Archives de catégorie : M. Actualité de Rosa Luxemburg

Rosa Luxemburg, une vie pour la révolution. Pour le 150e anniversaire de sa naissance.

RÉVOLUTIONNAIRE. S’il fallait choisir un mot pour définir Rosa Luxemburg, c’est ce mot qui exprimerait au mieux sa pensée, son action, sa vie. Pour Rosa Luxemburg, le “but final”, l’objectif était la lutte contre l’exploitation capitaliste, l’oppression, la répression. La révolution devait être prolétaire, internationale et jamais l’action au quotidien ne devait nuire à cette finalité.

Dépassant toutes les divisions, elle aura mis au centre de sa pensée, de son action, tout ce qui unit les opprimés pour mener un combat commun. Rejetant le nationalisme, elle sera de celles et ceux peu nombreux qui combattront la boucherie de 1914. Sa lutte contre le réformisme politique est le rejet de toutes les décisions qui pourraient mettre en danger la réalisation de ce but. Et ce qui est certainement le plus précieux de son héritage politique, c’est sa volonté constante de contribuer à éclairer le prolétariat dans ses luttes : dans les centaines d’articles et meetings, ses interventions aux Congrès du parti et de l’Internationale, elle n’aura comme volonté que d’accompagner le prolétariat dans sa prise de conscience. Elle sera attentive à tous les mouvements, même les plus surprenants. Dans sa vie, elle en paiera le prix, de la prison jusqu’à son assassinat.

En ce jour anniversaire de sa naissance, ne pas oublier les raisons et conséquences de son assassinat:

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg a été assassinée. Elle venait de sortir de prison après presque quatre ans de détention dont une grande partie sans jugement parce que l’on savait à quel point son engagement contre la guerre et pour une action et une réflexion révolutionnaires était réel. Elle participait à la révolution en Allemagne pour laquelle elle avait publié certains de ses textes les plus lucides et les plus forts. Elle gênait les sociaux-démocrates qui avaient pris le pouvoir après avoir trahi la classe ouvrière, chair à canon d’une guerre impérialiste qu’ils avaient soutenue après avoir prétendu pendant des décennies la combattre. Elle gênait les capitalistes dont elle dénonçait sans relâche l’exploitation et dont elle s’était attachée à démontrer comment leur exploitation fonctionnait. Elle gênait ceux qui étaient prêts à tous les arrangements réformistes et ceux qui craignaient son inlassable combat pour développer une prise de conscience des prolétaires. Comme elle, d’autres militants furent assassinés, comme Karl Liebknecht et son ami et camarade de toujours Leo Jogiches. Comme eux, la révolution fut assassinée en Allemagne. Que serait devenu le monde sans ces assassinats, sans cet écrasement de la révolution. Le fascisme aurait-il pu se dévélopper aussi facilement? Une chose est sûr cependant, l’assassinat de Rosa Luxemburg n’est pas un acte isolé, spontané de troupes militaires comme cela est souvent présenté. Les assassinats ont été systématiquement planifiés et ils font partie, comme la guerre menée à la révolution, d’une volonté d’éliminer des penseurs révolutionnaires, conscients et déterminés, mettant en accord leurs idées et leurs actes, la théorie et la pratique, pour un but final, jamais oublié: la révolution.

Sa plus belle description de la lutte politique, la grève de masse

La grève de masse telle que nous la montre la révolution russe est un phénomène si mouvant qu’il reflète en lui toutes les phases de la lutte politique et économique, tous les stades et tous les moments de la révolution. Son champ d’application, sa force d’action, les facteurs de son déclenchement, se transforment continuellement. Elle ouvre soudain à la révolution de vastes perspectives nouvelles au moment où celle-ci semblait engagée dans une impasse. Et elle refuse de fonctionner au moment où l’on croit pouvoir compter sur elle en toute sécurité. Tantôt la vague du mouvement envahit tout l’Empire, tantôt elle se divise en un réseau infini de minces ruisseaux; tantôt elle jaillit du sol comme une source vive, tantôt elle se perd dans la terre. Grèves économiques et politiques, grèves de masse et grèves partielles, grèves de démonstration ou de combat, grèves générales touchant des secteurs particuliers ou des villes entières, luttes revendicatives pacifiques ou batailles de rue, combats de barricades – toutes ces formes de lutte se croisent ou se côtoient, se traversent ou débordent l’une sur l’autre c’est un océan de phénomènes éternellement nouveaux et fluctuants. Et la loi du mouvement de ces phénomènes apparaît clairement elle ne réside pas dans la grève de masse elle-même, dans ses particularités techniques, mais dans le rapport des forces politiques et sociales de la révolution. La grève de masse est simplement la forme prise par la lutte révolutionnaire et tout décalage dans le rapport des forces aux prises, dans le développement du Parti et la division des classes, dans la position de la contre-révolution, tout cela influe immédiatement sur l’action de la grève par mille chemins invisibles et incontrôlables. Cependant l’action de la grève elle-même ne s’arrête pratiquement pas un seul instant. Elle ne fait que revêtir d’autres formes, que modifier son extension, ses effets. Elle est la pulsation vivante de la révolution et en même temps son moteur le plus puissant. En un mot la grève de masse, comme la révolution russe nous en offre le modèle, n’est pas un moyen ingénieux inventé pour renforcer l’effet de la lutte prolétarienne, mais elle est le mouvement même de la masse prolétarienne, la force de manifestation de la lutte prolétarienne au cours de la révolution. A partir de là on peut déduire quelques points de vue généraux qui permettront de juger le problème de la grève de masse…”

Sur la Commune et les révolution

« … Dans la nuit des misères que font naître les crises du capitalisme, des fantômes s’élèvent, annonçant l’inexorable destin, qui déjà se pouvait prévoir à l’aurore même de l’ère capitaliste. La lutte de classes, génératrice de ces crises qui déchire la société bourgeoise et qui, fatalement, causera sa perte, fait comme une trainée rouge à travers toute l’histoire d’un siècle. Elle se dessinait confusément dans la grande tourmente de la Révolution française. Elle s’inscrivait en lettres noires sur la bannière des canuts de Lyon, les révoltés de la faim qui, en 1834, jetèrent le cri : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! » » Elle alimentait le feu rouge des torches allumées par les chartistes anglais de 1830 et de 1840. Elle se levait comme une colonne de flammes du terrible massacre de juin 1848 à Paris. Elle jetait son éclat de pourpre dans la capitale de la France, sur le mouvement de 1871, lorsque la canaille bourgeoise victorieuse se vengeait sur les héros de la Commune par le fer meurtrier des mitrailleuses. … » 1er mai 1909

Nous préparons pour ce double 150e anniversaire de la naissance de Rosa Luxemburg et de la Commune, avec Sabrina Lorre, comédienne qui avait initié et animé une formidable quinzaine Rosa Luxemburg à Saint-Etienne un travail et une lecture des textes de Rosa Luxemburg sur la Commune que nous tenons à disposition de celles et ceux qui voudraient organiser par Internet ou ailleurs des événements.

Ne pas être politique, c’est l’être sans le savoir – Une affiche à Berlin

“Les classes possédantes, qui en mille ans d’histoire, à la moindre rébellion de leurs esclaves, n’ont reculé devant aucun acte de violence et aucune infamie …, ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves. Rosa Luxemburg et la Commune (11)

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7b/Rote-Fahne-1918.jpg

” … Qui n’est pas écœuré d’entendre les gardiens du Capitole de l’anarchie bourgeoise, ceux là-même qui ont transformé en quatre ans l’Europe en un champ de ruines, crier à « l’anarchie » de la dictature des prolétaires!

Les classes possédantes, qui, en mille ans d’histoire, n’ont reculé, à la moindre rébellion de leurs esclaves, devant aucun acte de violence et aucune infamie afin de protéger ce qui constitue le garant de “l’Ordre”: la propriété privée et la domination de classe, ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves. Les Thiers et Cavaignac qui avaient assassiné des dizaines de milliers de prolétaires parisiens, hommes, femmes et enfants, lors du massacre de juin 1848, ont ensuite submergé le monde de leurs gémissements à propos des prétendues “atrocités” de la Commune de Paris. …

Mais il y a quelqu’un d’autre, qui a un besoin pressant de faire régner aujourd’hui le terrorisme, le règne de la terreur, l’anarchie, ce sont ces Messieurs les Bourgeois, ce sont tous les parasites de l’économie capitaliste, qui tremblent pour leurs biens et leurs privilèges, leurs profits et leurs pouvoirs. Ce sont eux qui mettent sur le dos du prolétariat socialiste des menées anarchistes fictives, des prétendus projets de putsch, afin de faire déclencher au moment opportun par leurs agents, de vrais coups d’Etat, une réelle anarchie, pour étrangler la révolution prolétarienne, pour faire sombrer dans le chaos la dictature socialiste et ériger pour toujours sur les ruines de la révolution la dictature de classe du capital.

