Archives de catégorie : S. Rosa Luxemburg et la révolution

“Les classes possédantes, qui en mille ans d’histoire, à la moindre rébellion de leurs esclaves, n’ont reculé devant aucun acte de violence et aucune infamie …, ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves. Rosa Luxemburg et la Commune (11)

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” … Qui n’est pas écœuré d’entendre les gardiens du Capitole de l’anarchie bourgeoise, ceux là-même qui ont transformé en quatre ans l’Europe en un champ de ruines, crier à « l’anarchie » de la dictature des prolétaires!

Les classes possédantes, qui, en mille ans d’histoire, n’ont reculé, à la moindre rébellion de leurs esclaves, devant aucun acte de violence et aucune infamie afin de protéger ce qui constitue le garant de “l’Ordre”: la propriété privée et la domination de classe, ces classes possédantes crient depuis toujours à la violence et à la terreur … des esclaves. Les Thiers et Cavaignac qui avaient assassiné des dizaines de milliers de prolétaires parisiens, hommes, femmes et enfants, lors du massacre de juin 1848, ont ensuite submergé le monde de leurs gémissements à propos des prétendues “atrocités” de la Commune de Paris. …

Mais il y a quelqu’un d’autre, qui a un besoin pressant de faire régner aujourd’hui le terrorisme, le règne de la terreur, l’anarchie, ce sont ces Messieurs les Bourgeois, ce sont tous les parasites de l’économie capitaliste, qui tremblent pour leurs biens et leurs privilèges, leurs profits et leurs pouvoirs. Ce sont eux qui mettent sur le dos du prolétariat socialiste des menées anarchistes fictives, des prétendus projets de putsch, afin de faire déclencher au moment opportun par leurs agents, de vrais coups d’Etat, une réelle anarchie, pour étrangler la révolution prolétarienne, pour faire sombrer dans le chaos la dictature socialiste et ériger pour toujours sur les ruines de la révolution la dictature de classe du capital.

Vous, Messieurs les Bourgeois et vous du Vorwärts, fidèles serviteurs du capital condamné à disparaître, vous spéculez comme ceux qui sont menacés de faillite sur la dernière carte : sur l’ignorance, sur l’inexpérience politique des masses. Vous attendez le bon moment, vous rêvez des lauriers des Thiers, Cavaignac et Gallifet.

C’est un jeu dangereux. Le jour, l’heure sont à la dictature du prolétariat, au socialisme. Celui qui s’oppose au char de la révolution socialiste sera laissé à terre, les membres brisés.

Rosa Luxemburg, un jeu dangereux, Die rote Fahne, le  24 novembre 1918. Traduction Dominique Villaeys-Poirré, le 30.11.2021

Le 8 novembre 1918, la République socialiste est proclamée en Allemagne par le courant de Rosa Luxemburg, par la voix de Karl Liebknecht. Rosa Luxemburg, elle, n’est libérée que le 9 novembre. Aussitôt arrivée à Berlin, elle reprend son action. En particulier l’écriture d’articles. Un réel combat s’engage pour la publication d’un journal du courant révolutionnaire: Die Rote Fahne. Il faudra attendre le 18 novembre pour parvenir à ce but. Rosa Luxemburg y fait paraître ses trois premiers articles : “der Anfang”, “Das alte Spiel”, “Die Ehrenpflicht”. Le 24, elle rédige un article intitulé “Un jeu dangereux” qui s’appuie fondamentalement sur les expériences révolutionnaires précédentes, en particulier sur celle de la Commune. Nous sommes déjà au 16ème jour de la révolution en Allemagne.

Pour comprendre de manière générale les réflexions de Rosa Luxemburg sur la Commune dans les articles rédigés durant cette période (entre le 8 novembre1918 et le 14 janvier 1919), il est important de pouvoir les replacer dans le contexte concret du déroulement de la révolution. Il convient aussi de bien se convaincre qu’il ne s’agit pas de “paroles en l’air”, mais de réflexions fondées et s’intégrant étroitement à la révolution et à l’action de la Ligue spartakiste. Ces réflexions n’en prennent que plus de poids et plus d’importance.

