Qu’auriez-vous dit s’il s’était trouvé en Allemagne, ou en Russie, ou en Angleterre, des socialistes et des révolutionnaires qui, « dans l’intérêt de la paix » auraient défendu l’alliance avec le gouvernement de la Restauration, ou bien avec le gouvernement de Cavaignac, ou encore avec celui de Thiers et de Jules Favre, la couvrant de leur autorité morale ?. Lettre à Jaurès 1908. Rosa Luxemburg et la Commune (13),

“Qu’auriez-vous dit s’il s’était trouvé en Allemagne, ou en Russie, ou en Angleterre, des socialistes et des révolutionnaires qui, « dans l’intérêt de la paix » auraient défendu l’alliance avec le gouvernement de la Restauration, ou bien avec le gouvernement de Cavaignac, ou encore avec celui de Thiers et de Jules Favre, la couvrant de leur autorité morale ?”

En 1908, Rosa Luxemburg réagit à un article de Jean Jaurès paru dans la presse allemande réformiste dans lequel il se félicite de l’Entente cordiale. Elle souligne tout d’abord qu’il a été publié dans un journal qui défend le libéralisme. Ensuite, elle développe ses arguments :

– Il est faux de parler des protagonistes en tant que pays (“France”, “Russie” …) : “ces entités se ressemblent, autant qu’un œuf à un autre œuf …En conséquence, il ne saurait être en aucun cas dans l’intérêt du socialisme de soutenir l’imposture de la politique bourgeoise officielle qui parle des « intérêts d’État » ou des « intérêts populaires » comme d’un tout homogène, l’imposture de la concordance d’intérêts entre toutes les classes dans le domaine de la politique étrangère.”

– Les antagonismes sont insurmontables tant qu’existera le capitalisme:  “Nous savons très bien qu’aussi bien la guerre que la paix dans le monde capitaliste moderne proviennent de causes sociales beaucoup plus profondes que la volonté et les petits jeux d’intrigue des hommes d’État « dirigeants ». Nous savons que, tant que subsistera le capitalisme, il existera des antagonismes insurmontables entre les États qui ne pourront que s’aiguiser avec la poursuite des politiques d’expansion et de colonisation mondiales et que qu’aucun emplâtre, aucune « alliance » ne réduira

– Mais surtout, c’est oublier le prolétariat, la révolution dans l’empire russe de 1905, la répression et l’oppression  : “Le destin de la révolution russe est depuis le commencement étroitement lié aux événements en politique étrangère. C’est une guerre malheureuse et l’écroulement de la puissance extérieure de la Russie qui furent le prélude de la révolution intérieure. Après les défaites de l’absolutisme à Tsushima et Moukden comme après ses défaites à Saint-Pétersbourg et à Varsovie, le prestige de la Russie dans la politique internationale était au plus bas. Si les Etats européens et les classes bourgeoises d’Allemagne, de France, d’Angleterre avaient été les représentants de la liberté bourgeoise, et non, ce qu’ils sont en réalité, les représentants brutaux des intérêts communs des exploiteurs et des oppresseurs, alors, après ces défaites, la Russie, la Russie officielle absolutiste, aurait dû être rejetée du concert européen, foulée aux pieds par l’opinion officielle européenne, boycottée par la bourse européenne. … Comment doit-on expliquer que vous travailliez « avec une ardeur passionnée » à faire du bourreau sanguinaire de la Révolution russe et de l’insurrection perse le facteur déterminant de la politique européenne, à faire de la potence russe le pilier de la paix internationale – vous qui, il y a un temps, aviez tenu de brillants discours à la Chambre contre les prêts à la Russie, vous qui, il y a encore quelques semaines, avez publié dans votre « Humanité » un appel émouvant à l’opinion publique contre le travail sanglant des cours martiales en Pologne russe ? … Qu’auriez-vous dit s’il s’était trouvé en Allemagne, ou en Russie, ou en Angleterre, des socialistes et des révolutionnaires qui, « dans l’intérêt de la paix » auraient défendu l’alliance avec le gouvernement de la Restauration, ou bien avec le gouvernement de Cavaignac, ou encore avec celui de Thiers et de Jules Favre, la couvrant de leur autorité morale ?