Vous, Messieurs les Bourgeois et vous du Vorwärts, fidèles serviteurs du capital condamné à disparaître, vous spéculez comme ceux qui sont menacés de faillite sur la dernière carte : sur l’ignorance, sur l’inexpérience politique des masses. Vous attendez le bon moment, vous rêvez des lauriers des Thiers, Cavaignac et Gallifet.

C’est un jeu dangereux. Le jour, l’heure sont à la dictature du prolétariat, au socialisme. Celui qui s’oppose au char de la révolution socialiste sera laissé à terre, les membres brisés.

Rosa Luxemburg, un jeu dangereux, Die rote Fahne, le  24 novembre 1918. Traduction Dominique Villaeys-Poirré, le 30.11.2021

Le 8 novembre 1918, la République socialiste est proclamée en Allemagne par le courant de Rosa Luxemburg, par la voix de Karl Liebknecht. Rosa Luxemburg, elle, n’est libérée que le 9 novembre. Aussitôt arrivée à Berlin, elle reprend son action. En particulier l’écriture d’articles. Un réel combat s’engage pour la publication d’un journal du courant révolutionnaire: Die Rote Fahne. Il faudra attendre le 18 novembre pour parvenir à ce but. Rosa Luxemburg y fait paraître ses trois premiers articles : “der Anfang”, “Das alte Spiel”, “Die Ehrenpflicht”. Le 24, elle rédige un article intitulé “Un jeu dangereux” qui s’appuie fondamentalement sur les expériences révolutionnaires précédentes, en particulier sur celle de la Commune. Nous sommes déjà au 16ème jour de la révolution en Allemagne.

Pour comprendre de manière générale les réflexions de Rosa Luxemburg sur la Commune dans les articles rédigés durant cette période (entre le 8 novembre1918 et le 14 janvier 1919), il est important de pouvoir les replacer dans le contexte concret du déroulement de la révolution. Il convient aussi de bien se convaincre qu’il ne s’agit pas de “paroles en l’air”, mais de réflexions fondées et s’intégrant étroitement à la révolution et à l’action de la Ligue spartakiste. Ces réflexions n’en prennent que plus de poids et plus d’importance.

Dominique Villaeys-Poirré, le 31.01.2021


Au jour le jour. Rosa Luxemburg dans la révolution en Allemagne

Le travail ci-après s’appuie sur la démarche et sur les indications du site “Rosa Luxemburg dans la révolution” ainsi que sur un travail personnel poursuivi depuis de nombreuses années.

sources :ici

8 novembre 1918. Rosa Luxemburg apprend qu’elle va être libérée

Rosa Luxemburg a appris le 8 novembre qu’elle allait être enfin être libérée. C’est l’une des dernières à recouvrer la liberté et c’est ainsi  qu’elle ne sera pas à Berlin pour proclamer avec Liebknecht la République socialiste. Quelle image et quel symbole, cela aurait représenté ! Prévenue trop tardivement, elle passe la nuit du 8 encore en prison.

9 novembre 1918 au matin. Rosa Luxemburg appelle Mathilde Jacob.

Le 9 au matin, elle appelle Mathilde Jacob, cette femme extraordinaire qui l’a accompagnée durant toute la détention, qui a sorti les textes majeurs écrits clandestinement durant cette période, et qui mourra … en camp de concentration. Un destin “allemand”, le destin fatal de tant de proches de Rosa Luxemburg. Elle lui demande de la tenir informée et cherche à rejoindre la capitale.

1er mort de la révolution à Berlin : Erich Habersaath, ouvrier de 24 ans lors d’une manifestation devant une caserne, Chausseestrasse, il est atteint déjà par les balles d’un officier.

9 novembre. Télégramme à Paul Löbe, Breslau

Elle adresse un  télégramme à Paul Löbe, “je suis dans les bureaux du syndicat des transports. Vous pouvez me joindre à tout moment cette nuit ou demain avant le meeting. Il est absolument indispensable que nous nous concertions avant la manifestation.” Paul Löbe est député, il est sur la ligne majoritaire et peu enclin à favoriser Rosa Luxemburg. Elle prononce un discours sur la Place de la cathédrale devant plusieurs milliers de personnes mais  n’est pas invitée à prendre la parole lors du meeting à la Jahrhunderthalle. Elle cherche ensuite à partir pour Berlin mais les trains sont réquisitionnés pour les militaires.

10 novembre  1918, 22 heures. Elle finit par trouver un train et arrive à Berlin. Elle se rend au journal Die rote Fahne.

Rosa Luxemburg, après bien des péripéties, parvient à rejoindre Berlin à 22 heures et est accueillie par Mathilde Jacob, elle se rend aussitôt dans les locaux du journal Die Rote Fahne. Le 9 novembre était paru le premier numéro de ce qui allait être le journal de la révolution : die Rote Fahne. Des travailleurs avaient occupé pour cela les locaux d’un journal berlinois. Seuls le titre et la première page relevaient du nouveau journal. Pour la parution de ce deuxième numéro, Rosa Luxemburg doit convaincre les ouvriers d’assurer l’impression. Il faudra maintenant plus d’une semaine pour que le N°3 puisse paraître.

11 novembre  1918. Fondation de la Ligue Spartakiste

Depuis le groupe L’Internationale en 1915, le courant de Rosa Luxemburg s’est structuré. Devenu le groupe Spartakus, il a fait paraître «les « Lettres de Spartacus ». Pour la première fois depuis longtemps il peut se réunir légalement. Ils sont environ 50 participantEs et créent la Ligue spartakiste qui reste dans un premier temps au sein de l’USPD, parti opposant au groupe social-démocrate majoritaire. 13 militants forment la direction : Willi Budich Käte Duncker, Hermann Duncker, Hugo Eberlein, Leo Jogiches, Paul Lange, Paul Levi, Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Franz Mehring, Ernst Meyer, Wilhelm Pieck, August Thalheimer

Du 11 au 17 novembre  1918. Faire paraître Die rote Fahne, un combat en soi

Le Conseil des ouvriers et des soldats exige de l’imprimeur » Scherle « l’impression du quotidien Die rote Fahne sous la direction de publication de Madame Rosa Luxemburg ». Sans succès, refus des ouvriers et employés du journal. La Ligue propose d’acheter le journal, en vain. Finalement, un accord est trouvé avec une autre publication. Rosa Luxemburg commence parallèlement à travailler à la reparution de la revue théorique l’Internationale, qui n’avait pu être publiée qu’une fois en 1915. Elle travaille avec Käthe et Hermann Düncker à la parution de publications spécifiques, vers les jeunes, les femmes, les soldats. Elle communique avec Clara Zetkin qui est à Stuttgart. Clara Zetkin est l’une des militantes les plus proches de Rosa Luxemburg depuis les années 90 et l’une des principales figures du courant spartakiste. Elle est malade mais veut venir à Berlin. Rosa Luxemburg  lui écrit : « je suis absolument opposée à ce voyage ». Elles communiquent donc par téléphone, télégramme et par courrier (peu car Rosa Luxemburg est prise par le temps). Mais on sait ainsi qu’elle est absolument opposée à ce que la Ligue constitue un parti à part, La Ligue doit pour elles rester dans un premier temps au sein de l’USPD. Le 13 novembre Paul Wieszorek, Commandant de la Volksmarine, force armée progressiste est abattu.

Le 18 novembre  1918. Parution des articles de Rosa Luxemburg « Der Anfang »,  « Das alte Spiel », “Eine Ehrenpflicht”

Die Rote Fahne va donc pouvoir reparaître après une semaine de silence forcé, préjudiciable dans cette phase si importante des débuts de la révolution. Elle ne comporte que 4 pages du fait du manque de papier. Rosa Luxemburg en assure la direction et en rédige une grande partie. Elle publie dans le journal des articles de fond qui lui permettent de transmettre sa conception de la révolution socialiste, ses analyses au quotidien de la situation et son action. Cela reste une source indispensable pour comprendre la révolution en Allemagne et son échec. L’article « Der Anfang » (Le commencement), pourrait s’intituler « Ce n’est qu’un début », le contenu : l’essentiel reste à faire, le prolétariat n’a pas pris le pouvoir. Son deuxième article, « Das alte Spiel » est prémonitoire, elle y montre comment les forces au pouvoir crient à l’anarchie, au terrorisme pour mieux justifier ensuite l’assassinat de la révolution. Le troisième article est essentiel : Le « Devoir d’honneur », titre de cet article, ce devoir, c’est pour la révolution la libération des prisonniers sociaux et l’abolition de la peine de mort.

