“En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre”. Rosa Luxemburg en 1898 au Congrès de Stuttgart. Rosa Luxemburg et la Commune (3)

« … Mais, si nous partons du principe que nous pouvons faire aboutir pleinement les intérêts du prolétariat , alors il serait  impossible de faire des déclarations telles celles de Heine dernièrement  selon laquelle nous pouvons faire également des concessions dans le domaine du militarisme ; puis celle de Konrad Schmidt dans l’organe officiel de la social-démocratie majoritaire au parlement bourgeois et justement la déclaration de Bernstein  selon laquelle, une fois à la barre, nous ne serons pas en mesure, même dans ce cas, de nous passer du capitalisme. En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre. Mais au lieu du formidable spectacle, de la lutte héroïque, nous en aurions vu  un autre, les travailleurs n’auraient pas été des héros, mais de simples vieilles femmes. Je crois que le débat pour savoir si une fois au pouvoir, nous serons en mesure de socialiser la production, si elle est déjà mûre pour cela, est purement académique. Nous ne devons nourrir aucun doute sur le fait que ce que nous voulons c’est conquérir le pouvoir politique. Un parti socialiste doit toujours se montrer à la hauteur de la situation, il ne doit jamais se dérober à ses propres tâches. Aussi, devons-nous clarifier pleinement nos positions sur ce qu’est  notre but ultime, nous le réaliserons contre vent, tempête et quel que soit le temps . »

Discours sur la tactique  Congrès de Stuttgart 03.10.1898

Rosa Luxemburg a 28 ans. Elle vient d’arriver, en mai, en Allemagne après cinq ans d’exil en Suisse. L’Allemagne est pour elle, le lieu où il convient de combattre. En à peine six mois, elle a pris une place majeure et au premier Congrès du parti social-démocrate allemand auquel elle participe, elle lance le combat contre le réformisme, son premier combat pour le « but final », la prise du pouvoir par les prolétaires. Le courant réformiste vient de se structurer, Edouard Bernstein en est la voix et la caution. Les premières grandes mesures réformistes sont prônées par les hommes de ce courant, Heine qui veut faire voter le budget militaire (déjà !), Schippel qui rejette l’idée de « milice ». Le courant réformiste veut aller au socialisme au lent pas des réformes, pour lui, la situation n’est pas mûre (un grand thème que reprendra souvent Rosa Luxemburg, maturité des conditions économiques, maturité des masses). Ce premier discours, salué par les applaudissements, pose les bases d’une pensée et d’une action qu’elle mènera jusqu’à l’ultime jour de sa vie, abrégée par ceux-là mêmes qu’elle combat dans ce premier discours. On y trouve cette première référence directe à la Commune : “En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : “les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre. Mais au lieu du formidable spectacle, de la lutte héroïque, nous en aurions vu  un autre, les travailleurs n’auraient pas été des héros, mais simplement de pauvres vieilles femmes.”

http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/2019/08/spd-annee-1898-chronique-de-la-friedricht-ebert-stiftung.html

 

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