1908, réponse de Rosa Luxemburg à Jean Jaurès (maroc). "Nous savons que, tant que subsistera le capitalisme, il existera des antagonismes insurmontables entre les États qui ne pourront que s’aiguiser avec la poursuite des politiques d’expansion et de colonisation mondiales"

Sources :

Voir sur le blog : http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/2018/05/1908-reponse-de-rosa-luxemburg-a-jean-jaures-nous-savons-que-tant-que-subsistera-le-capitalisme-il-existera-des-antagonismes-insurmo

L’article est paru dans Die Neue Zeit (Stuttgart), en juillet 1908,a été  publié dans les œuvres complètes en allemand, tome 2. P 588-592

On peut lire la traduction française dans le tome III. des œuvres complètes Agone – Smolny : le Socialisme en France (1898 – 1912),  .. P 259 – 264

Le texte utilisé ici a été mis en ligne par vivelepcf : De Rosa Luxemburg, 24 juillet 1908, traduit par ML pour vivelepcf.fr, 30 juillet 2014 http://www.pcf-smh.fr/Lettre-ouverte-a-Jean-Jaures-Rosa.html


LA LETTRE DE ROSA LUXEMBURG

Cher camarade,

Vous avez jugé bon de présenter vos vues sur la situation politique présente dans l’organe berlinois du libéralisme allemand et de tenter d’y laver le soupçon que l’Entente cordiale entre la France, l’Angleterre et la Russie puisse être une menace de guerre. Au contraire, vous célébrez cet accord comme une preuve qu’il n’y aurait pas de contradictions irréductibles entre les grandes puissances européennes et comme un élément pour consolider la paix en Europe. Vous écrivez :

« Une entente entre la France, l’Angleterre et la Russie, une Triple-Entente n’est pas en elle-même une menace pour la paix. Elle peut même avoir des buts et des effets pacifiques. En tout cas, elle démontre que beaucoup de contradictions, qualifiées d’insurmontables, peuvent donner lieu à conciliation. A l’époque de Fachoda, la France et l’Angleterre semblaient à la veille d’une guerre, et maintenant elles viennent de conclure l’Entente cordiale. Lorsque j’étais enfant, j’ai appris à l’école que l’Angleterre et la Russie étaient prédestinées à s’affronter en Asie. Or nous venons d’assister à l’entrevue de Reval qui a donné lieu à des accords sur l’Asie – et peut-être sur l’Europe.

Pourquoi l’antagonisme anglo-allemand ne se laisserait-il pas régler de la même façon ?

Même la nouvelle Triple-Entente pourrait conduire à une situation pacifique de ce genre, si la France comprend correctement son rôle et si elle possède à côté de la conscience de sa force la conscience de son devoir. »

Vous ne trouvez qu’une seule ombre à ces perspectives lumineuses :

« Il est malheureux que l’Allemagne paraisse se solidariser avec la Turquie – non seulement avec l’Empire turc, mais aussi avec les méfaits de ses gouvernants. Il nous semble que l’Allemagne pourrait protéger suffisamment la Turquie contre une agression, sans avoir pour autant à refuser son appui à une œuvre nécessaire de réforme et d’humanisation. L’Allemagne ne ferait que favoriser ses adversaires si elle leur permettait d’affirmer qu’elle cherche à asseoir son influence en Turquie par une douteuse attitude de complaisance. Naturellement, la Turquie a le plus grand intérêt à faire elle-même les réformes, car, ce faisant, elle enlèverait tout prétexte à l’immixtion dans ses affaires intérieures aux Etats qui se cachent sous le manteau de l’humanisme.