Le 20 novembre  1918. Contre les élections  pour une assemblée nationale

Le courant de Rosa Luxemburg s’oppose à des élections à ce stade de la révolution. Rosa Luxemburg expose les arguments : ces élections sont voulues par les forces bourgeoises. Elles s’appuient sur les notions illusoires et n’ont pour but que de renforcer le pouvoir de la bourgeoisie. Elle y expose la notion de dictature du prolétariat. Elle reprendra ses arguments dans un autre article : Assemblée nationale ou République des conseils.

Le 21 novembre  1918. Meetings à Berlin

Le 21 novembre, Rosa Luxemburg renoue avec ce qui a toujours été l’une de ses actions essentielles. Elle parle dans l’un des trois grands meetings organisés par le courant spartakiste à Berlin.

Le 24 novembre  1918. « Un jeu dangereux”

C’est dans cet article que l’on trouve les références aux précédentes expériences révolutionnaire, en particulier à la Commune, elle forme le fondement même de son argumentation. Elle y démontre de manière prémonitoire ce qui va réellement se passer: comment ceux qui sont responsables des pires massacres, de l’exploitation, de la guerre, accusent les révolutionnaires de semer la terreur, de putchisme pour semer la haine et préparer le massacre des forces révolutionnaires. Peu après, on verra en effet les premières affiches qui appellent expressément au meurtre des leaders du courant spartakiste. Rappelons que la “social-démocratie majoritaire” avec Ebert, Scheidemann, Noske est alors au pouvoir.

Affiche placardée début décembre 1918 : Travailleurs, citoyens! La patrie est menacée d’un effondrement proche. Sauvez-là! Elle n’est pas menacée de l’extérieur, mais de l’intérieur. Par le groupe Spartacus. Abattez leurs dirigeants. Tuez Liebknecht! Alors, vous aurez la paix, la liberté et le pain.

Le 1er décembre est créée officiellement par Eduard Stadler la Ligue antibochévique, financée par des dons importants, parmi les donateurs, la Deutsche Bank. Son but, combattre “la conspiration judéo-bolchévique”. Elle est l’auteur des affiches et des tracts comme celui-ci, imprimés massivement.

Source  : ici (à la date du 2 décembre)

 

 

 

 

 

“En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre”. Rosa Luxemburg en 1898 au Congrès de Stuttgart. Rosa Luxemburg et la Commune (3)

« … Mais, si nous partons du principe que nous pouvons faire aboutir pleinement les intérêts du prolétariat , alors il serait  impossible de faire des déclarations telles celles de Heine dernièrement  selon laquelle nous pouvons faire également des concessions dans le domaine du militarisme ; puis celle de Konrad Schmidt dans l’organe officiel de la social-démocratie majoritaire au parlement bourgeois et justement la déclaration de Bernstein  selon laquelle, une fois à la barre, nous ne serons pas en mesure, même dans ce cas, de nous passer du capitalisme. En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre. Mais au lieu du formidable spectacle, de la lutte héroïque, nous en aurions vu  un autre, les travailleurs n’auraient pas été des héros, mais de simples vieilles femmes. Je crois que le débat pour savoir si une fois au pouvoir, nous serons en mesure de socialiser la production, si elle est déjà mûre pour cela, est purement académique. Nous ne devons nourrir aucun doute sur le fait que ce que nous voulons c’est conquérir le pouvoir politique. Un parti socialiste doit toujours se montrer à la hauteur de la situation, il ne doit jamais se dérober à ses propres tâches. Aussi, devons-nous clarifier pleinement nos positions sur ce qu’est  notre but ultime, nous le réaliserons contre vent, tempête et quel que soit le temps . »

Discours sur la tactique  Congrès de Stuttgart 03.10.1898

Rosa Luxemburg a 28 ans. Elle vient d’arriver, en mai, en Allemagne après cinq ans d’exil en Suisse. L’Allemagne est pour elle, le lieu où il convient de combattre. En à peine six mois, elle a pris une place majeure et au premier Congrès du parti social-démocrate allemand auquel elle participe, elle lance le combat contre le réformisme, son premier combat pour le « but final », la prise du pouvoir par les prolétaires. Le courant réformiste vient de se structurer, Edouard Bernstein en est la voix et la caution. Les premières grandes mesures réformistes sont prônées par les hommes de ce courant, Heine qui veut faire voter le budget militaire (déjà !), Schippel qui rejette l’idée de « milice ». Le courant réformiste veut aller au socialisme au lent pas des réformes, pour lui, la situation n’est pas mûre (un grand thème que reprendra souvent Rosa Luxemburg, maturité des conditions économiques, maturité des masses). Ce premier discours, salué par les applaudissements, pose les bases d’une pensée et d’une action qu’elle mènera jusqu’à l’ultime jour de sa vie, abrégée par ceux-là mêmes qu’elle combat dans ce premier discours. On y trouve cette première référence directe à la Commune : “En lisant cela, je me suis dit quel bonheur qu’en 1871, les travailleurs socialistes de France n’aient pas été aussi sages, sinon, ils auraient dit : “les enfants, allons nous coucher, notre heure n’a pas encore sonné, la production n’est pas encore suffisamment concentrée pour que nous puissions rester à la barre. Mais au lieu du formidable spectacle, de la lutte héroïque, nous en aurions vu  un autre, les travailleurs n’auraient pas été des héros, mais simplement de pauvres vieilles femmes.”

http://comprendreavecrosaluxemburgdocumentsetdossiers.over-blog.com/2019/08/spd-annee-1898-chronique-de-la-friedricht-ebert-stiftung.html

 

Du 4 août 1914 en Allemagne au 14 juillet 2015 grec – la logique funeste du réformisme. En contre-point à Rosa Luxemburg

Quand un article fait écho aux réflexions et à l’action de Rosa Luxemburg, nous aimons à le reprendre. C’est le cas de cet article venu de Grèce et qui montre la logique du réformisme que Rosa Luxemburg a combattue inlassablement, intellectuellement et politiquement. Rosa Luxemburg, qui sera assassinée par ces forces, comme toute la révolution spartakiste, et auparavant comme les millions de morts de la boucherie de 14/18 issue du ralliement de  la social-démocratie en Allemagne mais aussi dans tous les pays :  cette faillite de l’Internationale que décrit Rosa Luxemburg dans la brochure de Junius.


Journées funestes – du 4 août 1914 allemand au 14 juillet 2015 grec

14 juillet par Yorgos Mitralias, Athènes, le 13 juillet 2015. A lire sur http://cadtm.org/Journees-funestes-du-4-Aout-1914

 

Le funeste lundi 13 juillet 2015 peut revendiquer un seul précédent. Le 4 août tout aussi funeste du parti Social-démocrate allemand au parlement de Berlin, qui a sonné le début de la tragédie du XXe siècle. Une tragédie dont les conséquences se font sentir encore aujourd’hui…

Et pourtant, aujourd’hui comme alors, tout ce gâchis avait été précédé par des dizaines, voire des centaines de serments de fidélité aux valeurs du socialisme, au Non inébranlable que les socialistes allaient adresser aux chantages de la droite, du capital et des bourgeois. « Plus jamais la guerre » ils promettaient alors. « Je ne deviendrai pas un nouveau Papadimos » nous disaient-ils hier.

Mais, hélas, nos bons bureaucrates ont cédé aux pressions : ils ont voté alors les crédits de guerre et ils ont consenti aujourd’hui à la transformation de la Grèce en colonie de la dette. Naturellement, tout en affirmant toujours « qu’ils ont évité le pire » et tout en promettant que très bientôt ils vont revenir au droit chemin.

Évidemment, nous savons que la suite des événements a été tout autre. Non seulement ils ne sont pas revenus sur leurs pas… socialistes, mais ils se sont éloignés de plus en plus vite de leurs racines, pour arriver finalement à traverser le Rubicon de classe et se transformer en bons et loyaux gestionnaires du système capitaliste et de sa…barbarie.

Cependant, attention. La marche des bureaucrates vers leur total avilissement et la complète trahison de leurs aspirations juvéniles, a -et continue d’avoir- sa propre logique implacable. Pour atteindre son infamie actuelle, la social-démocratie a dû non seulement nettoyer de ses rangs les impénitents des « lignes rouges » de son passé, mais aussi à les exterminer ! En effet, c’était un leader et ministre à elle le Bluthund (chien ensanglanté) Noske qui a tiré au canon contre les quartiers ouvriers des villes allemandes, a noyé dans le sang la révolte du Spartakus Bund, a assassiné Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht et… a préparé le terrain pour l’apparition et le triomphe final du monstre national-socialiste.