Dominique Villaeys-Poirré, le 31.01.2021


Au jour le jour. Rosa Luxemburg dans la révolution en Allemagne

Le travail ci-après s’appuie sur la démarche et sur les indications du site “Rosa Luxemburg dans la révolution” ainsi que sur un travail personnel poursuivi depuis de nombreuses années.

sources :ici

8 novembre 1918. Rosa Luxemburg apprend qu’elle va être libérée

Rosa Luxemburg a appris le 8 novembre qu’elle allait être enfin être libérée. C’est l’une des dernières à recouvrer la liberté et c’est ainsi  qu’elle ne sera pas à Berlin pour proclamer avec Liebknecht la République socialiste. Quelle image et quel symbole, cela aurait représenté ! Prévenue trop tardivement, elle passe la nuit du 8 encore en prison.

9 novembre 1918 au matin. Rosa Luxemburg appelle Mathilde Jacob.

Le 9 au matin, elle appelle Mathilde Jacob, cette femme extraordinaire qui l’a accompagnée durant toute la détention, qui a sorti les textes majeurs écrits clandestinement durant cette période, et qui mourra … en camp de concentration. Un destin “allemand”, le destin fatal de tant de proches de Rosa Luxemburg. Elle lui demande de la tenir informée et cherche à rejoindre la capitale.

1er mort de la révolution à Berlin : Erich Habersaath, ouvrier de 24 ans lors d’une manifestation devant une caserne, Chausseestrasse, il est atteint déjà par les balles d’un officier.

9 novembre. Télégramme à Paul Löbe, Breslau

Elle adresse un  télégramme à Paul Löbe, “je suis dans les bureaux du syndicat des transports. Vous pouvez me joindre à tout moment cette nuit ou demain avant le meeting. Il est absolument indispensable que nous nous concertions avant la manifestation.” Paul Löbe est député, il est sur la ligne majoritaire et peu enclin à favoriser Rosa Luxemburg. Elle prononce un discours sur la Place de la cathédrale devant plusieurs milliers de personnes mais  n’est pas invitée à prendre la parole lors du meeting à la Jahrhunderthalle. Elle cherche ensuite à partir pour Berlin mais les trains sont réquisitionnés pour les militaires.

10 novembre  1918, 22 heures. Elle finit par trouver un train et arrive à Berlin. Elle se rend au journal Die rote Fahne.

Rosa Luxemburg, après bien des péripéties, parvient à rejoindre Berlin à 22 heures et est accueillie par Mathilde Jacob, elle se rend aussitôt dans les locaux du journal Die Rote Fahne. Le 9 novembre était paru le premier numéro de ce qui allait être le journal de la révolution : die Rote Fahne. Des travailleurs avaient occupé pour cela les locaux d’un journal berlinois. Seuls le titre et la première page relevaient du nouveau journal. Pour la parution de ce deuxième numéro, Rosa Luxemburg doit convaincre les ouvriers d’assurer l’impression. Il faudra maintenant plus d’une semaine pour que le N°3 puisse paraître.

11 novembre  1918. Fondation de la Ligue Spartakiste

Depuis le groupe L’Internationale en 1915, le courant de Rosa Luxemburg s’est structuré. Devenu le groupe Spartakus, il a fait paraître «les « Lettres de Spartacus ». Pour la première fois depuis longtemps il peut se réunir légalement. Ils sont environ 50 participantEs et créent la Ligue spartakiste qui reste dans un premier temps au sein de l’USPD, parti opposant au groupe social-démocrate majoritaire. 13 militants forment la direction : Willi Budich Käte Duncker, Hermann Duncker, Hugo Eberlein, Leo Jogiches, Paul Lange, Paul Levi, Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg, Franz Mehring, Ernst Meyer, Wilhelm Pieck, August Thalheimer