Si l’Allemagne faisant entendre à Constantinople et en temps voulu la voix de la raison, elle faciliterait aux amis de la paix la tâche qui consiste à donner au rapprochement avec la France, la Russie et l’Angleterre une signification véritablement pacifique afin d’accélérer l’heure ou la Triple-Alliance et la Triple-Entente pourront s’unir dans un grand concert européen.

Je dois dire que les socialistes français travailleront avec une ardeur passionnée et avec toutes les forces dont ils disposent pour atteindre cet objectif. »

Dans ces réflexions, il y a bien des éléments qui me paraissent difficilement conciliables avec les positions de la social-démocratie allemande en matière de politique étrangère. Je crois par exemple que les combinaisons politiques qui traitent de la « France », de « l’Allemagne », de la « Russie », de « l’Angleterre » et des « intérêts » de ces entités ressemblent, autant qu’un œuf à un autre œuf, au langage propre aux politiciens bourgeois. Je crois que les « intérêts » des Etats capitalistes d’aujourd’hui divergent profondément également en politique étrangère, quand ils ne sont pas directement opposés, selon que l’on se place du point de vue de la classe dirigeante ou bien du prolétariat et de sa politique de classe. En conséquence, il ne saurait être en aucun cas dans l’intérêt du socialisme de soutenir l’imposture de la politique bourgeoise officielle qui parle des « intérêts d’Etat » ou des « intérêts populaires » comme d’un tout homogène, l’imposture de la concordance d’intérêts entre toutes les classes dans le domaine de la politique étrangère.

Par-delà il me semble que, grâce à la base scientifique de notre conception du monde, nous savons très bien qu’aussi bien la guerre que la paix dans le monde capitaliste moderne proviennent de causes sociales beaucoup plus profondes que la volonté et les petits jeux d’intrigue des hommes d’Etat « dirigeants ». Nous savons que, tant que subsistera le capitalisme, il existera des antagonismes insurmontables entre les Etats qui ne pourront que s’aiguiser avec la poursuite des politiques d’expansion et de colonisation mondiales et que qu’aucun emplâtre, aucune « alliance » ne réduira. Les « alliances » et les « ententes » entre Etats militaristes ne représentent en elles-mêmes que les moyens cachés pour accroître la politique d’armement et, ce faisant, la propagation des risques de guerre au-delà de leur secteur immédiat. Par conséquent, il me semble qu’il rentre beaucoup moins dans les tâches des socialistes de nourrir les illusions des apôtres bourgeois de la paix et leur espoir de préserver la paix par quelque numéro de la diplomatie, mais bien davantage de démasquer progressivement le jeu ridicule et pitoyable de cette diplomatie, son impuissance, son caractère borné et trompeur.

Mais tout cela est affaire de conception et je ne cherche pas à me flatter de polémiquer avec vous là-dessus.

Seulement, il y a un point – et c’est le point central de vos réflexions – contre lequel, je crois, il faut élever la plus vive protestation.

Vous approuvez et défendez la dernière réalisation de la diplomatie capitaliste : l’entente cordiale anglo-russe. Vous louez la rencontre du roi Edouard avec le tsar à Reval et ses résultats bénéfiques pour l’Asie. Je me permets de vous rappeler qu’il y a encore un pays en Europe, sur le destin duquel cette fraternisation anglo-russe aura des conséquences et ce pays, c’est la Russie.