Et maintenant ? Serait-il vrai que tout ça n’est que des vieilles histoires qui ne sont plus de mise à notre époque « postmoderne » ? Si on croit ce qui est en train de se passer depuis qu’a été signé l’infâme accord de Bruxelles, on n’oserait pas affirmer que l’histoire ne se répète pas. La tête de Zoé et de Lafazanis |1| n’est plus demandé par leurs seuls habituels ennemis de classe, mais aussi et surtout par leurs camarades d’hier. Et malheureusement ce sont ces derniers qui se distinguent par une haine féroce à l’instar des divers Noske qui remplissent l’histoire de la social-démocratie de ces 100 derniers ans…

Alors, attention puisque l’histoire ne se répète pas toujours comme farce mais aussi comme tragédie. Comme alors, peuvent aussi aujourd’hui se produire, et sont déjà produits, des choses que la veille paraissaient tout simplement impossibles et impensables. Des choses qui dépassent l’entendement humain, comme par exemple qu’il est possible que les camarades d’hier puissent faire front commun avec leurs ennemis de classe pour réprimer les « romantiques impénitents » qui persistent à dire que « l’âne ne vole pas » ! |2|
Et le pire est qu’on entrevoit déjà dans le gouvernement et dans Syriza plusieurs médiocrités bureaucratiques qui semblent poser déjà leur candidature pour devenir demain des clones du « Bluthund » Noske…

Nous savons que la plupart des gens de gauche de bonne foi ne peuvent ni expliquer ce qui se passe, ni digérer d’un jour à l’autre la « trahison » de leurs camarades. Leur confusion est justifiée et compréhensible. D’ailleurs, n’était-ce pas Lénine lui-même qui, plusieurs jours après le funeste 4 Août 1914, refusait de croire que son bon ami Kautsky et son parti avaient voté les crédits de guerre, et continuait à considérer des « faux » et produits de l’Etat Major Allemand les exemplaires du quotidien du SPD qui faisaient l’éloge de la participation des sociaux-démocrates à l’ « Union Sacrée » et à la première boucherie mondiale ?…

Cependant, aujourd’hui comme alors l’enjeu est tellement historique d’importance vitale qu’il nous oblige à sortir au plus vite de notre perplexité et de notre confusion actuelle. C’est-à-dire, avant qu’il ne soit trop tard non seulement pour les citoyens et gens de gauche grecs mais aussi pour les travailleurs et la Gauche dans l’Europe toute entière. Et cela parce que ce Syriza –souvent idéalisé- a été jusqu’à hier la référence et l’espoir des millions des gens dans notre vieux continent, et l’actuelle soumission sans conditions de sa direction menace d’avoir des conséquences catastrophiques et de longue durée bien au-delà des frontières grecques.

En d’autres termes, c’est maintenant l’heure des grandes décisions puisque ça urge pour chacun et chacune de nous – en Grèce et en Europe – de choisir qui abandonnera et qui accompagnera pour le reste de la route ! Oui, c’est sûr que ce choix n’est ni facile ni anodin surtout à un moment où la Gauche et les mouvements sociaux ne sont pas au sommet de leur forme. Pourtant, il nous est imposé par les terribles dangers de nos temps, par les nuages noirs de la menace néofasciste qui s’amoncellent au-dessus de l’Europe, par l’actuelle arrogance et l’insolence sans limites du capitalisme triomphant qui ne peut promettre que des grands malheurs à l’humanité.

Il y a un siècle, le début de la nécessaire reconstruction et recomposition avait eu comme point de départ un certain Zimmerwald. Quel pourrait être le Zimmerwald de nos temps si difficiles et dangereux ?

A quelques mètres des Jardins “Rosa Luxemburg”, la brutalité de l’expulsion d’immigrés. Triste symbole de la social-démocratie en action.

Les Jardins “Rosa Luxemburg” avaient été inaugurés par la municipalité social-démocrate. Tout un symbole! Triste symbole. C’est pour juguler la révolution spartakiste qu’à l’époque la social-démocratie qui prenait le pouvoir avait assassiné Liebknecht, Jogiches, Rosa Luxemburg et des milliers d’ouvriers et soldats en révolution.

Il n’a pas fallu longtemps pour que la réalité rattrape aujourd’hui le symbole. Dans cet espace que la social-démocratie disait dédier à la démocratie par le choix même des noms, c’est ceux que la misère, la guerre, l’impérialisme chassent de leurs pays qu’on chasse aujourd’hui à travers tout Paris, de la Chapelle à la Halle Pajol.

D.V.P.

 

Rosa Luxemburg. Disparition de Feliks Tych en février 2015

Historien polonais, Feliks Tychs a fait beaucoup pour faire connaître la pensée de Rosa Luxemburg. En France, c’est dès 1971 que sont parues les “Lettres à Leo Jogiches” chez Denoël. Sa présence à la Conférence Rosa Luxemburg en 2013 résonnait comme un adieu : il avait eu de grandes difficultés pour dire son texte mais avait pu être encore présent. Nous complèterons prochainement cet article par une esquisse de biographie.

[vimeo]https://vimeo.com/77328340[/vimeo]

Contribution de Feliks Tych “Masses, classes et parti chez Rosa Luxemburg”. A lire sur le net.

 

 

Sur Radio Fréquence Paris Plurielle – Une émission : l’universalité de Rosa Luxemburg

L’émission sur Rosa Luxemburg a pu finalement avoir lieu. Nous remercions cette radio véritablement libre de la parole donnée. Une rediffusion peut être envisagée peut-être. D’autre part, nous en mettrons l’enregistrement  quand nous le recevrons.

Bonjour à tous,

En attendant que l’émission de Claudine “Naïves questions de philosophie” prenne forme, une première émission sur Rosa Luxemburg sera diffusée ce mercredi 27 avril de 17 heures à 18 heures sur Fréquence Paris Plurielle 106.3 FM ou rfpp.net

Naïves questions de philosophie. Présentation par Claudine :
Une émission de philosophie politique tous les 1er & 3ème mardi du mois, à 11h : ras-le-bol des discours, y compris le mien – la philo par les luttes !
L’universalité de Rosa Luxemburg
“L’émission sur Rosa Luxemburg aura donc lieu. Elle naît d’un projet que je n’ai pas pu, su réaliser du vivant de Claudine, qui tenait pourtant tout particulièrement à sa réalisation. Elle sera intitulée l’universalité de Rosa Luxemburg. Elle se comprend comme un hommage à Claudine et à toutes celles et ceux qui se sont saisi(e)s de ce qui représente pour moi l’universalité de Rosa Luxemburg : ce lien entre sensibilité, engagement, réflexion et rigueur. Elle s’appuiera essentiellement sur le témoignage de Sabrina Lorre qui a impulsé une quinzaine Rosa Luxemburg qui a duré un mois et mis en marche plus de 200 personnes dans une multitude d’initiatives et de Valérie Gaudissart, réalisatrice d’un superbe film onirique et réel, la quête de Violette, une gamine qui part sur les traces de Rosa Luxemburg. Ainsi que sur deux textes de Claudine, l’un sur Fanon, l’autre sur L’Art dans la Révolution écrit en 2011 en Tunisie, expression d’aujourd’hui de ce qui fait l’universalité de Rosa Luxemburg. Elle se composera de lectures, témoignages et musiques.
Si cette émission rencontre l’intérêt des auditeurs, deux autres émissions pourraient voir le jour : La pensée et l’action de Rosa Luxemburg (en particulier contre la guerre) et Rosa Luxemburg et la prison.
 
Dominique – comprendre-avec-rosa-luxemburg


Frequence Paris Plurielle

Fréquence Paris Plurielle a été fondée pour donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas : elle est une radio de lutte engagée dans les mouvements sociaux, politiques et culturels. Elle est une radio généraliste, sans publicité, qui émet 24h sur 24. Elle compte une centaine d’émissions assurées par 250 bénévoles, militant-e-s, membres d’associations : émissions politiques et sociales, émissions des communautés immigrées de la région parisienne, émissions (…)

 

En hommage à Maspéro et son rôle dans la publication de textes de Rosa Luxemburg. Bibliographie sur Smolny.

Tout d’abord, dire l’importance du travail du collectif Smolny qui a réalisé cette bibliographie et qui donne ainsi comme sur beaucoup d’autres thèmes des outils d’information et de réflexion essentiels. C’est un travail continu et de grande ampleur qui demande volonté et intelligence politique.

Ensuite souligner la précocité de la démarche de François Maspéro qui met en place cette collection et publie bien avant 68 Rosa Luxemburg.

Souligner aussi que c’est à Georges Haupt qu’il confie l’animation de la collection. Georges Haupt qui a eu une grande importance dans la transmission d’une réflexion politique différente et dont les ouvrages sur les congrès de l’Internationale ont permis l’accès à l’histoire de cette organisation essentielle pour Rosa Luxemburg.

Enfin par ce bref article, rendre hommage à François Maspéro qui vient de disparaître.