Du 11 au 17 novembre  1918. Faire paraître Die rote Fahne, un combat en soi

Le Conseil des ouvriers et des soldats exige de l’imprimeur » Scherle « l’impression du quotidien Die rote Fahne sous la direction de publication de Madame Rosa Luxemburg ». Sans succès, refus des ouvriers et employés du journal. La Ligue propose d’acheter le journal, en vain. Finalement, un accord est trouvé avec une autre publication. Rosa Luxemburg commence parallèlement à travailler à la reparution de la revue théorique l’Internationale, qui n’avait pu être publiée qu’une fois en 1915. Elle travaille avec Käthe et Hermann Düncker à la parution de publications spécifiques, vers les jeunes, les femmes, les soldats. Elle communique avec Clara Zetkin qui est à Stuttgart. Clara Zetkin est l’une des militantes les plus proches de Rosa Luxemburg depuis les années 90 et l’une des principales figures du courant spartakiste. Elle est malade mais veut venir à Berlin. Rosa Luxemburg  lui écrit : « je suis absolument opposée à ce voyage ». Elles communiquent donc par téléphone, télégramme et par courrier (peu car Rosa Luxemburg est prise par le temps). Mais on sait ainsi qu’elle est absolument opposée à ce que la Ligue constitue un parti à part, La Ligue doit pour elles rester dans un premier temps au sein de l’USPD. Le 13 novembre Paul Wieszorek, Commandant de la Volksmarine, force armée progressiste est abattu.

Le 18 novembre  1918. Parution des articles de Rosa Luxemburg « Der Anfang »,  « Das alte Spiel », “Eine Ehrenpflicht”

Die Rote Fahne va donc pouvoir reparaître après une semaine de silence forcé, préjudiciable dans cette phase si importante des débuts de la révolution. Elle ne comporte que 4 pages du fait du manque de papier. Rosa Luxemburg en assure la direction et en rédige une grande partie. Elle publie dans le journal des articles de fond qui lui permettent de transmettre sa conception de la révolution socialiste, ses analyses au quotidien de la situation et son action. Cela reste une source indispensable pour comprendre la révolution en Allemagne et son échec. L’article « Der Anfang » (Le commencement), pourrait s’intituler « Ce n’est qu’un début », le contenu : l’essentiel reste à faire, le prolétariat n’a pas pris le pouvoir. Son deuxième article, « Das alte Spiel » est prémonitoire, elle y montre comment les forces au pouvoir crient à l’anarchie, au terrorisme pour mieux justifier ensuite l’assassinat de la révolution. Le troisième article est essentiel : Le « Devoir d’honneur », titre de cet article, ce devoir, c’est pour la révolution la libération des prisonniers sociaux et l’abolition de la peine de mort.

Le 20 novembre  1918. Contre les élections  pour une assemblée nationale

Le courant de Rosa Luxemburg s’oppose à des élections à ce stade de la révolution. Rosa Luxemburg expose les arguments : ces élections sont voulues par les forces bourgeoises. Elles s’appuient sur les notions illusoires et n’ont pour but que de renforcer le pouvoir de la bourgeoisie. Elle y expose la notion de dictature du prolétariat. Elle reprendra ses arguments dans un autre article : Assemblée nationale ou République des conseils.

Le 21 novembre  1918. Meetings à Berlin

Le 21 novembre, Rosa Luxemburg renoue avec ce qui a toujours été l’une de ses actions essentielles. Elle parle dans l’un des trois grands meetings organisés par le courant spartakiste à Berlin.