Le destin de la révolution russe est depuis le commencement étroitement lié aux événements en politique étrangère. C’est une guerre malheureuse et l’écroulement de la puissance extérieure de la Russie qui furent le prélude de la révolution intérieure. Après les défaites de l’absolutisme à Tsushima et Moukden comme après ses défaites à Saint-Pétersbourg et à Varsovie, le prestige de la Russie dans la politique internationale était au plus bas. Si les Etats européens et les classes bourgeoises d’Allemagne, de France, d’Angleterre avaient été les représentants de la liberté bourgeoise, et non, ce qu’ils sont en réalité, les représentants brutaux des intérêts communs des exploiteurs et des oppresseurs, alors, après ces défaites, la Russie, la Russie officielle absolutiste, aurait dû être rejetée du concert européen, foulée aux pieds par l’opinion officielle européenne, boycottée par la bourse européenne. Naturellement l’exact opposé s’est produit. Effrayée par la révolution russe, la bourgeoisie d’Europe a couru au secours de l’absolutisme russe : Avec l’aide des bourses allemande et française, le tsarisme a pu se défendre après les premiers succès de la révolution. Et aujourd’hui, c’est la contre-révolution qui prédomine en Russie et elle signifie : cours martiales et potences. Maintenant l’absolutisme cherche à rendre définitive cette victoire sur la révolution, à la consolider. Pour cela, il a recours principalement au moyen éprouvé de chaque despotisme ébranlé : les succès en politique extérieure.

Dans cet esprit, la presse russe à la botte a engagé depuis un certain temps une véritable campagne belliciste contre des pays étrangers. Dans cette tendance, le gouvernement Stolypine organise la fièvre panslaviste. Le dernier succès éclatant de la diplomatie russe, « l’Entente cordiale » avec l’Angleterre sert cet objectif. L’alliance « cordiale » de l’Angleterre avec la Russie, de même que l’alliance de la France avec la Russie, signifient le renforcement de la Sainte-Alliance de la bourgeoisie de l’Ouest de l’Europe avec la contre-révolution russe, avec les étrangleurs et les bourreaux des combattants de la liberté russes et polonais. Elles signifient la consolidation de la réaction la plus sanguinaire non seulement en Russie même mais aussi dans les relations internationales. La preuve la plus manifeste du contenu des accords anglo-russes trouve son expression dans le massacre orgiaque perpétré contre les rebelles perses pour rétablir, en Perse aussi, l’absolutisme.

Il est clair, au vu de cela, que le devoir le plus élémentaire des socialistes et des prolétaires de tous les pays consiste à s’opposer de toutes leurs forces aux alliances avec la Russie contre-révolutionnaire, à miner le prestige, l’influence et la position internationale de la Russie de Stolypine et à dénoncer infatigablement et le plus fort la tendance réactionnaire et liberticide en Russie comme au niveau international.

Il est clair à l’inverse que le soutien, avec toute l’autorité morale des socialistes de l’Ouest de Europe, à ces alliances avec la Russie actuelle, des alliances fondées sur le corps des exécutés et des massacrés, sur les chaînes des députés de la fraction socialiste à la Douma qui croupissent au bagne, sur les souffrances de dizaines de milliers de révolutionnaires emprisonnés, que ce soutien est une trahison à la cause de la révolution.

Comment doit-on comprendre votre soutien aux Ententes cordiales franco-russe et anglo-russe, camarade Jaurès ?

Comment doit-on expliquer que vous travailliez « avec une ardeur passionnée » à faire du bourreau sanguinaire de la Révolution russe et de l’insurrection perse le facteur déterminant de la politique européenne, à faire de la potence russe le pilier de la paix internationale – vous qui, il y a un temps, aviez tenu de brillants discours à la Chambre contre les prêts à la Russie, vous qui, il y a encore quelques semaines, avez publié dans votre « Humanité » un appel émouvant à l’opinion publique contre le travail sanglant des cours martiales en Pologne russe ?