 

Bibliothèque Socialiste Maspero

Fiche bibliographique n° 3 ( 1963 – 1980 )

vive la lutte

Présentation :

Collection dirigée par Georges Haupt, décédé en 1978. Si certains titres ont été depuis réédités, beaucoup ne sont disponibles que dans cette collection.


Par ordre de numérotation dans la collection :

— 1. BOUKHARINE Nicolas & PREOBRAJENSKY Eugène, A.B.C. du communisme, préface de Pierre Broué, Paris, Maspero, 1963 ;

 2. LUXEMBURG Rosa, Grève de masses, parti et syndicats, rééd. dans une traduction nouvelle dans la PCM, Oeuvres I, Paris, Maspero, 1964 ;

— 3. LUXEMBURG Rosa, La révolution russe, préface de Robert Paris, Paris, Maspero, 1964 ;

— 4. COLLECTIF, Les bolcheviks et la Révolution d’Octobre, procès-verbaux du Comité Central du parti bolchevique, août 1917 – février 1918, présentation de Guiseppe Boffa, Paris, Maspero, 1964 ;

— 5. LAFARGUE Paul, Le droit à la paresse, préface de Jean-Marie Brohm, rééd. avec une présentation nouvelle de Maurice Dommanget dans la PCM, Paris, Maspero, 1965 ;

— 6. HAUPT Georges, Le congrès manqué : l’Internationale à la veille de la Première Guerre Mondiale, Paris, Maspero, 1965 ;

— 7. COLLECTIF, Staline contre Trotsky, 1924-1926. La révolution permanente et le socialisme dans un seul pays, présentation et choix de textes de Guiliano Procacci, Paris, Maspero, 1965 ;

 8. FRÖLICH Paul, Rosa Luxemburg, sa vie, son oeuvre, Paris, Maspero, 1965 ;

— 9. FISCHER Georges, Le Parti travailliste et la décolonisation de l’Inde, Paris, Maspero, 1966 ;

— 10. ADLER Max, Démocratie et conseils ouvriers, traduction et présentation d’Yvon Bourdet, Paris, Maspero, 1967 ;

— 11. LUXEMBURG Rosa, L’accumulation du capital, présentation d’Irène Petit, 2 vols., Paris, Maspero, 1967 ;

— 12. ARCHIVES MONATTE, Syndicalisme révolutionnaire et communisme, présentation de Colette Chambelland et Jean Maitron, Paris, Maspero, 1968 ;

— 13. HAUPT Georges & MARIE Jean-Jacques, Les bolcheviks par eux mêmes, Paris, Maspero, 1969 ;

— 14. BERNSTEIN Samuel, Auguste Blanqui, Paris, Maspero, 1970 ;

— 15. KOSIK Karel, La dialectique du concret, Paris, Maspero, 1970 et 1978 ;

— 16. DOMMANGET Maurice, Sur Babeuf et la conjuration des Egaux, Paris, Maspero, 1970 ;

— 17. LIEBKNECHT Karl, Militarisme, guerre, révolution, choix de textes et présentation de Claudie Weill, Paris, Maspero, 1970 ;

— 18. LOWY Michaël, La théorie de la révolution chez le jeune Marx, Paris, Maspero, 1970 ;

— 19. SADOUL Jacques, Notes sur la révolution bolchevique, Paris, Maspero, 1971 ;

— 20. GRAS Christian, Alfred Rosmer et le mouvement révolutionnaire international, Paris, Maspero, 1971 ;

— 21. NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome I, Paris, Maspero, 1972 ;

— 22. NETTL John Peter, La vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg – Tome II, Paris, Maspero, 1972 ;

— 23. FLECHTHEIM Ossip K., Le Parti communiste allemand sous la République de Weimar, Paris, Maspero, 1972 ;

— 24. CONFINO Michaël, Violence dans la violence, le débat Bakounine-Netchaïev, Paris, Maspero, 1973 ;

— 25. KOLLONTAÏ Alexandra, Marxisme et révolution sexuelle, préface et présentation de Judith Stora-Sandor, Paris, Maspero, 1975 ;

— 26. GRANDJONC Jacques, Marx et les communistes allemands, Paris, Maspero, 1974 ;

— 27. HAUPT Georges, LOWY Michael & WEILL Claudie, Les marxistes et la question nationale 1848-1914, Paris, Maspero, 1974 ;

— 28. MAITRON Jean, Le mouvement anarchiste en France. I – Des origines à 1914, Paris, Maspero, 1975 ;

— 29. MAITRON Jean, Le mouvement anarchiste en France. II – De 1914 à nos jours, Paris, Maspero, 1975 ;

— 30. HEMERY Daniel, Révolutionnaires vietnamiens et pouvoir colonial en Indochine, Paris, Maspero, 1975 ;

— 31. LUXEMBURG Rosa, Vive la lutte ! Correspondance 1891-1914, Paris, Maspero, 1975 ;

— 32. MONATTE Pierre, La lutte syndicale, Paris, Maspero, 1976 ;

— 33. WEILL Claudie, Marxistes russes et social-démocratie allemande 1898-1904, Paris, Maspero, 1977 ;

— 34. LUXEMBURG Rosa, J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919, Paris, Maspero, 1977 ;

— 35. SERGE Victor & TROTSKY Léon, La lutte contre le stalinisme, Paris, Maspero, 1977 ;

— 36. BOURDÉ Guy, La défaite du front populaire, Paris, Maspero, 1977 ;

— 37. COHEN Stephen, Nicolas Boukharine, la vie d’un bolchevik, Paris, Maspero, 1979 ;

— 38. LOWY Michaël, Le marxisme en amérique latine de 1909 à nos jours : anthologie, Paris, Maspero, 1980 ;

— 39. HAUPT Georges, L’historien et le mouvement social, Paris, Maspero, 1980 ;

— 40. LUKACS György, Correspondance de jeunesse : 1908-1917, choix de lettres préfacé et annoté par Éva Fekete et Éva Karádi, traduit du hongrois et de l’allemand par István Fodor, József Herman, Ernö Kenéz et Éva Szilágyi, Paris, Maspero, 1981 ;


Sur notre site :

— Fiche bibliographique n° 4 : Petite Collection Maspero ;

— Fiche bibliographique n° 33 : Actes et Mémoires du peuple — Collection Maspero ;

En ce 8 mai 2015, le souvenir de Mathilde Jacob, de Marta Rosenbaum, ces femmes qui ont accompagné Rosa Luxemburg, et de Luise Kautsky, mortes en déportation, s’impose à nous..

Nombreux sont ceux qui apparaissent dans la correspondance de Rosa Luxemburg et qui sont morts en déportation pour leur combat politique ou pour leur origine juive. Femmes âgées, figures connues ou moins du mouvement ouvrier, Marta Rosenbaum, Mathilde Jacob, Luise Kautsky ont été déportées et sont mortes en déportation. Le découvrir un jour au fil du travail sur Rosa Luxemburg renforce la conscience de l’importance de la lutte contre toutes les formes de fascisme et vous paralyse d’émotion. Ainsi,  il faut rappeler ici la déportation de Luise Kautsky à 80 ans, que rien ne put sauver d’avoir été mariée avec Karl Kautsky, semi-aryenne pour les nazis. Et de deux femmes qui ont tant compté dans la vie de Rosa Luxemburg et  tant fait pour sauver les témoignages de son action : Marta Rosenbaum et Mathilde Jacob

Mathilde Jacob

lux_jaco

Mathilde Jacob a tapé de nombreux manuscrits de Rosa Luxemburg. Elle a sorti de prison de nombreuses lettres et textes et ainsi sauvé des documents essentiels dont nous n’aurions jamais eu connaissance. Elle est morte en déportation le 14 avril 1943 dans le camp de Theresienstadt.