Le 24 novembre  1918. « Un jeu dangereux”

C’est dans cet article que l’on trouve les références aux précédentes expériences révolutionnaire, en particulier à la Commune, elle forme le fondement même de son argumentation. Elle y démontre de manière prémonitoire ce qui va réellement se passer: comment ceux qui sont responsables des pires massacres, de l’exploitation, de la guerre, accusent les révolutionnaires de semer la terreur, de putchisme pour semer la haine et préparer le massacre des forces révolutionnaires. Peu après, on verra en effet les premières affiches qui appellent expressément au meurtre des leaders du courant spartakiste. Rappelons que la “social-démocratie majoritaire” avec Ebert, Scheidemann, Noske est alors au pouvoir.

Affiche placardée début décembre 1918 : Travailleurs, citoyens! La patrie est menacée d’un effondrement proche. Sauvez-là! Elle n’est pas menacée de l’extérieur, mais de l’intérieur. Par le groupe Spartacus. Abattez leurs dirigeants. Tuez Liebknecht! Alors, vous aurez la paix, la liberté et le pain.

Le 1er décembre est créée officiellement par Eduard Stadler la Ligue antibochévique, financée par des dons importants, parmi les donateurs, la Deutsche Bank. Son but, combattre “la conspiration judéo-bolchévique”. Elle est l’auteur des affiches et des tracts comme celui-ci, imprimés massivement.

Source  : ici (à la date du 2 décembre)

 

 

 

 

 

Rosa Luxemburg. Assemblée nationale ou gouvernement des conseils ?

DOSSIER : Rosa Luxemburg et la Révolution


 Assemblée nationale ou gouvernement des conseils ? (Rosa Luxemburg)

Rosa Luxemburg, « Die Rote Fahne », 17 décembre 1918.

C’est en ces termes qu’est formulé le deuxième point de l’ordre du jour du Congrès des conseils d’ouvriers et de soldats, et c’est en effet la question cardinale de la révolution dans le moment présent. Ou l’Assemblée Nationale, ou tout le pouvoir aux conseils d’ouvriers et de soldats ; ou le renoncement au socialisme, ou la lutte de classes la plus rigoureuse contre la bourgeoisie, avec le plein armement du prolétariat : tel est le dilemme.

II y a un plan idyllique, qui prétend réaliser le socialisme par la voie parlementaire, par la simple décision d’une majorité. Ce rêve rose ne tient même pas compte de l’expérience historique de la révolution bourgeoise ; sans parler du caractère spécifique de la révolution prolétarienne.

Comment les choses se sont-elles passées en Angleterre? C’est là qu’est le berceau du parlementarisme bourgeois, c’est là qu’il s’est développé le plus tôt, avec le plus de force. Lorsqu’en 1649 l’heure de la première révolution bourgeoise moderne sonna en Angleterre, le parlement anglais avait déjà derrière lui une histoire plus que trois fois centenaire. C’est pourquoi le parlement devint, dès le premier moment de la révolution, son centre, son rempart, son quartier général. Le fameux « Long Parlement » a vu sortir de son sein toutes les phases de la révolution anglaise. Depuis les premières escarmouches entre l’opposition et la puissance royale, jusqu’au procès et à l’exécution de Charles Stuart, ce parlement fut, entre les mains de la bourgeoisie ascendante, un instrument insurpassable, parfaitement adapté.

Et qu’advint-il ? Ce même parlement dut créer une « armée parlementaire spéciale, que des généraux choisis dans son sein conduisirent au combat, pour y mettre en déroute complète, au cours d’une guerre civile longue, âpre et sanglante, le féodalisme, l’armée des « cavaliers » fidèles au roi. Ce ne fut pas dans les débats de l’Abbaye de Westminster, qui était pourtant alors le centre spirituel de la révolution, mais sur les champs de bataille de Marstonmoor et de Naseby, ce ne fut point par les brillants discours prononcés au parlement, mais par la cavalerie paysanne, par les « Côtes-de-Fer » de Cromwell que se décida le sort de la révolution anglaise. Et son développement conduisit du parlement, au travers de la guerre civile, à l’ « épuration ” par la force, à deux reprises, de ce même parlement, et, finalement, à la dictature de Cromwell.