Comment doit-on accorder vos plans de paix reposant sur l’alliance franco-russe et anglo-russe avec la toute récente protestation de la fraction socialiste à la Chambre et de la commission administrative du conseil national du parti socialiste, contre le voyage de Fallières en Russie, protestation en bas de laquelle figure votre signature et qui prend la défense en des termes saisissants des intérêts de la révolution russe ? Le Président de la République française n’a-t-il pas maintenant la possibilité de s’appuyer sur vos propres réflexions ? N’aura-il pas la logique de son côté pour répondre ainsi à votre protestation : Qui veut la fin veut aussi les moyens. Qui considère que l’alliance avec la Russie tsariste est une garantie de la paix internationale, doit aussi accepter tout ce qui renforce cette alliance et soigne cette amitié.

Qu’auriez-vous dit s’il s’était trouvé en Allemagne, ou en Russie, ou en Angleterre, des socialistes et des révolutionnaires qui, « dans l’intérêt de la paix » auraient défendu l’alliance avec le gouvernement de la Restauration, ou bien avec le gouvernement de Cavaignac, ou encore avec celui de Thiers et de Jules Favre, la couvrant de leur autorité morale ?

Je ne peux pas croire, comme vous le prétendez, que tous les socialistes français vous suivent dans cette politique. Pour le moins, je ne peux le croire de notre vieil ami Jules Guesde encore moins de notre ami Vailland, qui vient, à la Chambre, sous les cris de colère de toute la meute bourgeoise, d’une voix tonnante, de donner le nom qu’il mérite, à l’allié cordial de l’Angleterre et de la France, le tsar.

Rosa Luxemburg: Offener Brief an Jean Jaurès

Die Neue Zeit (Stuttgart), 26. Jg. 1907/08, Zweiter Band, S. 588-592. Nach Gesammelte Werke, Band 2, Berlin 1972, S. 240-245

Werter Genosse!

Sie haben für gut befunden, im Berliner Organ des deutschen Freisinns Ihre Ansichten über die gegenwärtige politische Situation darzulegen1 und darin die Entente cordiale zwischen Frankreich, England und Russland von dem Verdacht zu reinigen gesucht, als sei sie eine Kriegsgefahr. Im Gegenteil, Sie feiern diese Verständigung als einen Beweis, dass es keine unüberbrückbaren Gegensätze zwischen den europäischen Großmächten gebe, und als einen Ansatz zur Festigung des Friedens in Europa. Sie schreiben:

„Eine Verständigung zwischen Frankreich, England und Russland, eine ,Triple-Entente’, bedeutet an sich nicht eine Bedrohung des Friedens. Sie kann sogar friedliche Zwecke und friedliche Wirkungen haben. In jedem Falle beweist sie, dass viele als unvereinbar abgestempelte Gegensätze sich dennoch einen lassen. Zur Zeit von Faschoda schienen Frankreich und England am Vorabend eines Krieges zu stehen; jetzt haben sie die Entente cordiale geschlossen. Als ich noch ein Kind war, lernte ich in der Schule, dass England und Russland vom Schicksal zur Gegnerschaft in Asien bestimmt seien. Jetzt haben wir die Zusammenkunft in Reval erlebt, die friedliche Abmachungen über die Verhältnisse in Asien ergab – vielleicht auch über die Verhältnisse in Europa.

Weshalb sollte sich der unausgesprochene Gegensatz zwischen Deutschland und England nicht ebenso ausgleichen lassen?

Selbst eine neue Triple-Entente könnte zu einer solchen friedlichen Lösung helfen, wenn Frankreich seine Rolle richtig auffasst, wenn es das Bewusstsein seiner Pflicht neben dem Bewusstsein seiner Macht besitzt.”

Nur einen Schatten finden Sie in diesen leuchtenden Perspektiven:

„Ein Unglück ist es freilich, dass Deutschland sich mit der Türkei zu solidarisieren scheint – nicht nur mit dem türkischen Reich, auch mit den türkischen Missbräuchen. Mir scheint, dass es der Türkei genügenden Schutz gegen gewaltsame Eingriffe geben könnte, ohne doch seine Unterstützung dem notwendigen Werk humaner Reformen zu weigern. Deutschland würde nur die Sache seiner Gegner fördern, wenn es ihnen die Möglichkeit zu der Behauptung gibt, dass es seinen Einfluss in der Türkei durch bedenkliche Gefälligkeiten zu erkaufen sucht. Natürlich hat die Türkei das größte Interesse daran, selbst die Reformen im Lande vorzunehmen; sie würde mit einem solchen Vorgehen den Staaten, die ihre Politik unter dem Mantel der Humanität verstecken, jeden Vorwand zur Einmischung in türkische Verhältnisse nehmen.