Ici l’une des très nombreuses lettres écrites par Rosa Luxemburg et que nous avons publiée sur le blog en février. http://comprendreavecrosaluxemburg2.wp-hebergement.fr/2015/02/08/fevrier-1915-linternationale-la-prison-et-une-magnifique-lettre-a-mathilde-jacob-dossiersuivre-rosa-luxemburg-en-1915/

Lettre à Mathilde Jacob:  « Votre lettre de dimanche a été le premier message écrit reçu du monde extérieur et m’a procuré beaucoup de joie. Je reçois maintenant la deuxième et je vous en remercie. Soyez tout à fait rassurée pour ce qui me concerne, je vais physiquement et moralement tout à fait bien. Le transport en « fourgon vert » lui-même ne m’a causé aucun choc, car j’avais déjà connu le même transport à Varsovie. La ressemblance était si frappante que cela a éveillé en moi toutes sortes de pensées des plus gaies. Une différence cependant, les gendarmes russes m’avaient escortée « en tant que politique » avec le plus grand respect, alors que les policiers berlinois m’indiquèrent que cela leur était complètement égal, de savoir qui j’étais et me mirent dans un fourgon avec neuf autres « collègues ». Mais en fin de compte, ce sont des choses sans importance, et n’oubliez pas que l’on doit aborder la vie, quoi qu’il arrive, avec calme et sérénité. Je possède ici les deux en quantité suffisante. Mais pour que vous ne vous fassiez pas une image exagérée de mon caractère héroïque, je dois avouer ici avec regret que je n’ai pu retenir qu’à grand peine les larmes qui me montaient aux yeux quand je dus pour la deuxième fois me déshabiller jusqu’à la chemise et me laisser fouiller. Naturellement j’étais très en colère au fond de moi d’une telle faiblesse et je le suis encore. De même, le premier soir, ce qui m’a horrifiée, ce n’est pas la cellule, le fait d’avoir été coupée brutalement du monde, mais, imaginez-vous celui de devoir aller dormir sans avoir mis ma chemise de nuit, sans m’être brossé les cheveux. Et afin que ne manque pas une citation classique! Vous souvenez-vous de la première scène de Marie Stuart, alors qu’on lui avait enlevé ses bijoux: [citation de Schiller] (Allez revoir la citation car Schiller l’a certainement bien mieux exprimé que moi!) … Mais je m’égare. Que Dieu punisse l’Angleterre et me pardonne de me comparer à une reine anglaise! De fait, je possède ici « ces petits riens qui embellissent la vie », sous la forme d’une chemise de nuit, d’un petit peigne et de savon – grâce à la bonté et à la patience d’ange de Karl [Liebknecht] – et la vie peut reprendre son cours. Je me réjouis de me lever tôt (5h40) et j’attends que Monsieur le Soleil veuille bien suivre mon exemple, afin que je puisse profiter de ce lever matinal. Ce qui est le plus beau, c’est que je vois et entends lors de la promenade dans la cour des oiseaux: une armée de moineaux insolents qui font parfois un tel bruit que je m’étonne qu’un sévère gardien n’intervienne pas pour faire cesser ce tapage; en outre quelques merles parmi lesquels un grand mâle au bec jaune qui chante de manière tout à fait différente de celui qui me rend visite à Südende. Il bavarde et couine de telle façon que l’on ne peut que rire; peut-être en mars/avril se reprendra-t-il et chantera-t-il comme il se doit. (et là je pense à mes pauvres petits moineaux qui ne trouveront plus leur repas servi sur la petite table du balcon et resteront surpris – Là vous devez obligatoirement versez quelques larmes, cela est trop triste …)

Chère madame Jacob, je vous accorde le plus grand honneur que je peux accorder à un mortel: je vous confie ma Mimi. Mais vous devez attendre encore quelques informations qui vous seront transmises par mon avocat. Alors vous devrez l’emporter dans vos bras (pas dans une quelconque corbeille ou sac !!!) avec l’aide de ma logeuse et prendre les sept merveilles du monde pour Mimi (son coussin, la petite clef, les documents, et s’il vous plaît, s’il vous plaît, son fauteuil rouge auquel elle est habituée). Tout cela devrait tenir dans votre voiture. Mais pour cela, comme je vous l’ai dit, attendez encore quelques jours.

Que faites vous? Lisez-vous beaucoup Je lis toute la journée, quand je ne mange pas, ne suis pas en promenade et ne nettoie pas la cellule. Ce qui est le plus beau, ce sont les deux heures de 7 à 9, ou je suis tranquille, lumière allumée et où je peux penser et travailler pour moi …

Mme Z[Zetkin] est malheureusement si bouleversée que je me fais du souci pour elle.

Je vous remercie de tout cœur, profitez de la vie et restez sereine.

Votre R.L.

Bien entendu je serais ravie de vous voir, mais nous devons attendre. Je n’ai pas le droit de recevoir beaucoup de visite et mes avocats revendiquent ce droit. Allez chercher aussi votre vase dans mon appartement!

 

On peut trouver un article en allemand qui donne des indications précieuses sur Mathilde Jacob sur le site:

L’article donne tout d’abord des indications sur Mathilde Jacob : 153 Briefe schrieb Rosa Luxemburg in den Jahren 1913 bis 1918 an Mathilde Jacob, davon 148 aus dem Gefängnis. Die Briefe von Mathilde Jacob an Rosa Luxemburg sind nicht erhalten. Heinz Knobloch schreibt; „natürlich nicht“. Wieso? Viel ist durch die Recherchen Knoblochs bekannt geworden. Einige Zusätze konnten Sibylle Quack und Rüdiger Zimmermann machen, die 1988 in der Zeitschrift „Internationale wissenschaftliche Korrespondenz zur Geschichte der deutschen Arbeiterbewegung“ (IWK) die Erinnerungsschrift von Mathilde Jacob an Rosa Luxemburg herausgaben, auf der Knoblochs Buch wesentlich basiert. Mathilde Jacob, geboren 1873, wohnhaft Altonaer Straße 11, dicht an der S-Bahn-Trasse, Hansaviertel, war seit Dezember 1913 die Schreibkraft Rosa Luxemburgs, später deren Sekretärin. Sie besuchte Rosa Luxemburg im Gefängnis, kümmerte sich um ihre Wohnung, schmuggelte Briefe und politische Texte ins und aus dem Gefängnis, wurde Freundin.

Sur son action courageuse en particulier auprès de Rosa Luxemburg : „Aber sie war noch viel mehr als das: treue, verläßliche, immer hilfsbereite Freundin, zuverlässige und tapfere Widerstandskämpferin und Genossin.“ Bei Quack und Zimmermann heißt es weiter: Stets werde ihre „dienende Funktion“ hervorgehoben. „Ein typisches Frauenschicksal, scheint es. (…) Die helfende dienende, unverheiratet gebliebene Mathilde (…) – war sie nicht auch eine ungeheuer selbständige, mutige, konspirative Persönlichkeit, zunächst während des Ersten Weltkriegs, dann in der Illegalität in der KPD 1919, später in der Hitlerzeit?“ Nach dem Tod Luxemburgs war sie Paul Levis Sekretärin, eines weiteren Weggefährten von Rosa Luxemburg. Sie war verantwortliche Redakteurin seiner Zeitschrift „Unser Weg“ und „Sozialistische Politik und Wirtschaft“. Beide wurden 1921 aus der KPD ausgeschlossen, weil sie den demokratischen Sozialismus der Luxemburg-Linie vertraten, und kehrten mit einigen Mitgliedern der USPD 1922 in die SPD zurück. Paul Levi starb 1930. Ob Mathilde Jacob weiter in der SPD blieb, ist nicht zu ermitteln, da die Mitgliederkarteien der Partei verbrannten.

Il publie des extraits d’une lettre écrite en réponse à une accusation du KPD en 21, où elle décrit son action : „Viele Proletarier werden wohl verwundert gefragt haben, wer wohl das ‚Fräulein’ sein mag, die Rosa Luxemburgs Vertrauen in so hohem Maße besaß, daß sie sogar zur Hüterin ihrer politischen Hinterlassenschaft bestellt wurde … Es widerstrebt mir, von mir selbst zu sprechen. Ist es doch so selbstverständlich, daß man seine Schuldigkeit tat und sie weiter tut. Ich marschierte als einfacher Soldat im Spartakusbund, aber ich habe nie den Kampfesmut verloren, ich habe nie die Arbeit im Stich gelassen, wie so manche der Offensivhelden, die heute in der Zentrale der V. K. P. D. sitzen. Ich arbeitete vor dem Kriege lange Jahre hindurch mit Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Franz Mehring und vielen anderen. Ich leistete in der schwierigsten Zeit während des Krieges Leo Jogiches freiwillige Sekretärdienste. Denn der Spartakusbund hatte keine Mittel, und wir alle, die wir in ihm kämpften und arbeiteten, opferten unseren letzten Pfennig und unsere äußerste Kraft. Es war eine erheblich aufreibendere Arbeit als heute. Wir kamen nicht auf Festung! Wir wanderten in die Gefängnisse, in die Zuchthäuser. Wie schwierig war es, die Beiträge für die Spartakusbriefe zu bekommen! Wer schrieb außer Rosa Luxemburg für die partakusbriefe? Alle Mitteilungen hierfür gingen durch meine Hände, und neben ganz winzigen Beiträgen von anderer Seite schrieb außer Rosa Luxemburg nur – der ‚Opportunist’ Paul Levi … Heute haben ungeheuer viele ihr revolutionäres Herz entdeckt und sprechen von mir als ‚Fräulein’. Aber weshalb ist sie für diese Fräulein und nicht mehr Genossin? Wahrscheinlich, weil ich [für] die Zeitschrift Paul Levis ,Unser Weg’ verantwortlich zeichne. Ja, ich bekenne mich ganz offen zur Richtung Levi …“ Mathilde Jacob verfasste erstmals zum 15. Januar 1929 einen kurzen Artikel zum 10. Todestag von Rosa Luxemburg und Karl Liebknecht in der „Leipziger Volkszeitung“. Die vollständige Version ihrer Erinnerung – es existieren vier Varianten – wird vermutlich 1930 entstanden sein, denn den Tod Levis erwähnt sie noch.