Et en France ? C’est là qu’est née l’idée de l’Assemblée Nationale. Ce fut, dans l’histoire mondiale, une géniale inspiration de l’instinct de classe, lorsque Mirabeau et les autres déclarèrent en 1789 : « Les Trois Etats, jusqu’à maintenant toujours séparés, la Noblesse, le Clergé et le Tiers-Etat, doivent dorénavant siéger en commun en tant qu’Assemblée Nationale.» Cette assemblée devint en effet d’emblée, par la réunion des états, un instrument de la bourgeoisie dans la lutte des classes. Avec l’appui de fortes minorités des deux états supérieurs, le Tiers-Etat, c’est-à-dire la bourgeoisie révolutionnaire, disposait immédiatement dans l’assemblée nationale d’une majorité compacte.

Et qu’advint-il, encore une fois ? La Vendée, l’émigration, la trahison des généraux, la constitution civile du clergé, le soulèvement de 50 départements, les guerres de coalition de l’Europe féodale, et, finalement, comme seul moyen d’assurer la victoire finale de la révolution : la dictature, et avec elle le règne de la terreur. Voilà donc ce que valait la majorité parlementaire pour la défense des révolutions bourgeoises. Et pourtant, qu’était l’opposition entre la bourgeoisie et le féodalisme, auprès de l’abîme géant qui s’est ouvert aujourd’hui entre le travail et le capital ! Qu’était la conscience de classe des combattants des deux camps qui s’affrontaient en 1649 ou 1789, comparée à la haine mortelle, inextinguible qui flambe aujourd’hui entre le prolétariat et la classe des capitalistes !

Ce n’est pas en vain que Karl Marx a éclairé de sa lanterne scientifique les ressorts les plus cachés du mécanisme économique et politique de la société bourgeoise. Ce n’est pas en vain qu’il a fait apparaître, de façon éclatante, tout son comportement, jusqu’aux formes les plus sublimes du sentiment et de la pensée, comme une émanation de ce fait fondamental qu’elle tire sa vie, comme un vampire, du sang du prolétariat.

Ce n’est pas en vain qu’Auguste Bebel, en conclusion de son célèbre discours du congrès du parti de Dresde, s’est écrié: « Je suis et je reste l’ennemi mortel de la société bourgeoise !

C’est le dernier grand combat, dont l’enjeu est le maintien ou l’abolition de l’exploitation, c’est un tournant de l’histoire de l’humanité, un combat dans lequel il ne peut y avoir ni échappatoire, ni compromis, ni pitié.

Et ce combat, qui, par l’ampleur de ses tâches, dépasse tout ce que l’on a connu, devrait mener à bien ce qu’aucune lutte de classes, aucune révolution n’a jamais mené à bien : dissoudre la lutte mortelle entre deux mondes en un doux murmure de luttes oratoires au parlement et de décisions prises à la majorité !

Le parlementarisme a été, pour le prolétariat, une arène de la lutte de classes, tant qu’a duré le train-train quotidien de la société bourgeoise : il était la tribune d’où les masses, rassemblées autour du drapeau du socialisme, pouvaient être éduquées pour le combat.

Aujourd’hui, nous sommes au milieu de la révolution prolétarienne, et il s’agit aujourd’hui de porter la hache sur l’arbre del’exploitation capitaliste elle-même. Le parlementarisme bourgeois, comme la domination de classe de la bourgeoisie, dont il est l’objectif politique essentiel, est déchu de son droit à l’existence. C’est maintenant la lutte de classes sous sa forme la plus dépouillée, la plus nue, qui entre en scène. Le capital et le travail n’ont plus rien à se dire, ils n’ont plus maintenant qu’à s’empoigner dans un corps à corps sans merci pour que le combat décide lequel sera jeté à terre.