Wenn Deutschland rechtzeitig in Konstantinopel die Stimme der Vernunft zu Gehör brächte, würde es den Freunden des Friedens die Aufgabe erleichtern, auch der Annäherung zwischen Frankreich, Russland und England eine wahrhaft friedliche Bedeutung zu geben [Hervorhebung – R. L.] und so das Herannahen der Stunde zu beschleunigen, in der Triple-Allianz und Triple-Entente sich zu einer großen europäischen Verständigung einen könnten.

Ich darf sagen, dass an der Erreichung dieses Zieles die französischen Sozialisten nach Maßgabe ihrer Kräfte mit leidenschaftlichem Eifer arbeiten.” [Hervorhebung – R. L.]

Es gibt manches in diesen Darlegungen, was mir mit der Auffassung der deutschen Sozialdemokratie von der auswärtigen Politik schwer vereinbar erscheint. Ich glaube zum Beispiel, dass die politischen Kombinationen, die von einem „Frankreich”, „Deutschland”, „Russland”, „England” und von den „Interessen” dieser fraglichen Wesen handeln, der zünftigen Sprache der bürgerlichen Politiker wie ein Ei dem anderen gleichen. Ich glaube, dass die „Interessen” der heutigen kapitalistischen Staaten auch in der auswärtigen Politik sehr verschieden, ja oft direkt entgegengesetzt sind, je nachdem man sie vom Standpunkt der herrschenden Klassen oder des Proletariats und seiner Klassenpolitik betrachtet, und dass es deshalb keineswegs im Interesse des Sozialismus liegen kann, den Humbug der offiziellen bürgerlichen Politik, der von „Staatsinteressen” und „Volksinteressen” als einem homogenen Ganzen spricht, den Humbug der „Interessenharmonie” aller Klassen auf dem Gebiet der auswärtigen Politik zu unterstützen.

Mir scheint ferner, dass wir – dank der wissenschaftlichen Basis unserer sozialistischen Weltanschauung – uns darüber klar sind, dass sowohl Krieg als Frieden in der modernen kapitalistischen Welt aus viel tieferen sozialen Ursachen entspringen denn aus dem Willen und dem winzigen Intrigenspiel der „leitenden” Staatsmänner, dass es, solange der Kapitalismus fortbesteht, zwischen den einzelnen Staaten tatsächlich unüberbrückbare Gegensätze gibt, die sich mit dem Fortschreiten der Welt- und Kolonialpolitik notwendig verschärfen und die kein Pflästerchen der „Allianzen” beseitigen kann, ebenso dass alle „Allianzen” und „Ententen” der Militärstaaten selbst nur versteckte Mittel zu fortschreitenden Kriegsrüstungen und gegebenenfalls zur Verbreitung der Kriegsgefahr über ihren unmittelbaren Bereich hinaus darstellen. Mir scheint deshalb, dass es viel weniger Aufgabe der Sozialisten sein kann, die Illusionen der bürgerlichen Friedensapostel und ihre Hoffnungen auf Erhaltung des Friedens durch allerlei Kabinettstücke der Staatsdiplomatie zu nähren, als das lächerliche und klägliche Puppenspiel dieser Diplomatie in seiner Ohnmacht, Borniertheit und Verlogenheit auf Schritt und Tritt zu entlarven.

Doch das sind alles Sachen der Auffassung, und ich wage mir nicht zu schmeicheln, darüber mit Ihnen disputieren zu können.