Enfin il décrit la déportation : Was auch immer Mathilde Jacob nach 1930 tat. Sie blieb Rosa Luxemburg und ihrer Sache treu. Sie bewahrte nicht nur deren Briefe an sie, das Gefängnistagebuch, Bilder, Korrespondenz, sondern übergab diese Dokumente 1939 auch unter Lebensgefahr an Ralph H. Lutz von der Hoover Institution in Stanford, Kalifornien, und rettete damit ein wertvolles Erbe. Sich selbst konnte Mathilde Jacob nicht retten. Vielleicht haben die Nationalsozialisten sie nicht als Sozialistin erkannt. Ihr Judentum konnte Mathilde Jacob nicht verbergen. Aus den Briefen, die Neffen Paul Levi aufbewahrten, geht hervor, daß sie verzweifelt versuchte, aus Deutschland herauszukommen. Sie wandte sich an die in den Vereinigten Staaten lebende Schwester Paul Levis und andere Menschen dort. Im Juni 1942 erhielt die 69 Jahre alte Mathilde Jacob, die sich Mathel nannte, um nicht den Zwangsnamen Sara annehmen zu müssen, den Brief, der ihre Deportation ankündigte. Mit dem sogenannten „30. Altertransport“ wurde sie mit 102 anderen Frauen und Männern vom Jüdischen Altersheim in der Großen Hamburger Straße zum Anhalter Bahnhof und nach Theresienstadt verschleppt. Am 27. Juli 1942 fuhr der Zug ab. Mathilde Jacob wurde 1943 im Konzentrationslager Theresienstadt ermordet. Die genauen Umstände ihres Todes sind nicht bekannt. Quack und Zimmermann fanden ein Schreiben des International Rescue and Relief Commitee in New York vom 9. Juni 1943. Darin stellte das Hilfskommitee 500 Dollar für die Ausreise bereit. Gegen den erbitterten Widerstand der CDU im Bezirk Tiergarten konnte im Juni 1995 der Vorplatz des Rathauses Tiergarten in Mathilde-Jacob-Platz umbenannt werden. Dem Bürgerbegehren der CDU für die Rücknahme der Benennung trat eine Initiative entgegen, der Walter Momper, Heinz Knobloch, Margarethe von Trotta und viele andere angehörten.

Gerhild Komander. Der Text erschien zuerst im “Berliner Lindenblatt”, März 2008.

 Marta Rosenbaum

 

Lettre de Rosa Luxemburg à Marta Rosenbaum, 10 février 1917 sur https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1917-02-lettre-a-marta-rosenbaum-luxemburg/

Ma petite Marta, très chère ! pour la dernière fois une petite lettre que vous pourrez lire en route. Nota bene : comme vous pouvez vous attendre n’importe quand à être arrêtée à la gare de Berlin en rentrant de Wronke, je vous prie instamment de ne garder aucune lettre, etc., dans votre sac à main, mais de la porter sur vous. Car vous n’êtes pas tenue de vous laisser imposer une fouille corporelle en tant que prévenue, et par la suite, dès que l’occasion se présente, vous pouvez détruire ce qui est nécessaire. Comme cette semaine était délicieuse ! Je garde une impression d’infinie harmonie et de beauté de votre visite. Vous avez raison : Kurt a tant mérité de reconnaissance de nous deux pour nous avoir réunies que rien qu’à cause de cela je dois tout lui pardonner et être bonne avec lui. Et vous avez encore raison quand vous dites :  » il a été projeté hors de sa voie « . Il faut que nous l’aidions à la retrouver. D’ailleurs, il ne faut jamais oublier d’être bon (…) Rappelez-le-moi souvent, car malheureusement j’incline à la sévérité – à vrai dire seulement dans les relations politiques. Dans les rapports personnels, je sais que je suis exempte de toute dureté, et le plus souvent j’incline à pouvoir aimer et à tout comprendre.

Comme c’est dommage que nous nous soyons rencontrées si tard ! Mais, très chère, ce qui m’attire le plus vers vous, c’est précisément la fraîcheur de votre nature, votre ouverture, votre maladresse parfois un peu enfantine. Vous donnez par là une telle impression de jeunesse, de cordialité chaleureuse, que chez vous je ne sens pas l’âge, je n’ai pas non plus l’impression que vous avez gâché vos possibilités. Je crois que vous pouvez encore devenir et réussir tout ce que vous auriez pu être plus tôt. Du reste, cela va peut-être vous surprendre ! je n’attends rien de particulier de vous. Je n’éprouve aucun besoin de jouer à la maîtresse d’école vis-à-vis d’êtres qui me sont chers. Je vous aime telle que vous êtes. Naturellement, je veux que vous ne perdiez pas complètement votre temps dans des besognes journalières,, que vous lisiez de beaucoup de bons livres, que vous aidiez et collaboriez à la grande tâche, mais tout cela, me semble-t-il, vous le pouvez telle que vous êtes, telle que je vous connais. Votre expérience (je pressentais déjà que vous avez subi de dures épreuves, quoique je n’en sache pas plus), vous me la raconterez à Südende, à la campagne, en cueillant des fleurs des champs, n’est-ce pas ? Je veux prendre ma part de vos chagrins et de votre fardeau, j’éprouve le besoin de ne pas vous voir souffrir seule. Peut-être pourrai-je par ma force et mon affection vous soutenir et vous protéger un peu. Et maintenant recevez beaucoup, beaucoup de remerciements pour les belles heures que vous m’avez procurées, pour la chaleur que vous m’avez dispensée, et aussi pour la beauté de vos mains, que je contemple chaque fois avec joie.

De tout cœur, votre Rosa.

Anémone apportée à Rosa Luxemburg en prison et qui se trouve dans l’herbier de Rosa Luxemburg

 

 

lux_mart

Marta Rosenbaum est morte en déportation le 31 octobre 1942 à Theresienstadt

Luise Kautsky

Déportée à plus de 80 ans  et morte en déportation le 8 décembre 1944

 

Portraitfoto von Luise Kautsky

Luise Kautsky

Im September 1944 wurde Luise Kautsky in das Vernichtungslager Auschwitz-Birkenau deportiert. Einige KZ-Häftlinge erkannten die vom tagelangen Transport in einem Deportationszug völlig entkräftete Frau. Sie schmuggelten Luise Kautsky an der Selektionsrampe vorbei in den Krankenblock des Lagers. Lucy Adelsberger, die selbst 1943 aufgrund ihrer jüdischen Herkunft nach Auschwitz deportiert worden war und dort als Häftlingsärztin arbeitete, schrieb später: “Bei aller körperlichen Gebrechlichkeit und Hinfälligkeit war Luise Kautsky geistig von einer Elastizität, die uns Jüngere fast beschämte. An ihrem Willen durchzuhalten, konnten sich die andern ein Beispiel nehmen.” Ähnlich äußerte sich Orli Wald, die Lagerälteste des Krankenblocks: “Schwer krank lag sie im Bett und doch veränderte sie in wenigen Tagen die ganze traurige und hoffnungslose Atmosphäre des Krankenblocks. Sie war eine unerschöpfliche Quelle von Gedanken und Erinnerungen. Die Kranken vergaßen zu stöhnen und hörten zu, wenn sie erzählte.” In den letzten Wochen ihres Lebens wusste Luise Kautsky ihren jüngsten Sohn, Benedikt Kautsky, nur wenige Kilometer entfernt. Benedikt Kautsky (1894-1960) war bereits im Oktober 1942 zur Zwangsarbeit ins KZ Auschwitz-Monowitz verschleppt worden, ein Arbeitslager des Chemiekonzerns IG Farben. Es gelang Helfer*innen, selbst geschriebene Zettelchen zwischen Mutter und Sohn hin und her zu schmuggeln. Trotz aller Bemühungen ihrer Mitgefangenen sie zu retten, starb Luise Kautsky am 8.12.1944. Benedikt Kautsky wurde 1945 im KZ Buchenwald befreit.

http://www.wir-falken.de/themen/verband/8160222.html

Hier comme aujourd’hui, le combat toujours renouvelé pour le 1er mai. Rosa Luxemburg : “Le 1er mai”. Article de 1907.

