Rosa Luxemburg et la Commune (1) – Gilbert Badia, Les Spartakistes et la Commune de Paris

Les spartakistes et la Commune de Paris (extrait)

Publication : 1 février 1999 Source : https://commune1871.org/la-commune-de-paris/histoire-de-la-commune/a-l-heure-du-bilan/1069-les-spartakistes-et-la-commune-de-paris

Dans un article paru dans Die Rote Fahne, en décembre 1918, Rosa Luxemburg accusait les dirigeants sociaux-démocrates « d’aspirer aux lauriers de Thiers, de Cavaignac et de Gallifet ».

Les spartakistes s’inscrivent dans la tradition de la Commune de Paris : internationalisme, rôle des femmes (Rosa Luxemburg, Clara Zetkin) (1) et démocratie au sens étymologique et le plus fort du terme. R. Luxemburg, dans ses Notes sur la Révolution russe, rédigées en prison au début de l918, écrit : « Le seul chemin qui conduise à la renaissance, c’est l’école même de la vie publique, la démocratie la plut large et la plus illimitée. »

Et nombreux sont les références à la Commune de Paris dans l’œuvre de Rosa Luxemburg. Durant un séjour parisien, elle participe, le l8 mais 1895, à un banquet des guesdistes en l’honneur de la Commune et écoute Camélinat évoquer ses souvenirs.

Quinze ans plus lard, au cours d’un meeting à Francfort, elle raconte sa visite au Père-lachaise : « Une grande étendue d’herbe rase tout en haut du cimetière, un mur nu auquel sont accrochées quelques couronnes rouges toutes simples, pâlies par la pluie et les larmes. »

La même année, elle fait grief au SPD de n’avoir pas organisé de grandes manifestations le l8 mars pour célébrer à la fois le début de la révolution de 1848 en Allemagne et la Commune de Paris.

Dans son dernier article, paru le jour même de son assassinat. Rosa Luxemburg établit un parallèle entre le massacre des révolutionnaires berlinois et celui des Communards parisiens : « L’ennemi c‘est Spartacus, et Berlin est le lieu où nos officiers s’entendent à remporter la victoire […] Qui n’évoquerait l’ivresse de la meute des partisans de “l’ordre“ la bacchanale de la bourgeoisie parisienne dansant sur les cadavres des combattants de la Commune. […] Quand il s’est agi d’affronter les prolétaires parisiens affamés et mal armés, d’affronter leurs femmes sans défense et leurs enfants, ah, comme le courage de cette jeunesse dorée comme le courage des officiers a éclaté ! Comme la bravoure de ces fils de Mars, qui avaient cassé devant l’ennemi extérieur, s’est donné libre cours dans ces atrocités bestiales, commises sur des hommes sans défense, des blessés et des prisonniers. » (2)

Prévisible, la défaite des spartakistes fut lourde de conséquences pour l’Allemagne. Elle augurait mal de l’avenir d’un « ordre » démocratique qui laissera place, quatorze ans plus lard, au nazisme.

Gilbert Badia

(1) Voir Gilbert Badia : Clara Zetkin, féministe sans frontières et Rosa Luxemburg épistolière, Éditions de l’Atelier

(2) Rosa Luxemburg, textes présentation et traduction de Gilbert Badia, Paris 1982, p.286-287.

Anniversaire du 18 mars en 1892
Grand punch prolétaire organisé par le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (3).
L’entrée à 60 centimes donne droit à une consommation dans les salons de la brasserie Coquet, place Blanche.
Chants et poésies par les citoyens et citoyennes de la « Tournée sur le Zinc », par les bois-sans-soif. Au programme : « La marseillaise des travailleurs », « Le départ », « Je ne suis pas une fille », etc.

(3) Ce parti est également connu sous le nom de Fraction allemaniste ou Parti allemaniste, du nom de son fondateur, l’ancien Communard Jean Allemane et qui se caractérise pour son ouvriérisme et sa propagande pour la grève générale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*