Allein es gibt einen Punkt – und zwar ist es der Zentralpunkt Ihrer Darlegungen –, gegen den man, wie ich glaube, den schärfsten Protest einlegen muss.

Sie befürworten und verteidigen die jüngste Frucht der kapitalistischen diplomatischen Drahtzieherei: die anglo-russische Entente cordiale, Sie preisen die Zusammenkunft König Eduards mit dem russischen Zaren in Reval und ihre segenbringenden Ergebnisse für – Asien. Es sei gestattet, Sie daran zu erinnern, dass es noch ein Land in Europa gibt, für dessen Schicksale die englisch-russische Verbrüderung nicht ohne Folgen bleibt, und das ist – Russland.

Die Schicksale der russischen Revolution sind von Anfang an eng an die Geschehnisse der auswärtigen Politik gebunden. Es war ein unglücklicher Krieg, ein Zusammenbruch der auswärtigen Macht Russlands, der das Präludium der Revolution im Innern Russlands bildete. Nach den Niederlagen des Absolutismus bei Tsuschima und Mukden wie nach seinen Niederlagen in Petersburg und Warschau war das Prestige Russlands in der internationalen Politik auf dem Tiefstand. Wären die europäischen Staaten und die bürgerlichen Klassen Deutschlands, Frankreichs, Englands Vertreter der bürgerlichen Freiheit und nicht das, was sie sind: brutale Vertreter der gemeinsten Ausbeutungs- und Herrschaftsinteressen, so müsste Russland, das offizielle absolutistische Russland, nach jenen Niederlagen aus dem europäischen Konzert herausgeworfen, von der öffentlichen Meinung Europas mit Füßen getreten, von der europäischen Börse boykottiert werden. Das gerade Gegenteil ist naturgemäß eingetreten. Erschrocken durch die russische Revolution, eilte das Bürgertum Europas dem russischen Absolutismus zu Hilfe: Mit Hilfe der deutschen und französischen Börse konnte der Zarismus den ersten siegreichen Ansturm der Revolution abwehren, und heute herrscht in Russland die Konterrevolution, das heißt das Feldkriegsgericht und der Galgen.

Nun sucht der Absolutismus den zeitweiligen Sieg über die Revolution zu einem definitiven zu machen, sich zu befestigen, und dazu versucht er vor allem das alte erprobte Mittel jeder erschütterten Despotie: die Erfolge der auswärtigen Politik.

In diesem Sinne wird in der russischen Reptilpresse seit geraumer Zeit eine wüste Kriegshetze gegen das Ausland angezettelt, aus dieser Tendenz ist der von der Stolypinschen Regierung veranstaltete panslawistische Rummel geboren, und diesen Zwecken dient der jüngste eklatante Erfolg der russischen Diplomatie, die „herzliche Verständigung” mit England. Der „Herzensbund” Englands mit Russland sowie das Bündnis Frankreichs mit Russland bedeuten die Befestigung der Heiligen Allianz der Bourgeoisie Westeuropas mit der russischen Konterrevolution, mit den Würgern und Henkern der russischen und polnischen Freiheitskämpfer. Sie bedeuten die Festigung und Unterstützung der blutigsten Reaktion nicht nur im Innern Russlands, sondern auch in den internationalen Beziehungen. Der denkbar drastischste Beleg dazu ist die momentane Wirtschaft der russischen Kosaken in Persien, wo die „friedliche” Tendenz der russisch-englischen Abmachungen in einer orgiastischen Niedermetzelung der persischen Aufständischen zur Wiederherstellung des Absolutismus auch in Persien Ausdruck findet.