“Le 1er mai est un élément historique et vivant du combat international des prolétaires et reflète de ce fait fidèlement tous les moments de ce combat depuis près de 20 ans. Vu de l’extérieur, c’est la répétition monotone des mêmes discours et articles, des même revendications et résolutions. C’est pourquoi, ceux dont le regard ne reste qu’à la surface figée des choses et ne perçoivent pas le devenir imperceptible interne des situations, pensent que le 1er mai a perdu son sens du fait de cette répétition, qu’il est pratiquement devenu “une manifestation vide de sens”. C’est seulement derrière cette apparence extérieurement semblable que bat le pouls divers du combat prolétaire, le 1er mai vit avec le mouvement ouvrier et change en fonction de lui, reflète dans ses propres contenus, sa propre atmosphère, ses propres tensions, les situations changeantes du combat de classe.” Rosa Luxemburg, 1907.

Tout au long de sa vie, Rosa Luxemburg a accordé la plus grande des attentions au 1er mai. Vous trouverez sur ce blog une page consacrée à Rosa Luxemburg et le 1er mai: regroupant au fur et à mesure de leur traduction les articles et discours, certains sont déjà disponibles. A plusieurs reprises, elle s’est battue pour son maintien. Ainsi dans les années 1907 à 1911. Les textes de cette période sont d’autant plus d’actualité que l’on assiste aujourd’hui à une volonté claire et destructrice de vider ce jour de son importance. Les médias, sans plus aucune conscience ne donnent la parole qu’à tout ce qui le détruit, de l’extrême-droite à ceux des syndicats qui pour la première fois abandonnent la manifestation de rue pour un des rassemblements en lieux clos. Les textes de Rosa Luxemburg sont une réponse claire sur le sens qu’il y a à manifester partout dans le monde en ce jour. En effet, ces textes s’inscrivent dans une discussion, en particulier au sein du parti ouvrier allemand,  autour de la suppression de cette journée de lutte. Ceci était proposé essentiellement par le mouvement syndical et l’aile réformiste du parti social-démocrate. Rosa Luxemburg, vient de vivre la révolution russe de 1905, elle a écrit son livre majeur sur la grève de masse : elle s’appuie sur le rôle de chaque initiative dans le processus révolutionnaire – et voit donc  dans la fête du 1er mai une manifestation importante en tant que” manifestation directe des masses”-, et contre la dépossession de ces luttes par ceux qui prétendent le représenter. Comme elle l’indique dans cet article de 1907 écrit pour le journal féministe animé par Clara Zetkin, Die Gleichheit (l’égalité)

Le 1er mai. Rosa Luxemburg.  Die Gleichheit, 17e année, Nr 9, P 71 1907

Le 1er mai est un élément historique et vivant du combat international des prolétaires et reflète de ce fait fidèlement tous les moments de ce combat depuis près de 20 ans. Vu de l’extérieur, c’est la répétition monotone des mêmes discours et articles, des même revendications et résolutions. C’est pourquoi, ceux dont le regard ne reste qu’à la surface figée des choses et ne perçoivent pas le devenir imperceptible interne des situations, pensent que le 1er mai a perdu son sens du fait de cette répétition, qu’il est pratiquement devenu “une manifestation vide de sens”. C’est seulement derrière cette apparence extérieurement semblable que bat le pouls divers du combat prolétaire, le 1er mai vit avec le mouvement ouvrier et change en fonction de lui, reflète dans ses propres contenus, sa propre atmosphère, ses propres tensions, les situations changeantes du combat de classe.

La fête du 1er mai a connu trois grandes phases dans son histoire. Les premières années, alors qu’elle devait se frayer un chemin, elle a été accueillie par les prolétariats de tous les pays avec beaucoup d’espoir et d’enthousiasme. La classe ouvrière intégrait une nouvelle arme dans son équipement et les premiers essais pour utiliser cette arme ont galvanisé le sentiment de force et l’ardeur à combattre de millions d’exploités et d’opprimés. De son côté la bourgeoisie de tous les pays l’accueillait avec la plus grande des peurs et la plus profonde haine. La pensée de la manifestation internationale socialiste lui apparaissait comme le spectre de l’ancienne Internationale tant haïe, la décision d’une fête commune de tous les travailleurs du monde comme le glas de la domination bourgeoise. D’où les tentatives ridicules des première années de réprimer le danger du 1er mai par la violence policière et militaire. A la tète de cette colonne armée de la bourgeoisie effrayée, se précipita la “république libre” française, et seulement après elle l’absolutisme tsariste. Le sang prolétarien pour un premier mai coula d’abord à Fourmies en 1891, suivit en 1892 une répression sanglante à Lodz en 1892.

Mais bientôt les classes dirigeantes se calmèrent et reconnurent le caractère purement démonstratif du 1er mai. D’autre part s’installait une longue période de combat essentiellement parlementaire et la construction tranquille des organisations politiques et syndicales. L’année de naissance du 1er mai apporta en Allemagne la fin des “Lois contre les socialistes”, en 1893, le prolétariat de Belgique et en 1896 celui d’Autriche entrèrent au parlement. Les années 90 représentèrent une période de travail syndical acharné et de montée irrésistible de la représentation de la classe ouvrière au parlement. Face au combat pour le représentation des travailleurs dans les parlements, les manifestations des travailleurs eux mêmes reculèrent dans l’ombre, de même que, face à l’action positive et la construction des partis ouvriers dans chaque pays, l’idée de communauté internationale du prolétariat. Le 1er mai devient peu à peu une fête pacifique que la société bourgeoise regarde avec une certaine sérénité.

Dans les dernières années, on constate une évolution sensible de la situation de la classe ouvrière. Un fort vent souffle de nouveau sur le champ des luttes. A l’est, la grande révolution russe. En Allemagne une aggravation et une exacerbation du combat politique et économique : une du prolétariat dans l’industrie et une union de tous les partis bourgeois pour exclure la classe ouvrière du parlement. En France, une croisade brutale du gouvernement “radical” contre les syndicats et une série de combats désespérés pour les salaires. Exaspéré par la progression puissante des organisations prolétariennes de ces 15 dernières  années, effrayé par la révolution russe, le capitalisme international devient nerveux, servile, agressif.

Et de ce fait commence pour la fête du 1er mai une nouvelle phase. A partir de l’idée de la possibilité d’une manifestation directe de la masse des prolétaires qui la caractérise, – la seule action politique directe en dehors des élections – elle se sent investie de nouveaux contenus, d’un nouvel esprit, dans la mesure où l’exacerbation des combats de classe place les masses prolétaires de nouveau de plus en plus au premier rang . Plus la réaction, la violence de la bourgeoisie dans les domaines politiques, économiques dispute aux intérêts prolétariens chaque pouce de terrain, plus s’approchent les temps où les masses prendront leur sort en mains, où elles devront en personne combattre pour les intérêts de leur libération de classe. Se préparer à ces temps inévitables à court ou long terme, s’armer pour ces temps de la conscience de ses propres devoirs et de sa propre puissance, c’est actuellement la tâche du prolétariat et pour cela la fête du 1er mai en tant que manifestation directe des masses constitue un moyen pour arriver à cela. En Allemagne, la réponse à l’échec parlementaire de la social-démocratie doit être une fête du 1er mai imposante. La masse des travailleurs doit répondre à la masse unie réactionnaire de la bourgeoisie : vous voulez chasser nos représentants par votre législation, vous voyez que nous sommes nous-mêmes plus décidés, plus unis, plus combattifs.

Un autre élément du 1er mai vient au premier plan avec une force renouvelée: l’internationalisme de la cause ouvrière. Tant que le combat de classe jouit dans chaque pays d’un minimum d’apparence de liberté démocratique, le prolétariat est dominé par les caractéristiques de celui-ci et par les divisions nationales. Cependant, dès que la violence fondamentale du combat de classe monte des profondeurs de la société capitaliste vers la surface, dès que le combat atteint les limites de l’affrontement des masses avec les puissances dominantes, l’idée d’un prolétariat mondial unique et indivisible renaît avec une force accrue. Les préparatifs de la bourgeoisie pour le 1er mai rappelle dans tous les pays rappelle cette année au prolétariat que le combat pour la libération est le même dans tous les pays. Aujourd’hui, à la tête de l’armée des travailleurs de tous les pays se tient le prolétariat russe, le prolétariat de l’empire de la révolution. Et les combats de ce prolétariat, ses expériences, ses problèmes constituent une école où apprendre pour nos prochaines batailles.

Ainsi va cette année le 1er mai, animé par un nouveau souffle puissant, de nouveau, comme à ses débuts, accueilli par la haine et la peur de la bourgeoisie et par l’enthousiasme et la volonté de se battre des masses prolétaires. Dès le début, manifestation pour la journée de huit heures et pour la paix mondiale, elle prend peu à peu la forme d’une révolution prolétarienne. Le 1er mai ne va pas vers son déclin, mais vers un essor inouï, car il sera porté et emporté par le même orage qui gronde à la surface de la société bourgeoise et qui nous conduira au travers des combats les plus intenses, jusqu’aux victoires finales.