den sozialen Folgen dieses Kampfes, im Zusammenhang mit diesem oder jenem Gang der objektiven kapitalistischen Entwicklung.”