Es ist klar, dass angesichts dessen die elementarste Pflicht der Sozialisten und Proletarier aller Länder darin besteht, mit aller Macht den Bündnissen mit dem konterrevolutionären Russland entgegenzuarbeiten, das Prestige, den Einfluss, die internationale Position des heutigen Stolypinschen Russlands nach Kräften zu untergraben, die reaktionäre, freiheitsmordende Tendenz dieser Bündnisse in Russland wie im internationalen Leben unermüdlich und laut zu denunzieren.

Es ist klar, dass umgekehrt die Unterstützung der Bündnisse mit dem heutigen Russland durch die moralische Autorität der Sozialisten Westeuropas, der Bündnisse über die Leichen der Hingerichteten und Niedergemetzelten, über die eisernen Ketten der im Zuchthaus schmachtenden sozialdemokratischen Dumafraktion, über die Qualen der Zehntausende eingekerkerter Revolutionäre hinweg, dass diese Unterstützung ein Verrat an der Sache der Revolution ist.

Wie soll man also Ihre Befürwortung der franko-russischen und der anglo-russischen Herzensbündnisse verstehen, Genosse Jaurès?

Wie soll man sich erklären, dass Sie „mit leidenschaftlichem Eifer” daran arbeiten, die Regierung des blutigen Henkers der russischen Revolution und des persischen Aufstandes zum einflussreichen Faktor der europäischen Politik, den russischen Galgen zum Pfeiler des internationalen Friedens zu machen – Sie, der Sie seinerzeit die glänzendsten Reden gegen die Anleihe an Russland in der französischen Kammer gehalten, der Sie erst vor wenigen Wochen den erschütternden Appell an die öffentliche Meinung gegen die blutige Arbeit der Feldkriegsgerichte in Russisch-Polen in Ihrer „Humanité” veröffentlicht haben? Wie soll man Ihre Friedenspläne, die auf dem franko-russischen und anglo-russischen Bündnis beruhen, mit dem jüngsten Protest der französischen sozialistischen Kammerfraktion wie der Administrativen Kommission des Nationalrats der Sozialistischen Partei gegen die Reise Fallières’s nach Russland in Einklang bringen, dem Protest, unter dem auch Ihre Unterschrift steht und der die Interessen der russischen Revolution mit ergreifenden Worten in Schutz nimmt? Kann der Präsident der französischen Republik sich nicht auf Ihre eigenen Darlegungen über die internationale Lage berufen, und wird die Konsequenz nicht auf seiner Seite sein, wenn er Ihrem Protest gegenüber erklärt: Wer den Zweck will, muss auch die Mittel wollen, wer das Bündnis mit dem zarischen Russland als eine Garantie des internationalen Friedens betrachtet, der muss auch alles akzeptieren, was dieses Bündnis befestigt und die Freundschaft pflegt.

Was würden Sie dazu sagen, wenn sich ehemals in Deutschland, in Russland, in England Sozialisten und Revolutionäre gefunden hätten, die „im Interesse des Friedens” eine Allianz mit der Regierung der Restauration oder mit der Regierung Cavaignac oder mit der Regierung Thiers und Jules Favre befürwortet und mit ihrer moralischen Autorität gedeckt haben würden?

Nimmermehr kann ich glauben, dass Sie, wie Sie behaupten, in dieser Politik alle französischen Sozialisten hinter sich haben. Zum mindesten kann ich dies nicht von unserem alten Freunde Jules Guesde und ebenso wenig von unserem Freunde Vaillant glauben, der eben erst in der französischen Kammer durch das Wutgeheul der ganzen bürgerlichen Meute hindurch mit Donnerstimme den Herzensverbündeten Englands und Frankreichs, den Zaren, mit dem Namen genannt hat, der ihm gebührt!

1 Jean Jaurès war vom Pariser Korrespondenten des „Berliner Tageblattes” aufgefordert worden, zur internationalen Lage Stellung zu nehmen. Sein Schreiben an die Redaktion erschien im „Berliner Tageblatt und Handelszeitung”, Nr. 346 vom 10. Juli 1908.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*