La parole de Lassalle vaut aujourd’hui plus que jamais : l’action révolutionnaire consiste toujours à exprimer ce qui est. Et ce qui est s’appelle : ici est le travail — ici le capital ! Pas d’hypocrite négociation à l’amiable, là où il y va de la vie et de la mort, pas de victoire de la communauté, là où il s’agit d’être d’un côté ou de l’autre de la barricade. C’est clairement, ouvertement, honnêtement, et avec toute la force que confèrent la clarté et l’honnêteté, que le prolétariat doit, en tant que classe constituée, rassembler dans ses mains la puissance politique tout entière.

« Egalité des droits politiques, démocratie ! », nous scandèrent pendant des décades les prophètes grands et petits de la domination de classe bourgeoise.

« Egalité des droits politiques, démocratie ! », leur scandent aujourd’hui, comme un écho, les hommes à tout faire de la bourgeoisie, les Scheidemann.

Oui, ce mot d’ordre doit maintenant devenir une réalité, car l’ « égalité politique ” s’incarne au moment où l’exploitation économique est radicalement anéantie. Et la « démocratie“, la domination du peuple commence lorsque le peuple travailleur s’empare du pouvoir politique. II s’agit d’exercer sur les mots d’ordre mésusés par les classes bourgeoises pendant un siècle et demi la critique pratique de l’action historique. II s’agit de faire, pour la première fois, une vérité de la devise de la bourgeoisie française en 1789, « Liberté, Egalité, Fraternité ” — par la suppression de la domination de classe de la bourgeoisie. Et comme premier pas, voici le moment, devant le monde entier, et devant les siècles de l’histoire mondiale, d’inscrire hautement à l’ordre du jour: Ce qui jusqu’à présent se présentait comme égalité des droits et démocratie — le parlement, l’assemblée nationale, le droit de vote égal — était mensonge et tromperie ! Le pouvoir tout entier aux mains des masses travailleuses, comme une arme révolutionnaire pour l’extermination du capitalisme — cela seul est la véritable égalité des droits, cela seul est la véritable démocratie !

 

 Repris de sur communisme.wordpress.com (14 mai 2009) : Fin décembre 1918 était fondé par les internationalistes de la Ligue Spartakus, en particulier Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le KPD, Parti Communiste d’Allemagne. Avec l’élaboration d’un programme, “Ce que veut la Ligue Spartakiste“, il s’agissait alors de répondre aux exigences de l’heure, celles d’une crise révolutionnaire où le prolétariat allemand voulait en finir avec le régime capitaliste qui avait causé les atrocités de la première guerre impérialiste. Ce texte de Rosa Luxemburg, “Assemblée nationale ou gouvernement des conseils ?” pose la question qui est celle de toute période révolutionnaire : quelle classe doit diriger ? Maintenir l’odieuse oppression de la classe au pouvoir ou briser sa domination ? En 1918, au vu des charniers de la première guerre mondiale, Rosa Luxemburg écrivait “avancée vers le socialisme ou retombée dans la barbarie”. La défaite de la révolution allemande et finalement de la révolution mondiale commencée en Russie, ont donné raison à la phrase prophétique de Rosa Luxemburg. Face à la crise de 1929, le capitalisme n’a réussit à maintenir son système que grâce aux horreurs du nazisme et de la deuxième guerre mondiale. A l’heure où commence la pire crise économique depuis 1929, il est du devoir de celles et ceux qui veulent changer le monde, non pas d’inventer un “socialisme du 21ème siècle”, mais d’étudier les textes fondamentaux du marxisme. En posant le problème “Assemblée nationale ou gouvernement des conseils ?”, c’est bien la question permanente de toute classe opprimée qui est posée… Continuer à subir la dictature de la classe dirigeante, la bourgeoisie, ou briser son appareil d’Etat.

 

Article originel : comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com